‹ La vie et l'ouvre de Auguste Comte et de Pierre Laffitte [microform]Chapitre 3 sur 9 · L. Lévy-Bruhl · texte numérisé non relu

L. Lévy-Bruhl

Maître de Conférences de Philosophie à la Faculté des Lettres de Paris Professeur à l'École des Sciences politiques.

A la fin de ÏHistoire Biographique de la Philosophie, après avoir parcouru la grande époque de la spéculation, j'ai essayé, en quelques mots, de montrer quelle était la position occupée par A. Comte, le plus grand penseur des temps modernes, l'homme dont la doctrine est aussi importante pour le xixe siècle qu"a été celle de Bacon pour le

XVII et le xviiF siècles Je dois trop à A. Comte qui m'a conduit

à travers les labeurs de la vie, et m'a donné la foi qui soutient et que la spéculation m'avait fait perdre pour ne pas désirer que d'autres subissent son influence. Pendant dix années, j'ai profité de sa sac^esse, il a modifié toute ma vie mentale, et je ne puis trouver des paroles pour exprimer toute ma gratitude (1853).

Seul entre tous les penseurs britanniques M. Spencer a institué un système de philosophie. Quand on le voit faire sienne à ce point la méthode positive, quand on le voit s'imprégner si complètement d'esprit positif, quand on le voit construire son système à l'aide de matériaux exclusivement empruntés aux sciences positives, on peut se poser la question de savoir quel rapport existe entre ce système et la philosophie positive?... M. Spencer peut faire d'importants changements de détail, mais il ne portera pas plus atteinte à l'intégrité de la philosophie positive que Schwann par sa théorie cellulaire ou Dubois- Reymond par sa découverte du courant musculaire n'ont porté atteinte à l'intégrité de la biologie. Comte a le premier fondé cette philosophie comme Bichat a le premier fondé la biologie. Leurs successeurs peuvent peu à peu renverser un certain nombre des idées provisoires dont CCS créations étaient faites, mais la méthode et la structure générale n'en demeureront pas moins inaltérables M. Spencer est, sans équivoque, un philosophe positif, encore bien qu'il se puisse refuser à passer pour un disciple de Comte. Son objectif est celui même de la philosophie positive, à savoir la coordination en un tout harmonieux

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des plus hautes, généralisations de la science par l'application de la méthode positive. . .

. . G. H. Lewes,

(in Histoire biographique de la Philosophie).

La philosophie positive est donc à la fois une méthode et une doctnne. Comme méthode, elle élimine des sciences toute recherche étrangère à la recherche des lois ; comme doctrine, elle relie en un faisceau toutes les généralités scientifiques, en les subordonnant les unes aux autres, dans l'ordre même où sont mutuellement subordonnées les sciences fondamentales (in La Science positive et la Métaphysique, 1883). ^ -^

Louis Liard, ^ Recteur de l'Université de Paris.

En fait, A. Comte, doit être signalé conmie philosophe social et pratique dans le sens le plus élevé, le meilleur du mot. Il est le plus grand philosophe français de ce siècle, peut-être le plus grand philosophe social de ce siècle. . . ^ r

D«- Von Hkrmann Lietz, • d'Iéna.

L'étude de vos ouvrages, en morne temps qu'elle nous a fait apprécier la haute portée de vos travaux et l'immensité de l'œuvre à laquelle vous avez consacré votre vie, a fait naître en nous le désir de contribuer, selon notre pouvoir, à la propagation des idées positives (en traduisant les deux premières leçons du Cours de Philosophie positive). - Nous avons l'honneur de vous offrir ci-joint un exemplaire de cette publication. - Nous vous prions de bien vouloir considérer cette démarche comme un témoignage de la vive admiration que nous ressentons pour le successeur de Bacon et de Descartes. (Lettre collective à A. Comte du ii avril 1846).

Comte de Limbourg-Stirum, Capitaine du Génie, attaché au Ministère de la Guerre Hollandais (devenu Général et Ministre de la Guerre), H. Kretzer, et J. A. N. D. Van Hasfelt, Lieutenants du Génie.

M. Comte fut illuminé des rayons du génie. Celui qui, à l'issue de a mêlée confuse du xviiie siècle, aperçut, au commencement du xixe le point fictif ou subjectif qui est inhérent à toute théologie et à toute métaphysique ; celui qui forma le projet et vit la possibilité d'éliminer

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ce point dont le désaccord avec les spéculations réejles est la grande difficulté du temps présent ; celui qui reconnut que, pour parvenir i cette élimination, il fallait d'abord trouver la loi dynamique de l'histoire et la trouva ; celui qui, devenu, par cette immense découverte, maître de tout le domaine du savoir humain, pensa que la sûre et féconde méthode des sciences particulières, pouvait se généraliser, et la généralisa ; enfin celui qui, du même coup, comprenant l'indissoluble liaison, avec l'ordre social, d'une philosophie qui embrassait tout, entrevit le premier les bases du gouvernement rationel de l'humanité ; celui-là, dis-je, mérite une place, et une grande place, à côté des plus illustres coopérateurs de cette vaste évolution qui entraîna le passé et entraînera l'avenir, (in A. Comte et la Philosophie positive, 1864).

Emile Littré, De l'Académie française et de l'Académie de Médecine.

Je suis monothéiste, croyant de toute mon âme au Dieu vivant et à

la vie d'outre-tombe Mais je n'en admire pas moins, sous plus

d'un rapport, l'œuvre magistrale d'A. Comte, dans l'ordre scientifique, social et religieux . Son socialisme est le seul efficace, parce qu'il est le seul conservateur ; et il y a jusque dans sa religion des vues très élevées et d'excellentes institutions que le christianisme peut et doit s'approprier (24 août 1900).

Hyacinthe Loyson,

(in Utlre au D' C. H.).

Au Mexique, comme d'ailleurs presque partout, l'anarchie, sous toutes ses formes..., avait été le fruit amer des doctrines théologiques et métaphysiques ; et, comme c'était inévitable, dans un milieu tout préparé par la diversité et, on pourrait dire, par l'antagonisme de ses éléments ethniques, la discorde et la guerre civile avaient été, jusqu'à ces derniers temps, l'apanage des générations qui ont vécu après la conquête de l'indépendance politique vis-à-vis de la métropole espagnole. ^ r r

Eh bien, depuis 34 ans, nous commençons à savoir ce que c'est qu'un gouvernement stable, ce que sont les bienfaits de la paix publique, ce que c'est que de vivre au sein d'une société dont les assises ne s'eflbndrent pas du jour au lendemain. Sans méconnaître nullement la complexité de ce phénomène qui, comme tous les faits sociologiques est sans doute la résultante de causes multiples, je veux signaler à votre attention la simultanéité de ce phénomène avec la transformation profonde qui s'est opérée dans l'esprit des hommes qui forment au

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Mexique la partie la plus active et la plus vigoureuse de sa population et ont, de ce chef, une influence incontestable sur la direction de ses afiaires publiques. Ces hommes sont, en grande partie, des adhérents de la philosophie d'A. Comte, qui était presque inconnue au Mexiaue avant Tannée 1867 (1900).

Pablo Macedo,

ancien Président de la Chambre des Députés du Mexique

ancien Professeur à l'École nationale de Droit de Mexico. *

A. Comte s'est élevé à lui-même un monument encore plus imposant par sa vie et par ses œuvres, dont l'influence grandit chaque jour autour de nous {Lettre au Dr C. H., 1901).

Ernst Mach, Professeur à la Faculté de Philosophie de l'Université de Vienne.

A. Comte est le créateur de la Sociologie, et l'auteur d'une nouvelle Classification des sciences, œuvres qui immortaliseraient à elles seules le nom d'un penseur.

Le socialisme positiviste, bâti sur une connaissance systématique des sciences, est, par cela même, peu accessible aux prolétaires, dont il froisse d'ailleurs les sentiments démocratiques et égaliiaires par le maintien de classes dirigeantes dans l'industrie.

Mais la puissance de la philosophie positiviste a projeté de larges reflets sur la petite école, et si elle est peu nombreuse, elle a cependant une certaine influence sur le mouvement prolétarien (in Exposé des Ecoles socialistes françaises, 1872).

Benoist Malon, Fondateur de la Rniie socialiste.

Comte est, à mon avis, le plus grand penseur du xixe siècle fiooi in Lettre au Dr C. H.). ^ y^ f

Pi y Margall,

Ancien Président de la République Espagnole.

C'est une grande fête que de parcourir une si vaste étendue de connaissances, et c'en est une plus grande encore de voir l'application constante des principes. Mon travail (la traduction de Comte) fut pour moi une bénédiction. 11 me fortifia, me fit trouver une base inébranlable dans bien des choses. J'appris beaucoup de choses que je n'aurais jamais sues, et je me ressouvins de beaucoup d'autres dont je ne me serais jamais rappelée. L'enthousiasme caché de Comte, sa sensibilité philosophique, sa candeur, la grandeur de son savoir, sa profonde

APERÇUS DIVERS

sympathie produisirent un grand effet sur moi. En traduisant bien des pages, j'avais les larmes aux yeux, et, bien des fois, je fus prise du désir de pouvoir communiquer à un autre disciple les généreux sentiments que me suggéraient mon auteur...

Partout ou nous regardons, nous voyons que les idées de Comte sont à la surface, et que les juges compétents reconnaissent en silence qu'elles forment la base de la systématisation de nos connaissances. — Avant la fin de ce siècle, la société reconnaîtra que cet ouvrage est l'un des plus beaux de notre époque, et le nom de l'auteur sera classé parmi ceux des grands hommes qui ont le plus illustré l'Humanité.

Harriett Martineau,

(dans son Autobiographie).

Quelquefois, au milieu des paisibles nuits de travail, une crise d'incertitude, causée par la fatigue, jette l'esprit dans le trouble et la confusion.... Ce n'est pas le moment de recourir au conseil des poètes, ni d ouvrir quelque répertoire de science, car la science toute pure semblerait froide et la poésie toute seule paraîtrait d'un vide infini J'estime heureux les hommes de ma génération qui, sans être positivistes au sens propre du terme, peuvent, en pareil cas, se souvenir de la morale et de la logique de Comte. S'il est vrai qu'il y ait des maîtres, s'il est faux que le ciel et la terre et les moyens de les pénétrer ne soient venus au monde que le jour de notre naissance, je ne connais aucun nom d'homme qu'il faille prononcer avec un sentiment de reconnaissance plus vive

Le poids même de ces sentences, leur rude austérité y ajoutent le charme d'une vigueur naïve. On ne le sent complètement qu'après le temps et le loisir de l'initiation. Un lecteur coutumier de Comte est toujours surpris d'en voir critiquer le tour abstrait ou la sécheresse rugueuse. Il ne peut s'empêcher d'égaler ces sentences aux meilleurs vers moraux et gnomiques d'un Lysis, d'un Virgile ou d'un Pierre Corneille. Il les trouve gonflées de subtiles consolations, d'encouragéments délicats, en même temps que de vérités qui défient le doute Douceur, tendresse, fermeté, certitudes incomparables, c'est tout ce que renferme ce terrible mot, si peu compris, de Positivisme !

Ch. Maurras,

(in la Minerva de mai 1902), La France, qui a fait la Révolution, devait à la civilisation occidentale de fournir l'homme capable de la compléter ou, du moins, de nous montrer le chemin pour le faire. L'homme destiné fut Comte qui dans ses écrits, visa précisément à porter l'ordre à la place de cette

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anarchie soit spirituelle, soit temporelle, dont nos intelligences sont toutes affectées. A l'action destructive de la Révolution devait suivre nécessairement une action positive, de construction, qui montrât les bases sur lesquelles on put faire reposer le nouvel édifice social // fallait im travail positif, il fallait construire ! Tel fut le but principal que visa Comte, qu'il atteignit comme personne n'a jamais su le faire

mieux, m avant, ni après lui

Pour me borner à l'Italie, on peut bien dire que toutes les nouvelles conceptions soc.ales-philosophiques, qui représentent notre réveil Intelectuel de ces dernières années, sont toutes une directe émanation de la pensée comtienne; comme on peut l'affirmer, aussi delà nouvelle école de Droit pénal, qui porte le nom de positive ; de cette application des découvertes de Galilée sur la gravité des corps à la biologie par le professeur von Schrôn ; de l'application de la mécanique à k sociologie ; enfin de notre Politique positive, dont le projet de réforme parlementaire a déjà fait la conquête des intelligences les plus belles et les plus honnêtes de notre pays (1902).

G.-B. MiLÉsi,

Professeur à la Faculté de Philosophie de l'Université de Rome.

Quand nous disons que M. Comte a érigé sa philosophie en religion, le mot religion ne doit pas s'entendre dans son sens ordinaire II ne changea rien à l'attitude purement négative qu'il gardait à l'égard de la théologie : sa religion est sans Dieu. Nous en faisons assez en d.sam ceci, pour induire les neuf dixièmes de nos lecteurs, au moins dans notre pays, à détourner la face et à se boucher les oreilles. N'avoir point de religion, bien que chose assez scandaleuse, est une idée à laquelle ils sont à peu près accoutumés ; mais n'avoir point de Dieu et parler de religion, est. à leur sentiment, une absurdité en même temps quune impiété.... Quoique nous sachions que nous formons une minorité extrêmement petite, nous osons penser qu'une religion sans Dieu peut être, même pour des chrétiens, un objet de méditations instructives et profitables.

Quelles sont donc, en réalité, les conditions nécessaires pour constituer une religion ? Il faut qu'il y ait un dogme ou une conviction qui revendiquent autorité sur l'ensemble de la vie humaine, une croyance ou une suite de croyances qui soient adoptées d'une manière réfléchie, touchant la destinée et le devoir de l'homme, et auxquelles le croyant reconnaisse intérieurement que toutes ses actions doivent être subordonnées. Il faut, de plus, qu'il y ait^un sentiment qui se rattache à ce dogme, ou qui puisse être invoqué par lui, et soit assez puissant pour

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lui donner dans le fait Tautorité à laquelle il prétend en théorie. Il est très avanugeux que ce sentiment se cristallise, pour ainsi dire, autour d'un objet concret, un objet qui existe réellement, si c'est possible, bien que, dans toutes les circonsunces les plus importantes, il ne soit qu'idéalement présent.... On a dit que celui qui croit à la nature infinie du Devoir est religieux, lors même qu'il ne croirait à aucune autre chose. M. Comte croit à ce qu'on entend par la nature infinie du devoir ; mais il rapporte les obligations du devoir, aussi bien que tous les sentiments de dévotion, à un objet concret à la fois idéal et réel : la Race humaine conçue comme un tout continu, embrassant le passé, le présent et l'avenir. Ce grand être collectif (le Grand-Être, comme il l'appelle) possède, ainsi que le fait fortement ressortir M. Comte, ce grand avantage à notre égard, qu'il a réellement besoin de nos services, ce qui ne saurait être le cas de l'omnipotence dans le sens propre du terme... Il peut se faire qu'il ne soit pas conforme à l'usage d'appeler ceci une religion; mais, employé de la sorte, ce terme a une signification qui n'est complètement rendue par aucun autre mot. Les gens sincères de toutes les croyances voudront peut-être bien reconnaître que si une personne possède un objet idéal, et que son attachement pour celui-ci, ainsi que le sentiment de ses devoirs envers lui, soient capables de gouverner et de discipliner tous ses autres sentiments et tous ses autres penchants, aussi bien que de lui prescrire une règle de conduite, cette personne a une religion : et bien que chacun préfère naturellement sa propre religion à toute autre, tous doivent admettre que, si l'objet de cet attachement et de ce sentiment du devoir est l'ensemble de nos semblables, on ne peut pas, en honneur et conscience, dire que la religion de cet Infidèle soit une religion intrinsèquement mauvaise. Il est possible, en vérité, que beaucoup de gens ne puissent pas croire que cet objet soit capable de rassembler autour de lui des sentiments suffisamment forts ; mais c'est là précisément le point touchant lequel il est difficile qu'il reste un doute à un lecteur intelligent de M. Comte ; et nous nous joignons à ce dernier pour mépriser, comme vile, cette conception de la nature humaine qui consiste à la tenir pour incapable de donner son amour ou de dévouer son existence à un objet qui ne peut offrir en échange une éternité de jouissances personnelles.

La puissance que peut acquérir sur l'esprit l'idée de l'intérêt général de la race humaine, et comme source d'émotion, et comme motif de conduhe, est une chose que beaucoup ont aperçue ; mais nous ne sachions pas que personne, avant M. Comte, ait senti aussi vivement et aussi complètement qu'il l'a fait toute la majesté dont cette idée est susceptible. Elle remonte dans les profondeurs inconnues du passé,

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embrasse le présent si multiple, et descend dans l'avenir indéfini et imprévoyable. Formant une existence collective, sans commencement ni fin assignables, elle fait appel à ce sentiment de Tlnfini qui est profondément enraciné dans la nature humaine et qui semble nécessaire pour donner un caractère imposant à toutes nos conceptions les plus hautes. De cette immence trame de la vie humaine qui va se dérouant, la partie qui nous est le mieux connue est irrévocablement passée ; nous ne pouvons plus la servir, mais nous pouvons encore l'aimer ; elle comprend, pour la plupart d'entre nous, le plus grand nombre de ceux qui nous ont aimés, ou de qui nous avons reçu des bienfaits, aussi bien que la longue série de ceux qui, par les travaux et les sacrifices qu'ils ont accomplis pour le genre humain, ont mérité que l'on conserve d'eux un souvenir éternel et reconnaissant. Les esprits les plus élevés, comme le dit avec vérité M. Comte, vivent aujourd'hui par la pensée, avec les grands morts, bien plus qu'avec les vivants, et après les morts, avec ces êtres humains idéaux' qui sont encore à venir et qu'ils ne sont point destinés à voir. Si nous honorons, comme nous le devons, ceux qui ont servi le genre humain dans le passé, nous sentirons que nous travaillons encore pour ces bienfaiteurs en servant ce à quoi ils dévouèrent leur vie. Et, une fois que la réflexion, guidée par l'histoire, nous a enseigné l'intimité de la connexion de chacun des âges de l'humanité, les uns avec les autres, en nous faisant apercevoir dans la destinée terrestre du genre humain le développement d'un grand drame ou l'action d'une épopée prolongée : toutes les générations humaines se réunissent en une seule image, qui allie toute la puissance qu'a sur l'esprit l'idée de la Postérité aux meilleurs de nos sentiments envers le monde vivant qui nous entoure, et envers ceux de nos prédécesseurs qui nous ont fait ce que nous sommes. Pour que la vertu ennoblissante de cette grande conception ait sa pleine efficacité, nous devons regarder avec M. Comte le Grand-Être, l'Humanité ou le Genre Humain, comme se composant dans le passé de ceux-là seulement qui, dans tous les âges et dans toutes les variétés de situations, ont dignement joué leur rôle dans la vie. Ce n'est qu'autant qu'il est restreint de la sorte que l'ensemble de notre espèce devient un objet digne de notre vénération. Il vaut mieux écarter de nos pensées habituelles les membres indignes ; et, quant aux imperfections qui, dans le cours de la vie, se sont attachées même à ceux des morts qui méritent un souvenir honorable, nous ne devons pas en conserver la mémoire plus longtemps qu'il n'est nécessaire pour ne pas fausser notre conception des faits.

Nous estimons donc non seulement que M. Comte était fondé à entreprendre de faire aboutir l'évolution de sa philosophie à une religion, et qu'il

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avait réalisé les conditions essentielles d*ime religion, mais encore que toutes les autres religions s'amendent d'autant plus qu'elles approchent davantage, dans leur résultat pratique, de celle qu'il visait à construire... L'homme le plus prévenu doit reconnaître que cette religion sans théologie ne peut être accusée de relâcher les liens moraux. Bien, au contraire, elle les exagère prodigieusement.

J. Stuart Mill.

{A. Comte et le Positivisme, traduction G. Clemenceau).

Urâce à Comte, la situation n'est pas aussi désespérée. Le Positivisme nous enseigne avant tout qu'une synthèse objective, c'est-à-dire celle qui se propose la connaissance du monde en soi et de la vérité absolue est impossible, caries moyens d'investigation nous font défaut, ce que Kant a établi d'une façon indiscutable ; le Positivisme arrive, par une autre voie, à une conception du monde bien plus cohérente, plus parfaite, grâce à la synthèse subjective, c'est-à-dire l'étude du monde envisagé par rapport à nous. Si la connaissance que nous en retirons n'est que relative, elle n'en est que plus certaine. Que les choses en soi présentent une variété infinie, qu'elles nous apparaissent sous une forme vague, il n'en est pas moins vrai que, dans les conditions d'espace et de temps où elles nous apparaissent, la représentation que nous en avons est un fait certain. Tant que nous ne changeons pas nous-mêmes, les objets extérieurs nous apparaissent de la • même façon et nous les apprécions de même. . . .

Si les armes allemandes ont vaincu la force physique de la France, c'est maintenant à l'esprit français, incorporé dans son plus grand fils, A. Comte, de remporter une victoire beaucoup plus noble et généreuse sur la force métaphysique de l'Allemagne .

Dr H. Molexaar, Herausgeber der Positive Weltanscbaung , Muuclien.

Depuis la vaste élaboration d'A. Comte, la théorie de l'organisation sociale a définitivement acquis le caractère scientifique, ce qui ne veut pas dire que la Sociologie ait atteint toute la perfection désirable, mais seulement qu'elle est dans la véritable voie qui doit nous en rapprocher de plus en plus (in Résumé de Sociologie, 1904).

Le présent Essai a principalement pour objet d'ébaucher la théorie sociologique du Langage, sans négliger toutefois les indications que la biologie peut fournir à cette théorie, sans négliger non plus les renseignements que nous pouvons tirer de l'étude des fonctions intelleetuelles et morales. A ce sujet je dois dire tout de suite que j'accepte la

théorie de Comte ; jusqu'ici je n'en connais pas qui puisse mieux s'adapter aux faits observés, non seulement par le biologiste, rrtais par le philosophe, par le moraliste, et, encore mieux, par tout le monde.

Camille Monier.

(in Leçons sur le Langage, professées au Collège de France, 1900).

C'est aux conservateurs que je dédie cet exposé du Système politique de Comte. Et je suis certain qu'on pensera moins à s'étonner qu'on ne l'eût fait, il y a seulement quelques années. Car, depuis ces dernières années, grâce aux eflbrts de quelques-uns, on commence à prendre une plus juste notion de la philosophie d'A. Comte ] on commence à entrevoir que l'on a été mystifié ; que bien loin, en eflfet, d'appuyer la Révolution, la doctrine positiviste, plus que toute autre, en combat fortement les principes ; et, pour tout dire en un mot, que l'accord qu'A. Comte avait souhaité, espéré, est possible entre positivistes et

conservateurs — ... Comte reste un immense génie, et son

oeuvre est celle qu'il est le plus important d'étudier, d'approfondir, car elle est celle qui renferme les vues les plus admirables sur l'homme et sur la société, et sur les lois morales et sociales qui les régissent, lois dont la connaissance est d'une nécessité primordiale pour quiconque a en vue l'amélioration. En un mot, pour quiconque aspire à des réformes politiques, sociales ou morales, il y a profit à connaître... ce qu'a dit sur toutes ces questions le fondateur du positivisme.

Comte LÉON de Montesquiou.

(in Le Système politique d'A. Comte).

La philosophie de Comte a donné lieu en Russie, à de nombreux

travaux, parmi lesquels je puis signaler ceux de Poletica, Lessévitch,

Pissaref, Lavrof, Pavlovski, Kondriaftsef, Obolenski, Soloviof et surtout

Tchitcherine. Ces diflférents écrivains et publicistes ont donné une

analyse très exacte des idées de Comte et ont discuté sa philosophie

sous tous ses aspects. . .

J . Novicow,

Vice-Président de l'Institut international de Sociologie, Odessa.

La publication d'une traduction du « Cours de Philosophie positive » vient d'être autorisée par la Censure russe. En conséquence, un comité de savants s'est constitué à Saint-Pétersbourg, pour mener à bien la tradition de l'œuvre d'A. Comte. Parmi ces savants, nous relevons le nom du professeur Karief, qui s'est chargé de la partie sociologique ; celui du célèbre chimiste Mendeljen, qui s'est chargé de la partie chimique, etc.. (avril 1898).

Plusieurs des idées d'A. Comte sont maintenant entrées dans le domaine général des pensées humaines et sont considérées comme

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des expressions de bon sens, et des milliers d'hommes ignorent d'où elles viennent et de quelles méditations profondes elles sont sorties.

Il faut pourtant avouer qu'il fallait du génie, pour avoir ce bon sens, quand A. Comte formula ces idées. '

A. Comte a trouvé la solution qui peut terminer la grande crise moderne par une réorganisation totale, en créant une théorie sociologique propre à expliquer l'ensemble du passé humain. Seul, le Positivisme possède une véritable explication du passé, parce qu'elle est conforme aux lois constantes de la nature humaine, en même temps qu'il possède l'aptitude à systématiser la morale et à diriger l'activité humaine, tant individuelle que collective

Plus qu'aucun penseur avant lui, A. Comte a su créer un système philosophique apte à satisfaire à tous les besoins intellectuels et moraux des esprits émancipés qui se donnent la peine de l'étudier, un système qui embrasse toute la nature humaine, établit une vraie unité mentale, démontre les liens qui unissent tous les citoyens d'un même pays et tous les peuples sur notre planète.

D"- Anton Nystrôm, Directeur de » l'Institut ouvrier » de Stochholm.

Il n'y a pas, pour ainsi dire, une seule idée dominante de Comte qui n'ait pris corps dans la vie publique.

Si la France ne redevient pas chrétienne, à quelles influences demeurera-t-elle donc livrée ? A ces influences positivistes si bien étudiées par le Père Gruber .

Ollé-Laprune,

Maître de Conférences à l'Ecole normale supérieure.

Je suis peut être le dernier auditeur survivant du cours qu'A. Comte professa au Palais Royal après 1848. Il arrivait à 2 heures, en habit noir, petit, l'aspect sévère, un peu souffreteux, la tête inclinée, le front comme dilaté par la tension d'une recherche sans repos, la lèvre dominatrice, le menton obstiné, de l'ascendant dans le regard, quoique sans rayonnement. Il se plaçait devant une table, avalait une gorgée d'eau et commençait d'une voix égale, monotone, sans aucun eflfort pour entraîner, comme se parlant à lui-même, en des périodes longues, mais claires et précises. A cinq heures il parlait encore et aucun auditeur n'était parti.

Il n'est point parvenu à chasser la théologie et la métaphysique de l'esprit humain (?), mais il les a restreintes aux mystères de l'inconnaissable, et il leur a arraché les sciences de la terre. Sa victoire en cela est définitive. . ., sa philosophie prévaut. On ne prend plus en consi-

dération aucun système, partant d'un a priori théologique ou métaphysique et ne reposant pas sur les lois fournies par l'observation des faits psychiques, physiques, historiques, lois toujours révisables d'après des expériences ou des analyses mieux conduites. Galilée, Bacon, Machiavel, Montesquieu, quelques savants dans leurs spécialités avaient appliqué partiellement cette méthode, la seule féconde en résultats civilisateurs. A. Comte l'a systématisée et étendue à l'ensemble de nos connaissances. Par là il a mérité cette immortalité subjective dont il se contentait. . . . (in Réponse académique à Faguet, 18 avril 1901).

Emile Ollivier, de l'Académie française.

Cela nous amène tout simplement à appliquer à l'organisation de l'enseignement supérieur la classification des sciences d'A. Comte.... dont, à chaque pas, on retrouve l'empreinte dans tous les plans de réforme, dans toutes les grandes tentatives de notre époque. M. Pergameni n'a même pas l'air de se douter que le plan qu'il propose. ... a été émis il y a plus de 40 ans par A. Comte. En tout cas, nulle part on ne retrouve ce grand nom sous sa plume. ... — Il y a près de 20 ans, au 2^ Congrès des étudiants, j'eus l'honneur de présenter un plan de réforme dans la classification des cours universitaires, conformément aux doctrines positivistes.... Mais j'ai hâte d'ajouter qu'en rappelant ce fait, je ne revendique absolument aucune priorité, puisque je répète que ce plan, dans ses lignes fondamentales appartient à Comte ; et que, dans ses lignes accessoires, il appartient à tout l'ensemble des chercheurs de l'Ecole positiviste, qui, dans les Revues, la Philosophie positive ^ la Revue Occidentale, the Fornighthy Review, et ailleurs, ont complété l'œuvre de Comte au point de vue de l'enseignement (in V Enseignement supérieur et le Positivisme).

Dr César de Pœpe.

(in National Belge du 28 avril 1885).

Aujourd'hui, je peux le dire avec orgueil, ma patrie est une nation tranquille et pacifique, qui aspire à jouer dans la civilisation le rôle qui lui appartient. Là, les hommes de science, de même que les personnes simplement cultivées, saluent et vénèrent généralement A. Comte. Ils trouvent dans ses doctrines bienfaisantes le chemin qu'il faut suivre pour conduire la société à son état organique, normal et définitif.

Le Mexique éprouve donc pour A. Comte, non seulement ce sentiment d'admiration instinctif, trop souvent stérile, qu'inspirent les grands hommes, mais encore le sentiment fécond et positif de la gratitude que tous les cœurs bien nés éprouvent pour leurs bienfaiteurs. . . .

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A. COMTE, P. LAFFITTE, LE POSITIVISME

Là-bas, dans ce monde de Colomb où, sous les brûlantes caresses d'un soleil de feu, entre les flots agités de deux océans, ma patrie occupe une place destinée par la nature à devenir un théâtre splcndide pour la sociabilité et la culture ; là-bas, dans ce continent immense, le nom d'A. Comte est acclamé, aussi bien dans les plaines monotones des Pampas et sur le sol diamantifère du Brésil que dans les ravins pittoresques des Cordillières et sur le territoire argentifère du Mexique O900).

PORFIRIO PaRRA,

Professeur à la Faculté de Médecine et Directeur de l'École préparatoire de Mexico,

Député au Parlement Mexicain.

Il est vraiment trop facile de faire au Positivisme ces objections qui viennent forcément à l'esprit de tout le monde, et qui risqueraient d'empêcher de voir en quoi il est bon et solide, même dans ses parties les plus bizarres en apparence. Prenons, par exemple, ce qui paraît peut-être l'idée la plus extravagante d'A. Comte, la fétichisation de la terre, sous le nom de Grand-Fétiche, de l'espace sous le nom de Grand -Milieu ; nous y trouvons une certaine raison d'être, et même, à certains égards, une conception générale beaucoup plus juste que celles

qui passent généralement pour scientifiques En incorporant le

Fétichisme au Positivisme, A. Comte ne substitue pas des volontés capricieuses à des lois immuables ; les volontés qu'il introduit dans le monde il ne les admet que comme une manière commode, utile pour satisfaire l'imagination et le sentiment, de se représenter les choses ; les volontés dont il s'agit, sont toujours conformes aux lois naturelles Le philosophe agit ici en poète qui n'est pas dupe de sa

poésie. A. Comte n'a fait autre chose que de proposer l'alliance de la philosophie et de la poésie, celle-ci soutenant celle-là, et, au besoin, occupant la place dans tous les cas ou la philosophie fait défaut. Si A. Comte n'avait voulu que donner satisfaction à l'esprit, il s'en fut, sans doute, tenu à l'élaboration de l'ordre abstrait, mais instituant une religion et cherchant à diriger la vie, il a dû répondre aux différentes aspirations de la nature humaine, et donner à l'activité et au sentiment, une part égale, sinon supérieure à celle de l'esprit. Va, pour cela, il s'est servi des seuls moyens que l'Humanité ait mis à son pouvoir : l'art, la poésie, le culte.

Fr. Paulhan.

(in Rev. pbilosopb., 1891).

L'idée d'une science morale, bien différenciée dans la hiérarchie scientifique, remonte à 1852 ; elle fut émise par A. Comte.... En donnant la Société pour milieu normal de développement à

l'individu... Comte a introduit la relativité. Etroitement enchâssée dans ce monde des contingences, la Morale perd absolument son absolutisme ; devenue la science des adaptations, elle représente le type du relativisme.

L'adaptation de l'homme à la Société, telle que celle-ci a été définie par la sociologie, et la destination de la Société à organiser le plein développement de la vie humaine, concourent à définir l'unité du problème moral.

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