CHAPITRE IX
A VERSAILLES. LES ÉTATS GÉNÉRAUX. LES DÉBUTS DE L'ASSEMBLÉE- NATIONALE. ANALYSE DE LA DÉCLARATION DES DROITS DE L'HOMME ET DU CITOYEN. ENTRÉE AU COMITÉ DE CONSTITUTION (MAI-SEPTEMBRE 1789).
L'ouverture des États généraux, fixée d’abord au 27 avril, avait été reculée au dernier moment jusqu’au 5 mai pour laisser aux députés tardivement élus le temps de se rendre à Versailles. Le 4 mai Thouret figurait en petit manteau noir
à la procession solennelle qui se déroulait de l’église Notre- Dame à l’église Saint-Louis. C'étaient les députés du tiers qui défilaient dans les rues de Versailles sous les yeux d’une foule de Parisiens. Le lendemain, les députés des trois ordres rassemblés dans la salle des Menus-Plaisirs entendaient les discours du Roi, du garde des sceaux Barentin et de Necker. La désillusion devait être grande chez ceux qui comptaient que le gouvernement reprendrait en l’amplifiant le programme de réformes indiqué dans le Résultat du Conseil. Les ministres n’osaient aborder directement la redoutable question du vote par tête :‘ils en laissaient la solution aux États eux-mêmes. À vouloir La régler dès le début, on provoquerait une scission. « Tout prendrait, au contraire, une forme différente, tout se terminerait par une conciliation agréable aux partis opposés, si les trois ordres commençant par se séparer, les deux premiers examinaient l’importante question de leurs privilèges précuniaires, et si, confirmant des vœux déjà manifestés dans plusieurs provinces, ils se déterminaient d’un commun accord au noble
abandon de ces avantages'. » Cette marche prudente était précisément celle que Thouret avait déjà recommandée : « Les députés proposeront qu'il soit demandé avant tout aux députés des deux premiers ordres s’ils ratifient et accordent l’abolition des privilèges pécuniaires et des impôts distinctifs d'ordres »?.
Le tiers refusant de se considérer comme une assemblée légalement constituée, il était cependant nécessaire de mettre un peu d'ordre dans ses délibérations très confuses dans les premiers jours. Un comité fut nommé pour assister le doyen, recueillir les votes dans les sections, remplir en un mot l'office d’un bureau. Thouret fut élu adjoint par le groupe des députés normands ; son mandat lui fut renouvelé jusqu’au 9 juin °
Qu'allait faire le tiers état? Deux partis s’offraient à lui: ou bien rester inactif, ou bien entrer en pourparlers avec le clergé et la noblesse. Mirabeau soutenait la première opinion. Thouret se devait à lui-même de ne repousser aucune tentative d’accommodement*. C'est pourquoi il appuya, ainsi que Barnave et Rabaut, la motion conciliatrice de Viguier que ses deux collègues adoptèrent. Il fut élu l’un des seize commissaires chargés de conférer avec les deux ordres au sujet de la vérification des pouvoirs en commun *. [Il est remarquable que pour ses débuts ilse soit mesuré avec Mirabeau et qu'il l'ait emporté sur lui°.
à no Lure des. Élats généraux, p. 165. (Imprimerie nationale 1791, in-4o
2. Essai d'un cahier de pouvoirs, S 2. Dans ce passage il s’agit, il est vrai, des électeurs des bailliages.