Abrégé des Révolutions… Notice sur Thouret
2. Ce jour, fête de la Purification, les électeurs se sont assemblés après
vêpres dans la nef de la cathédrale pour nommer un membre au tribunal de cassation, qui s’établissait à Paris. M. Thouret, avocat (chéri par la
municipalité), a été élu: (Journal d'Harcholle, 2 février 1791.) L’avocat
Ducastel était son suppléant; il ne siégea jamais.
3. « Ce lieu, où l’on discutait jadis comment on riverait les fers du peu-
de l’ancien archevêché, où s’étaient tenues les séances préliminaires de lAssemblée provinciale. Des toasts furent portés : à la nation, à la Constitution, aux progrès de lesprit publie chez tous les peuples de la terre. Des couplets même furent chantés ; ceux du jeune Bignon, le futur diplomate et pair de France, alors professeur de sixième au collège, parurent « dignes de la gaîté française ! ».
Lesenvieuxde Thouret n’avaient cependant pas désarmé. En son absence, leur ressentiment s’était manifesté soit par des pamphlets, soit par des calomnies avidement recueillies par les feuilles royalistes de Paris. On rééditait contre Thouret l'accusation de vénalité*. Il avait acheté, disait-on, pour 1.500.000 livres la terre du Vaudreuil, près de Rouen, alors qu’il y a deux ans sa fortune ne se montait qu’à 28.000 livres*! Pendant son séjour on imprima une pièce bassement ordurière dont les premières lignes seules peuvent être reproduites *: « Le grand Thouret, honorable sous le règne de Assemblée constituante, n'ose étaler ici toute sa gloire. Ge roi des rois du Manège, l’Agamemnon de la France, se tient blotti à un quart de lieue de la ville, chez son confident Guetry (sic), quine le montre que sous caution. Les chefs de son parti expirant, les Jacobins, excitent en vain la canaille à lui rendre les
ple,a été purifié par de nombreuses libations en l'honneur d’une constitution qui lui rend enfin ses droits et sa dignité.» (Journal de Rouen, 20 octobre
4791.) 1. Ibidem.
2. Plus dangereux que ses collègues, parce qu'il est plus faux que Thersite, il est allé aux Etats dans le seul dessein de s'enrichir. Après un maintien longtemps équivoque et une foi suspecte, il s’est enfin vendu à la
faction qui à mis un grand prix à ses sophismes. (Adresse aux Normands par un Normand, p. 14.)
3. Les Pourquoi du peuple à ses représentants à leur retour de l'Assemblée nalionale. (Bibl. nat., Lb 39/5450.)
4. Grand empoisonnement d'un fiacre de Rouen par M. Thouret. Rouen. le 26 octobre 1791, 8. (Bibl. nat. Ln 27/19.622.) Un autre exemplaire est
intercalé à la suite du n° 15 du journal Les folies du mois à deux liards par jour. (Bibl. nat. Le 2/647.)
honneurs. Les sans-culottes de Rouen ont perdu courage, Sic transit gloria mundi. »
Thouret était devenu magistrat. Il siégait encore comme député lorsqu'il fut choisi comme juge au tribunal du département de Paris par l'assemblée électorale de cette ville”; ses six collègues, Fréteau, Merlin, Duport, Target, Treilhard, Le Peletier-Saint-Fargeau, étaient comme lui membres de PAssemblée nationale (26 novembre 1790). Il fut affecté comme président au troisième tribunal, dit de Saint-Denis”. Le même jour il remercia les électeurs par une lettre, lue le 27. Target, accompagné de ses collè- gues, fit son compliment le surlendemain*. Mais Thouret ne pouvait prendre possession de son poste tant que durait la session. [Il se contenta de prononcer, lors de l'installation du tribunal (35 janvier) ,un discours qui contenait un fort bel éloge de la justice nouvelle“. Il fut remplacé le 11 juin’. Déjà le département de la Seine- Inférieure avait élu juge au tribunal de cassation.
L'installation du tribunal suprême se fit Le 20 avril 4794. Le 2 mai, Thouret était désigné pour faire partie de la section de cassation (l’autre était celle des requêtes). Mais c’est seulement le 15 novembre qu’il commença à siéger effectivement. Il retrouvait parmi ses collègues d’anciens députés de la Constituante, tels que Barère, Bouche, Ghabroud, Chasset, Emmery, Lapoule, Marquis, Schwendt. Aucun d'eux n’égalait sa réputation de jurisconsulte. Aussi ne tarda-t-il pas à devenir président de section. Il figure
4. Le quatrième par 405 voix sur 675 votants. (Charavay, Assemblée électorale de Paris, p. 129.)