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Le maire de Rouen faisait partie du bureau de Monsieur

4, Arch. nat., AD +, 1086.

Le « Résultat du Conseil » consacra la victoire du tiers état. Jamais Necker ne fut plus populaire; de tous les points du territoire affluaient des témoignages de reconnaissance et d'admiration. Dès le 3 janvier 1789, Thouret écrivait à son idole cette lettre débordante d'enthousiasme : « Je ne puis retenir, en achevant la lecture de votre sublime rapport au Conseil d’État, le transport de satisfaction et d’attendrissement qui me presse de vous adresser mes remerciementset mes félicitations. Jene peux pas être seul à sentir ce que je sens, et plusieurs bons citoyens feront de leur côté ce que je vais m'empresser de faire du mien. Je vais, m'agitant dans ma sphère, en remplir toute la capacité des idées d'union, de concorde et de sacrifice de l'intérêt soit personnel, soit de corps ou d'ordre à l'intérêt général!. Vous vaincrez, Monsieur, parce que tout est possible au génie qui parlé avec autant de raison, qui dirige avec autant de sagesse et qui prévoit en inspirant autant de confiance : ou je me trompe fort, ou vous serez content des Normands », etc.

Quelques jours plus tard (7 janvier) il écrivait au Roi luimême une lettre officielle de remerciements au nom des officiers municipaux de la ville de Rouen *. Certains passages sont caractéristiques ; ce sont ceux où il vante la modération du tiers état: « Comme il concevrait vainement des prétentions à l'autorité, il respecte toutes les autorités légitimes dans toutes leurs gradations..… il respecte la distinetion des rangs qui prend sa source dans la nature même de la monarchie, et il voit, sans en être jaloux ni humilié, les

1. Cs lignes contiennent en germe les deux brochures de Thouret : V'Avis des bons Normands et la Suite de l’Avis.

2. Arch. nat., B. III, 131. L'original a figuré à la vente de la collection Lajariette.

3. L'assemblée générale en applaudit la lecture, la fit imprimer, et décida d'en envoyer un exemplaire aux municipalités de la province et aux villes les plus remarquanles du royaume. (Arch. nat., B II, 431, Bibl. nat, Lb 39/6784.)

prérogatives honorifiques qui distinguent les deux premiers ordres ‘.

« Sire, le tiers état borne ses vues et réduira toujours ses prétentions au redressement des abus qui se glissent avec le tempsdans les meilleures institutions ; et, siles progrès de la civilisation et de la science d’administrer lui présentent la nécessité de quelques changements, il les proposerait avec franchise, mais avec cireonspection, en les restreignant aux accessoires accidentels et variables de la Constitution ancienne, sans en altérer l'essence et les maximes fondamentales. Bien éloigné de caleuler ses forces par le nombre, ou son influence par les moyens de résistance qu'il pourrait opposer àla préparation du bien général, il met toute sa confiance dans la justice de Votre Majesté et dans l’ascendant invincible de la raison et de l'opinion publique *. »

Après avoir exprimé le désir que les ordres se réunis- sent pour délibérer en commun, il termine par cette adjuration pathétique : « Français, concitoyens, amis et frères, cessons de nous craindre ; il s’agit de nous unir ».

Remarquons-le : le ton de cette lettre est bien plus modéré que celui du Mémoire des Communautés. Du suffrage par tête, iln’est plus question; les revendications du tiers état sont réduites au minimum. C’est, désormais, du rapport au Roi que Thouret entend s'inspirer; il serait malséant de formuler des exigences que le ministre condamne.

M. de Villedeuil remit la lettre au Roi : « J'en ai rendu

1. Sieyès, lui, les condamnait comme les autres. Cf. Essai sur Les privitèges (éd. Champion, p. 3). Rapprocher ces lignes du passage de Necker : « Il n'entrera jamais dans l'esprit du tiers état de chercher à diminuer les prérogatives seigneuriales où honorifiques qui distinguent les deux pre-

miers ordres ou dans leurs propriétés, ou dans leurs personnes. » (Rapport au Roi.)

2. Ne ker. (Rapport au Roi) : « Que ces députés du tiers état à leur tour ne pensent jamais que ce soit par le nombre, ni par aucun moyen de contrainte, mais par la persuasion, par l'éloquence de la vérité, qu'ils peuvent obtenir le redressement des griefs de leurs constituants. » $

compte à Sa Majesté, écrivait-il aux officiers municipaux, et j'ai beaucoup de plaisir à vous dire qu’Elle en a été très salisfaite !. » Quant à Necker, celui que la France appelait alors le moderne Sully, il dut s’applaudir de posséder à Rouen un correspondant qui reflétait si bien sa propre pensée et savait exécuter sur le thème ministériel de si brillantes et ingénieuses variations.

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