‹ La vie et l'œuvre de PlatonChapitre 69 sur 203 · IHon, ch · texte numérisé non relu

IHon, ch

2. En 367 d'après Grote, en 366 d'après Ast. Dans une note du XXXIII» chapitre du Voyage du jeune Anacharsis, Barthélémy veut établir en se fondant sur des calculs astronomiques, que le second voyage de Platon en Sicile est de 364, le troisième de 361.

portunes: il demanda au philosophe de ne pas s'éloigner; il fallut obéir, car les prières des tyrans sont des ordres ^ Gardé d'abord à vue sous couleur d'hospitalité généreuse, Platon en butte à des attaques incessantes fut peu après congédié avec dédain par le tyran qui avait vainement essayé de le plier à ses vues despotiques ^.

En achevant ce récit, ne semble-t-il pas que sous d'autres noms nous venions d'écrire une des pages les plus connues de l'histoire de Voltaire ? Bornons-nous à signaler au vol quelques rapprochements. Qu*on se rappelle l'auteur des Lettres philosophiques, tourmenté lui aussi du désir de diriger et de régenter les cabinets, pressé en 1740 par Frédéric de se rendre à Potsdam, accueilli par le maître avec un empressement et des caresses que devait copier, en les exagérant, une cour disciplinée comme un régiment ^ Au témoignage des contemporains, ce fut à qui dès Tabord lui ferait fête et lui montrerait le plus d'égards : l'hôte était trop illustre pour qu'on ne se le disputât point. En échange d'un titre sonore et d'une existence princière, que lui demandait-on? De donner au roi une heure chaque jour pour arrondir ses ouvrages de prose et de vers. Mais chacun se regimbe contre les coups de langue mordants du nouveau-venu et bientôt l'œil pénétrant de Voltaire discerne des symptômes révélateurs faits pour tenir sur le qui-vive un observateur intéressé : la sécurité et la confiance l'abandonnent. « L'épée de Damoclès, écrit-il, est inces-

1. C'est Texpression môme employée par raateur de la septième lettre (329 D) : To; tûv Tupowwv Ôe^aeic To-piev oxi {i£(iiYtJ.évai àvayxaic ctciv,

2. On lit à la fin de cette même lettre : « Il m'a semblé que je devais tous indiquer les motifs qui m'ont fait entreprendre mon second voyage en Sicile, à cause des événements singuliers et extraordinaires qui ont suivi. » — Dans Tantiquité déjà, Platon a payé cher l'ambition qu'il eut d'entreprendre l'éducation et la conversion d'un tyran. Cependant aux péripatéticiens qui l'attaquaient, ses disciples pouvaient répondre : u Si dans Alexandre nous cherchons les qualités de Thomme, non les exploits du conquérant, fait-il beaucoup plus d'honneur à Aristote? Et cependant c'était une âme bien plus accessible aux grands sentiments et qui, dès l'enfance, avait été coniiée au futur fondateur du Lycée. »

3. Je puise ce détail et les suivants dans l'ouvrage si curieux de M. Desnoiresterres : Voltaire et la société au xviii* sitcle.

PLATON APRÈS LA MORT DE SOCRATE i85

Bsiinment suspendue sur ma tète : j'ai affaire à i'amour-propreet a.o pouvoir despotique, deux êtres bien dangereux ». Frédéric, écontent de cet hôte indiscret, n'en a pas moins faim et soif sa présence, et pour s'éloigner de Potsdam, Voltaire poursuivi par le ressentiment de tous ceux qu'ont atteints ses sarcasmes obligé d'élaborer tout un plan d'évasion. Ce n'est pas tout. e roi qui le supposait, non sans vraisemblance, profondément Icéré et s'attendait pour sa part à quelque éclaboussure, le garder à vue à Francfort sous un assez étrange prétexte : singulier dénouement, on en conviendra, à une tendresse que l'on prétendait inaltérable I Le trop spirituel écrivain réduit, selon ses propres expressions, à opposer sa philosophie à des ohoses si peu philosophes, ne recouvre définitivement sa liberté qu'après avoir traversé des heures d'alarmes mortelles.

Est-il facile d'imaginer, à deux mille ans de distance et en dépit du caractère et du rôle différents des circonstances et des personnages, un parallèle plus complet et surtout plus instructif, pour qui veut mesurer l'influence de la raison sérieuse ou railleuse sur les destinées des cours * ? Ce sera là l'excuse de cette courte digression.

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