‹ La vie et l'ouvre de Auguste Comte et de Pierre Laffitte [microform]Chapitre 1 sur 9 · ET LK POSITIVISME · texte numérisé non relu

ET LK POSITIVISME

« Qu'on en soit le partisan ou VadversairCy il est, à chaque « époque, des doctrines dont la connaissance s'impose à tous les « esprits cultivés. Tel fut au XVII'^ siècle le Cartésianisme : « Tel est au XIX^ siècle le Positivisme. A son égard, la lutte « se comprend, les dissidences s'expliquent ; l'ignorance ne se a conçoit plus... ». Ainsi s'exprime, non sans quelque raison, la Revue philosophique (1881).

R, P. Gruber, s. J.

(in Le Posilivisiiie depuis Comte jusqu'à nos jouis, 1895).

On ne se résoudra pas à n'avoir qu'un abri toujours précaire, on voudrait quelque chose de stable et de définitif ; et on ne le trouvera jamais avec une philosophie qui fait profession de renoncer à l'absolu et de s'en tenir au relatif. Le Positivisme, cependant, se sauve de ce grave reproche en offrant quelque chose au cœur de l'homme si avide d'infini : il le remplit avec l'amour de l'Humanité. Tout passe en efiet dans ce monde, mais l'Humanité reste. Ses lois, ses idées, ses croyan-

(i) Il est à noter que beaucoup de ces aperçus sont empruntés .1 des adversaires plus ou moins déclarés de l'École positiviste, tels : le Révérend Père Jésuite Gruber ; les abbés catholiques de Broglie, Kozary ; les ministres anglicans, Lloyd Engstrom, Illingworth, Stubbs ; les philosophes, savants ou littcr.!teurs, Boutroux, Brewster, Bruneticre, Caird, Dùhring. Fiske, Huxley, Liard, Maurras, de Montesquiou, Ollé-Laprune, Paulhan, Ravaisson, Renan, Spencer, Vacherot, etc.... Je dois ajouter que leurs appréciations les plus favorables da Positivisme ou de son fondateur sont naturellement accompagnées de critiques qui ont été maintes fois réfutées et que j'ai dû passer sous silence, fiiuie de place pour les reproduire et faire suivre leur reproduction des réfutations coriespondantes. Mais le lecteur est mis à même, par les indications bibliographiques, de consulter les textes originaux. C. H.

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ces, sont emportées par le temps et se renouvellent sans cesse, ellemême cependant demeure, toujours elle, elle partout, et cela suffit pour qu'elle devienne l'objet d'une religion. — Le Positivisme, ainsi pratiqué, n'a plus rien de sec et de froid ; au contraire le Positivisme

d'A. Comte s'empare du cœur autant que de l'esprit. — La religion nouvelle ne sera pas un retour à d'anciennes doctrines théologiques ou métaphysiques : la science est pour A. Comte comme un frein qui le retiendra toujours et l'empêchera de glisser sur cette pente (1894,

in La Philosophie eu France).

Ch. Adam,

Professeur de Philosophie à la Faculté des Lettres de Dijon.

La méthode d'A. Comte, adoptée par Cl. Bernard et par les savants contemporains, avait ouvert à la science un horizon nouveau. Littré avait fliit accepter aux intellectuels ce qu'il appelait la première partie de la Philosophie Comtiste, la loi des 3 états et la classification des sciences. Mais la suite admirable de ces prémisses, la morale et la politique qui doivent rajeunir le vieux monde, avaient été dédaigneusement écartées comme une œuvre de folie. Triant avec malice dans la masse incommensurable des conceptions qu'enfanta le plus puissant génie des temps modernes, les critiques de surface n'eurent pas de peine à bouleverser aux yeux des demi-savants le magnifique enchaînement de la doctrine la plus logique et la plus serrée qui fut jamais. Il leur suffit de mettre en relief quelques bizarreries ou des développements paradoxaux échappés au Maître, pour discréditer le système philosophique le plus prodigieux que le monde ait vu naître depuis Aristote. Comte avait eu le grand tort de mépriser les Académies et la science officielle. Les savants qu'il cribla de ses railleries pratiquèrent contre lui le fameux axiome : « La meilleure façon de venir à bout d'un adversaire est de lui survivre ». Après la mort du Chef d'Ecole ils ont tout fait pour anéantir une doctrine qui renouvelait la Science et jetait au panier les manuels compendieux sur lesquels ils avaient assis leur fortune et leur gloire. L'Université, vouée à la tiiétaphysique de l'homme que Comte a le plus méprisé, Victor Cousin, ne pouvait accepter de gaieté de cœur la transformation de ses antiques méthodes. Pourtant, malgré les coalitions intéressées, le Positivisme a continué son chemin. Les écrivains des écoles les plus diverses ont assimilé avec plus ou moins de bonheur les idées Comtistes ; ils sont venus s'abreuver à la source vivifiante. Ils ont presque toujours traduit la doctrine en la trahissant, livrant au public leurs démarquages comme des productions personnelles. Et souvent le public s'est extasié devant l'originalité d'idées vieilles de 60 ans et volées dans des livres qui, non coupés par

A. COMTE, p. LAFFITTE, LE POSITIVISME

leurs contemporains, seront admirés par la postérité comme des Bibles vénérables...

Ce mot rébarbatif(^^/f^to;i de l'Humanité) a, longtemps, joué pour le Positivisme le rôle d'une pierre d'achoppement. Les catholiques ne peuvent apercevoir là qu'une parodie grossière. Les rationalistes, continuateurs des traditions du xviii* siècle, s'eflfarouchent et se cabrent. — Eh ! quoi ! Une Religion ! Des Dogmes ! Un Culte ! Ils ne voient pas la transposition que Comte a fait subir à ces expressions et combien il a été véritablement inspiré en conservant à la langue, qui n'est pas déjà si riche, des termes compréhensibles, correspondant exactement aux exigences de la nature humaine. — Pas de société possible sans un lien commun des intelligences et des cœurs. Pas de bonheur social sans la convergence des esprits vers un idéal commun. Ceux qui protestent contre le mot dogme sont ceux-là même qui s'agenouillent devant certaines formules jugées sacro-saintes et figées dans un décret de la Convention. Ceux que le mot Cuîte fait sourire se livrent dans les loges à une contrefaçon de la Messe, remplacent la communion par des Fêtes de l'Enfance et demandent plus de solennité pour le mariage civil (1905, in Transition).

Maurice Ajam, Député de la Sarthe au Parlement français.

Mais si fondées que nous paraissent les réserves que nous avons indiquées, il n'en reste pas moins vrai que le nom de Comte restera éternellement attaché à l'histoire des origines de la sociologie. Et si jamais celle ci, après avoir découvert les principales lois des sociétés, arrive un jour à diriger les hommes politiques, comme l'astronomie guide les pilotes et la physiologie les médecins, la postérité reconnaissante ne saurait oublier celui qui a nettement indiqué le but et les moyens propres à l'atteindre. Après Comte, en efl^et, les principes fondamentaux de la science sociale étaient trouvés. Le règne social était définitivement annexé au rejte de la nature. Or, une telle annexion est toujours une oeuvre de génie. Il n'est pas de plus grande conquête que celle qui consiste à ajouter un continent nouveau au domaine intellectuel de l'humanité. Les découvertes de détail qui peuvent s'y faire ensuite sont secondaires à coté de celle-là qui, seule, les a rendues possibles (in La Sociologie che^ A. Comte, 1900).

Franck Alengry,

Agrégé de Philosophie, Inspecteur d'Académie. Sans pousser plus loin l'étude des origines historiques de l'idée de

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solidarité, étudions les représentants les plus remarquables de

cette idée au xix« siècle, Auguste Comte et Charles Renouvier.

J. Ancel et L. DuGAS.

(in Leçons de Morale théorique et Notions historiques).

Nous nous réunissons aujourd'hui pour inaugurer un monument élevé, avec le concours de toutes les nations, à la mémoire d'A. Comte qui, dans le siècle écoulé, nous a légué les plus profondes pensées et les plus fécondes, sur l'homme, sur la société et sur le monde

Montesquieu, le premier, a étendu aux faits sociaux le déterminisme qui régit les autres faits de la nature. — Comte fortifie cette pensée de son éminent précurseur, lui donne une base scientifique et sait en tirer toutes les conséquences dans son admirable sociologie. — Il montre que la science sociale est une physique particulière qui, prenant pour rriéthode l'observation du développement collectif de l'espèce humaine, coordonne le passé afin de découvrir la marche que la civilisation tend à suivre. — La hauteur des vues de Comte, ou plus exactement la positivité d'esprit qui résulte pour lui de sa forte culture scientifique, lui permet d'apprécier le passé sans idées préconçues. Il reconnaît que la philosophie théologique a répondu admirablement aux besoins propres de l'humanité primitive. Mais ces besoins ayant changé, elle ne peut que déchoir et même devenir nuisible — Les combinaisons politiques, pour être viables, doivent à toute époque être en conformité avec l'état de la civilisation. Personne ne peut se proposer de faire marcher l'espèce humaine ; elle se meut en vertu d'une impulsion aussi nécessaire, quoique plus modifiable, que celle de la gravitation. L'objet d'une saine politique doit être de faciliter cette marclie en l'éclairant. — On ne fait pas marcher la civilisation, on en accélère ou on en retarde la marche. Ceux-là cherchent à la retarder qui tentent des restaurations impossibles, ceux-là seuls la poussent en avant qui marchent avec persévérance dans la voie de la science, en contribuant à éhminer de plus en plus l'influence des conceptions théologiques ou métaphysiques sur le gouvernement des sociétés (i8 mai 1902).

Général André, Ministre de la Guerre.

Le D"" Barreda méditait, depuis treize années, les conceptions d'A. Comte et leur application aux conditions d'existence du Mexique, lorsque Juarez le désigna, avec les quelques positivistes qui l'entouraient, pour réorganiser notre enseignement public, qui en était encore aux programmes d'avant Descartes et Bacon. Dans l'exécution de cette tâche, notre grand apôtre mexicain se montra un digne et complet

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disciple de son illustre Maître. — Grâce à lui, Téducation publique fut régénérée et un nouveau personnel enseignant formé ; grâce à lui, il s'établit entre la jeunesse des écoles une communauté mentale et sociale, qui a puissamment contribué à donner l'unité et la stabilité à notre esprit public. — Ces précieux résultats furent obtenus par la fondation de l'Ecole préparatoire de Mexico, qui, depuis une génération, initie les futurs élèves des Ecoles spéciales à l'ensemble des sciences positives, en suivant rigoureusement l'ordre hiérarchique établi par A. Comte. — Cette réalisation d'une création capitale des fondateurs du Positivisme est la première, et peut-être encore la seule qui ait été réalisée par un gouvernement. L'expérience a été décisive. — L'enseignement de ces docteurs a donné aux Écoles de la nation des maîtres aux vues générales et aux sentiments généreux ; au gouvernement des ministres éminents; aux établissements publics des administrateurs capables et dévoués ; à tous les Etats des citoyens éclairés. Leur ascendant a valu aux nouvelles générations une sécurité et un bonheur inconnus à leurs aînés (1902).

Agustin Aragon,

Professeur à l'Ecole des Ingénieurs de Mexico,

Député au Parlement mexicain.

C'est pour moi une occasion de manifester toute mon admiration pour un génie qui a éFé le Descartes de notre siècle, un des bienfaiteurs de la France et de l'humanité (in Lettre au Dr C. H.)

A. Aulard, Professeur à la Faculté des Lettres de Paris.

Au pouvoir, M. Benjamin Constant n'oublia point qu'il était le disciple d'A. Comte. Sous l'Empire, il avait déclaré qu'il servirait sa foi dans les limites que comportait sa fonction ; il y fut non moins fidèle comme ministre de la République. Il la servit, en effet, lorsqu'il fit adopter la devise Ordre et Progrès ; lorsqu'il se rallia à la proposition de M. Demetrio Ribeiro (autre ministre positiviste) sur la séparation de l'Eglise et de l'Etat qui devint une loi de la République. Il la servit, lorsque Ministre de la Guerre, il élabora pour les Ecoles militaires préparatoires un programme encyclopédique destiné à initier les élèves aux sciences abstraites, depuis la mathématique jusqu'à la morale ; lorsque, au Ministère de l'Instruction publique, il institua à Rio l'enseignement laïque intégral, libre et gratuit, à tous les degrés, afin de former un personnel qui n'existait pas au Brésil et de donner à l'Enseignement spécial une vaste et solide préparation générale. Il la servit encore lorsque, concurremment avec les Ecoles de l'Etat, il assura à

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rinitiative privée la création de Facultés libres assujetties toutefois, pour la délivrance des diplômes, aux programmes officiels...

Peu de jours après avoir quitté le pouvoir, ce grand citoyen mourait, sans recourir à aucune assistance théologique. Comme Mexico à la mort du D^ Barreda, Rio de Janeiro fit à M. Benjamin Constant des funérailles nationales, purement civiles. Un mois après, les députés et sénateurs, réunis pour la première élection du Président de la République, avant de passer au vote, adoptèrent à Vunanimité la motion suivante, proposée au nom des six premiers ministres de la République, par l'un deux, M. Quintino Bocayuva.

« Considérant que nous sommes de plus en plus gouvernés par les « Morts et que la vénération pour les grands patriotes décédés est un f sentiment qui contribue à l'élévation morale de l'homme et au per- • fectionnement des mœurs publiques...

« Le Congrès national constituant prend la résolution qui suit :

« Le Fondateur de la République Brésilienne, Benjamin Constant c Botelho de Magalhaës, né le 18 oct. 1833, a quitté la vie objective « pour l'Immortalité, le 22 janvier 1891.

« Le peuple Brésilien, par ses représentants au Congrès national, « s'enorgueillit de ce qu'il lui soit donné de présenter ce beau modèle c de toutes les vertus à ses futurs Présidents (1899). »

A. G. d'Azevedo Sampaio.

(in Histoire du Positivisme an Brésil).

Je lus l'ouvrage (la Philosophie positive) durant l'été de 1843. J'étais à Londres, et je pouvais causer avec Mill. Nous discutâmes l'ouvrage, chapitre par chapitre, jusqu'au dernier volume. Nous avions à peu près la même opinion sur sa valeur et sur ses défauts. Les erreurs étaient secondaires et susceptibles d'être corrigées par des spécialistes mieux renseignés sur les points particuliers que Comte, mais le système était sans faute. On pouvait voir d'un coup d'oeil combien la classification des sciences était plus claire. La double manière, dont chaque science était basée sur la précédente, d'abord pour la doctrine, puis pour la méthode, montrait une grande supériorité sur la stérilité ordinaire des classifications scientifiques. Mill avait déjà admis la grande distinction établie par Comte entre la statique sociale et la dynamique sociale, et il l'avait adoptée pour sa Logique. Je fus encore plus ravi que lui, en considérant quelle serait la valeur de cette distinction comme pouvant servir à l'analyse...

Alexander Bain,

Professeur à l'Université d'Aberdcen.

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Ce que j'admire surtout dans A. Comte, c'est qu'il institue, selon la belle définition qu'Ampère donnait du génie, « des rapports nouveaux entre les choses » et surtout entre les sciences. Ce que j'admire aussi sans réserves, c'est ce profond principe de pédagogie qui découvre, dans chaque évolution d'un esprit individuel, le résumé, l'abrégé et l'évolution de la raison humaine par les sciences successives et progressives • au nom de cette loi, que les morts gouvernent les vivants, Comte respecte les errements et les tâtonnements du passé, mais il les abrège pour chacun de nous. Il a le mot de beaucoup d'énigmes et ne s acharne pas à déchiffrer celles que la suite des siècles et les efïorts de ses devanciers lui démontrent indéchiflfrables...

Comte semble avoir dressé, pour plusieurs siècles, le catalogue général du savoir humain et le tableau complet de ses catégories. Sa philosophie mérite, autant que les plus hautes, de s'appeler la pensée de la pensée (1900, in Les Etudes dans la Démocratie),

Alexis Bertrand,

Professeur de Philosophie à l'Université de Lyon, Correspondant de l'Institut.

Tenant A. Comte pour le plus grand penseur des temps modernes, peut-être môme de tous les temps, et estimant qu'il a donné à la religion une base nouvelle et indestructible, il est tout naturel que ce soit rempli d'un profond respect, que j'étudie ses écrits et que je sois très sincèrement disposé à accorder la plus grande valeur à ses opinions, alors même qu'elle ne me paraissent pas être des conséquences nécessaires des principes généraux du Positivisme. Je le considère comme mon maître, je me dis son disciple. Je crois que l'ensemble des vérités que, plus tard, on reconnaîtra comme constituant le Positivisme, et qu'on enseignera comme tel, ne peut être, dans ses parties foiidamentales, que celui-là même qu'A. Comte a établi. Je suis persuadé aussi que l'organisation religieuse à venir, quelle que soit la route suivie pour y arriver, ne saurait différer de beaucoup de celle qu'il a esquissée.... S'ensuit-il que j'accepte chaque jugement d'A. Comte, que j'estime qu'il n'a jamais commis d'erreur, que jamais il n'a été inconséquent, qu'il a atteint les limites de toutes les connaissances utiles, et que jamais on ne retranchera ou on n'ajoutera rien à ses règlements et à ses plans de régénération de la société ? Assurément non. En agir ainsi équivaudrait à remplacer Jésus par A. Comte et la Bible par ses écrits. Je répudie une telle profession de foi comme dégradante, rétrograde, opposée au progrès, et en contradiction avec tout ce qui constitue l'esprit et la signification même du Positivisme. Le mot Maître a deux significations qu'on tend parfois à confondre :

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dans son sens usuel, il s'applique à celui qui exige l'obéissance ; spirituellement et intellectuellement parlant, le Maître est l'homme qui enseigne et qui exerce une influence. C'est dans ce dernier sens seul que je l'applique au fondateur du Positivisme. — La même ambiguité d'interprétation existe pour le mot autorité. L'autorité de Comte n'est pas celle d'un magistrat qui rend des arrêts, mais d'un homme dont le jugement mérite qu'on lui accorde de la valeur, valeur plus ou moins grande, suivant la nature de la question et sa compétence spéciale à la juger. Comme le disait récemment le Dr Bridges, il nous faut avoir les regards attentivement dirigés vers les idées nouvelles qui se font jour, et vers les résultats acquis partout, autour de nous, au fur et à mesure que les années s'écoulent.

Edward Spencer Beesly M. A., Emeritus Professer of History in University Collège, London.

C'est qu'en effet, parmi tous les professeurs dont j'avais suivi les cours, soit à l'École polytechnique, soit avant d'y entrer, l'un deux que j'avais rencontré presque dès le début de mes études mathématiques ne m'avait semblé comparable à nul autre. Le caractère et l'esprit de son enseignement le rendaient entièrement différent du leur. Je me sentais irrésistiblement entraîné vers ce professeur : mais il n'était pas de l'Académie des Sciences, et sa position officielle, son rang dans le monde savant étant inférieur à celui de la plupart des autres, on trouvait, quand je le disais plus grand qu'eux, mon dire ridicule, et fort impertinente ma prétention de vouloir juger autrement que tout le monde, et que les plus savants. Cependant mes émotions, en l'entendant professer, avaient été trop profondes pour que ma croyance put être ébranlée, et le génie de M. Comte, foi de toute ma vie, fut l'ineffaçable impression de ma jeunesse, presque de mon enfance (1857).

Célestin de Blignières, Ancien Élève de rÉcole polytechnique.

Le jour où l'Occident, désabusé des vieux dogmes et fatigué des négations stériles, aura enfin constitué cette religion de l'Humanité, entrevue par le génie d'A. Comte, qui, sans autre dogme que la science, sera de compréhension assez vaste, de sentiment assez poétique, de coeur assez chaud, de dispositions assez sympathiques, pour s'incorporer, pour s'assimiler tout ce que les diverses religions antérieures ont produit de plus parfait, de plus exquis, au point de vue moral et esthétique, pour honorer conjointement tous les grands instituteurs religieux de l'Humanité — ce jour-là, sans doute, l'Inde pen-

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santé, lasse enfin de sa longue course après l'absolu et l'inconnaissable, sera heureuse de communier avec les autres peuples de la terre dans la religion universelle de vérité, de beauté et de fraternité.

Paul Boell.

(in L'Inde et le Problème indien, 1901).

J'ai lu A. Comte en 1858, et j'y ai puisé, pour l'étude et pour la recherche, des habitudes d'esprit, une sorte de discipline intellectuelle qui, je crois, m'ont été utiles. Après un tiers de siècle, je ne regrette pas cette initiation... (13 avril 1890).

Je garde aujourd'hui le même sentiment d'admiration et de gratitude pour le grand esprit auquel la discipline scientifique du siècle auquel nous appartenons doit, en grande partie, sa direction (1898, in Lettre^. au Dr C. H).

Ch. Bouchard,

Professeur à la Facuhé de Médecine de Paris, Membre de l'Académie des Sciences.

Je ne retiens qu'un seul pointque je voudraispréciser très exactement..: c'est que cette doctrine positiviste dont on parle et qu'on maudit, est une doctrine extrêmement tolérante, dont on peut dire que la tolérance est le fond ; elle a pour règle absolue de procéder par les voies de l'observation et de l'expérience, de limiter ses conclusions et ses observations à ce qui lui est révélé par ces méthodes scientifiques particulières...; elle ne se permet ni d'affirmer ni de nier en dehors de ce domaine particulier de l'expérience et de l'observation scientifique... ; confondre le Positivisme avec la doctrine philosophique et absolue du matérialisme et de l'athéisme, c'est précisément se livrer à la confusion qu'un certain nombre d'adversaires de la RépuWique font entre ce que nous appelons l'État laïque et ce qu'ils appellent l'État athée... (in Discours au Sénat du 25 mars 1892).

LÉON Bourgeois, Sénateur, ancien Président du Conseil des Ministres.

Ces dernières années ont vu refleurir la gloire d'A. Comte. Il a suffi, pour que ce philosophe prît définitivement son rang parmi les maîtres de l'Humanité, qu'on s'affranchît des jugements tout faits de ses panégyristes et de ses détracteurs, et qu'on le lut. Sa pensée, prise à la source, était bien plus riche et féconde que les formules où l'on croyait la capter (1907).

Emile Boutroux, de l'Institut, Professeur à l'Université de Paris.

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En fait, il existe une nouvelle atmosphère mentale : A. Comte, en coordonnant toutes les conceptions définitives présentées par Aristote, Bacon, Descartes, Hume, Côndorcet, Adam Smith et Bichat, a fondé la Philosophie positive, en partant de la hiérarchie théorique pour aboutir à la subordination des phénomènes sociaux à l'observation scientifique.

Par la constitution de la sociologie, il parvint à la compréhension de l'ordre humain ou moral, objet de la Philosophie troisième.

En réalisant cette nouvelle synthèse, il ouvrit à l'Humanité l'ère du progrès conscient et la fit entrer dans l'âge normal.

Comment se fait-il que la France ait tardé si longtemps à payer sa dette à l'organisateur de la pensée moderne ?

Sous l'influence dispersive des journalistes, des littérateurs, des académiciens et des spécialistes scientifiques, la France méconnut longtemps l'œuvre fondamentale de Comte ; ce sont surtout les penseurs étrangers, venus de tous les foyers de culture, qui firent ressortir ce fait que, par la création de la Philosophie positive, la France avait réalisé la synthèse spéculative de l'intelligence moderne et avait ainsi mérité la présidence du monde occidental.

Théophilo Braga,

Professeur au « Curso superior de Lettras » de l'Université de Lisbonne.

C'est un ouvrage d'une science profonde (le cours de Philosophie positive) ; le raisonnement en est très fort et il témoigne d'une intelligence très remarquable. — Nous aurions voulu montrer au lecteur la manière dont l'auteur traite ces sujets difficiles, lui faire voir son éloquence simple mais puissante, lui faire sentir son admiration enthousiaste de la puissance intellectuelle, lui montrer sa vérité comme historien, son impartialité comme juge. Le lecteur voit qu'un guide sûr et fidèle le conduit à travers le labyrinthe des découvertes astronomiques, et que son conducteur en a tracé les sentiers et éclairé l'obscurité. — Ces idées, sur l'origine et la destinée des différents systèmes des mondes qui remplissent l'immensité de l'espace, sont très neuves et très vraies. Elles intéressent notre imagination par leur grandeur, et notre raison par les principes sévères de la science sur laquelle elles reposent. L'esprit sent qu'il lui a été donné de voir en vision l'histoire du passé et de l'avenir de l'univers. — Le torrent de son éloquence poursuit son cours, et le lecteur le suit avec délices en parcourant l'un des plus beaux aperçus de la vérité astronomique qui aient jamais été

composés (1838).

Sir David Brewster.

(in Revue d' Edimbourgb),

En 185 1, M. Spencer, ainsi que son Autobiographie nous l'apprend, se lia d'étroite amitié avec deux étudiants fameux des ouvrages de Comte : George Lewes et George Eliot. \.^ Autobiographie prouve surabondamment que durant les deux ou trois années qui suivirent cette liaison, l'attention de Spencer fut attirée sur ce qui faisait le sujet de la philosophie de Comte. Il eut, avec ses deux amis, de longues conversations sur les principes dirigeants de Comte, il étudia attentivement la traduction condensée de la Philosophie positive publiée en 1853 P^*^ Harriett Martineau. Le résumé de M. Lewes avait paru quelques mois avant

Le Positivisme, au point de vue pratique, est un effort systématique de soumission libre et joyeuse aux principes du bien et du mal, tant pour la vie privée que pour la vie publique, et cela par des moyens désignés par la science et indépendants des croyances surnaturelles. En d'autres termes, son but est de devenir la religion universelle de l'Humanité.

Df J. H. Bridges,

M. B. Oxford, formerly Fellow of Oriel Collège.

Le Positivisme ne régnera pas toujours sur l'humanité. Effet d'une révolution violente de la pensée, contraire aux instincts profonds de l'Humanité, appuyé sur des raisons puissantes en apparence, mais dont la vanité peut être démontrée, tôt ou tard son empire si étendu doit cesser ou, du moins, être grandement restreint (1894).

Abbé de Broglie.

(in La Réaction contre le Positivisme).

A. Comte est redevenu depuis quelque temps à la mode. On célébrait hier son centenaire ! Son buste s'érigeait à trois pas de cette Sorbonne, dont les « titulaires i de philosophie l'ont si souvent attaqué, méconnu, raillé même. Un Ministre delà Guerre, formé jadis à son école, « se mobilisait » pour faire l'éloge de ce pacifique. C'est le moment de reparler de lui. , •

On ne saurait d'ailleurs étudier de trop près, ou sous trop d'aspects différents, ni trop diligemment, l'homme dont l'influence, depuis un demi-siècle, s'est partout fait sentir, à l'étranger, dans le monde entier, non moins profondément qu'en France ; aux États-Unis comme en Iulie, au Brésil comme en Angleterre ; dans le domaine de l'art, comme dans le dom.iine de la science ; et à qui les dilettantes peuvent bien reprocher t d'avoir mal écrit » ; mais que la lourdeur de son style n'empêche pas d'être, avec Descartes, dans l'histoire de la pensée

APERÇUS DIVERS

A. COMTE, P. LAFFITTE, LE POSITIVISME

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philosophique, le plus grand nom dont nous puissions, et, à bon droit, nous enorgueillir (Sur les Onmins de la Croyance^ 190s).

Ferdinand BRUNETièRE,

de rAcadémie française.

Cest un phénomène assez curieux que ce soit à un jésuite (le père Gruber) qu'on doive le premier livre qui traite d'une manière satisfaisante de l'histoire du Positivisme ; mais certainement cette circonstance prouve surabondamment une chose, c'est que le Positivisme, et particulièrement son côté scientifique, gagne du terrain et s'impose de plus en plus.... (in Cours sur la Propagation du Positivisme dans les différents pays, 1892).

Dr Joseph Buday,

Docent à l'Université de Budapest.

Je ne veux pas terminer cet examen critique des théories de Comte, sans ajouter (ce que chaque lecture de ses œuvres, de sa Politique positive surtout, me fait plus fortement sentir) que la valeur de son enseignement ne doit pas être jugée sur ses résultats purement logiques. Quoiqu'on dise de l'ensemble de sa philosophie, il faut lui accorder cet instinct du vrai, qui rend les contradictions et les erreurs du génie plus instructives que les raisonnements les plus évidents des esprits méthodiques, qui suivent les sentiers battus de la pensée, et qui par suite « n'ont rien à regretter » (in Philosophie sociale et religion d*A.

Comte).

Edward Caird,

Ancien Professeur de Philosophie morale à l'Université de Glascow.

« Le passé ne meurt jamais complètement pour l'homme. L'homme

• peut bien l'oublier mais il le garde toujours en lui. Car, tel qu'il est

• lui-même à chaque époque, il est le produit et le résumé de toutes « les époques antérieures. S'il descend dans son âme, il peut y retrou- « ver et distinguer ces différentes époques, d'après ce que chacune « d'elles a laissé en lui ».

Il me plait d'emprunter à un profond historien, à l'auteur de la Cité antique^ l'énoncé d'une des vérités qui sont le fondement du Positivisme et qu'A. Comte avait déjà rendue familière à ses disciples....

Qpand nous réclamons la nécessité d'une religion et d'un culte, nous trouvons en face de nous des hommes qui rejettent ces idées comme rétrogrades. Ils se croient au-dessus de telles faiblesses. Or nous voyons ces mêmes hommes très empressés à célébrer leurs morts, par des manifestations collectives, sur leurs tombes ou devant leurs

statues. Il leur échappe complètement que ce sont là les formes traditionnelles d'un culte vieux comme l'Humanité. Ils font de la religion et du culte sans le savoir (in L'Evolution du Culte des Morts, 1902).

Dr Cancalon, Membre du Comité positif Occidental.

Par les prédécesseurs la route était tracée, Quand tu nous apparus. Comte ! mais cette fois, Des plus puissants aïeux dégageant la pensée, Tu détruisis, d'abord, l'espérance insensée D'apprendre rien, sinon les immuables lois.

Entre toutes ces lois spéciales et certaines Qui régissent la terre avec les animaux, Maître, tu sus jeter cette admirable chaîne . Qui reliait au cours des étoiles lointaines La morale de l'homme et le but des travaux.

Et l'ordre souverain régnait dans notre étude, La discorde mourait avec les dieux bannis. Plus d'efforts désespérés, de vaine inquiétude. Le but était certain, si la route était rude, Et l'esprit positif nous tenait tous unis.

Grâce à toi, le savant, sûr d'un dessein tenace, Sentit la paix descendre en son cœur agité ; Créateur d'un moment, il agit, puis s'efface, Mais il laisse après lui dans le cœur de la race Un admirable espoir de plus de vérité.

Jean Canora.

(in Scène lyrique en l'honneur de Comte, 1907). Je vois de plus en plus se confirmer mon intuition politique et sociale, puisée dans les solutions positivement démontrées, adoptables à l'époque actuelle, sans aucune application exagérée, conformes aux enseignements de l'incomparable philosophe A. Comte. Aussi, recommanderais-je la lecture attentive et la constante méditation de ses immortels ouvrages à la jeunesse studieuse de notre chère terre natale. Elle y trouverait la touchante conciliation du présent avec le passé humain et son admirable continuité avec l'avenir, parmi les justes, fervents et subHmes hommages rendus à la digne et vénérable Eglise catholique et à tous les dignes prédécesseurs du puissant penseur qui, suivant l'expression de l'un de ses contradicteurs les plus réputés, est le Maître

des Maîtres (22 août 1898).

Julio de Castilhos,

Ancien Gouverneur de l'Etat de Rio-Grande-du-Sud, Brésil.

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APERÇUS DIVERS

Tout le monde a connu Tintégrité de Pierre Laffitte, son désintéressement, son détachement des honneurs, son éloignement de tout patronage officiel, l'influence et l'autorité que son caractère, la grande et solide variété de ses connaissances et sa puissante logique lui avaient donné sur les plus grands hommes d'Etat de la troisième République (30 juillet 1905).

Cazeaux-Cazalet,

Député de la Gironde.

M. P. Laffitte a repris hier, à 3 heures, dans le grand amphithéâtre du Collège de France, son cours public de Philosophie. Si nous en jugeons par celte première séance, ces vêpres laïques du Positivisme seront cette année plus fréquentées que jamais. Le public nombreux qui y afflue y apporte d'ailleurs une attention sympathique et touchante, pour mieux dire un recueillement qui a quelque chose de religieux. On devine tout de suite que le maître exerce une grande autorité sur son auditoire... Avons-nous besoin de dire que nous nous réjouissons de ce succès croissant de l'enseignement de M. Laffitte ? L'ouverture de son cours est devenu un véritable événement sur la rive gauche, dans ce quartier de Paris, qui est resté dans une certaine mesure ce qu'il était au moyen-âge, la civitas philosophonim. Nul ne s'en étonnera de ceux qui' connaissent M. Laffitte, sa prodigieuse science, sa fidélité de tant d'années à la philosophie d'A. Comte, et qui ont pu apprécier l'extraordinaire activité de sa pensée toujours neuve et originale, à travers tant de sujets d'étude successivement abordés, et bien qu'elle soit subordonnée à un culte passionné pour le créateur de la philosophie positive. Toute question de doctrine mise à part, nous ne croyons pas qu'il y ait en France de cours plus attrayant, plus remarquable que les leçons de ce savant aussi profond que modeste, qui, sans apprêt, sans aucune prétention à l'éloquence, vient tout simplement exposer ce qu'il sait, ce qu'il croit être la vérité, avec une sincérité parfaite, donnant à ceux qui l'écoutent le plaisir rare d'entendre un homme qui pense tout haut... (in La République française du 11 novembre 1889).

Gabriel Compayré, Recteur de l'Université de Lyon.

Seules les œuvres sont immortelles, quand elles contribuent au perfectionnement physique, social, intellectuel ou moral de IHumanité, — - Or, à cet égard, nous pouvons être confiants dans l'avenir de la gloire d'A. Comte ; car tout atteste, tout prouve de plus en plus qu'il a profondément diagnostiqué la grave maladie des sociétés modernes et supérieurement formulé le seul traitement efficace qu'elle comporte.

tr-

A. comte, p. laffitte, le positivisme

La crise que traversent, à l'heure actuelle, la France, l'Occident, le monde, n'est ni une crise économique et industrielle, ni une crise politique, ni une crise purement philosophique, c'est nne crise morale, c'est une crise religieuse. De jour en jour, les hommes s'aff^ranchiront presque universellement de toute influence théologique, et la vieille moralité qui reposait sur cette chimérique conception est près de périr avec elle. Partout, malgré les autres apparences, c'est la moralité qui souflfre ; c'est le dédain des devoirs les plus respectables, personnels, domestiques et sociaux qui, de toute éternité, se sont imposés et s'imposeront aux hommes civilisés ; c'est la licence d'une personnalité sans frein, c'est la pullulation des mauvais sentiments qui frappent les observateurs les moins attentifs. La même désagrégation, la même putréfaction, qui ont atteint et dissous les sociétés antiques, nous menacent. Ni le développement salutaire du bien-être matériel, ni l'enivrement légitime de la liberté pleinement conquise, ni les charmes d'un état social moins dur, ni les richesses décuplées et mieux réparties, ni le luxe généralisé, ni même le prodigieux pouvoir intellectuel de l'homme moderne, ne peuvent distraire et illusionner les penseurs sous ce rapport. Nous rétrogradons moralement, et un grand nombre de nos contemporains s'acheminent vers une bestialité plus odieuse que la bestialité primitive, car elle est volontaire, consciente, et n'a plus l'excuse de la fatalité. Donc, il faut apprendre aux hommes qu'ils doivent, au risque de se dégrader grossièrement, continuer à remplir, quoique émancipés, les devoirs fondamentaux que leurs pères ont remplis ; il faut leur enseigner les devoirs nouveaux que le développement et la transformation de la société exigent ; il faut, en un mot, constituer une nouvelle éducation. — C'est ce qu'A. Comte a seul merveilleusement compris et institué ; c'est pour cela qu'il sera le grand rénovateur de la société moderne, le grand éducateur des générations futures, parce que son œuvre est à la fois, philosophique, sociale et religieuse. . . * (1885).

Au fond, l'œuvre d'A. Comte condense et résout toutes les aspirations intellectuelles, morales et sociales, de notre temps ; c'est la Somme du xixe siècle. Rien de ce qui est humain ne lui est étranger.

De la base au faîte, de la mathématique à la morale, reliées l'une à l'autre par l'astronomie, la physique, la chimie, la biologie et la sociologie, la philosophie positive est un monument harmonique, homogène, cohérent, indivisible ; l'enchaînement de ses diverses parties ne présente aucune solution de continuité, aucune fissure par lesquelles la théologie puisse s'insinuer, de nouveau, dans les conceptions humaines. C'est l'oeuvre la plus puissante que le génie philosophique ait jamais enfantée, parce qu'elle condense, coordonne, systématise tout ce que l'esprit

APERÇUS DIVERS

scientifique a produit dans tous les temps et dans tous les domaines, et surtout parce qu'elle n'est, dans son ensemble, qu'une représentation, fidèle et grandiose, de la réalité (in La Philosophie positive, 1904).

Emile Corra, Directeur du Positivisme.

II y a 60 ans que je connus l'existence du Positivisme en lisant un article de M. Littré dans l'ancien National ; ma foi de chrétien, vive et sincère jusque-là, fut aussitôt ébranlée et, après quelques hésitations, guidé à la fois par la raison et le sentiment, je renonçai à l'absolu, à ses systèmes et à ses œuvres ; j'avais compris, j'étais pour toujours désabusé... En ce temps-là, étant encore au lycée, je discutais avec mes amis dont plusieurs sont devenus des maîtres écoutés dans le monde de la pensée ; je n'étais guère compris, car tous, étrangers à l'esprit positif, restaient enlisés dans les dogmes absolus des religions et surtout de la métaphysique. J'étais pour eux le Barbare, n'étant pas compris ; mais, peu à peu, j'ai vu leurs idées se modifier : j'ai constaté que leur Génie tremblait devant celui qui m'inspire. Tous, à des degrés divers, se sont rapprochés de moi, troublés, incertains, inquiets de l'avenir, alors qu'ayant pris la meilleure part, j'avançais d'un pas suret ferme dans la voie où l'humanité progresse (1903).

D' E. Delbet,

Député au Parlement Français, Directeur du Collège libre des Sciences sociales.

La part de Claude Bernard, sur le terrain de la doctrine, se réduit notablement, il faut bien l'avouer, si l'on veut rendre équitable celle d'Auguste Comte. On ne peut pas accuser celui-ci de rester confiné dans la métaphysique. Il s'établit fermement et reste dans l'enceinte de la science ; il sait à la fois poser de solides principes scientifiques et s'y maintenir dans l'application. Il soumet, lui aussi, tous les phénomènes à des lois invariables ; il réclame des explications positives de ces phénomènes, ce qui veut dire la détermination des conditions qui les produisent, en rejetant, comme Cl. Bernard encore, la recherche du pourquoi, des causes premières et des avises finales . Comme ce dernier enfin, il considère tous les actes de la vie organique comme essentiellement physico-chimiques en tenant compte des milieux extérieurs et intérieurs, et en reconnaissant la nature spéciale des propriétés des tissus vivants. Tous les principes essentiels de la doctrine de Cl. Bernard sont là ».

Dr Dechambre.

(/;i article Déterminisme du Dictionnaire Encyclopédique des Scieiues médicales).

A. COMII:, p. LAFIITTE, LE POSITIVISME ,7

M. Léon Bourgeois - en adoptant pour la Morale les bases conventionnelles (ou plus exactement relatives), que le fondateur du Positivisme a données à toutes les sciences, en se refusant à connaître les sources inétaphysiques du bien ou du mal, en fondant l'unité de doctnne qu ,1 souhaite dans l'éducation morale de ce peuple, sur une décisive constatation, limitée par un postnlatmn : « l'idée du bien existe, et comme l'a dit un grand philosophe français, cette idée est un fait, et ce fait est une force . s'est montré, en cette occasion, comme oujours. 1 un des hommes du présent qui savent le mieux interpréter la logique d A. Comte, et en appliquer les grandes déductions (1891).

Henri Deloncle.

(in Le Siècle).

Sans me Hatter d'une stricte orthodoxie, je crois pouvoir avouer sans reserve mon admiration pour celui que Gambetta appelait le plus grand ,«:nseur du siècle. Je l'aime pour sa vaste compréhension du monde, pour sa sympathie si chaude, si active. Je l'aime, parce que nul, a un plus haut degré, ne m'a, comme lui, donné l'intelligence du rôle de la Prance dans les destinées du globe; de « cette grande crise „ conclusion nécessaire de l'effort intellectuel du xvme siècle ; de la synthèse à la fois scientifique et religieuse où notre pavs sera le premier appelé et dont le génie aimant et haut de notre'maitre a tracé les avenues. C'est â la méthode d'Auguste Comte que bien des hommes de ma génération doivent de professer les résignations nécessaires comme aussi les orgueils légitimes. Il nous a tout fait aimer parce qu il nous a tout lait comprendre (in Lettre au Dr C. H.).

Deluns-Moxt.\ud, ancien .Ministre des Travaux puMics.

TémoH, ému de la crise mentale et morale amenée par la dissolution de 1 ordre social antérieurà la Révolution, c'est A. Comtequi accompht cet incomparable effort derepenser tout lesavoir deson temps, d'élargir le domaine des connaissances positives au point de l'étendre jusqu'aux limites des phénomènes accessibles à l'observation, d'en présenter alors la synthèse puissante, débarrassée de tous les éléments étrangers à la science, et élevé lui-même par cette élaboration à la pleine maturité de la pensée, de proposer à l'adhésion du monde savant une philosophie qui fut un gage définitif d'unité et de paix pour les esprits et qui donna un fondement solide et l'efficacité la plus étendue au système de réorganisation sociale auquel s'attachait sa pensée. . .

La critique moderne aura la noble joie d'avoir préparé la justice pour le penseur qui fut le représentant sans égal du génie organique

APERÇUS DIVERS

A. COMTE, P. LAFFITTE, LE POSITIVISME

de la France et l'un des plus humains des Jjommes représentatifs de ce siècle et de tous les siècles (1900). . .

La pénétration de la Philosophie positive dans le haut enseignement ne pouvait manquer de se produire en Belgique. C'est qu'en effet, dès i8u on vit s'instituer à Bruxelles une Université libre, fondée sur le principe du libre examen. . . . Dès 1864, le Recteur, M. Hannon. Professeur de Botanique, consacrait son discours rectoral à la philosophie positive et lui donnait une large adhésion. . . . L'un de nos plus illustres savants, Ch. Houzeau, qui fut titulaire d'un cours de cette même Université, dans son admirable Introduction à l'Histoire de V Astronomie, a confirmé d'une manière éclatante, la loi du développement de l'esprit humain, dont A. Comte a fait la clef de voûte de son édifice

philosophique j r- •^

Mais c'est dans le domaine de la Sociologie que 1 influence de Comte lut à la fois la plus étendue et la plus profonde, et s'exerça sur les esprits les plus constamment préoccupés de la transformation économique de la Société. Tel, par exemple, le Dr César de Pœpe, le plus illustre, le plus éclairé des représentants du prolétariat belge, et dont les écrits témoignent de l'influence profonde de l'enseignemem d'A. Comte. . . . Cest à l'Université libre de Bruxelles qu'en 1890. M. G. de Greef, le plus remarquable de nos sociologistes, institua le premier cours de sociologie; malgré l'originalité incontestable de ses vues, il s'est toujours fait gloire d'être un disciple de Comte. ... A son œuvre concourent périodiquement des philosophes, des savants, sociologistes éminents des divers pays civilisés, comme de Roberty, comme Kovalewski, Enrico Ferri, Kozlowski. Tous se rattachent à A. Comte par une fil'iation dont ils sont fiers, mais tous revendiquent aussi une large indépendance (1902). ^^^^^^ ^^^^^^

Professeur et ancien Recteur de l'Université libre de Bruxelles. Membre de l'Académie royale de Bruxelles. Député au Parlement belge.

Ses idées géniales et sa méthode scientifique se sont imposées

avec* une singulière puissance à l'adhésion de ceux qui, depuis une quarantaine d'années, ont dirigé, dans notre pays, l'opinion ou les affaires publiques. Gambetta et Jules Ferry ont déclaré plus d'une fois la prédilection qui les inclinait vers ces idées et vers cette méthode. Grâce à ces deux hommes d'État, le positivisme français, accueilli et développé par les premiers penseurs de l'Angleterre, répandu par une continuelle infiltration, dans les œuvres de nos historiens, de nos légistes, de nos sociologues, se manifesta dans le domaine de l'action.

Gaston Deschamps.

(in Le Temps).

Les vues élevées dont sa vie et son œuvre nous ont donné l'exemple ont exercé une influence bienfaisante sur le développement intellectuel et social, économique et moral de tous les peuples de l'Humanité actuelle. — L'esprit positif, la méthode rigoureuse, le travail de détail, auxquels il a ouvert des voies nouvelles, se sont transportés dans la philosophie anglaise et allemande contemporaines, et ont grandement contribué à l'évolution des idées modernes et au progrès de tous les peuples. Ainsi, c'est A. Comte qui a mis le terme à l'anarchie mentale et qui a imprimé son caractère essentiel à la pensée contemporaine (1907).

François Drtina,

Professeur de Philosophie à l'Université Tchèque de Prague. Directeur de la Revue Oskra Mysl.

Le Positivisme accepte complètement et fait sien le principe de la destination sociale de la richesse; mais tandis que le Socialisme cherche sa solution dans un régime où la loi établira une égalité obligatoire, le Positivisme cherche la sienne dans la constitution d'un régime où les inégalités de plus en plus développées concourront librement au but proposé, sous la direction d'une doctrine commune qui ne peut être aujourd'hui que scientifique. Le Socialisme fait appel à la force, le Positivisme à l'opinion. Le Socialisme aborde le problème de front, le Positivisme tourne l'obstacle. Le Socialisme bouleverse de fond en comble notre organisation sociale et attend le progrès d'une révolution; le Positivisme ne bouleverse rien, mais, suivant cette loi démontrée par toute l'histoire que le progrès n'est que le développement de l'ordre, il veut que, dès aujourd'hui, on demande à l'ordre existant les moyens de réaliser le progrès (in Le Positivisme et la Question sociale, 1898).

Dr Paul Dubuisson,

Médecin en chef à l'Asile Sainte-Anne Directeur des Archives d'Anthropologie criminelle.

Voilà la raison pour laquelle nous terminons la liste des penseurs de premier ordre par l'appréciation d'un philosophe remarquable, le seul qui, parmi les philosophes français du xixe siècle, mérite l'attention, et dont nous n'hésitons pas à joindre le nom à ceux de Bruno, de Descartes, de Spinoza, de Locke, de Hume, de Kant et de Schopenhauer...

Comte est celui parmi les philosophes qui s'est le mieux conformé A la manière de penser propre aux sciences naturelles, et l'on se rend compte qu'un physiologiste comme Claude Bernard ait pu prendre son

APERÇUS DIVERS

point de départ dans le Positivisme et y baser ses réflexions méthodiques sur les principes d'investigation et sur la doctrine de sa spécialité.

Dr E. DUHRING,

Professeur de Philosophie et d'Economie Polilique à l'Université de Berlin.

Je viens associer ici le gouvernement de la République à l'hommage que ses concitoyens rendent au penseur, au républicain à la conscieïice élevée et droite que fut Pierre Laffitte...

Le gouvernement de la République, en s'associant aux amis de P. Laffitte pour célébrer sa mémoire, accomplit un acte de justice, et il est heureux de saluer le penseur qui ne voulait pas séparer le progrès de l'ordre, ni son amour de l'humanité de l'amour de la patrie.

Je ne m'attarderai pas dans Texamen des théories d'A. Comte, T illustre fondateur du Positivisme.... Mais il appartient au républicain et à l'homme politique, de rappeler ce qui fait encore aujourd'hui sa vertu et sa portée ; c'est que le Positivisme est avant tout une philosophie sociale. Il est le premier essai tenté pour fonder une science, celle qui aujourd'hui passionne peut-être le plus la démocratie : la science de la société, la sociologie. La gloire d'A. Comte est de l'avoir inventée ; celle de Pierre Laffitte a été de la répandre et de la faire passer

dans les faits (50 juillet 1903).

Duj ardix-Beaumetz,

Sous-secrétaire d'Etat aux Beaux-Arts,

Mais si Comte manqua d'invention au sens exact du mot, on ne saurait trop répéter qu'il fut admirable d'intelligence et de génie dans l'exécution. Saint-Simon n'avait tait qu'esquisser un progrannne. Comte eut l'immense mérite de le développer et de le remplir ; il ouvrit toutes grandes les portes du Système aux idées de Bichat, de Gall, de Blainville et à la science de son temps qu'il connaissait bien ; il fonda la sociologie. Saint-Simon n'aurait jamais pu écrire ni le Cours de Philosophie positive, ni le Système de Politique positive, ni aucune des oeuvres de Comte...

L'honneur de cette fondation (de la philosophie positive) revient donc à Comte ; originalité à part, il dépasse infiniment son maître par toutes les qualités de méthode, d'érudition solide, de mise en œuvre savante, de vigueur et de cohérence (in Psychologie de deux

Messies, 1905).

Dr Georges Dumas,

Chargé du Cours de psychologie expérimentale à la Faculté des Lettres de l'Université de Paris.

A. COMTE, P. LAFFITTE, LE POSITIVISME

Je viens de lire l'appréciation du Moyen-Age dans le cinquième volume de la Philosophie positive, et, à ma surprise, peu de chapitres m'ont paru plus remplis d'idées lumineuses. Je suis heureuse de les y puiser

J'ai été fort émue par le Discours Préliminaire

Après déjeuner, nous nous sommes mis à lire la Politique — Georges un volume et moi l'autre. — Nous nous interrompions à chaque instant pour échanger des questions et des remarques. Ces études matinales m'ont laissé, pour le reste de la journée, dans un état d'enthousiasme et de chaleur morale, qui est une sorte de utilien subjectif pour le sublime : entre la mer et le ciel. M. Lewes est converti à la plus chaude admiration sur le chapitre du langage, au troisième volume. Il y a trois ans, il lui était passé inaperçu. Pour moi, le premier chapitre du quatrième volume est parmi les plus beaux, et c'est le mieux écrit. Ma gratitude croît sans cesse pour la lumière que Comte a projetée sur ma vie.

George Eliot.

(in Correspondance).

Durant sa maladie, je lui lus à haute voix, entre autres livres, le Discours Préliminaire^ traduit par le D»" Bridges. Ce volume était tout spécialement de ses favoris. Elle se délectait à m'en donner connaissance. Pour tous les écrits de Comte, elle avait un sentiment de haute admiration, d'intérêt intense et d'une très profonde sympathie. Je ne me souviens pas de l'avoir entendue parler d'un auteur avec une plus profonde gratitude pour l'illumination qu'elle lui devait. Sa grande dette pour lui fut toujours confessée avec reconnaissance... Son attitude au regard de Comte, fondateur d'une nouvelle religion, ressort des références et allusions de sa correspondance, et de ce fait que, durant plusieurs années et jusqu'à sa mort, elle souscrivit au Subside Positiviste...

J. W. Cross.

(in La Vie de George Eliot, par son mari).

Comte mérite une immense dette de gratitude pour avoir exposé et fait ressortir l'importance pratique du règne universel de Tordre, lequel, quoique les positivistes ne le voient pas, est l'expression d'une volonté toute puissante et parfaitement intelligente

Révérend Lloyd Engstrom.

Congrès de l'Église Anglicane (1888).

Le premier, A. Comte a cherché à fixer d'une manière systématique l'objet et la méthode de la science sociale, et il Ta fait de telle sorte

APERÇUS DIVERS

A. COMTE, P. LAFPITrE, LE POSITIVISME

que, depuis, cette tentative n'a jamais été renouvelée à l'étranger, si ce n'est à partir de lui et, en quelque sorte, sous les auspices de son nom.

Alfred Espinas,

Professeur à la Sorbonne.

Renan avait du Positivisme non seulement les parties négatives, l'exclusion du surnaturel, de l'irrationnel, du non prouvé, mais les affirmations aussi, et les confiances. Il croyait au progrès indéfini par la science. Il croyait, etc.. ; c'étaient là des idées toutes positivistes, les idées de Comte repensées par un théologien subtil, et exprimées par un homme qui savait écrire, très bien écrire, et peut-être écrire trop bien (1892).

Ramasser des faits et en tirer quelques lois plus ou moins certaines et toutes relatives, voilà le droit et voilà aussi le devoir du philosophe. Taine ne voyait rien et se refusait de rien voir au delà. C'est qu'il était un philosophe positiviste, un positiviste pur, un positiviste sans mysticisme... (1893).

Comte et son siècle, ce devrait être le titre du dernier livre de M. Alfred Fouillée, intitulé : Le mouvement positiviste et la conception sociologiste du monde. Ce que ce livre démontre le plus, c'est qu'Auguste Comte n'est ni plus ni moins que le roi de la pensée au xix« siècle. Il est un monument élevé à la gloire de notre grand philosophe, de celui ' que nous pouvons opposer, je veux dire égaler, à qui que ce soit des philosophes d'Allemagne ou d'Angleterre, de celui que la postérité considérera sans doute comme la plus haute gloire française du xix« siècle. ... — M. Fouillée ne lui marchande point, du reste, l'admiration, la vraie, celle qui n'est pas un « amas d'épithètes » , mais amas de preuves démontrant l'étonnante influence qu'A. Comte a exercée si vite et qu'il garde encore, et qui, à mon avis, malgré les apparences, ne fait que croître....

Il n'y a jamais eu d'esprit plus pénétré de comtisme que Guyau. Guyau est le fils spirituel d'A. Comte. C'est un Comte poète, ce qui fait une grande diflérence, je l'accorde ; et un Comte qui sait écrire..., mais c'est un Comte meduîlitus.... Disons populairement qu'il avait Comte dans le sang.... (in Revue bleue du 8 août 1896).

Ce n'est pas à dire que l'influence de Comte n'ait pas été très grande. Elle a été immense. Adopté presque entièrement par Stuart Mill ; s'imposant, quoiqu'il en ait dit, à Spencer.... ; dominant d'une façon presque tyrannique la pensée de Renan en ses premières démarches, comme on le voit par V Avenir de la Science ; inspirant, jusque dans ses détails, l'enquête philosophique, historique et littéraire de Taine ; se

combinant avec l'évolutionnisme, qui peut être considéré comme n'en étant qu'une transformation, le système de Comte a rempli toute la seconde moitié du xix« siècle, et on l'y rencontre ou tout pur, ou à peine agrandi, ou légèrement redressé, ou un peu altéré, à chaque pas que l'on fait dans le domaine de la pensée moderne. \\ a rendu d'éclatants services à l'esprit humain.... Sa pénétration, son intelligence, à force de tout comprendre, l'a conduit à tout aimer, sauf ce qui est décidément trop étroit, trop négatif, exclusivement polémique, et un esprit de haute impartialité règne dans toute son œuvre....

C'est quelque chose, surtout, que de faire penser, et A. Comte est merveilleux pour cela : c'est le semeur d'idées et l'excitateur intellectuel le plus puissant qui ait été en notre siècle, le plus grand penseur, à mon avis, que la France ait eu depuis Descnrtes (in Les AnnaL polit iq.

et littér. du 8 sept. 1907).

Emile F.\guet,

Professeur à la Fiiculté des lettres de Paris. Membre de l'Académie française.

La grande et noble figure d'Auguste Comte n'a pas de plus sincère admirateur que moi (in Lettre au D»" C. H.).

Maurice Falre, Sénateur, Ancien Vice-Président de la Chambre des Députés.

En présence de l'impuissance du négativisme, révélée par l'ensemble du passé historique, les vrais sociologues doivent donc se préoccuper de la création d'une nouvelle synthèse religieuse qui coordonne toutes les forces existantes, car, en tant que produit et aptitude humaine, la religion, comme la poésie, la science, l'industrie et la politique, ne meurt pas, mais se transforme, d'accord avec les conditions du milieu. Le terme religion, ainsi que l'indique Comte, est un des mots de l'idiome humain qui soit le mieux constitué ; il a la double signification de reglei-f de discipliner les aptitudes individuelles, et de relier, de lier les individus afin d'en former un tout collectif et homogène

Comte, le penseur qui a contribué le plus à donner une direction aux conceptions du xix* siècle, et qui a apporté le plus de lumière sur l'ensemble de nos destinées, a formulé son hypothèse religieuse, dans laquelle la Providence concrète, réelle et immédiate de l'homme, est l'Humanité dont ce dernier dépend comme une cellule et dont il reçoit et son caractère et s^a, aptitude morale et physique. . . . (1904).

Dr J. Alfredo Ferreira, de Buenos-Ayres.

La doctrine d'Auguste Comte fit son chemin dans le grand silence qui suivit [le coup d'État] ; c'est quelque chose au lendemain des

APLRÇUS DIVERS

A. COMTE, P. LAFFITTE, LE POSITIVISME

grandes déroutes de la liberté politique, et, dans les heures de doute et de ténèbres qui les suivent, d'apporter avec soi la théorie du progrès, et de relever, par la science, les esprits que l'action a mis à terre. .... 11 me souvient de l'eflfet immense produit dans cette crise morale, par

la lecture du Discours sur l'Ensemble du Positivisme De ce jour

nous avons su qu'il existe un art social (1867).

La sociabilité, qui n'est pas autre chose que le nom scientifique de la fraternité, la sociabilité est capable de se suffire à elle-même ; cela veut dire que la morale sociale a ses garanties, ses racines dans la conscience humaine, qu'elle peut vivre seule, qu'elle peut enfin jeter ses béquilles théologiques et marcher librement à la conquête du monde. C'est là votre foi, c'est votre instinct séculaire, et c'est précisément tout le fond du Positivisme. Pour le Positivisme, la morale est un fait essentiellement humain et distinct de toute croyance sur les commencements et la fin des choses. Li morale est un fi\it 'Social qui porte en lui-même son commencement et sa fin ... . Quand on est animé de cette conviction (que l'Humanité progresse constamment, que la charité prend de plus en plus le pas sur Tégoïsme individuel), quand l'Humanité nous apparaît, non plus comme une race déchue, frappée de décadence originelle, et se traînant péniblement dans une vallée de larmes, mais comme un cortège sans fin, qui marche en avant vers la lumière, alors on se sent partie intégrante du Grand Être qui ne peut périr, de cette Humanité incessamment grandie, sauvée, améliorée ; alors on a conquis toute la liberté, car on est affranchi de la crainte de la mort (1877).

Jules Ferry, ancien Président du Conseil des Ministres.

Comte fut le premier qui inaugura un plan de philosophie explicitement basée sur l'élimination de l'anthropomorphisme et l'emploi exclusif de doctrines et de méthodes scientifiques.

John Fiske.

(in The Knv-York frorU, 1871).

Quoiqu'on en pense, c'est incontestablement à Comte qu'on doit le

rapprochement de la science et de la philosophie restée, avant lui,

trop volontiers exclusivement métaphysique, (in Hclx) de Piiris du

30 janv. 1893).

Hexry Fou au 1ER,

ancien Député.

. . . Hst-ce que tous les esprits cultivés de ce temps ne sont pas pénétrés de ces grandes idées qu'A. Comte a renouvelées ou créées et

mises dans un ordre qui les fortifie ? N'est-ce pas ce grand philosophe qui nous a détournés des vaines constructions de la métaphysique ? N'est-ce pas de lui, plus que d'aucun autre, que nous tenons notre confiance dans la méthode expérimentale? N'avons-nous pas appris de lui la généalogie des sciences et les époques du genre humain ? Ne lui devons-nous pas, enfin, l'idée heureuse d'une morale fondée sur la solidarité humaine ? Le positivisme est entré dès aujourd'hui profondément dans la conscience universelle, et l'on ne trouverait pas sur la face du monde un esprit libre qui ne soit tributaire en quelque chose du fondateur de votre philosophie et de ses premiers disciples (11 janv.

Anatole France, de l'Académie française.

G' n'est pas d'aujourd'hui que j'ai reçu l'initiation à cette sévère et sûre méthode dont, tout à l'heure, on rappelait les titres et les services qu'elle a déjà rendus, et qu'elle est surtout appelée à rendre à la cause

de la science en général et de la civilisation française en particulier

Comme on l'a dit, c'est par la vulgarisation de la méthode fondamentale de sa doctrine qu'on pourra arriver à remettre la civilisation occidentale à son vrai rang, sur sa véritable base, et que nous pourrons espérer d'en avoir fini avec les luttes brutales, avec les entreprises violentes ; c'est grâce à cette méthode qu'on ne poursuivra désormais le progrès que par l'éducation systématique et rationnelle des peuples de notre continent, de manière à les amener à ne régler leurs rapports que par les principes communs et par les lois de cette solidarité supérieure qui substitue le règne du droit aux entreprises toujours ruineuses de la force Ce jour-là votre philosophie — la nôtre,

aura vaincu, etc. . . . (1873).

C'est, Messieurs, cette méthode sévère dans son principe, plus sévère encore dans son application, que traçait, au début même de votre Association, le plus grand penseur du siècle. Pourquoi ne le diraije pas ici même, dans cette Sorbonne, longtemps vouée à un autre idéal et à d'autres doctrines, mais qui, grâce à l'effort du temps et au concours d'hommes nouveaux et d'esprits généreux — je me permettrai cet éloge de\'ant le représentant le plus autorisé de l'Université de Paris — se dégage peu à peu des ombres du passé pour regarder vers l'avenir et jeter les bases d'une véritable science positive : cette méthode, sévèrement tracée, plus sévèrement pratiquée, telle a été la philosophie du plus puissant penseur du siècle, comme je le disais, celui dont

les idées pénètrent aujourd'hui partout : d'Auguste Comte ! Le but

suprême, c'est le progrès dont la définition a été donnée par le philo-

APERÇUS DIVERS

A. COMTE, P. LAFFITTE, LE POSITIVISME

grandes déroutes de la liberté politique, et, dans les heures de doute et de ténèbres qui les suivent, d'apporter avec soi la théorie du progrès,

et de relever, par la science, les esprits que Taction a mis à terre .

Il me souvient de l'effet immense produit dans cette crise morale, par

la lecture du Discours sur V Ensemble du Positivisme De ce jour

nous avons su qu'il existe un art social (1867).

La sociabilité, qui n'est pas autre chose que le nom scientifique de la fraternité, la sociabilité est capable de se suffire à elle-même ; cela veut dire que la morale sociale a ses garanties, ses racines dans la conscience humaine, qu'elle peut vivre seule, qu'elle peut enfin jeter ses béquilles théologiques et marcher librement à la conquête du monde. C'est là votre foi, c'est votre instinct séculaire, et c'est précisément tout le fond du Positivisme. Pour le Positivisme, la morale est un fait essentiellement humain et distinct de toute croyance sur les commencements et la fin des choses. U\ morale est un fait "Social qui porte en lui-même son commencement et sa fin.... Quand on est animé de cette conviction (que l'Humanité progresse constamment, que la charité prend de plus en plus le pas sur l'égoïsme individuel),' quand l'Humanité nous apparaît, non plus comme une race déchue, frappée de décadence originelle, et se traînant péniblement dans une vallée de larmes, mais comme un cortège sans fin, qui marche en avant vers la lumière, alors on se sent partie intégrante du Grand Etre qui ne peut périr, de cette Humanité incessamment grandie, sauvée, améliorée ; alors on a conquis toute la liberté, car on est affranchi de la crainte de la mort (1877).

Jules Ferry,

ancien Président du Conseil des Ministres.

Comte fut le premier qui inaugura un plan de philosophie explicitement basée sur l'élimination de l'anthropomorphisme et l'emploi exclusif de doctrines et de méthodes scientifiques.

JOHK FiSKE.

(in The KetU'York U'orUi, 187 1).

Quoiqu'on en pense, c'est incontestablement à Comte qu'on doit le rapprochement de la science et de la philosophie restée, avant lui, trop volontiers exclusivement métaphysique, (in ÈcIh> de Paris du 50 janv. 1893). ' .^

Henry Fouquier, ancien Député.

. . . Est-ce que tous les esprits cultivés de ce temps ne sont pas pénétrés de ces grandes idées qu'A. Comte a renouvelées ou créées et

rf^

mises dans un ordre qui les fortifie ? N'est-ce pas ce grand philosophe qui nous a détournés des vaines constructions de la métaphysique ? N'est-ce pas de lui, plus que d'aucun autre, que nous tenons notre confiance dans la méthode expérimentale ? N'avons-nous pas appris de lui la généalogie des sciences et les époques du genre humain ? Ne lui devons-nous pas, enfin, l'idée heureuse d'une morale fondée sur la solidarité humaine ? Le positivisme est entré dès aujourd'hui profondément dans la conscience universelle, et l'on ne trouverait pas sur la fiice du monde un esprit libre qui ne soit tributaire en quelque chose du fondateur de votre philosophie et de ses premiers disciples (11 janv. 1903).

Anatole France,

de l'Académie française.

Ce n'est pas d'aujourd'hui que j'ai reçu l'initiation à cette sévère et sûre méthode dont, tout à l'heure, on rappelait les titres et les services qu'elle a déjà rendus, et qu'elle est surtout appelée à rendre à la cause de la science en général et de la civilisation française en particulier. . . . Comme on la dit, c'est par la vulgarisation de la méthode fondamentale de sa doctrine qu'on pourra arriver à remettre la civilisation occidentale à son vrai rang, sur sa véritable base, et que nous pourrons espérer d'en avoir fini avec les luttes brutales, avec les entreprises violentes ; c'est grâce à cette méthode qu'on ne poursuivra désormais le progrès que par l'éducation systématique et rationnelle des peuples de notre continent, de manière à les amener à ne régler leurs rapports que par les principes communs et par les lois de cette solidarité supérieure qui substitue le règne du droit aux entreprises toujours ruineuses de la force Ce jour-là votre philosophie — la nôtre,

aura vaincu, etc. . . . (1873).

C'est, Messieurs, cette méthode sévère dans son principe, plus sévère encore dans son application, que traçait, au début même de votre Association, k plus grand penseur du siècle. Pourquoi ne le diraije pas ici même, dans cette Sorbonne, longtemps vouée à un autre idéal et à d'autres doctrines, mais qui, grâce à l'effort du temps et au concours d'hommes nouveaux et d'esprits généreux — je me permettrai cet éloge devant le représentant le plus autorisé de l'Université de Paris — se dégage peu à peu des ombres du passé pour regarder vers l'avenir et jeter les bases d'une véritable science positive : cette méthode, sévèrement tracée, plus sévèrement pratiquée, telle a été la philosophie du plus puissant penseur du siècle^ comme je le disais, celui dont les idées pénètrent aujourd'hui partout : dt Auguste Comte .'.... Le but suprême, c'est le progrès dont la définition a été donnée par le phiio-

APERÇUS DIVERS

sophe émincni qui a tracé votre première charte. Qu'est-ce que le progrès ? Cest h dhehppement de V ordre (1880).

Gambetta,

ancien Président du Conseil des Ministres.

Vive le Positivisme et ses adeptes ! Vive l'Humanité triomphante I Que le nom et les idées d'A. Comte soient le symbole de la fraternité universelle et qu'ils durent tant que durera la vie de la planète sur laquelle vous cherchez à adoucir les souffrances et à répandre la fraternité (1907).

Dr Osman Ghaleb-Bey, du Caire.

Et Comte, indifférent à l'ironie acerbe. D'exemple et de labeur magnifia son verbe, Méprisant le mensonge et les hommages vains, Il ne s'affubla pas de ces titres divins Qui fascinent la foule avide d'auréole ; Homme, il ne voulut pas devenir une idole ; La terre était pour lui le but essentiel ; Il ne leva ses yeux inspirés vers le ciel. Extasié d'en voir la suprême harmonie.

Que pour donner l'essor à son puissant génie. Mais son cœur de mortel n'en battit que plus fort, Sa voix résonna mieux pour stimuler l'effort ; Son esprit positif, éloignant l'impossible. Parla notre langage afin d'être accessible, Et ne s'étant pas mis hors de l'Humanité Il touche de plus près à la Divinité,

Raoul Gin este.

(in Ode pour A. Comte).

Poursuivant l'instauration de cette philosophie positive si dignement représentée au xviiie siècle par Turgot et Condorcet, A. Comte réagit alors heureusement contre la spécialisation sciemifique, qui était des lors un des aspects désolants d'une spécialisation industrielle non moins mcoordonnée ; tout en reconnaissant la nécessité de cette différenciation croissante, il vit fort bien que le remède n'était pas dans une rétrogradation de l'esprit humain vers l'antique confusion des travaux.... Il veut qu'on continue à perfectionner la division du travail ; à cet effet, « il suffit de faire de l'étude des généralités scientifiques une grande spécialité de plus. Qu'une classe nouvelle de savants, préparée par une éducation convenable, sans se livrer à la culture spéciale d'au-

A. COMTE, P. LAFFITTE, LE POSITIVISME

cune branche particulière de la philosophie naturelle s'occupe uniquement.... à déterminer exactement l'esprit de chacune d'elles, à découvrir leurs relations et leur enchaînement, à résumer, s'il est possible, tous leurs principes propres en un moindre nombre de principes communs en se conformant sans cesse aux maximes fondamentales de la méthode positive. Qu'en même temps, les autres savants, avant de se livrer à leurs spécialités respectives, soient rendus aptes désormais, par une éducation portant sur l'ensemble des connaissances positives, à profiter immédiatement des lumières répandues par ces savants, voués à l'étude des généralités et réciproquement à rectifier leurs résultats ». Tel est aussi le but que nous poursuivons, tel est aussi le principe, c'est-à-dire la méthode qui, dans le sein de notre Université, sert de trait d'union entre les diverses doctrines et les diverses spécialités qui y sont librement enseignées et discutées ; la Philosophie positive nous unit tous par un lien commun, sa méthode.... A partir du grand effort philosophique de Comte, l'idéal social, en matière d'éducation, se dégage d'une façon de plus en plus nette.... {U EnseignemenL intégral et la Philosophie positive, 1897).

Guillaume de Greef,

Recteur de V Université nouvelle, de Bruxelles,

Dans l'ordre moral, le rôle de l'épouse acquiert toute sa grandeur... A. Comte nous a invités à « concevoir la famille comme destinée à développer dignement l'action de la femme sur l'homme ». Il a même écrit que « la constitution domestique se réduit à systématiser cette action ». Vue profonde ; car, on ne soulignera jamais assez le rapport qui existe entre la valeur sociale de la famille et la qualité de l'influence exercée par les mères sur les fils, par l'épouse sur l'époux.... (in La Femme et le Positivisme ^ 1905).

Nous sommes pour la femme contre la désorganisation de la famille. Nous la voulons tout ensemble affranchie d'injustes servitudes et chargée de plus grands devoirs, auxquels répondent les plus grands devoirs que nous nous reconnaissons envers elle. Pour elle nous réclamons la sécurité de son existence, le respect de sa personne, la culture rationnelle et l'épanouissement de ses facultés, la stabilité de son foyer, l'élargissement de sa fonction domestique et de son rôle social, lequel est, avant tout, un ministère d'éducation, de contrôle moral, de bonté suggestive et réparatrice. Et si nous entendons bien qu'elle puisse assurer et défendre sa vie sous le poids des nécessités actuelles et trop souvent contre l'inconscience de l'égoïsme masculin, nous souhaitons ardemment un état de choses ou les deux moitiés du genre humain

APERÇUS DIVERS

A. COMTE, P. LAFFITTE, LE POSITIVISME

réaliseront d'accord, par l'harmonie des diversités complémentaires, leur bonheur propre et le bien commun. (8 sept. 1907).

P. Grimanelli,

Ancien Directeur des Services péniteutiaireSi

Le mouvement positiviste dont A. Comte a été l'initiateur, gagne, depuis une génération, sous des formes diverses, le domaine tout entier de la philosophie, de la science, de la littérature, de la politique — De tout cela, il ressort clairement qu'A. Comte est bien

le véritable fondateur du Positivisme. C'est bien lui, en effet, qui a donné la première et la plus énergique impulsion à ce courant positiviste si répandu de nos jours, et qui a joué le rôle prépondérant dans le grand mouvement intellectuel qui, plus que tout autre, caractérise notre époque....

En tout et partout, Taine se montre essentiellement positiviste. . . . (1893).

Les manifestations politiques des positivistes anglais ne se sont pas bornées à l'Angleterre : elles ont retenti, et même assez bruyamment, à l'étranger, à l'occasion de la guerre franco-allemande de 1870-71. Congrève donnait l'exemple par une affiche placardée sur les murs, dans laquelle il évoquait les sympathies de Londres en faveur de la France. Dans la Fornitghtly Rnnew, Harrison condamnait la « guerre barbare que l'Allemagne faisait à la France ». Le Professeur Beesly faisait appel aux ouvriers de Londres. Hutton publiait un travail, composé à un point de vue plus général, mais dont l'objet était le même. — A propos de cette intervention des positivistes, Karl Blind (in Gegeniuart, Berlin, 22 mars 1875), dit que le petit groupe des comtistes, minorité fort active du reste, adopta, durant la guerre, une attitude hostile à l'Allemagne ; qu'ils étaient soutenus en cela par les chefs de la classe ouvrière qu'ils avaient su gagner ; qu'ils voulaient, à tout prix, empêcher la ruine complète de la France, parce que, pour eux, la France est la lumière de l'Europe et le sanauaire delà nouvelle religion sociale...

Le passage suivant de l'un des journaux radicaux les plus influents de Christiana (Verdens Gang) montrera avec quelle conviction le Positivisme est accueilli et célébré dans le nord de la péninsule Scandinave. « Comte », y est-il dit, * exerce sur les classes dirigeantes et sur les masses une influence extraordinaire, telle que nul autre penseur n'en a jamais exercé une semblable. Une génération s'est à peine écoulée depuis qu'il est descendu dans la tombe, pauvre et méconnu ; et voici qu'il règne en maître sur tous les esprits, de ce côté de l'Océan Atlantique comme de l'autre »

Au Brésil, plus que partout ailleurs, la marche des événements et la vie publique tout entière ont subi l'influence du Positivisme... Dans le banquet organisé à Paris, le 15 nov. 1890, en l'honneur des envoyés de la République brésilienne, pour fêter le premier anniversaire de la révolution du Brésil, Teixeira de Souza affirmait que la nouvelle République devait l'existence à deux éléments organisateurs : « les propagandistes (c'est-à-dire les journalistes et orateurs positivistes) et les citoyens de l'armée et de la marine chargés du maintien de l'Ordre et de la défense nationale (c'est-à-dire les officiers formés et inspirés par le positiviste Benjamin Constant)». Dans ce même banquet, auquel prirent part les membres des ambassades et légations américaines et de nombreux délégués — entre autres Zorilla — Laffitte ajouta, aux applaudissements des convives, que cette révolution pacifique avait été dirigée par le Positivisme. Le drapeau brésilien porte même la devise comtiste de l'organisation sociale positiviste : Orden e progressa (Ordre et Progrès)

La Revue madrilène Rivista contemporanea prend, dès 1876, parti pour le Positivisme, dans un article paru sous ce titre : El Positivismo y la civilisa:(ion . En 1886, Oct. Lois expose, ex professe, le Positivisme dans son livre : Lo Accessihile y lo Inaccessihile (Madrid).

En 1 879, une Revue bi-mensuelle- paraît à Porto : O Positivismo. . . .

Au Chili, le professeur Lastarria, devenu Ministre de l'Intérieur, introduit le Positivisme dans la politique

A la Havane, Enrique José Varona, professeur à l'Université (1879- 1888) publie une série de travaux inspirés par le Positivisme. . . . i

En Roumanie, B. Conta, Professeur de Droit à l'Université de Jassy et fervent admirateur de Comte, travaille activement, depuis 1875, à la propagation du Positivisme. . . .

Il n'est pas jusqu'à l'Université de Tokio, capitale du Japon, où le Positivisme ne soit enseigné

Le R. P. Gruber. S. J.

(in A. Comte, fondateur du Positivisme, sa vie et sa doctrine et Le Positivisme dtpuis Comte jusqu'à nos jours (1895), traduction française par l'abbé Pli. Mazoyer.

Je viens de lire. Monsieur, avec un véritable et pressant intérêt, le petit volume que vous avez bien voulu m'envoyer {Plan des Travaux scientifiques nécessaires pour réorganiser la Société). Permettez-moi de ne pas vous en dire aujourd'hui autre chose, sinon que j'ai beaucoup à en dire. Peu de livres produisent sur moi cet effet ; ils sont en général si vides, et le vôtre est plein. Le monde se traîne dans de sales ornières où il se trouve fort mal et hors desquelles cependant il ose à

APERÇUS DIVERS

peine porter sa vue. Vous en êtes sorti et avez atteint d*un seul élan beaucoup de vérités. Je serais fort aise d'en causer avec vous quand il vous conviendra. ]* adopte à peu près tous vos principes; je crois seulement qu'il y en a encore d'autres qui doivent entrer dans le cadre. Je vous proposerais mes doutes.... (19 avril 1824).

Je regrette plus que je ne puis le dire, Monsieur, de ne pouvoir

assister demain à l'ouverture de votre cours Je ferai tout pour

être plus libre mercredi prochain ; je suis malheureusement trop occupé pour pouvoir me permettre d'assister régulièrement à vos leçons ; mais je tiens absolument à vous entendre quelquefois. Quelles que puissent être les différences de nos opinions, vous êtes Monsieur, du petit nombre d'hommes avec lesquels on sympathise toujours, et j'aurais bien plus de plaisir à discuter avec vous qu'à être pleinement approuvé de tant d'autres (i" avril 1826).

Quels sont vos jours et vos heures ? Je tâcherai du moins d'aller vous entendre ? Je sais ce que valent vos idées, même celles que je ne partage pas... (11 déc. 1826).

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