Arch. mun. de Rouen
4, Sallier. Annales françaises (1813, p. 234).
le tiers état contre les ordres privilégiés". Fondée ou non, cette hypothèse est, en ce qui concerne Rouen, difficile à vérifier. Nousne savons siM. de Maussion fut d’intelligence avec Thouret, mais ce qu'on ne peut nier, c’est la démarche initiale faite par da ville de Nantes et l'effet qui en résulta, Rouen avait imité avec plus d’ampleur les procédés de sa devancière : délibérations des corporations, vœu de la municipalité, adresse au Roi. Elle allait encore la dépasser dans lardeur de sa propagande.
La municipalité avait décidé l’envoi du mémoire aux principales villes du royaume. Deux cent quatre-vingt-dixhuit le reçurent : beaucoup envoyèrent leurs réponses. C'était le moment où les délibérations des villes, les pétitions des corps s’entre-croisaient de toutes parts ; on eût dit un immense plébiscite en faveur des droits du tiers état. Quelques villes avaient déjà pris des arrêtés analo- : gues quand elles reçurent le mémoire adressé par la commune de Rouen. Il n’en eut pas moins un très vif succès dans la province et même au dehors.
En Normandie, Argentan, Bayeux, Beaumont-le-Roger, Bolbec, Dieppe, Elbeuf, Eu, Gisors, Gournay, Granville, Harfleur, Honfleur, Le Havre, Lisieux, Montivilliers, Neufchâtel-en-Bray,Pont-Audemer, Pont-de-l'Arche, Saint- Valery-en-Caux, Saint-Lô, Sées, Valognes, Vernon, Vire, Yvetot envoient leur adhésion *. Lamarche suivie estpresque partout la même: la municipalité convoque les corporations lorsqu'elles existent ; celles-ci déclarent adhérer aux trois points de la pétition de Rouen et la municipalité rend un arrêté conforme. Jusqu'où s’étendit l’influence de ce
4. Il cite tout particulièrement l’intendant de Bourgogne (ibid., 294). En ce qui concerne la Bretagne, c'était l’intendant lui-même, Bertrand de Moleville, qui avait présenté à Necker les députés de la commune de Nantes, venus pour solliciter la double représentation du Tiers. [l s'était même chargé de l'impression de leur mémoire (lettre de M. Giraud, préfet, dans la ti. philosophique, 30 pluviôse, an X).
. Les délibérations des villes normandes se retrouvent en ere aux Lois nationales, Ba 76.
mémoire ? IL est impossible d’en mesurer avec précision le rayonnement ; du moins se fit-il sentir fort loin de son foyer initial. Dans beaucoup de villes, les autorités municipales en donnèrent lecture et l'Assemblée prononça son adhésion, Citons entre autres Étampes, où l'adresse futlue publiquement avec celles de Nantes et de Chartres. En Champagne, Épernay, Dormans, Vertus, Courtenay‘, Bar-sur- Aube”. Dans le Nivernais, Cosne, Clamecy. E® Auvergne, Ambért, Gannat. En Poitou, Châtellerault, Montmorillon. En Berry, Bourges, La Châtre*.
Voici, par exemple, comment les choses se passèrent à Vesoul à l'Assemblée des notables bourgeois et habitants (16 décembre): « Le deuxième échevin a fait donner lecture d’un mémoire de tous les corps, communautés et corporations formant le tiers état de la ville de Rouen, suivi de la délibération du corps municipal... ainsi que dela lettre en date du 4 décembre courant. Sur quoi, lesdits sieurs notables ont arrêté d’une voix unamine qu’ils adhéraient sans restriction et en tous points au vœu de tous les citoyens de ladite ville de Rouen, dicté par le zèle éclairé du patriotisme le plus pur. Ils demandent done à son imitation », etc*.
Enfin, dans la capitale même, la « Pétition des citoyens domiciliés à Paris », rédigée par le médecin Guillotin (8 décembre) et adoptée (10 décembre) par les six corps, s’exprimait ainsi: « Les trois ordres du Dauphiné ont donné l'exemple. Le tiers état de la Bretagne et de la Normandie l’a suivi”... »