‹ La vie et l'ouvre de Auguste Comte et de Pierre Laffitte [microform]Chapitre 4 sur 9 · V. E. PÉPIN, (in la Science morale · texte numérisé non relu

V. E. PÉPIN, (in la Science morale

Dans tous les actes de sa vie publique, M. Léon Bourgeois s'est affirmé le brillant disciple d'A. Comte. Il a le sens et la méthode de la philosophie positive. On ne trouvera pas mauvais que nous le félicitions ici d'une mesure tout à fait dans les vœux de l'éminent homme d'Etat, notre directeur politique (Jules Ferry), qui fut à la direction des affaires, l'un des premiers à appliquer les principes d'observation scientifique recommandés par le Positivisme (in ri;5/fl/l?//d du 2 février 1892).

Abel Peyrouton,

Rédacteur en Chef de VEstafette.

Laissez-moi vous dire, Messieurs, que notre jeune marine est digne de votre sympathie et de votre cordialité.

Le drapeau qu'elle conduit partout et que nous aimons profondément, a une inscription superbe, que nous devons au génie le plus puissant de votre philosophie et au cœur le plus noble et le plus généreux qu'ait vu naître votre beau et grand pays de France.

La formule « Ordre et Progrès » que vous lisez sur notre drapeau, nous la devons à votre A. Comte ; j'allais dire à notre A. Comte, car s'il appartient à la France par son berceau, il appartient à l'Humanité tout entière par la profondeur de son génie et par sa grandeur intellectuelle et morale, (in Discours adressé à la Municipalité et à la Oiambre de Commerce du Havre, h 22 octobre i^oô, à l'occasion de la réception du Croiseur- École, le Benjamin-Constant).

Dr G. DE TOLEDO PiZA E AlMEIDA, Ministre du Brésil à Paris.

Ce que je veux dire, c'est qu'il ne m'est pas possible de considérer le Positivisme comme une doctrine religieuse (théologique).

D'après le fondateur de la Philosophie positive et d'après le chef actuel de l'École, M. Laffitte, le Positivisme entend simplement donner satisfaction aux instincts religieux de l'Humanité.

APERÇUS DIVERS

A. COMTE, P. LAFFITTE, LE POSITIVISME

U est impossible, selon moi, de contester que le Positivbme est une' véritable doctrine scientifique, A. Comte n'a-t-il pas écrit : « La science reconduit Dieu avec honneur jusqu'à ses frontières, en le remerciant de ses services provisoires ». Est-il admissible qu'une telle philosophie soit représentée comme une philosophie religieuse?...

Le mouvement positiviste, Messieurs, est une grande tentative de l'esprit humain ; elle mérite assurément d'être encouragée. A. Comte a été un des initiateurs du mouvement scientifique moderne. Il a contribué, pour une large part, à donner le goût des études économiques ; il a laissé des travaux qui font honneur à la science française (in Compte-rendu de la séance du Conseil municipal de Paris du 28 déc. i88s).

Stéphane Pichon,

ancien Conseiller municipal de Paris, Ministre des Affaires étrangères.

La science , suivant A. Comte, a pour objet, comme Bacon l'a

dit, soit de nous rendre maîtres de la nature, soit du moins de nous en rendre indépendants. Les choses qui dépendent de nous, elle doit nous mettre en mesure de les modifier selon nos convenances ; les choses qui ne dépendent de nous en rien, elle doit nous apprendre à les prévoir, du moins, afin de régler, en conséquence, notre conduite. Or, pour ce double usage, il suffit que nous connaissions la seule chose précisément qu'il soit en notre pouvoir de connaître, ç'est-à-dire dans quelles circonstances chaque phénomène se produit....

Le positivisme trouva encore plus de faveur en Angleterre qu'en France ; il y fut porté principalement par M. George Lewes. M. Stuart Mill en adopta les principes, et on les retrouve dans les écrits de M. Bain, de M. Bailey, de M. Herbert Spencer

M. Taine, en 1863, a publié, dans la Rei'ue des Deux-Mondes, un travail intitulé t Le Positivisme anglais », étude sur Stuart Mill. Dans ce travail, il expose, en les confirmant de son assentiment, les théories qui sont la base du positivisme Les causes des faits ne sont, suivant lui, comme suivant A. Comte, que d'autres faits....

Comme tous ceux qui se nomment positivistes, et comme tous ceux qui prétendent tirer toutes nos connaissances des données seules des sens, M. Claude Bernard proclame que rien d'absolu ne nous est accessible et que nous ne pouvons connaître que les relations qu'expriment les phénomènes. Trouver les lois de ces relations en y comprenant les déterminations précises des quantités, c'est à ses yeux le but où se termine toute science. Cest, comme l'a dit A. Comte, tout ce qu'il faut,

soit pour prévoir les phénomènes, soit pour les modifier à notre usage, (in Rapport sur la Philosophie en France, au X/X« siècle).

Félix Ravaisson, de l'Institut.

Au milieu de cette décadence générale de la philosophie et de la pensée, un seul homme avait conservé les traditions du grand siècle. Génie puissant, quoique inégal, Auguste Comte sut résister au courant et osa seul arborer cette devise, synthèse des véritables doctrines de l'Encyclopédie et de la Révolution : c Réorganiser sans Dieu ni roi ». Mais hélas, il parût comme l'apôtre prêchant dans le désert et ne fut compris que par un petit nombre de fidèles. Puis deux circonstances éloignèrent de l'École positiviste beaucoup d'esprits indépendants : d'une part l'admiration mal entendue et certainement exagérée du Maître pour le Catholicisme — effet presque fatal, résultant de l'influence du milieu ; de l'autre, l'intolérance d'un de ses disciples les plus en vue, devenu bientôt, d'ailleurs, un dissident et un ennemi

Enfin, il n'est pas jusqu'au Positivisme qui n'ait subi depuis ce moment, une évolution tendant à le rapprocher du Matérialisme scientifique, et à le rendre accessible, par conséquent, à tous les hommes de cœur et de bonne volonté. Sans doute, il faut faire ici une large part à l'influence exercée par le chef éminent qui est aujourd'hui à la tête de cette École. M. P. Laffitte est en train, selon moi, de faire subir à la doctrine une transformation non moins considérable que celle qui fut opérée par Paul dans le christianisme de Jésus. C'est lui, pour le signaler en passant, qui, en faisant allusion au plus grand homme d'État français en ce siècle, et dont la Patrie en deuil déplore la perte, à jamais lamentable, c'est lui qui siécriait : « Il faut s'habituer aujourd'hui à regarder la croyance en Dieu comme incompatible avec toute haute fonction politique ».

Albert Régnard.

(in Préface de la traduction de a Force et Matière », de Buchuer).

Je ne suis pas en situation de rendre pleine justice à M. Comte. Je ne puis cependant m'empêcher d'être ému quand je vois tant d'hommes de valeur, en France, en Angleterre, en Amérique, accepter ce nom comme un drapeau. Avec l'habitude que je peux avoir des choses de l'esprit humain, je suis amené à croire que M. Comte sera une étiquette dans l'avenir, et qu'il occupera une place importante dans les futures histoires de la philosophie... (in Réponse académique à Pasteur).

Ernest Renan, de l'Insritut,

Directeur du Collège de France.

APERÇUS DIVERS

Cette « réorganisation totale », à la fois théorique et pratique, qui pourrait mettre un terme au malaise de l'Occident, A. Comte était le seul de tous les penseurs de l'époque en mesure d'en indiquer la direction générale et les éléments fondamentaux, non point à l'aide d'aperçus vagues, produits d'une métaphysique épuisée, mais avec l'appui de la science transformée en philosophie. Préparé par ses méditations comme par ses travaux antérieurs à ce grand devoir social, il n'hésita pas à le remplir malgré les obstacles qu'une agitation politique presque délirante pouvait mettre à la concentration de la pensée. Au milieu de la fièvre générale, pendant que l'émeute grondait dans la rue (1848), il sut conserver son sang-froid pour écrire ces pages inoubliables où il traça, en un style d'une clarté rare et avec une éloquence contenue, l'esquisse du « vrai caractère de la doctrine régénératrice ». Cette doctrine s'y trouve « successivement appréciée sous tous les aspects principaux, en passant, d'après un enchaînement toujours naturel, d'abord de sa fondation philosophique à sa destination poHtique, delà à son efficacité populaire, puisa son influence féminine, et enfin à son aptitude esthétique ». Comme couronnement de cet admirable édifice doctrinal, l'auteur expose « la grande conception de l'Humanité qui vient éliminer irrévocablement celle de Dieu, pour constituer une unité définitive plus complète et plus durable que l'unité provisoire du régime initial />.

Le Discours sur VEnsemhU du Positivisme — car c'est bien de lui que je parle — parut en juillet 1848, au lendemain de cette terrible insurrection qui couvrit Paris de sang et de ruines. Il s'adressait à tous, gouvernants et gouvernés, mais plus spécialement à la masse prolétaire qui venait d'acquérir brusquement, sans préparation aucune, ses droits politiques Ce livre fit sur tous ceux qui le lurent, la plus profonde et la plus durable impression, (in Un Chapitre de l'Histoire du Positivisme, 1902).

Dès 1889, "^ professeur du Rèal^ymnasium de Hambourg avait publié un résumé du Cours de Philosophie Positive, dont il avait, en quelque sorte, extrait la mœlle. L'auteur fait bien quelques réserves^ mais elles ne s'adressent qu'à des points secondaires. Quoiqu'il en soit, le travail de M. Maximilian Brut, fait avec soin et clairement écrit, a dû contribuer, pour une large part, à la pénétration. . . des conceptions de la philosophie positive en Allemagne.

D' Ant. Ritti,

Médecin en Chef à l'Asile national de Charenton. ^ Directeur des Annales médico-psychologi(}ues.

A. COMTE, P. LAFKriTE, LE POSITIVISME

C'est en 1876 que j*ai commencé à résumer le Cours de Philosophie positive. — Publié en 1881 et épuisé depuis, mon /e^'5«w^' formait 2 volumes in-8. J'ai signé cet ouvrage du pseudonyme ]uhs Rig. Traduit en allemand par Kirchmann, il a été publié à Heidelberg, en 1885. Une autre traduction en langue tchèque a paru à Prague, en 1889.

Je publie aujourd'hui, sous le titre La Sociologie d'A. Comte, le second volume du Kesuwê de la Philosophie positive. — Il ne m'a pas semblé utile de rééditer le premier volume, dont la lecture exige des notions scientifiques, peu familières à certains philosophes. D'autre part, les savants de notre époque se désintéressent trop des études philosophiques. - Enfin, vu le progrès des sciences, l'œuvre de Comte est forcément arriérée. - On est trop porté à faire rejaillir sur l'ensemble de la philosophie positive le discrédit dans lequel sont tombées certaines conceptions de son fondateur. Il faudrait pourtant se rappeler que la théorie des tourbillons, imaginée par Descartes, a laissé intact le Discours de la méthode.

Tant que la science conservera sa méthode d'observation et d'expérimentation, elle ne fera qu'affermir la philosophie positive (1897).

É.MILE RiGOLAGE, Agrégé de l'Université, Ingénieur des Aris et Manuflictures.

Les deux conférences qu'a faites P. Laffitte, en 1890, à la Bibliothèque populaire de Montrouge, sur la Civilisation Islamique, m'ont permis de le connaître plus à fond sur un terrain qui m'est familier. Là aussi, son robuste bon sens, son esprit humanitaire, exempt de préjugés nationaux ou de race, sa tolérance envers la foi des autres, ont augmenté mon admiration pour lui. — J'ai été souvent très frappé en le voyant défendre les intérêts, l'honneur, l'indépendance et le patrimoine historique des Turcs et des Chinois avec autant de chaleur que s'il s'agissait des Français. Il leur rendait le juste hommage qui leur est du, parce que son amour de la patrie ne se séparait pas de son amour de l'Humanité et n'engendrait point chez lui, comme dans certains esprits bornés, la haine, l'esprit de croisade, la négation de toute vertu, de toute qualité, chez les peuples de race ou de civilisation différentes — Régler l'ensemble des relations humaines, établir des rapports amicaux entre l'Occident et l'Orient, était sa préoccupation constante — Ce qui lui permettait surtout d'être juste

dans ses remarquables appréciations historiques, c'est qu'il savait admirablement utiliser la lumineuse méthode que le génie d'A. Comte nous a léguée (1906).

Ahmed Riza,

Directeur du Mechvent, organe de la jeune Turquie, ancien Directeur de l'Instruction publique en Turquie (Brousse).

APERÇUS DIVERS

La philosophie scientifique ou positive est une généralisation suprême des philosophies particulières, comme chacune de celles-ci est une dernière généralisation des faits, des théories, des lois et surtout des méthodes de la science spéciale correspondante. Le sol commun est la science : les philosophies et la philosophie forment les deux constructions superposées qui s'y élèvent et qui sont, chacune à un degré différent et à un titre particulier, nécessitées par les tendances naturelles de notre esprit vers l'unité, la simplicité, l'accord final des

idées entre elles.

De Robertv,

(in La Sociologie).

A. Comte écrit plusieurs pages pour montrer qu'une des conditions du développement de la science, est la liberté de poser des questions, de faire des hypothèses en d'autres termes, et d'en poursuivre la solution à ses risques et périls. Dire qu'il a soutenu le contraire est de pure illusion. Mais il a montré qu'il existe des règles dérivées de l'expérience et de l'induction, qui indiquent parmi les hypothèses celles qui, étant invérifiables, ne sont pas scientifiques. Pour qui sait ce qu'est la science, ce qu'est le savoir qui conduit à prévoir, ce n'est point là poser des barrières autour de la pensée humaine, ni lui dire : tu n'iras pas plus loin.

On voit ce qu'il faut penser de ceux qui parlent du Positivisme comme s'associant à la théologie pour élever des barrières autour de l'esprit humain, quand on entend A. Comte dire que : nulle question ne doit être posée sans mener aune conclusion correspondante; notre esprit ne pouvant se fixer sur un problème sans solution, ce dernier demeure inutile s'il n'est que posé sans être résolu, ne fut-ce qu'à Taide d'une hypothèse provisoire (1877, in Instruction et Éducation).

Charles Robin, Sénateur,

Professeur à la Faculté de Médecine de Paris Membre de l'Académie des Sciences.

Tous les travaux d'A. Comte eurent le même but, celui de relever l'autorité spirituelle déchue en Occident depuis la fin du Moyen-Age, en la rétablissant sur des principes compatibles avec les exigences de l'esprit moderne. Les motifs théologiques de la conduite humaine étant épuisés, il sentit profondément, dès l'abord et, de plus en plus, la nécessité de leur substituer des motifs humains, et d'établir enfin la morale et la politique sur des bases rationnelles inébranlables. — Cette grande pensée domina tellement ses efforts, qu'il ne perdit jamais de vue le but social auquel il aspirait, pendant la longue et' difficile élaboration qu'il dut accomplir pour s'assimiler les matériaux de cette

A. COMTE, P. LAFFITTE, LE POSITIVISME

immense reconstruction, pour les féconder et les coordonner. C'est ainsi que, par un labeur incessant, par une méditation non interrompue et sous l'influence d'un altruisme croissant, il put s*élever de la simple science, par la plus noble philosophie, à la sublimité de la religion ! C'est ainsi qu'après avoir étudié le monde afin de connaître l'Humanité, et celle-ci pour mieux pénétrer le mystère de l'homme, il put, en embrassant la réalité sous tous ses aspects, instituer une synthèse universelle qui, toujours inspirée par l'amour et subordonnée à la connaissance de l'ordre, aboutit partout au progrès (in Notice sur la

Vie et l'Œuvre de Comte).

Dr Robinet,

(Ancien Maire du VI* Arrondissement de Paris),

Il y aurait quelque naïveté à mettre la Libre pensée sous l'invocation d*A. Comte. En proscrivant la métaphysique, ce grand homme que nul n'admire plus que moi, savait qu'il proscrivait la Libre pensée ; il l'a dit, il l'a répété et, admirateur passionné du catl.olicisme et de sa discipline, il s'est donné pour but la restauration de l'autorité spirituelle. (Lettre au Congrès de la Libre Pensée de Genève 1902).

Gabriel Séailles, Professeur à la Sorbonne.

Le Positivisme s'adresse d'abord au petit nombre de ceux qui sont capables d'être chefs de la pensée ou guides de l'action ; les autres suivront de loin, comme toujours. Le public fait les sentiments et les désirs ; mais il ne fait pas les opinions, il les accepte.

Dr SÉMERIE, (in Positivistes et Catholiques).

J'applaudis de tout cœur à l'idée d'élever, dans la grande capitale de rOccident... une statue à A. Comte, le plus grand penseur du xix« siècle, celui dont l'influence dans le monde intellectuel moderne va toujours grandissant avec le temps (in Lettre au Dr C. H.).

Lauro Sodré,

Sénateur au Parlement Brésilien Ancien Gouverneur de l'Etat de Para.

M, Comte est le premier qui ait bien montré la liaison entre la science de la vie (la Biologie) et la science des sociétés (la Sociologie)... Il a compris que les études biologiques sont nécessaires avant d'entreprendre l'étude de la Sociologie. Cette étude préliminaire est en effet nécessaire, non seulement parce qu'il faut étudier l'individu avant d'aborder l'étude de l'espèce, mais, en outre, parce que les méthodes

APERÇUS DIVERS

A. COMTE, P. LAFFITTE, LE POSITIVISME

Mil:

de la biologie doivent être employées dans l'étude de la Sociologie. Il a montré ce rapprochement dans différents passages de ses ouvrages, et ses raisonnements sont très bien conduits. Nous devons admirer la grandeur de la découverte faite par Comte. Sa méthode de voir les phénomènes est vraiment philosophique. Quoique ses premiers chapitres sur la Sociologie renferment des idées particulières que je ne puis admettre, ils contiennent bien des pensées qui sont vraies, en même temps que larges et fécondes, et tout le volume révèle une largeur et une profondeur d'esprit qui surpassent tout ce qui avait été écrit antérieurement sur ce sujet. Sa méthode de concevoir les phénomènes sociaux est bien supérieure à toutes les méthodes précédentes. Ce que se proposait M. Comte, c'était de donner à la pensée, à la méthode philosophique une forme et et une organisation plus parfaites, et de les appliquer ainsi modifiées, à l'interprétation de ces classes de phénomènes qui n'avaient pas encore été étudiées d'une manière philosophique ; c'était une conception pleine de grandeur, et tenter de la réaliser était une entreprise digne d'admiration. Cette conception était

également celle de Bacon M. Comte, au lieu de la conception

obscure et vague de Bacon, a donné au monde une conception claire et nettement définie. Il a montré une remarquable largeur de vues, une grande originalité, un grand génie d'invention et une puissance de généralisation extraordinaire... Je partage entièrement son opinion sur la nécessité d'une nouvelle classe de savants dont la fonction sera de coordonner les résultats auxquels les autres sont arrivés. C'est à lui que je suis redevable de la notion "d'un consensus social. J'adopte le

mot sociologie qu'il a inventé

Herbert Spkncer,

(in Socioïogy). ,

Plus nous allions en avant dans nos conversations (avec Gambetta), dans nos études connnunes, dans cette collaboration morale et intellectuelle qui restera l'honneur et la consolation de ma vie, plus il devenait évident pour moi que ce ferme et généreux esprit se rattachait, par des liens de plus en plus étroits, à la doctrine générale de la philosophie positive. Nous nous en sommes fréquemment entretenus ensemble, surtout à la veille des jours où il devait porter sa puissante parole devant quelque auditoire populaire. Il lisait aussi fort assidudûment la Revue Occcidentale où il reconnaissait sans difficulté les travaux et articles qui semblaient écrits pour lui. Il est donc juste de dire que la philosophie et la politique positives ont perdu en lui l'homme d'État qui, jusqu'à présent, s'est le plus directement inspiré, à travers les tâtonnements d'un empirisme longtemps encore inévitable, des

principes nettement établis et des vues supérieures de la vraie sociologie (in Lettre au D«- Robinet, du icr avril 1883).

E. Spuller, ancien Ministre de l'Instruction publique.

Mes élèves et moi voyons en A. Comte un rival de Kant, le plus grand génie philosophique de la France, une des planètes au ciel de la philosophie.

Professeur Ludwig Stein,

de l'Académie des Sciences de Berne.

Blanqui proposa lui-même à son club la candidature de M. Auguste Comte... fondateur de la Philosophie positive ; comme ce nom, commun à un physicien célèbre (il s'agit du prestigitateur Comte), fut accueilli par un éclat de rire, M. Blanqui entra en colère, gourmanda son auditoire et lui fit honte de sa profonde ignorance (in Histoire de la Révolution de 1S48, Paris, 1862).

Daniel Stern, M™« d'Agouh..

La rupture de la continuité avec le passé a été, en grande partie, la source de notre présente anarchie politique et de nos égarenoents sociaux. Il y a beaucoup à apprendre dans un calendrier comme celui qu*a établi A. Comte, sur la base de ce qu'il appelle la Religion de l'Humanité, dans lequel on commémore non seulement ce que nous appellerons les saints proprement dits, mais les grands noms des héros du monde, les initiateurs de l'industrie, les poètes, les peintres, les musiciens, les hommes d'État.

Révérend C. W. Stubbs, (m Congrès de l'Église Anglicane, 1889).

« L'essor nous a déçus, sachons ramper sans honte ! »

Lui souffle alors Bacon par les lèvres de Comte.

« L'infini nous déborde, et ceux-là sont des fous

Qui pensent d'un coup d'aile en toucher les deux bouts

Ou prétendent porter sur leur humaine épaule

De l'univers entier le formidable poids !

A dégager des faits le fil tenu des lois

Nous bornons désormais nos vœux et notre rôle.

Le solide savoir n'est pas un monument

Qu'un hasard de génie élèverait d'emblée ;

Non, l'assise à l'assise avec ordre assemblée

Sans l'atteindre jamais monte au couronnement.

L'ouvrier de science est un tailleur de pierres ;

Qu'il prenne ses marteaux, son fil et ses équerres

Et ne suspende pas ses rêves au clocher

APERÇUS DIVERS

Quand il n'en est encore qu'à fendre le rocher ! Il maçonne une tour, non le fronton d'un temple, Et le ciel ou tout pèse est le seul qu*il contemple : L'horizon grandissant, mais borné, qu'il peut voir Est le seul qu'il mesure et promette à l'espoir

A. COMTE, p. LAFFITTE, LE POSITIVISME

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Mon admiration pour A. Comte est bien grande et je reconnais que j'aurais dû consacrer à sa philosophie une place importante dans mon résumé poétique. Je me reproche de n'avoir pas lu tous ses ouvrages. Il m'a semblé que ses vues religieuses étaient plutôt une déviation qu'une conséquence de son système (si l'on peut appeler système une organisation si solidement fondée des connaissances humaines). Je ne me sens plus assez de force, après mes grandes épreuves de santé, pour entreprendre une œuvre aussi colossale que celle de la traduction en vers des pensées philosophiques de Comte... (in Lettre au D' C. H. du 10 août 1895).

J'admire, vous le savez, le génie admirable du grand homme que vous allez entourer de vos solennels hommages. C'est, à vrai dire, un colosse auquel il sera, pour toute Muse, redoutable de se mesurer... (in Lettre au D^ C. H. du 10 déc. 1897).

Je considère Auguste Comte comme un penseur de premier ordre ; si sa doctrine ne satisfait pas entièrement à toutes nos aspirations, j'admire néanmoins son génie... (in Lettre au D' C. H.).

Sully- Prudhomme,

de r Académie française.

A. Comte est un des penseurs qui auront le plus profondément agi

sur l'esprit français et, par suite, nous pouvons le dire hautement,

sur l'esprit du monde civilisé. A cet égard on peut le placer sur le

même rang que Descartes ; il laissera dans le cerveau des générations

à venir une trace aussi durable que celle de l'immortel philosophe du

xvne siècle.

Paul Tannery,

in Rev. gêner, des Se, 15 mai 1905.

Ces signes du temps paraîtront peut-être regrettables à un grand nombre ; ce sont pourtant là des faits avec lesquels il faut compter. Il n'y a pas longtemps encore, il leur eut été impossible de se produire. Mais les temps ont changé. Les doctrines prêchées par Harrison sont aujourd'hui dans l'atmosphère. Ces réunions positivistes prennent une importance qui ne doit pas échapper aux membres clairvoyants de notre clergé ....

Le Times,

(in A^* du 2 janvier 1884),

Grâce à la persévérance et aux efforts de l'un des esprits les plus fermes et les plus distingués du Parlement français, M. Antonin Dubost, une lacune regrettable de notre enseignement supérieur est enfin comblée. La chaire de l'Histoire générale des Sciences est aujourd'hui définitivement installée au Collège de France. ... Il faut le dire, à sa louange, M. Léon Bourgeois a, dès la première heure, approuvé l'initiative du vaillant député de l'Isère ; il a vu, dans cette institution indispensable, le couronnement nécessaire de l'enseignement supérieur, et énergiquement proclamé qu'il n'y a pas d'enseignement supérieur digne de ce nom, s'il n'y a pas au sommet une philosophie scientifique. — Un décret récent, désigne comme titulaire de la chaire nouvelle, M. P. Laffitte, l'éminent philosophe, le disciple éprouvé d'A. Comte. . . . Depuis 35 ans, M. P. Laffitte remplit sa mission avec une compétence reconnue et un désintéressement chevaleresque qui justifient les applaudissements dont sa nomination a été saluée. . . . Profondément versé dans les sciences mathématiques et physiques, initié par de Blainville à l'étude des théories vitales et biologiques, M. P. Laffitte a parcouru le cycle entier des connaissances humaines. Il a exposé depuis longtemps ses vues, dans V Histoire générale de l'Humanitéf dans les Grands Types de VHumanitè et dans les articles nombreux qu'il fournit à la Revue Ouidentale. Il a éparpillé ses idées aux 4 vents de la publicité, dans des conférences religieusement suivies par les prolétaires de tous les arrondissements de Paris et attentivement écoutées par un public cultivé et des auditeurs d'élite, dans les cours de la Sorbonne, qui lui fut ouverte par J. Ferry, (in V Événement du 8 févr. 1892).

En faisant de la culture directe des sentiments altruistes le fondement même de la morale positive, en préconisant le développement des instincts sympathiques, le plus puissant penseur du xix* siècle, A. Comte, n'a fait que formuler brièvement, dans le précepte fameux : « Vivre par autrui », la belle maxime de la marquise de Lambert : a La perfection et le bonheur se tiennent ; l'homme n'est estimable et heureux que par le cœur ; la vraie grandeur est là » (1901).

Albert Tournier, Député au Parlement Français.

L'école positive est à la fois très scientifique et très dogmatique. Elle a eu pour berceau la science, et n'a pas d'autre horizon. Son fondateur A. Comte est un savant. Presque tous ses adeptes sont des esprits qui allient l'esprit philosophique à une forte culture scientifique. La science proprement dite est leur premier et leur dernier mot. Toute théologie est pour eux un rêve ; toute métaphysique est une abstraction vide, mais s'ils n'entendent point dépasser les limites de la science,

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APERÇUS DIVERS

A. COMTE, P. LAFFITTE, LE POSITIVISME

ils ne veulent pas rester en deçà. Vivement frappés de l'incohérence et de l'anarchie des sciences actuelles, ils laissent généralement l'obscrvation de détail, l'analyse des faits, les descriptions minutieuses, les monographies isolées, aux savants spéciaux, et s'occupent des rapports, des vues d'ensemble, des travaux de synthèse. C'est à cette école qu'on doit tout ce qui a été fait de plus important sur la philosophie des sciences...

C'est une école nombreuse et redoutable depuis le discrédit des écoles métaphysiques. Elle répond à la disposition générale des esprits.... Aussi fait-elle de rapides conquêtes dans le monde savant. Tout ce qui s- rencontre d'esprits élevés et généralisateurs se rattache à la philosophie positive. Même dans le monde littéraire, nombre de jeunes esprits pleins de sèves et d'avenir, se détachent des traditions de la vieille philosophie... (in La Métaphysique et la Science, 1858).

Etienne Vacherot, ancien Directeur des Études à l'École normale supérieure.

... J'admire en Auguste Comte un de ces esprits supérieurs aux préjugés, tout pénétré des lumières de la pure raison, dont l'inspiration manque hélas! au temps présent... (in Lettre an Z> C. H.).

Waldeck-rousseau, ancien Président du Conseil des Ministres.

Je dois reconnaître que même sa Politique positive et sa Synthèse subjective contiennent des développements importants et précieux d'abstraction et de synthèse de science consolidée : mathématiques, physique, chimie et biologie. Je considère comme principal chef-d'œuvre sous ce rapport : Vlntraiuction fondamentale, à la fois scientifique et logique, du Système de Politique positive

C'est dans le grand ouvrage collectif Handworterbnch der Staatswissenschaften que la partie sociale et historique de la Philosophie positive a trouvé des admirateurs parmi les représentants de la science officielle allemande : — Gothein, professeur à l'Université de Bonn, dans son article ff Gesellschaft » du même Dictionnaire, apprécie, en 1891, Comte comme un fondateur du système de sociologie historique, et l'appelle « grand philosophe français » et « homme de génie ». Il considère Quetelet, malgré ses grands mérites, comme inférieur à Comte, et Buckle comme inférieur à tous les deux. — Schmoller, Professeur à l'Université de Berlin, a publié en 1894, dans le même Dictionnaire, un article, <t Volkswirtschaft », dans la partie bibiographique duquel il écrit : « Le plus important ouvrage dans toute la littérature sociologique est le Cours de philosopf ne positive de A. Comte ».

Enfin, le D»" Henri Wantig a consacré à Comte un ouvrage spécial (^A. Comte und seine Bedentung fur die Entwickelung der socialwissensschaft, 1894). Ce qui est significatif, c'est que cet ouvrage fait partie d'un ouvrage collectif (Staats und socialwissenschaftliche Beitrage) et qu'il a été exécuté sous les auspices des Professeurs de l'Université de Leipzig, Miaskowsky et Wundt

Pierre Laffite se distingue de Comte par l'universalité encyclopédique dispersive à la Humboldt ou à la Diderot ,mais consolidée par une enveloppe plus ou moins artificielle de philosophie générale due à la discipline et à la doctrine de son maître. Il présente un type mental opposé à celui d'A. Comte, au point même que la conformation de leur crâne et surtout de la région frontale se distingue d'une manière radicale... (in Savants, Penseurs, et Artistes, Biologie et Pathologie comparées, 1889).

Après que ce chapitre fut définitivement écrit, j'ai trouvé nne appréciation plus vigoureusement scientifique du caractère et de la portée de la notion type dans l'ouvrage d'initiative admirable du continuateur le plus conséquent, le plus encyclopédique et le plus méthodique de l'œuvre d'A. Comte, Pierre Laffitte. (in Typologie anthropologique des

Arts et des Sciences).

Théodore Wechniakoff,

Membre de la Société impériale des Naturalistes russes, Conseiller à la Cour suprême de Moscou,

Quand de toutes parts le sol tremble,

Sous les débris amoncelés,

Qpand le jour fuit, et que tout semble

Périr sous des coups redoublés ;

Eflfrayé notre esprit s'arrête,

Et, reportant sa vue inquiète

Sur ce monde près de finir.

Il cherche, en ce vaste naufrage,

Quelle espérance après l'orage

Reste encore pour l'avenir.

Ainsi notre siècle en délire . S'avançait au gré du hasard.

Comme on voit un léger navire Battu des vents dès le départ.

Issu du mouvement immense Qui dévorait toute croyance Et menaçait toute vertu.

APERÇUS DIVERS

A. COMTE, P. LAFFITTE, LE POSITIVISME

Il brisait sa dernière idole, Et, dans le vide, sans boussole, Il s'élançait vers l'inconnu.

Mais, du milieu de la ruine.

Doit naître un symbole nouveau ;

Une clarté nous illumine

Qui nous promet un jour plus beau.

Arrière les sombres présages,

Dont on épouvantait nos âges ;

L'Humanité ne peut périr :

En vain l'on croit qu'elle chancelle,

Erreur ! elle se renouvelle,

Pour un glorieux avenir.

A toi, Comte, l'honneur insigne.

D'avoir, au sein des jours obscurs.

Deviné la source plus digne De la foi des âges futurs.

En vain autour de toi le monde, Égaré dans la nuit profonde, De l'erreur écoutait la voix ; Déjà ton pénétrant génie D'une plus durable harmonie Traçait les immuables lois.

Et tandis que partout le doute

Ébranle les convictions,

Du temps interrogeant la route

Tu saisis ses mutations.

Et, dans le flot toujours mobile

Que déroule l'essor fragile

De toutes les opinions.

Tu sais voir d'une vue sûre

Les éléments et la mesure

De nouvelles constructions.

La science reste maîtresse Dans le naufrage de la foi.

Elle grandit quand tout s'abaisse Par une inexorable loi.

Elle fournit le sol propice Et les bases de l'édifice

Où règne la vraie union :

Par elle ton œuvre commence, Et tu couronnes la science Pour en tirer la religion.

Elle avait exploré le monde Et surpris ses vastes secrets ; Elle savait la loi féconde Que suit la vie en ses progrès.

Mais, dans ce merveilleux système.

Manquait la science suprême Qui marquerait le but certain :

Toujours revenait le problème Que l'Humanité d'elle-même Dresse devant l'esprit humain.

De cette sublime existence Il fallait lire les secrets :

Il fallait de cet être immense Embrasser les nombreux aspects.

Il fallait, et ce fut ta gloire, Deviner le plan de l'histoire ; Pour nous permettre de saisir Comment, le temps pressant sa course.

Ainsi qu'un fleuve dès sa source.

Le passé produit l'avenir.

Alors la science achevée

Peut embrasser tous les rapports.

Sur cette base, la pensée

Peut reposer tous ses efforts.

Et désormais, pour nous, le monde.

Dans son immensité profonde,

Se manifeste à nos regards

Comme une vaste économie

Dont la suffisante harmonie

Prévient les capricieux hasards.

L'Humanité devient le centre De toutes les spéculations :

C'est vers elle que se concentre Le cours de nos affections.

C'est l'idéal toujours propice

Lt'W.i'Jl^JU-l'SF

76 APERÇUS DIVERS

Que pressentait l'essor novice De ses peuples encor enfants.

C'est elle que tout homme adore, Et c'est son règne qui doit clore Les orages de noîre temps.

Tel était ton vaste problème :

Tu fus égal à ce destin.

Comte, ton ascendant suprême A du doute marqué la fin.

Que le vulgaire de nos âges, Égarant au loin ses hommages, Te refuse ses vains respects :

Les siècles où tu as su lire Seront désormais ton empire Et ton nom vivra pour jamais.

Charles Yundzill.

... Il est très certain que je n'ai point parlé du Positivisme comme il faudrait en parler. Dans mon roman, il ne s'agit que d'un raccourci des idées maîtresses qui ont gouverné le siècle. Et, si j'aborde jamais le positivisme d'une façon plus directe et plus complète, croyez que je tiendrai grand compte des excellentes observations que vous me pré-

sentez . . .

Emile Zola, (in Lettre au D' C. H., du 25 nov. 1897),

LA VIE ET L'ŒUVRE

D'AUGUSTE COMTE

DISCOURS GOMMÉMORATIF

PRONONCÉ AU 94e ANNIVERSAIRE DE SA NAISSANCE

(19 Moïse 104)

Mesdames, Messieurs,

On ne peut guère célébrer l'anniversaire de la naissance d*un grand homme sans dire quelques mots de sa vie et de son œuvre, sans rappeler ses principaux titres à la reconnaissance de la postérité. Et cette obligation s'impose d'autant plus que celui dont il est question a davantage contribué à révolution progressiste de l'Humanité. On ne peut donc s'y soustraire lorsqu'il s'agit du puissant penseur qui, dans les temps modernes, a rempli successivement la carrière d'Aristote et celle de Saint-Paul, en fondant une religion universelle sur la Philosophie après avoir tiré cette philosophie de la Science.

Voilà pourquoi, tous les ans, à pareille date, l'un d'entre nous vient présenter ici un exposé sommaire de la vie et de l'œuvre d'Auguste Comte, une brève appréciation de l'importance de ses travaux.

Tel est l'office que j'ai à remplir ce soir :

L'homme de génie, dont nous commémorons aujourd'hui la venue au monde, est né le 19 janvier 1798, à Montpellier, d'une famille de petite bourgeoisie.

Il fut d'abord élevé dans les croyances catholiques et monar-

SA VIE ET SON ŒUVRE

chiques qui étaient celles de son père et, à un plus haut degré encore, celles de sa mère, femme d'une ardente dévotion. Mais à peine, selon un usage déplorable, fut-il placé comme interne, à Tâge de neuf ans, dans le lycée de sa ville natale, et introduit ainsi dans un nouveau milieu où les maîtres cachaient mal leurs opinions Voltairiennes et leur éloignement pour le culte restauré par Bonaparte, qu'il abandonna pour toujours les croyances religieuses de sa famille. Aussi, a-t-il pu dire plus tard, avec vérité, qu'il avait été émancipé de la théologie avant d'être sorti de l'enfance.

C'est qu'il ne possédait pas seulement, dans une proportion rare, ces brillantes facultés d'assimilation qui font trop souvent illusion aux familles et aux maîtres sur la valeur intellec Quelle des enfants ! Il se faisait remarquer déjà par une extraordinaire indépendance d'esprit qui lui permettait, par exemple, d'apprécier, sans illusion. Napoléon alors à l'apogée de sa puissance, de discerner le charlatan sous la grossière apparence du César, et de souhaiter publiquement le triomphe de la fière nation Espagnole dont l'héroïque résistance allait bientôt inspirer au chantre de Childe-Harold quelques-unes de ses plus émouvantes strophes.

Il donnait en même temps des témoignages non douteux de ce que serait ultérieurement la fermeté de son caractère, en refusant, malgré les plus dures punitions, de se soumettre à aucune des pratiques du culte catholique, et en étonnant le célèbre chirurgien Delpech par son courage à supporter une opération douloureuse.

A quatorze ans et demi, ayant terminé ses études classiques, il aborde l'étude des sciences ; et son professeur de mathématiques, Daniel Encontre, auquel il dédiera, dans la suite» la Synthèse siibjectiue, reconnaît déjà chez lui cette faculté prodigieuse d'abstraire et de coordonner qui restera la marque la plus caractéristique de son génie.

En 1814, à l'âge de seize ans, il entre dans les premiers rangs à l'Ecole polytechnique où, malgré la tyrannie impériale, s'étaient conservés presque intacts, transmis de promotion en promotion, l'amour et le respect des hommes et

des œuvres de la Révolution, la foi républicaine. Aussi, en même temps que Comte, dans cette institution de la Convention, perfectionne son éducation mathématique et physique, il consacre les loisirs, que lui procurent ses surprenantes facultés d'assimilation, à l'étude de l'immortel xviiio siècle et de la glorieuse épopée par laquelle il s'est terminé. Danton, Carnot, Cambon et les autres héritiers de l'École encyclopédique de Diderot et de d'Alembert éveillent son admiration enthousiaste, pendant que grandit sa haine pour Robespierre, le digne disciple de Rousseau, et pour Bonaparte, le digne continuateur de Robespierre.

Néanmoins, lorsqu'à la suite du débarquement de l'incorrigible aventurier au golfe Juan, l'Europe, justement inquiète, reprend les armes contre la France, Auguste Comte est le premier à proposer à ses camarades une adresse à l'empereur, pour lui demander de prendre part, comttie l'avaient déjà fait leurs aînés, à la défense nationale.

Napoléon enfin définitivement écrasé, et Louis XVIII remonté sur le trône, l'Ecole polytechnique est licenciée, en 1816, à la suite de désordres intérieurs ; et Comte, qui avait pris à ceux-ci une part prépondérante, est reconduit à sa famille par autorité supérieure et placé momentanément sous la surveillance de la police.

Mais après être resté quelques mois à Montpellier et avoir suivi, dans cette ville, à titre bénévole, les cours de l'Ecole de médecine, poussé par la conscience de sa valeur, par le vague sentiment d'un rôle à remplir, il revient à Paris où il est obligé, pour vivre, de donner des leçons de mathématiques.

On était à l'époque où le gouvernement de la Restauration cherchait à fermer les plaies causées par dix ans d'agitation révolutionnaire et quinze ans d'orgie militaire et de despotisme, en assurant, à l'intérieur, l'ordre matériel et un degré de liberté spirituelle inconnu sous l'Empire ; en pratiquant, à l'extérieur, sa noble devise, paix et dignité.

Toutefois, malgré l'excellence de ses intentions, ce régime — tant décrié, et cependant si supérieur au régime impérial qui avait précédé et au régime orléaniste qui devait suivre —

ne pouvait être, de par sa nature et de par la situation, qu'un régime provisoire, et, pour employer l'expression de l'un de ses plus éminenls défenseurs, qu'une c halte sur le chemin des révolutions ». Car, en raison de la solidarité qui lie toute monarchie héréditaire à la théologie, il tendait naturellement à s'inspirer de celle-ci dans sa politique, et plus spécialement à emprunter au Catholicisme sa conception de l'ordre social. Or, le Catholicisme, — at>rès avoir présidé ù la réorganisation des sociétés issues de la décomposition de l'Empire romain, maintenu leur cohésion et incorporé au noyau civilisateur la Grande-Bretagne et la Germanie ; après avoir dirigé durant dix siècles, et non sans gloire, l'évolution du monde Occidental, — était devenu, depuis le xivo siècle, de plus en plus incompatible avec l'essor ultérieur de la civilisation.

Son Dogme, après avoir secondé le développement de l'esprit scientifique en réduisant le domaine du surnaturel par la substitution, à la multitude des dieux païens aux volontés arbitraires et capricieuses, d'un dieu unique ù tendances constitutionnelles, était devenu un obstacle aux progrès consécutifs de la raison moderne ; et, depuis le xvie siècle, il n'avait cessé d'être battu en brèche par le développement de la science venant substituer, h ses explications fictives et indémontrables, de nouvelles explications positives, démontrables, et étendre incessamment le champ de la providence humaine aux dépens de la puissance divine i\

L'admirable Constitution qu'il avait réalisée au Moyen-Age, par la division et la combinaison du pouvoir spirituel ou théologique et papal et du pouvoir temporel ou militaire et féodal, et sous laquelle s'était accompli, par la transformation de l'esclavage en servage, 1 un des plus grands progrès de l'Humanité, reposait sur une base à la fois trop fictive et trop empirique pour pouvoir durer. Aussitôt les nomades de la Germanie convertis au christianisme et passés ù l'état sédentaire, et les invasions musulmanes suffisamment contenues par les Croisades, elle avait commencé à se décomposer spontanément, par suite de la lutte intestine des divers éléments qu'elle reUait et que ne maintenait plus en harmonie le

SA VIE ET SON ŒUVRE

souci pressant d'une destination commune. De plus, après avoir favorisé le développement de l'activité industrielle résultée de la libération des classes laborieuses, l'organisation catholico-féodale était devenue incompatible avec la croissance ultérieure de cette nouvelle force sociale, en raison de l'impossibilité morale où se trouvait la classe militaire de se transformer en classe industrielle ou, tout au moins de se résigner à un rôle secondaire de subordination après avoir été prépondérante et dirigeante.

C'est pourquoi, depuis le xve siècle, l'influence du Catholicisme n'avait fait que décliner en proportion de l'importance que prenaient les forces modernes issues de l'activité scientifique et industrielle.

Il ne pouvait donc plus servir de point d'appui sérieux à la politique.

En vain Joseph de Maistre, M. de Bonald, Chateaubriand et d'autres encore s'efforçaient de ramener la France sous le giron de cette grande religion. Pour réussir, il aurait fallu qu'ils pussent réparer toutes les pertes faites par l'ancien système .social durant les quatre siècles qui avaient précédé la Révolution, anéantir tous les résultats de la civilisation scienlilique et industrielle, et, en outre, pour faire œuvre stable, éteindre le principe même du progrès, c'est à-dire le besoin d'amélioration inhérent à la nature morale de notre espèce. Une pareille opération était évidemment au-dessus de tout pouvoir humain, car les causes qui avaient amené la chute de l'ancien système continuaient à agir et d'une façon plus intense : la science et l'industrie avaient pris une extension inouïe; l'esprit d'émancipation s'était répandu dans toutes les classes de la société et s'était singulièrement accru chez une population qui, au cours de la Révolution, loin de protester contre la suppression du culte catholique, a avait assisté paisiblement dans ses vieilles cathédrales à la prédication d'un audacieux athéisme ou d'un déisme non moins hostile aux anciennes croyances t.

Aussi, malgré le talent, le courage, la haute probité de ces illustres rétrogrades, leur action était au fond perturbatrice, comme toute action qui est contraire à la marche de la

civilisation. Leur propagande compromettait le gouvernement qu'ils avaient la prétention de servir. Et le principal résultat de leurs efforts était de réveiller les passions révotetionnaires, de donner un regain de popularité à la Doctrine critique issue de la proclamation du Droit de libre examen par les Réformateurs du xvi« siècle, complétée et systématisée au xviiie siècle par Voltaire et Rousseau, et sous le drapeau de laquelle les forces modernes avaient conduit l'attaque contre l'ancien régime, mais qui, en même temps qu'elle avait manifesté sa redoutable aptitude à détruire, avait manifesté non moins clairement, depuis l'ouverture de la grande crise, son impuissance à édifier un abri durable.

La situation restait donc effroyablement révolutionnaire et ne pouvait manquer d'attirer l'attention d'un jeune homme naturellement porté vers l'étude des problèmes politiques, et dont les tendances spontanées avaient été fortifiées par sa collaboration avec le fameux Saint-Simon.

Comte, en effet, se met à étudier celte situation avec l'ardent désir de trouver le remède à ses inconvénients, et ne tarde pas à sentir qu'il faut chercher dans l'élude du passé la signification du préseul et l'orientation vers l'avenir. Il découvre qu'à partir du jour où, derrière le pouvoir théologique et le pouvoir mihtaire féodal, se sont élevées, d'une part, la Capacité industrielle (née de la transformation de l'esclavage en servage, fortifiée par l'affranchissement des communes aux xi« et xiie siècles), d*autre part, la Capacité scientifique (résultée de l'introduction des sciences d'observation en Europe par les Arabes, au moment où redevenaient disponibles les forces intellectuelles employées à la fondation du Catholicisme), deux mouvements de nature différente ont agité l'Occident : — l'un, très apparent, de décomposition, tendant à l'élimination des forces catholico-féodales devenues rétrogrades et oppressives, et qui, considéré isolément, semble entraîner les peuples vers une anarchie morale et politique sans issue; - l'autre, moins apparent, de recompogition par la science, l'art et l'industrie, qui les pousse vers une organisation mieux appropriée à leurs nouvelles conditions d'existence.

SA VIE ET SON ŒUVRE

La Révolution se révèle à lai comme le résultat de linég«le rapidité de ces deux mouvements.

Après s'être rendu compte des causes qui ont amené la chute de l'Ancien régime et qui s'opposent à son rétablissement. Il se rend compte aussi que la Révolution a échoué dans son œuvre de réorganisation parce que ses hommes d Etat ont cherché à édifier un nouvel ordre public à l'aide de la Doctrine essentiellement négative qui avait servi à <lémohr l'ancien, la seule qu'ils eussent malheureusement à Jeur disposition ! et dont les dogmes principaux, liberté indéfinie de conscience, égalité absolue, souoerainelé complète du peuple (envisagés indépendamment de leur rôle transitoire de protestation contre les abus du pouvoir spirituel, du pouvoir féodal et du pouvoir royal) poussent à la négation méthodique et continue de tout gouvernement régulier à la destruction de toutes les bases de l'organisation politique et ne sont pas moins absurdes qu'anarchiques, - étant donné <|U II n y a pas plus de liberté de conscience en sociologie qu en astronomie et en physique, où il paraîtrait ridicule de ne pas croire aux principes scientifiquement établis par les hommes compétents ; étant donné que la marche de la civilisation, loir, de tendre à une chimérique égalité, développe les inégalités, et que les phénomènes sociaux sont assujettis à des lois générales aussi indépendantes des volontés des peuples que des volontés des rois.

Il comprend que, le trouble de la situation tenant à l'insuffisance des doctrines politiques en présence, le seul remède efficace est l'avènement d'une nouvelle Doctrine organique qui, en s imposant par l'évidence à tous les esprits cultivés enti^ine la société tout entière dans la route du nouveau système dont la marche de la civilisation a préparé l'établissement ; qu'une pareille doctrine ne peut être obtenue qu'en appliquant à l'étude des phénomènes sociaux la même méthode qui. dans le domaine des sciences physiques ei de a biologie, a forcé l'assentiment de tous les hommes instruits : c est-à-dire en faisant prévaloir l'observation sur 1 imagination.

S'inspirant de Monstesquieu et surtout de Condorcel, il se

propose donc d'abord d'établir directement, pour la politique, une théorie positive basée sur l'élude aussi approfondie, aussi complète que possible, de tous les états que la civilisation a parcourus, — de façon à mettre en évidence les lois naturelles de son développement et le tableau philosophique de l'avenir tel qu*il dérive du passé, — afin de pouvoir déterminer la direction qui doit être imprimée à l'action gouvernementale pour faciliter la transition définitive vers le nouvel état social.

Dès 1817, à l'âge de 19 ans, il s'était dégagé de l'absolu métaphysique en proclamant que tout est relatif.

Un peu plus tard, en 1819, dans un opuscule intitulé Séparation générale entre les opinions et les désirs, il avait insisté sur la nécessité de constituer la politique d'une façon positive. Et enfin, en 1820, dans une Sommaire appréciation dn passé moderne, il avait exposé et analysé le double mouvement de décomposition et de recomposition antérieur à la Révolution française, et montré que le problème était de compléter les progrès du mouvement de recomposition, en fondant une politique et une morale sur des principes uniquement déduits de l'observation.

Mais c'est en 1820, à l'âge de 22 ans, qu'il découvre, et qu'il formule, dans son Plan des travaux scientifiques nécessaires pour réorganiser la société, les lois les plus importantes de l'évolution sociale : - comment, par la nature même de' l'esprit humain, chaque branche de nos connaissances a été

nécessairementassujettie, dans sa marche, à passer successivement par trois états théoriques diiférents. l'état théologique ou fictif, l'état métaphysique ou ontologique, enfin l'état scientifique ou positif; - comment ces diverses branches de connaissances sont arrivées à la positivité, dans l'ordre de leur complication croissante et de leur généralité décroissante, mathématique, astronomie, physique, chimie, biologie, sociologie 2°

A la lumière de celle découverte capitale, au sujet de laquelle le grand Carnot lui adresse, de l'exil, ses c augustes encouragements ., Comte explique que la sociologie, en raison de sa complexité, supérieure à celle des sciences inorga-

SA VIE ET SON ŒUVRE

niques et biologique, a dû se constituer après elles à l'état positif : comment, par suite, à la conception théologique des phénomènes sociaux devait succéder une conception métal)hysique qui a été la Doctrine révolutionnaire ; comment enfin l'époque est venue de faire subir à la sociologie la même transformation qu'ont subie les autres sciences, de ramener les phénomènes sociaux, après tous les autres, à des théories positives.

Mais au cours même de son entreprise, il reconnaît qu'il ne suffit pas, pour réorganiser la société, de constituer la sociologie d'une façon scientifique, qu'il faut encore établir les corrélations de cette nouvelle science avec toutes les autres. « Tant que les conceptions positives resteront isolées entre elles », écrit-il en 1825 dans ses Considérations philosophiques sur les sciences et les savants, « tant qu'elles ne se présenteront pas à l'esprit comme les diverses parties d'un système unique et complet, elles pourront conserver une très grande importance dans les cas particuliers, lutter même avec avantage contre l'autorité politique de la théologie et de la métaphysique, mais elles ne sauraient les remplacer dans la direction suprême de l'ordre social : ce n'est que par sa force d'ensemble qu'une doctrine quelconque peut parvenir à diriger la société. »

La nécessité lui apparaît donc de rattacher entre elles les diverses conceptions positives éparses, de les réunir en un corps de doctrine homogène, et il déclare que « cette vaste opération doit être regardée comme le dernier acte et le but final de la grande révolution commencée par Bacon, par Descartes et par Galilée ». Il ne tarde pas à démêler que, toutes les sciences étant des créations de l'Humanité, la sociologie n'est pas seulement apte à servir de base rationnelle à l'action politique de l'homme d'Etat ; qu'elle est apte aussi à servir de base de coordination à toutes les connaissances humaines, par la loi des trois états, qui est l'unique lien général, à la fois logique et scientifique, que comporte l'ensemble de nos contemplations réelles.

Il modifie alors son plan primitif, il ajourne l'exécution du traité de Politique positive, et il se décide à entreprendre

l'œuvre colossale de la systématisation abstraite de toutes les connaissances humaines, à la lumière de la loi des trois états et de la théorie complémentaire de la classification des sciences. C'est le 2 avril 1826, dans le salon de son appartement» qu'il ouvre son Cours de philosophie positive par l'exposition de ces lois fondamentales qui, selon l'expression du grand Stuart Mill, représentent l'épine dorsale de la nouvelle philosophie. Et, au premier rang des auditeurs de ce jeune homme de 28 ans, siègent quelques-uns des savants les plus illustres de l'époque, Alexandre de Humboldl, de Blainville, Poinsot, etc. Malheureusement, au bout de trois leçons, cet incomparable enseignement se trouve interrompu par une crise cérébrale a résultée du fatal concours de grandes peines morales avec de violents excès de travail », et n'est repris qu'en janvier 1839 devant les mêmes savants auxquels s'étaient joints Joseph Fourler, l'auteur de la Théorie analytique de ta chaleur, Navier, professeur à l'Ecole polytechnique, Broussais, le grand rénovateur de la médecine, les professeurs Esquirol, Binet, etc.

De 1829 à 1836, il effectue la systématisation de toutes les sciences antécédentes à la sociologie, depuis la mathématique jusqu'à la physiologie : systématisation qui, n'eut-il rien fait (l'autre, l'aurait, au dire de Stuart Mill, désigné à tous les esprits compétents comme un des principaux penseurs du siècle. « Rapprocher et cimenter les fragments détachés d'un sujet qui n'a jamais été traité comme un tout, harmoniser les portions vraies de théories discordantes, au moyen de chaînons intermédiaires et en les dégageant des erreurs auxquelles elles sont toujours plus ou moins mêlées, suppose en effet, » comme Ta reconnu en un autre endroit de ses ouvrages l'éminent philosophe anglais, « une somme considérable de spéculation originale ».

Il aborde ensuite la sociologie. Ici, il n'est plus question de juger et d'améliorer, il s'agit de créer un ordre nouveau de conceptions scientifiques, car s'il existe des matériaux nombreux, ils ne sont liés encore par aucune théorie positive. Tout est donc à faire, mais tout ce qui est faisable va être accompli.

SA VIE ET SON ŒUVRE 87

Comte établit d'abord que l'état de société est un fait naturel, spontané, résultant des inclinations sociables de la nature humaine, et non point d'un prétendu contrat primitif ; que la famille est la source de tous les sentiments sociaux et la base de l'ordre public ; que la vie de toute société adulte, reposant sur la division des travaux et la coopération des efforts, suppose une certaine individualisation de la propriété et nécessite, d'autre part, l'existence d'un gouvernement spirituel et temporel qui maintienne le concours et qui s'oppose aux divergences particulières.

Puis, après avoir mis en relief les conditions élémentaires de l'Ordre, il consacre le dernier tiers de son exposition totale, représentant deux volumes sur six de sa rédaction, à l'appréciation philosophique, à l'aide de sa loi des trois états, de l'évolution du monde Occidental, avant-garde de l'Humanité.

Après avoir indiqué que la progression sociale repose sur la Mort, il montre que le caractère général de cette progression a été de faire prédominer les diverses facultés qui distinguent l'espèce humaine au sein du règne animal. Il démontre ensuite, non moins clairement, que, malgré la solidarité qui existe entre les divers éléments de notre nature psychique (intelligence, sentiment, caractère), l'évolution intellectuelle a été le principe dirigeant de l'ensemble de l'évolution humaine, de telle sorte que l'histoire de la société est dominée par l'histoire de l'esprit humain envisagé dans ses conceptions les plus générales et les plus abstraites, et que c'est l'appréciation des systèmes d'opinions relatives à l'ensemble des phénomènes quelconques, en un mot, l'histoire de la Philosophie qui doit présider à la coordination de l'analyse historique générale.

Il examine donc successivement : l'état théologique de la civilisation sous les diverses formes du fétichisme, du polythéisme Ihéocratique des Egyptiens, du polythéisme militaire des Grecs et des Romains, et du monothéisme catholique du Moyen âge ; son état métaphysique ou révolutionnaire chez les Occidentaux depuis le xvie siècle ; et, enfin, son état scientifique.

Et dans le cours de celle longue appréciation, où il n'y a peut-être pas, déclare Stuart Mill, une phrase qui n'ajoute une idée, il ne cesse de proclamer conil^ien nous devons de gratitude à tous ceux qui ont contribué, quels qu'aient été les défauts de leurs doctrines, à l'œuvre du perfectionnement humain. Il est le premier historien qui ose introduire systématiquement le point de vue relatif en Histoire et sache reconnaître que tous les modes de penser, non seulement les théories propres à chaque science, mais encore les croyances religieuses les plus contraires à nos connaissances actuelles, ont souvent représenté, pour l'époque où elles furent conçues, les moins imparfaites approximations possibles de la réaUté des choses; que toutes les formes de la société qui ont précédé celle sous laquelle nous vivons, rapportées à leur destination temporaire et locale, ont rempli un oflice utile, et beaucoup un oflice nécessaire, en faisant passer le genre humain d'une phase de progrès à une autre plus élevée.

Au Fétichisme il sait gré d'avoir fourni une preuïière théorie pour relier kvs observations, en supposant tous les êtres organiques et inorganiques doués de passions et de volontés humaines; d'avoir participé à l'introduction de la vie agricole en cultivant, par l'adoration du monde extérieur, les penchants qui attachent Ihomme à la terre natale ; d'avoir protégé les animaux et les végétaux utiles contre l'instinct destructeur.

Il rapporte au Polythéisme en général 1 honneur d'avoir développé les aptitudes abstraites de la nature humaine, en procurant à l'intelligence des images propres à fixer son attention habituelle sur les phénomènes généraux ; d'avoir créé un sacerdoce, en détachant de la masse sociale une classe spéculative, affranchie des soucis matériels et susceptible, par son influence, de donner à la société une organisation régulière ; enfm, d'avoir substitué l'esclavage à l'extermination des vaincus.

Il montre à quel point le Polythéisme théocratique, caractérisé par la concentration du pouvoir spirituel et du pouvoir temporel entre les mains du sacerdoce, a consolidé

SA VIE ET SON ŒUVRE

la civilisation naissante et assuré l'industrie par l'institution des castes, c'est-à-dire par l'hérédité des diverses fondions et professions, et a développé le respect des vieillards, le culte des ancêtres.

Il indique comment nous devons la fondation de la science abstraite à la formation, chez les Grecs, après l'avortement de leur activité militaire, d'une classe spéculative composée, en dehors de l'ordre légal, d'hommes libres, intelligents, qui, pourvus d'un suffisant loisir et désabusés de combats sans résultat durable, ont pu, selon l'exi)ression de Gondorcet, « ouvrir toutes les voies de la vérité ».

Il rend hommage au polythéisme Romain d'avoir donné un but social à l'activité en subordonnant tout à l'intérêt de la Patrie ; d'avoir fait de la guerre un puissant instrument de civilisation, en incorporant les populations vaincues et leurs dieux, et en supprimant ainsi les luttes intestines et presque stériles entre peuplades de même origine et de civilisation à peu près égale.

Il glorifie le grand Monothéisme catholique d'avoir réalisé au Moyen-Age, par l'institution d'un [louvoir spirituel distinct et indépendant du pouvoir temporel, une organisation sociale très supérieure i\ tout ce qui avait existé, « chef-d'œuvre politique de la sagesse humaine » ; d'avoir subordonné la politique à la morale, remplacé l'esclavage par le servage, et contribué à l'éducation logique de l'intelligence parla scolastique. Kt il fait ressortira la frivolité de cette philosophie qui ose qualifier de barbare et de ténébreux l'âge mémorable où brillèrent, sur divers points du monde catholique et féodal, saint Thomas d'Aquin, Albert le Grand, Roger Bacon et Dante ».

Il enseigne comme quoi la Doctrine révolutionnaire, ellemême, bien qu'elle constitue aujourd'hui le principal obstacle k la réorganisation des sociétés, a été passagèrement utile en servant de correctif aux abus du pouvoir spirituel et temporel : comment le dogme de la liberté de conscience rappelait l'obligation, méconnue par le Catholicisme, de n'employer que les armes spirituelles à la défense des opinions ; comment le dogme de la souveraineté du peuple

SA VIE ET SON ŒUVRE

rappelait le pouvoir royal à la considération de l'intérêt commun qu'il méconnaissait ; comment le dogme de Végaliié relevait la dignité de la nature humaine, en face d'inégalités illégitimes, sans destination sociale et affranchies de tout frein moral.

Il termine en mettant en lumière le développement spécial des divers éléments sociaux, Science, Industrie, Art, propres à l'état positif, et en montrant que « l'élite de l'Humanité, après avoir traversé toutes les phases de la vie théologique et métaphysique, tend à l'avènement de la vie positive dont tous les éléments, partiellement élaborés, n'attendent plus qu'une coordination générale pour constituer un nouveau système social. »

Mais au cours de son incursion prolongée dans le vaste champ de l'Histoire, Auguste Comte a vu que, si l'évolution intellectuelle est le principe prépondérant de l'ensemble de révolution humaine, la vie de tout organisme social repose néanmoins tout autant sur l'accord des sentiments que sur celui des opinions ; que si la théologie a pu durant tant de siècles diriger la société, c'est que, sous ses diverses formes, elle engendrait la concordance des sentiments autant que la concordance des idées, comme en témoigne d'une façon si décisive le Catholicisme coordonnant tous les sentiments autour de l'amour de Dieu, après avoir coordonné toutes les idées autour de sa connaissance, double opération qui lui a permis de coordonner les actes en leur donnant pour destination idéale le service de ce chimérique personnage. 3"

Gonséquemment, il reconnaît que, chez les peuples les plus avancés qui se sont émancipés du Catholicisme, la réorganisation morale est non moins urgente que la réorganisation intellectuelle ; qu'après avoir systématisé les pensées, il reste encore à systématiser les sentiments, avant de passer à la systématisation des actes.

L'application de la Méthode positive à l'étude des phénomènes moraux lui avait fait voir que, nos actions et nos pensées étant toujours inspirées par des instincts soit personnels, soit altruistes, l'unité morale de chaque individu ne peut résulter que de la prépondérance de l'altruisme sur

régoïsme : parce que les sentiments égoïstes, divergents entre eux et anti-sociaux, ne peuvent assurer l'harmonie entre les diverses fonctions psychiques du cerveau et entre elles et le milieu social, tandis que cette double harmonie peut être obtenue par le développement des instincts altruistes qui sont convergents et dont l'exercice est sollicité par les influences sociales ambiantes. Et il comprend que, si l'amour de la Patrie est capable de réunir tous les citoyens d'une nation, l'amour de l'Humanité est seul capable de rallier tous les citoyens de la Terre ; que la sociabilité, après avoir été familliale, puis civique et nationale, doit enfin devenir planétaire.

Déjà, dans le Cours de Philosophie positive, cette notion de l'Humanité avait présidé à sa systématisation des sciences, puisque c'est en tant que créations de l'Humanité qu'il avait pu les coordonner à l'aide de la loi des trois états et de la théorie complémentaire de leur ordre de formation. Mais il comprend maintenant qu'autour de ce grand Etre, moteur immédiat de chaque existence individuelle ou collective, les sentiments et les actes peuvent se concentrer aussi facilement que les idées : que l'amour de l'Humanité peut faire battre tous les cœurs à l'unisson, que son service peut faire converger tous les efforts. Et en 1849, dans son Discours sur l'Ensemble du Positivisme, il expose comment celte conception fondamentale est susceptible de devenir la base d'une religion universelle, en permettant de « systématiser toute l'existence humaine, individuelle et surtout collective, contemplée à la fois dans les trois ordres de phénomènes qui la caractérisent; pensées, sentiments et actes ».

A la lumière de ce nouveau point de vue, il consacre, en 1850, son Introduction fondamentale au Système de Politique positive à régénérer la science en la présentant comme une création de l'Humanité pour son se/y/ce, et en la coordonnant non plus seulement logiquement par la loi des trois états, mais aussi moralement par la considération de sa destination sociale.

Puis, il substitue à la morale égoïste du Catholicisme, basée sur la préoccupation exclusive du salut personnel, une

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SA VIE ET SON ŒUVRE

Morale humaine qui représente « le bonheur de chacun comme lié h la satisfaction des instincts altruistes de notre nature, c'est cV dire à la plus complète manifestation des actes bienveillants et des émotions sympathiques envers l'ensemble de l'espèce humaine, et même envers tous les êtres sensibles qui lui sont associés ».

Il ordonne ensuite la Politique, de 1851 à 1854, en déterminant, d'après la considération du passé et celle de l'avenir, les modifications qu'il convient d'apporter aux principales institutions sociales.

Il ensei«^ne que la richesse doit continuer à recevoir une .appropriation personnelle, condition de toute initiative et de tout progrès, mais que, étant sociale dans sa source, elle doit rêlre dans sa destination : qu'elle doit, par conséquent, être utilisée pour l'amélioration du sort des prolétaires qui contribuent à In produire, et dont l'incorporation à la société, par leur participation ii tous les avantages généraux de la civilisation, constitue l'un des plus importants problèmes politiques de notre temps.

Il montre que le meilleur moyen de fortifier les liens familiaux est de consolider la répartition spontanée des fonctions entre l'homme et la femme, qui est la base de l'harmonie familiale : l'un se livrant h laclivité extérieure, scientifique, industrielle ou esthétique, l'autre s'employant î\ administrer avec économie les capitaux résultats de cette activité ; que rhomme doit nourrir la femme pour que, affranchie de tout travail extérieur, elle puisse se vouer entièrement aux soins domestiques, à l'éducation des enfants, à son rôle de providence morale de la famille. Et il donne toutes les raisons positives qui militent en faveur de l'indissolubilité du

mariage,

Enfin il fait voir combien il est urgent de rétablir systématiquement, sur la base scientifique de la distinction entre la théorie et la pratique, la division du pouvoir spirituel et du pouvoir temporel empiriquement ébauchée au Moyen-Age. Il démontre que le gouvernement temporel, affranchi de toute ingérence dans le domaine spirituel, doit, pour être avantageusement exercé, être concentré entre les mains

d'individus responsables et non abandonné à des assemblées inévitablement incompétentes et sans responsabilité réelle. Il établit, comme il l'avait déjà fait en 1826, dans ses Considérations sur le pouvoir spirituel, que la première condition d'une régénération, non moins indispensable à l'ordre qu'au progrès, est Tavènement d'un sacerdoce positif ayant pour destination propre le gouvernement de l'opinion, pour principale attribution l'éducation intellectuelle et morale, et qui, placé au point de vue de la considération des intérêts généraux de l'Humanité, puisse les rappeler constamment aux individus et aux peuples.

Dans le Catéchisme positiviste, il résume le Dogme, le Culte, le régime de la nouvelle Religion : — le Dogme, c'est à-dire la science condensée dans la notion de cet être immense, l'Humanité, relativement éternel par rappor: à 1 individu, et dont les destinées sociologiques se déroulent sous la prépondérance nécessaire de fatalités biologiques et cosmologiques qu'il faut connaître; - le Culte, c'est à-dire l'ensemble des prçcédés les plus propres à cultiver les sentiments altruistes et sociaux, procédés parmi lesquels figure la glorification de tous les grands hommes et de toutes les grandes institutions du passé, de tout ce qui a contribué ou contribue au maintien et au progrès des rapports sociaux ; — le Régime, c'est-à-dire les règles générales qui doivent présider aux actes humains, les obligations de l'homme civilisé, successivement envisagé dans son existence personnelle, domestique et sociale.

Après avoir fondé deux sciences, la Sociologie et la Morale; un système de philosophie embrassant les lois propres aux divers ordres de phénomènes, la Philosophie seconde ; une Religion, celle de l'Humanité, — le grand leader de la pensée moderne succombe le 5 septembre 1857, à 1 âge de 59 ans, avant d'avoir pu exécuter le plan qu'il avait conçu d'une Philosophie première consacrée aux lois générales de l'Entendement et aux lois universelles du Monde, et d'une Philosophie troisième consacrée à la coordination scientifique de la Raison concrète.

Telle est donc l'œuvre d'Auguste Comte : — En appliquant la méthode usitée dans les sciences cosmologiques et biolo-

gîque à l'élude des phénomènes sociaux et moraux, il a apporté l'unité logique dans tout le domaine de la spéculation et satisfait au besoin d'homogénéité de la raison humaine ; - En tirant des sciences une philosophie, il a concilié les deux besoins de positivité et de généralité qui, quoique également impérieux, avaient semblé incompatibles durant toute l'évolution moderne ; ~ En montrant que le progrès n'est que le développement de Vordre, il a accordé deux points de vue politiques regardés jusqu'à lui comme inconciliables; - En démontrant que la santé morale est liée à l'adaptation de notre vie psychique au milieu social, il a prouvé que la loi du devoir est en même temps celle du bonheur ; - En coordonnant autour de l'Humanité les idées, les sentiments, les actes, il a constitué une religion capable de réaliser l'unité du genre humain, vainement poursuivie, sous forme militaire par le peuple Romain, sous forme théologique par le Catholicisme, sous ces deux modes à la fois par rislamisme.

Prenant le désordre social à sa source, il a entrepris, par la seule voie convenable, de réformer d'abord les Idées, pour passer ensuite aux Mœurs et enfin aux Institutions! Aucune des révolutions antérieures de l'Humanité ne peut donner une idée de la portée incalculable d'une pareille entreprise ; car aucune, pas même le passage du Paganisme au Catholicisme, n'a modifié aussi profondément l'existence de l'homme et de la société que ne le fera l'avènement de la nouvelle Synthèse.

Et si l'on songe que le labeur colossal, exigé par sa construction, a été poursuivi au milieu des plus graves difficultés matérielles et morales de l'existence, - que Comte eut à subir les odieuses persécutions d'académiciens auxquels ses doctnnes déplaisaient et qui ne reculèrent pas devant l'infamie de lui enlever, malgré l'unanime protestation des élèves les fonctions de RépéUtew et d'Examinateur A l'Ecole poly^ technique qui étaient son gagne-pain, qu'il avait honorablement obtenues et toujours consciencieusement rempliesque, loin de trouver dans la vie privée les consolations aux déboires de sa vie publique, il rencontra au foyer domestique

SA VIE ET SON ŒUVRE

l'hostilité continue de la femme sans traditions de famille, sans règles de conduite, qu'il avait commis la faute d'épouser, à rencontre des avis paternels, — on ne sait ce qu'on doit admirer le plus de la grandeur intellectuelle ou de la grandeur morale qu'il a déployées, en menant à bonne fin 1 œuvre en apparence surhumaine qu'il avait projetée presque au sortir de l'adolescence, et l'on conçoit qu'il ait pu, avec un légitime orgueil, s'appliquer cette belle définition d'Alfred de Vigny : Qu'est-ce qu'une grande vie ? une pensée de la Jeunesse exécutée par l'âge mûr.

L'histoire de sa vie et de son œuvre restera, sahs doute, le plus grandiose exemple de ce que peuvent une volonté indomptable et une intelligence géniale mises au service des plus nobles sentiments humains.

Mais en ce jour de commémoration, nous ne saurions nous dispenser d'accorder un souvenir de reconnaissance à tous ceux qui ont prêté à notre Maître aide et appui : — soit en le défendant contre les attaques de ses persécuteurs, comme 1 ont fait Navier, Poinsot, de Blainville et d'autres encore ; — soit en fournissant l'argent nécessaire à la publication de ses immortels travaux, à la manière des généreux disciples Hollandais : le comte de Stirum, M. de Cappellen, le baron de Constant Rebecque ; — soit en contribuant à assurer sa vie matérielle par leur participation au Subside institué par Littré, à l'exemple de tant de vaillants ouvriers prenant sur leur nécessaire pour subvenir à l'entretien d'un grand philosophe indignement dépouillé de ses moyens d'existence.

De plus, si nous reconnaissons avec George Eliot que Comte a illuminé notre vie en lui donnant une destination nouvelle, qu'il a amélioré nos idées, nos sentiments, notre conduite, nous devons surtout exaucer son plus cher désir en glorifiant les trois femmes qui lui ont servi de providences morales, qui ont été pour lui des anges gardiens : — d'abord sa mère qui lui transmit son âme ardente, et dont les premières leçons contribuèrent à le préserver de devenir plus tard un simple négateur ; — puis la femme éminente de cœur et d'esprit à laquelle il dut t l'expansion tardive mais

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décisive des plus doux sentiments humains «, M»"* Clolilde de Vaux qui, en accueillant avec bonté l'expression respectueuse d'un amour qu'elle ne partagea pas d'abord, fournit au grand penseur l'excitant moral nécessaire pour transformer la philosophie en religion, lui lit sentir que « l'essor continu des instincts sympathiques constitue la principale source du vrai bonheur •>, et l'aida, selon l'expression d'un de nos confrères anglais, « à prêcher, sans avoir recours au surnaturel, la vieille doctrine du sacrifice et du dévouement » ; - enfin la fidèle servante qui veilla à la santé de notre Maître, et qui, aux jours de sa détresse matérielle, vint lui offrir le modeste produit de son travail et de son économie.

Il est aussi de notre devoir de ne pas oublier tous ces disciples de la première heure qui, sous la conduite du idus grand d'entre eux, M. Pierre Laffitte, après avoir accepté les charges du testament d'Auguste Comte, ont complété, développé et vulgarisé ses incomparables conceptions, de telle sorte qu'à l'heure actuelle le Positivisme est à la veille d'exercer une action prépondérante en France et dans d'autres pays d'p:urope et d'Amérique.

Un adversaire, M Léon Donnât, qui leur a reproché d'avoir été trop fidèles à la pensée du Maître, a dit d'eux : t Je leur rends volontiers cette justice qu'ils se sont toujours montrés passionnés pour la vérité, demeurant à l'écart des égoïstes compromissions. »

Puissions-nous mériter un jour, de nos adversaires, pareil éloge !

Qu'il me soit donc permis en terminant, et en parlant plus spécialement au nom de la seconde génération positiviste, d'exprimer à M. Laffitte et à ses compagnons de lutte, non seulement notre profonde reconnaissance pour l'enseignement intellectuel et moral, par la parole et par l'exemple, qu'ils nous ont fourni, mais aussi notre admiration pour le courage, la persévérance, l'abnégation qu'ils n'ont ces.sé de manifester en poursuivant, sans espoir de récompense, à travers tous les obstacles que l'indifl^érence ou l'hostilité ont semés sur leur route, la réalisation de Tldéal conçu par

SA VIE ET SON ŒUVRE

Auguste Comte, l'œuvre de la régénération humaine et sociale par la Science et par le Culte de l'Humanité. » -

Extrait de La Reuue Occidentale (1-^ mars 1892).

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