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Cette élection à été tumultueuse et ae » Le Hodey

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connu à huit heures du soir, fut très mal accueilli par une grande partie de l'Assemblée‘. C’est, qu’en effet, Thouret avait eu pour lui la presque totalité du clergé et la Hate rité de la noblesse“. |

Ses collègues du tiers étaient, au contraire, prévenus contre lui ; un de ses partisans le constate : « En général, M. Thouret est très désagréable à l’Assemblée, il l'est à Paris »°. Ses adversaires, et en première ligne les Bretons, ne lui pardonnaient pas son opposition dans la mémorable séance du 16 juin. Certains même l’accusaient ouvertement d’être vendu à la Cour, « d’être entré souvent dans l’appartement de M“° de Polignac et d’avoir trempé, au moins par conseils, dans la conspiration contre la patrie »*, imputation inepte autant qu'outrageante. Leurs calomnies étant restées sans effet, ils parlaient de casser l'élection et de dénoncer Thouret comme coupable de trahison. Les plus exaltés, sortant de la salle, allèrent ameuter la foule qui vint manifester jusque sous Les fenêtres de l’Assemblée *.

Le lendemain, il fut dénoncé au Palais Royal, proscrit, menacé de mort° s’il acceptait la présidence. D’où venait cette animosité extraordinaire du peuple contre lui? C’est que, depuis longtemps, son nom figurait sur des listes imprimées, à côté de ceux qui avaient voté « non » lors de la séance du 16 juin’. Il était déjà suspect.

4.« Un murmure assez ouvertannonça le mécontentement des ÉnE et même d'une grande partie de la noblesse sur le choix de M. Thouret. (Correspondance de Bretagne, 3 août.)

2. Journal de Castellane. (Mss. fr. 4121.) 3. Duquesnoy, I, 260. Correspondance de Bretagne, loco citato.

4. Ces expressions sont empruntées à une lettre de Biauzat, député d'Auvergne, écrite le soir même de l'élection (4er août). Grellet de Beauregard, député de la Marche, répète la même accusation (3 lettre, s. d.). Mémoires de la Société des Sciences de la Creuse, 1899. Cf. Ferrières, I, 179.

5. Journal de Versailles (5 août) ; Mémoire de Lally, janvier 4790 (p. 107). 6. Mémoires de Marmontel, éd. Tourneux (III, 306). 7. Sur ces listes, voir Bailly, I, 479; — Toulongeon, LI, 9%, — et le roya-

Le lundi 3, lorsque les résultats officiels du scrutin furent proclamés, un murmure sourd’ s’éleva dans l’Assemblée. Thouret n’osa pas braver l'orage, il donna sa démission par une lettre que lut le président*?, et luimême vint annoncer sa résolution en termes pleins de convenance : « C’est en sentant tout le prix de l’honneur que vous m'avez déféré, et qui ne pourrait pas m'être ravi, que j'ai le courage de me refuser à la jouissance, quand, sous d’autres rapports, il eût peut-être était excusable de penser que le courage était d'accepter. J'aurai encore assez de force en cet instant, je prendrai assez sur moi-même pour sacrifier au majestueux intérêt de votre séance des détails dont l’objet me serait personnel. Je sens bien que l’individu doit disparaître, où les soins de la causé publique ont seuls le droit de se montrer et de dominer. Qu'il me soit seulement permis de dire que je suis capable et digne de faire à cette grande cause tous les sacrifices à la fois, et que c’est à ce double titre que je viens vous prier de recevoir mes remerciements et ma démission. »

L'Assemblée lui sut gré de son désistement qui, croyaiton, lui évitait bien des malheurs. « Des applaudissements répandus de loin en loin dans la salle et le silence d’une partie des membres ont annoncé à M. Thouret que l’on s'attendait au sacrifice qu’il venait de faire ; en général, il a été accepté sans empressement, sans affectation ; on eût dit que l’ex-président cédait non pas aux efforts de la calomnie, mais à la nécessité d’un devoir que lui avaient prescrit les circonstances *. »

Telle est l'histoire d'une FR qui fut très diversement commentée. Le parti de Mounier ne la pardonna

- liste Montjoye, II, 8, qui cite une liste « des frères suspects dans le tiers

état », copiée, dit-il, sur le placard même. Thouret y figure. 1. Le Hodey, séance du 3 août.

2. L'original de cette lettre, ainsi que le discours, sont aux Archives nationales C, 28. L’imprimé est à la Bibliothèque se Le 29/94. 3. Le Hodey, loco ciao;

Jamais à Thouret et ne cessa de la lui reprocher comme une sorte de désertion. A l'en croire, cet homme pusillanime aurait cédé surtout à la peur. Qu'il y ait eu des manifestations violentes lors de son élection, il est difficile de le nier, mais, remarquons-le, celle-ci ne fut connue que le 1% août, assez tard dans la soirée. IL était absent; c’est à son retour qu’il rédigea immédiatement sa démission. Il ne fut donc pas intimidé par les lettres anonymes et les menaces de mort, si toutefois il'en reçut'.-Le motif de son acte est tout autre : le très faible écart de voix qui le séparait de Sieyès lui montrait que la plus grande partie de ses électeurs appartenait aux deux ordres privilégiés qui s'étaient flattés de le gagner à leur cause et de prendre ainsi une sorte de revanche de la journée du 16 juin. Il ne voulut pas leur donner cette illusion et préféra se dégager d’un patronage compromettant. Son prestige put en souffrir, mais sa dignité resta intacte. Au moment même où il se voyaitécarté des comités par un véritable ostracisme, Thouret faisait paraître deux brochures intitulées, l’une : Projet de déclaration des droits de l'homme en société?, l'autre : Analyse des idées principales sur la reconnaissance des droits de l’homme en société et sur les bases de la Constitution*.

Voici dans quelles circonstances elles furent rédigées : l’Assemblée avait décidé de placer en tête de la Constitution une Déclaration des droits de l’homme et du citoyen. Lafayette avait, le premier, donné la sienne. Sieyès vint ensuite avec sa Reconnaissance et exposuion raisonnée des droits de l’homme et du citoyen. Le 27, l'Assemblée 4: Mouard le nie formellement (note 4), mais beaucoup, de collègues de Thouret y croyaient. Le fait, en tous cas, n’est pas invraisemblable. A la fin d'août des lettres de menaces furent écrites du Palais Royal au président et aux secrétaires de l’Assemblée nationale. L'Assemblée décida qu'il n’y avait pas lieu de délibérer. (Procès-verbal, 31 août 1789.)

2. Projet de déclaration des droils de l’homme en société, par M. Thouret, député de Rouen. Le 29/1958.

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