Duquesnoy, I
2. Lettre à Vieillard de Boismartin {autographe à la Bibl. municip. de Rouen, 7 juin 1789). Fe
3. Adresse présentée au Roi par les députés des communes. Lb 39/7277. 4. Séance du 1 juin.
à. Journal des États généraux, séance du 15 juin. :
connus et vérifiés », il fit les deux graves objections suivantes : «1° Que deviendrait la Constitution si les membres du clergé qui se sont fait vérifier en commun se retiraient ensuite dans la chambre de leur ordre? 2 Le Roi sanctionnera-t-il une Constitution nouvelle dans sa forme et qui intervertit, par le fait, d'anciens usages ? Or, le Roi ayant le droitde veto essentiellement attaché à sa couronne, quel serait le sort de cette Constitution qui n’aurait pas le sceau de son approbation ‘? » Au fond, Thouret craignait qu'une démarche imprudente dutiersn’amenât la dissolution des États. Peut-être avait-il le pressentiment de la séance royale, peut-êtreavait-il reçu, directementou indirectement, des confidences de Necker. Quoi qu’il en soit, ses arguments produisirent une vive impression sur une partie de l’Assemblée. Sieyès le sentit et riposta, non sans âpreté. « La motion de M. Thouret, disait-il, tend à vous chambrer en tiers état, à donner à la France déçue une nouvelle et misérable représentation des États généraux de 1614. » Il terminait par cette insinuation malveillante : « Vous vous montrez assurés que votre dénomination séra plutôt sanctionnée que la nôtre. Ne pourriez-vous, pour nous inspirer plus de confiance, communiquer au public les titres et les documents confidentiels qui motivent cette assurance de votre part®?%
En fait, ces deux hommes soutenaient, ce jour-là, deux “thèses inconciliables : Thouret, retenu par ses scrupules de juriste, représentait la légalité de l’ancien régime expirant ; Sieyès, la logique même de la Révolution.
Au cours des débats, Sieyès s'était rallié à une dénomination plus courte et plus saisissante, celle d'Assemblée
4. Toulongeon. Histoire de France depuis la Révolution de 1789. tome I, pièce justificative n° 5.
2. « Je sais, il faut bien l'avouer, le grand effet qu'a produit M. Thouret, quand il:vous a déclaré d’une voix forte, etc. » Nous avons suivi ici un témoin qui donne un compte rendu fidèle de cette séance, le constituant Toulongeon (tome I, pièce justificative n° 5).
nationale. Ses partisans voulaient aller aux voix sans discussion ; la minorité fit tous ses efforts pour empêcher le président Bailly de procéder à l’appel. Les deux partis s'invectivaient sans résultat, et le public des galeries, extrêmement surexcité, manifestait ouvertement contre les députés de la minorité’. Ces scènes tumultueuses se prolongèrent jusqu’à une heure du matin. Le lendemain, les votes furent recueillis : la motion de Sieyès l’emportait par quatre cent quatre-vingt-onze voix contre quatre-vingtdix. Thouret apparteriait à la minorité.
Pendant les semaines qui suivirent, Thouret sembla se résigner à n'être que le témoin muet des travaux de la nouvelle Assemblée nationale. Il sentait sans doute qu'il y avait perdu quelque peu de son crédit. Il ne figure, en effet, dans aucun des comités qui furent nommés au mois de juillet”. C’est tout au plus s’il est élu secrétaire suppléant (3 juillet) par quelques voix ; on lui tenait rigueur de sa conduite antérieure et de ses votes. Un incident fâcheux allait le lui prouver.
Le samedi 1* août, les bureaux de l'Assemblée procédaient à l'élection d’un président en remplacement du duc de Liancourt. Au premier tour, les voix se partagèrent entre Sieyès, Thouret, Tronchet et deux Bretons, Le Chapelier et Glezen.
Celui-ci disparut au second tour. Au troisième, la lutte se resserra entre Thouret et Sieyès ; le premier fut élu par quatre cent six voix contre quatre cent deux*. Ce résultat,
4. « Les galeries étaient remplies, et l’impatience gagnant d’intervalles à autres plusieurs des spectateurs, ils ont plus d’une fois donné le nom de traîtres aux membres composant la minorité ; à chaque fois que cette expression à été prononcée, elle à été appuyée par les applaudissements de tous les autres. » Correspondance des députés del’Anjou. (Cf. Duquesnoy, £, 101, et Baïlly, I, 152 sq.)
2. Comité central (6 juillet), premier Comité de Constitution: (14 juillet), Comité d'informations (29 juillet) ; le premier des douze membres de ce ‘comité avait réuni cinq cent dix voix; Thouret venait ner avec cent cinquante.