‹ La vie et l'œuvre d'un constituantChapitre 215 sur 234 · Moniteur, 24:septémbre · texte numérisé non relu

Moniteur, 24:septémbre

nière démarche. est: encore plus significative : c’est celle

que Thouret fit avee ses collègues précisément, à l'occasion. des. jugements. récemment! annulés par la, Convention. Sentant qu'il avait à désarmer des défiances ou même des suspicions redoutables, il vint faire amende honorable, protester de son attachement sincère à la liberté, à Fégalité et à la République une et indivisible. « Ge n’est pas, ajoutait-l,. d'avoir peut-être commis quelques erreurs. que nous. devons nous défendre : tout, homme est; faillible ; mais ce sont nos intentions que je distingue; elles. ont toujours été pures comme notre civisme. » Et, comme gage de la pureté de ses. sentiments, il offrait à, lAssemblée, pour être anéanties,.… la patente royale d’investiture jadis délivrée aux membres du tribunal, ainsi que les médailles frappées dans la nuit du 4 août, «et sur lesquelles-le dernier des. Capets. est nommé le restaurateur de la liberté » (14 brumaire an. IL — £ novembre. 1793. L'Assemblée, satisfaite, accorda à la députation, les honneurs de la séance. e

Onze jours plus. tard, le 25 brumaire, il était arrêté au sortir de l’audience?, ainsi que son collègue Chabroud*. Le lendemain, il était écroué au Luxembourg. H ne devait le quitter que pour être transféré à la Conciergerie, et de à. conduit à l’échafaud. .

Le Luxembourg, naguère résidence de Monsieur, était

A% Moniteur du 16 brumaire.

2. Son-nom. figure encore ce jour-là, aw bas d’un jugement cassant un jugement du tribunal criminel de la Drôme. (Arch. nat. ADV 5.)

3. «Le Comité arrête que le nommé Thouret, ci-devant député à l'Assemblée constituante: et-aujourd'hui président du tribunal de cassation et: le nommé Ghabroud également député à ladite Assemblée, seront mis en état d’arrestation dans deux maisons de détention séparées, et ce par. mesure de sûreté générale, et comme notoirement suspects, qu'ils y resteront. jusqu'à ce qu'il. en soit autrement ordonné ; charge la force armée de mettre le présent à exécution et les autorités civiles de mettre les scellés sur leurs papiers. Signé: Vadier, La Vicomterie, David, Moïse Bayle. Dubarran, Louis du: Bas-Rhin, Amar, Banis (copie de l'arrêté du; Comité

de süreté générale. » (Arch. nat. F 7/4775,) .

devenu une prison’. On y avait d’abord enfermé les députés prévenus de fédéralisme (2 juin 1793), puis des Anglais (20 vendémiaire — 11 octobre), enfin des personnes de toute condition, parmi lesquelles les nobles étaient nombreux. « C’est là qu’on voit des hommes de tous les partis et de toutes les factions, qui aimaient la liberté pour leur compte. L'aristocrate le plus encroûté est

auprès du monarchien, qui se querelle avec le modeste feuillant. Le fédéraliste peste contre tous les trois”. » Thouret partageait la chambre /d'un homme de lettres, François de Neufchâteau, escalier de la liberté.

Pourquoi était-il détenu ? Aucun fait précis n'avait été relevé contre lui, mais il était « notoirement suspect ». ainsi que le porte l’ordre d’arrestation. En effet, l'article EE de la loi du 17 septembre 1793 réputait gens suspects «ceux qui, soit par leur conduite, soit par leurs relations, soit par leurs propos ou leurs écrits, se sont montrés partisans de la tyrannie, du fédéralisme ou ennemis de ‘la liberté ». Or le crime de Thouret était sa qualité d’ancien constituant. Prévenu du sort qui l’attendait « il ne voulut s’expatrier, ni même se cacher ; en vain on l’avertit que son nom était porté sur les listes du Comité de sûreté générale ; il refusa constamment un asile que lui offrit, à plusieurs reprises, le médecin Guillotin, ex-constituant * ». Fort de son innocence, il ne désespérait pas d'être remis en liberté, aussitôt qu'elle serait reconnue. Il jugea donc utile d'adresser un mémoire justificatifau Comité de sûreté générale (14 frimaire an I1— 4 décembre 1793). C’est un acte de foi, en trois points, complet et sans réserve ; Thouret y adhère non seulement à la République, mais

4. Nombre des prisonniers au 26 brumaire : 3.372, dont 256 au Luxembourg. (Journal de la Montagne, 28 brumairc an IL.) |

2. Almanach des prisons, an IL. p. 59 et suivantes. Tableau du Luxem bourg... (même volume, p. 133-136).

3. Thouret fils, Abrégé des Révolutions… (Discours préliminaire.) 4. Biographie nouvelle des contemporains, art. Thouret.

THOURET MAGISTRRT. SON PROCRS. SA MORT 293

encore à toutes les mesures, si rigoureuses soient-elles, que la Convention a cru devoir prendre :

«1° Je crois et je professe qué la Constitution républicaine est, en principe, le plus naturel et le plus raisonnable des gouvernements et qu’elle est en résultats le seul mode d'organisation sociale qui assure complètement l'égalité et la liberté.

2° Je crois et je professe que toutes les mesures de rigueur que la Convention nationale a prises pour parvemir à cette Constitution et en assurer l’établissement sont légitimes et pleinement justifiées, tant par la volonté du peuple français... que par la raison impérieuse du salut public qui sanctifie tout ce qu’elle inspire et nécessite.

3° Je crois et je professe qu’au point où la Révolution s’est avancée, tout système de rétrogradation et spécialement celui du retour vers la Constitution de 1791, est un système faux, traître et liberticide... » Ces principes énoncés, il déclarait professer les conséquences qui en dérivent « toutes, sans restriction et dans tous les cas ». Il invoquait en témoignage les sentiments républicains et la haine de la royauté qu’il avait inculqués à son fils : « L’éducation des enfants est la preuve la plus infaillible du patriotisme des pères. » Enfin, il s’indignait contre « l’atroce imposture » d’une grande fortune, propagée par les aristocrates *.

On le voit : Thouret ne se bornait pas à faire un acte d’orthodoxie : ilabjurait encore ses erreurs passées, c’est-àdire la Constitution de 1791, dont il était un des auteurs responsables. Il est permis de penser que sa dignité ne lui imposait pas un désaveu aussi formel de sa conduite antérieure.

Une autre pièce, remise le même jour, sollicitait la levée des scellés mis sur ses papiers, parce qu’ils conte-

el proteste nommément contre cette calomnie : l'acquisition de la terre du Vaudreuil, dont il à été question au début de ce chapitre.

naient :1° plusieurs affaires dont il était rapporteur ; 2°:sa déclaration pour Femprunt forcé".

‘Plusieurs semaines «se passèrent. Sa détention se prolongeant, Thouret fit ‘parvenir un second mémoire au même comité ?. ‘Ge n’est'pluscette:foistun exposé de principes, mais une apologie de sa conduite, depuis 1789. 11 avait, disait-il, dès cette époque, désiré que la ‘Révolution fût poussée aussi loin qu'elle pouvait l'être, sans la compromettre. Sa-conduite :avaittoujours ‘été à découvert. Il rappelait les coups tportés au clergé, à la noblesse, à la robe, à la cour, et surtout le décret qui déclarait le Roi fonctionnaire public. Hétait désmtéressé: il avait en 1791 sollicité une place de juge, parce qu'il pouvait « aider à surveiller les premiers mouvements de la précieuse institution es jurés ». 1 mvoquait son adhésion, ‘donnée Île 22 septembre 1791 à la Révolution républicaine, etencore l'éducation donnée à son fils, spécialement l'Histoire de France rectifiée selon les :prmeïpes ‘de Ja Révolution. Il adjurait en termes ‘émus ile (Comité ‘de :le rendre à sa famille : « Ne suspendez:pas davantage l’activité de mon dévouement à l’achèvement della Révolution *. »

On apu remarquer en quels ‘termes Thouret parlait de Péducation de son fils. C'était, en effet, la principale consolation de sa icaptivité : « Hrprescrivit à cet ‘enfant un ordre de travail invariable.… et il chargea:sa femme ét son frère l'en surveiller rigoureusement l'observation. On lui portait tous les jours les traductions de son fils qu'il corrigeait avec le plus grand soin, ét qu'il renvoyait accompagnées «de ‘remarques sur le véritable sens et sur les beautés du texte “.»

1. Copie du Mémoire remis au Comité de sûreté générale le 44 frimaire : Arch.mat. F7, 4716, (29.) È

2. Mémoire pour J. G. Thouret, juge au tribunal de-cassation (ibid) ; il est daté Qu 8germinal, an {IT '(28:mars 179%). Nous letranserivonsen'entier à l’Appendice. | é

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