Par exemple à Pont-de-l'Arche (Cf. Hippeau, VI
2. Procès-verbal des séances de l'assemblée de l’ordre de la noblesse du bailliage de Rouen. Arch. nat. Be 76/6.
3. Maussion écrivait le 17 à M. de Villedeuil : « Thouret, au nom du Tiers, a fait, à ce que l’on dit, un discours charmant et infiniment adroit. Il semble qu'il a eu un succès général et d’autant plus grand que cette députation du Tiers avait d’abord effrayé la noblesse, qui craignait que l’on ne vint la sommer de renoncer à ses privilèges ». lbidem. 11 écrivait le 20 à d’'Harcourt : « On m’a assuré que s’il eût régné plus d'harmonie dans l’ordre dé la noblesse, il eûtété facile de ne faire qu’un seul cahier pour la totalité du bailliage, et que le Tiers s’y serait volontiers prêté.» Hippeau, VI.
charte normande leur suffisait, et, pour montrer le cas qu'ils en faisaient, ils l'insér aient tout au long à la suite de leur cahier ‘
L’ none de la noblesse s’explique fort bien si lon songe que les parlementaires composaient la majorité de l'Assemblée, soit par eux-mêmes, soit par les procurations dont ils étaient chargés. Sur cette question capitale de la renonciation aux privilèges, ils l'avaient emporté à une majorité detrente-quatre voix. Une assez forte minorité, cent six, s'était, ilest vrai, décidée à en faire le sacrifice *. Parmi les signataires nous relevons les noms de Corneille; Le Pesant de Boisguilbert ; marquis d'Herbouville, procureur-syndic de l’Assemblée provinciale; Dubose, comte de Radepont, maire de Rouen ; beaucoup de nobles d'épée, très peu de nobles de robe, des anoblis comme Le Couteulx, premier président de la Chambre des comptes, Le Couteulx de Verclives et tous ceux qui appartenaient à l'échevinage : Le Couteulx de Canteleu, Midy d'Andé, Midy de la Grainerais, Lefèvre, Le Vavasseur, Quesnel. Des absents envoyèrent leur adhésion par lettre : parmi eux le duc d'Harcourt, gouverneur de la province.
Malgré le beau geste de la minorité, l'effet produit dans le public par l'attitude de la noblesse fut désastreux*. Il ne le fut pas moins dans l'assemblée dutiers état. Celui-ci avait consenti (sans doute grâce à Thouret) à ne pas insérer quelques articles qui auraient pu déplaire à la noblesse. Il riposta en votant « qu'aucune charge vénale ne pourrait conférer à l'avenir la noblesse héréditaire » *.
1. Procès-verbal de la noblesse, el Cahier de pouvoirs et instructions à remettre aux dépulés de l'ordre de la noblesse du bailliage de Rouen, (imprimé, in-8e). Arch. nat. Ba 76 (7).
2. Déclaration d'une partie de la noblesse du bailliage Dit de Rouen (faite par devant notaire, 22. avril}, ibidem.
3. De Maussion au duc d'Harcourt, 20 avril : « Cela produit le plus mauvais effet possible. Je ne serais pas étonné même qu’il {le Parlement) ne fût insulté par le peuple, si l’occasion s’en présentait. Hippeau, VI.
4. Du même au même, à. avril. lbidem. Get article avait figuré dans le cahier de la ville. ét ;
Il y eut encore quelque effervescence au sujet des fameuses mécaniques à filer le coton ‘. Sur ceterrain la ville de Rouen devait succomber devant la coalition des bailliages. L’arlicle qui admettait l'alternative soit de leur suppression, soit de secours abondants aux ouvriers, fut remplacé par un autre beaucoup plus impératif.
Ce fut la dernière bataille. Le soir de ce même jour, 21 avril, le tiers état procéda à l’élection, au scrutin secret, des trois députés attribués à la ville. Soixante-quinze électeurs étaient présents ; Thouret passa le premier?, puis vinrent Le Couteulx de Ganteleu et de Fontenay. Les paroisses du bailliage de Rouen élirent Lefort, marchand de bois ; Gisors, Lefèvre du Chailly, propriétaire ; Pont-Audemer, Lerefait, propriétaire et laboureur ; Pont-l’Évêque et Honfleur réunis, Mollien, laboureur ; Pont-de-l'Arche, Decretot, négociant, fabricant de draps à Louviers. Le lieutenantgénéral au bailliage, Boullenger, fut nommé suppléant. Le clergé avait élu, de son côté, le cardinal de la Rochefoucauld, un curé, deux abbés ; la noblesse, deux gentilshommes et deux magistrats, le président de Frondeville et l’avocat général de Belbeuf.
Tout était terminé. Le 27 avril les députés élus par les trois ordres se réunirent au Palais des Consuls pour prêter serment. De là, l’Assemblée se rendit à l’église des Cordeliers, qui avait été le berceau de l’Assemblée provinciale. Ce fut une belle cérémonie. « Le Te Deum a été solennellement chanté par les religieux Cordeliers, au jeudel’orgue et au son des cloches mises en volée... Ensuite, tous les officiants, avec la croix et l’encensoir, ont reconduit l’Assemblée jusqu’au principal portail de ladite église et ont
1. Ibidem : V’intendant craignait même que le public « ne se portàt luimême à se faire justice et à y mettre le feu sur-le-champ. » Il le fera en juillet. : us
2. Il s'empressa d'annoncer sa nomination à Necker. L’autographe (Bibl. de Rouen, collection Duputel) est reproduit dans Carette et Sanson.
encensée !. » Ces honneurs étaient à eux seuls un symbole ; l'hymne d’actions de grâces célébrait en réalité la victoire du tiers état. Nul n’y avait plus contribué que Thouret. C'était lui qui, payant de sa personne, par ses écrits et par sa parole, avait formé l’opinion publique et conduit les assemblées ; c’est lui qui avait été, comme il l’écrira dans sa prison, « l'âme même du parti populaire ».
La bataille avait été rude ; mais c’en était fait de l’antique suprématie des cours souveraines. Rouen, si longtemps la citadelle de l’esprit parlementaire, venait de s’éveiller à un souffle nouveau, celui de 1789.
1. Procès-verbal des séances de l'assemblée générale des trois élats du . bailliage principal de Rouen.