‹ La vie et l'œuvre de PlatonChapitre 84 sur 203 · Voir notamment Lois, VU, 819 A · texte numérisé non relu

Voir notamment Lois, VU, 819 A

C'est comme philosophe et sous cet unique aspect qu'il a apparu à SCS contemporains ; c'est avec ce seul titre qu'il a passé à la postérité : sa gloire n'en réclame pas d'autre.

Mais précisément parce qu'il se réservait le couronnement et non la construction entière de l'édifice intellectuel, Platon pouvait et devait exiger davantage de celui qui voulait être son disciple. Son enseignement n'avait pas pour objet une science ou un art quelconque, mais la vérité absolue, véritable centre ou toutes les connaissances humaines viennent converger comme les rayons d'un astre au foyer d'un miroir. En France nous nous faisons en général une idée très inférieure de la philosophie, ne la concevant guère que sous la forme où elle nous a jadis apparu au collège. Dans une contrée voisine on rit, plus qu'il ne convient peut-être, de nos jeunes dialecticiens de seize ans ; là en effet c'est aux Universités seules qu'appartient le droit d'exposer les antinomies de la raison pure ou de disserter sur les subtilités de la logique. Il est à croire que Platon, s'il avait à se prononcer, inclinerait vers le système allemand ; du moins il nous l'a fait pressentir, car dans la constitution de son état idéal ce n'est qu'à trente ans et après avoir passé par toutes les initiations convenables qu'on est admis à l'étude de la dialectique ^ Si étonnante que soit pour nous cette prescription, sur ce point, il est juste de le reconnaître, les mœurs athéniennes ^ donnaient gain de cause au fondateur de l'Académie.

i. Voici un passage où Tauteur de la République va plus loin encore : « Il faut que les enfants et les jeunes î^ens s'appliquent aux études de leur âge et que dans cette saison de la yie où le corps croit et se fortifie, on en prenne un soin particulier, afin qu'un jour il puisse mieux seconder l'esprit dans ses travaux philosophiques. Avec le temps, et à mesure que l'intelligence 80 forme et se mûrit, on renforcera le genre d'exercice qu'on lui donne. Enfin lorsque les forces usées ne permettront plus d'aller à la guerre, ni de s'occuper des afi'aires de l'Etat, alors on sera libre de se livrer tout entier à la philosophie et do ne faire nulle autre chose, si ce n'est en passant. » E. Saisset était d'un avis différent : « J'ai entendu des gens d'esprit, écrivait-il, soutenir que la philosophie ne se fait bien qu'avant trente ans. C'est l'âge de la spontanéité et de la liberté : passé ce terme, on est ressaisi par les préjugés étales ambitions vulgaires. »

2. Voltaire y fait aUusion dans ces lignes bien connues où il parle du

Gardocis-nous cependant de croire que les philosophes anciens aient jamais subordonné à quelque savant interrogatoire Taccès à leur enseignements D'abord la chose leur eût été difficile, puisqu'ils parlaient pour la plupart dans des endroits publics départant, ouverts à tout citoyen ; ensuite, de môme qu'ils s'en remettaient à la fortune, ou mieux encore à leur renommée, du soin de leur am.^ner des disciples, ils comptaient sur les austérités de la science pour éloigner les vocations insuffisantes ou mal affermies.

Platon s'élait-il montré plus sévère ? Nous n'avons aucune raison de le penser. Toutefois la tradition, si muette qu'elle soit sur ce point, nous a conservé, — elle s'en vante du moins, — l'un des articles, peut-être l'unique article du programme d'admission à l'école platonicienne. Âu-dcssus de la porto non pas de l'Académie, gymnase public, mais de sa propriété voisine, réservée à un cercle plus étroit d'auditeurs, Platon avait fait graver, dit-on, cette défense célèbre : Nul netUre ici s'il n'est géomètre *.

De nos jours pareille exigence aurait lieu de surprendre et selon toute apparence serait prononcée de préférence au profit de la physiologie et des sciences naturelles. Mais de la part de Platon, bien des considérations rendent le trait dont nous parlons sinon certain, du moins très vraisemblable.

N'oublions pas en effet que les mathématiques avaient reçu dans l'antiquité un développement tout à fait inattendu ' :

p. Porée, son professeur de rh'îtorique au collège Louis le Grand : « Les heures de ses cours étaient des heures délicieuses et j'aurais voulu qu'il eût été établi, dans Paris comme dans Athènes, qu'on pi\t assister à tout &ge à de pareilles leçons : je serais revenu souvent les entendre. »

i. On sait notamment que Técole d^£picurc, ouverte aux ignorants dans la mesure môme où elle se fermait aux subtilités de la science et aux élégances du langage, n'exigeait ni étude préalable ni initiation lente et pénible.

2. C'est à Tzotzès(6'/î/7. VIII, 972) qu'il faut demander ici le texte le plus curieux et le plus complet : ITpb tûv TrpoOupwv xtôv aOioO ypi^otç OTcr,pxe IlXcr- TCi)v • |j,r,8e\c aYSwuLîTpr,":©; eliriTO) |xou xriv oréyriV, ce que le compilateur, en vrai pythagoricien, ^e hâte d'interpréter ainsi : Tout' ^otiv aoixo; \LrfitU napeioEpxéffdd) T^Se.

H. Je parle ici évidemment des savants de ce temps, et non de la foule, car dans le système pédagogique athénien l'arithmétique tenait une place

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notamment presque toutes les propriétés des courbes du second degré avaient été dès lors reconnues avec une sagacité merveilleuse, et dans des conditions d'autant plus difficiles que le calcul algébrique était entièrement ignoré.

En second lieu, Platon lui-môme était un grand géomètre, le plus grand peut-être de son temps, puisqu'on lui attribue la découverte de l'analyse géométrique * et une solution nouvelle du fameux problème déliaque ^ Comme Descartes, comme Pascal, comme Leibniz, « Platon a marqué pour Tavenir, dans le domaine des mathématiques pures, la trace puissante de sou génie ; ailleurs il toucha des lambeaux de la vérité scientifique que l'antiquité sut découvrir, mais qu'elle laissa échapper pour en léguer la gloire à Page moderne '. » Néanmoins sa supériorité en ces matières a fourni un thème à la légende : on a môme parlé d'une sorte d'école polytechnique anticipée, formant sous sa haute direction comme une section spéciale à l'Académie *.

Sans aller si loin, il importe de remarquer que dans la République Platon se donne en termes assez explicites comme le premier qui ait enseigné la stéréométrie. Pour lui d'ailleurs, comme pour Pythagore, la précision rigoureuse, caractère distinctif des sciences exactes, était l'image par excellence de l'ordre divin ; de là cette définition qu'au dire de Plutarque ^ il avait volontiers à la bouche : Dieu, c'est l'éternel géomètre : de

des plus modestes, et Platon lui-in«'me dans les Lois (VII, 819 B) déclare qu'il rougit do l'ignorance de ses compatriotes incapables, à l'entendre, do distinguer entre les mesures linéaires, carrées et cubiques.

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