Préface des Tableaux chronologiques. par Thouret fils
2. Tableaux chonologiques de l’histoire ancienne el moderne, le partie (seule parue). Paris 4821 in-folio oblong (246 pages). Bibl. nat., G 1494.
Vertot pour les faits et s’inspire de Montesquieu dont il reproduit parfois la forte concision. Son jugement sur César mérite d’être cité : « Comme homme d'État et comme capitaine, il est un des plus grands généraux qui aient existé, Sa mort fut une calamité. Elle replongea la république dans les convulsions dont elle venait de sortir. On l’accuse d’avoir opprimé la liberté ; mais depuis Sylla il n’y avait plus de liberté ni de gouv tente c'était le règne de l'anarchie. Il fallait un maître à ou et César était le plus digne de Fêtre. Brutus se trompait grossièrement s’il croyait de bonne foi que Rome pourrait reprendre son gouvernement après que les citoyens avaient perdu leurs anciennes mœurs. Toutes les républiques parcourent le même cercle de prospérités et de malheurs ; elles se fortifientet s'élèvent par la vertu ; lorsqu'elles sont corrompues, c’est une nécessité qu'elles soient entraînées au précipice par une main où par une autre. »
La troisième partie, enfin, est la plus originale. C’est une sorte d'histoire de la civilisation : poètes, philosophes, législateurs, peintres, sculpteurs, architectes se succèdent suivant un ordre chronologique quelque peu conventionnelet sont chacun l'objet d’une étude plus ou moins étendue. La civilisation égyptienne est décrite d’après Diodore et Hérodote, mais il est question des temples de Lougsor et de Karnak.
La théologie hindoue, les lois de Manou, la langue sanscrite donnent lieu à d’assez longs développements, de même les préceptes du chinois Kong-fou-tse. Mais l’auteur accepte la date de 2349 comme celle du Déluge universel.
Tout, sans doute, n’est pas de Thouret. Son fils dit avoir utilisé les travaux récents sur l'archéologie orientale. Mais l’entreprise n’en est pas moins méritoire et par le plan et par la mise en œuvre. Il faudrait, pour Pestimer à sa juste valeur, se souvenir qu’il n’existait rien d’analogue pour linstruction historique de la jeunesse,
L'abrégé des Révolutions de l'ancien gouvernement francas, ouvrage élémentaire extrait de l'abbé Dubos et de l'abbé Mably', fut composé dans la prison même du Luxembourg, sous forme de cahiers ‘que Thouret faisait passer à son fils à mesure qu'ils étaient terminés. Nous n'avons pas ici à nous prononcer sur le fond même de la doctrine de ces deux écrivains. Le premier, adversaire du comte de Boulainvilliers, s’appliqué à démontrer qu'il n’y eut pas conquête des Gaules par les Germains, mais établissement pacifique en vertu d’une concession en règle faite par les empereurs. Mably va chercher les origines de la France dans la Germanie, mais c’est pour y trouver le modèle d’une monarchie démocratique. Il est singulier que Thouret, dont l'esprit était si net, n’ait point vu la difficulté d'adapter l’une à l’autre ces deux conceptions.
L’abrégé de l'ouvrage de Dubos : De l'établissement des Francs dans les Gaules, est une bonne analyse. Le mot de chef-d'œuvre d'analyse, prononcé par François (de Neufchâteau) ?, paraît excessif. Il n’y a guère à noter qu'une réflexion personnelle de, Thouret, la suivante : «La souveraineté sur une nation ne peut jamais être acquise ou conservée légitimement par la force et par la contrainte contre la volonté nationale. L'empire romain n'avait pas d'autre titre de souveraineté dans les Gaules que la conquête de César, c’est-à-dire la force et la violence qui ne donnent jamais un véritable droit. Ainsi la cession de Justinien ne conférait aux princes francs aucun titre de souveraineté légitime. »
Beaucoup plus importantes au point de vue pédago- - gique sont les Observations sur l'histoire de France extraites de Mably. Les intentions de Thouret sont clairement
1. Première édition 1800 in-18 deuxième, 1819 in-8°. C’est à celle-ci que nous renvoyons.
2. Préface du Conservateur. L’extrait de l'abbé Dubos parut pour la première fois dans ce recueil (2 v. in-8e, an VIII). Bibl. nat. Z 29,578,
exposées dans l’avant-propos. Elles consistent à prouver la nécessité de la Révolution par le spectacle des iniquités passées. Il fera connaître « les usurpations des rois, des nobles et des prêtres, toujours ligués pour dépouiller le peuple de ses droits, toujours divisés pour le partage de ses dépouilles. » :
Le jeune Thouretétudiera doncdans l'histoire decetemps: 1° les origines de tant d’autorités et de privilèges aristocratiques que la Révolution à anéantis ; 2°l'excès des maux qu'ils avaient accumulés sur la nation.
L'histoire de France devient dès lors matière à thèse : scribitur ad probandum. Thourét emprunte, avec les divisions de Mably, ses idées mêmes. Le gouvernement fut démocratique sous les premiers Mérovingiens. Maïs bientôt les prêtres et les leudes s’entendirent pour envahir la souveraineté nationale. Charlemagne rendit à la nation le pouvoir législatif, mais les vrais principes furent oubliés après lui. Le gouvernement féodal s‘établit, puis tomba en décadence sous les coups de la royauté soutenue par les légistes. Gelle-ci, à son tour, dégénéra en despotisme.
L'originalité de Thouret se montre dans de style : les phrases filandreuses de Mably sont devenues courtes et incisives, daillées à arêtes vives. Elle apparaît ‘encore mieux dans les :«« remarques et rapprochements à faire avec des événements de la révolution actuelle », qui terminent chacun des huit livres.
Voici quelques exemples de ce procédé. Le premier gouvernement de la nation française fut républicain ; aujourdhui le peuple, rentré.en possession de ses droits, reprend ‘une constitution républicaine ; il n'y a R qu'un retour simple et naturel à son ancien état!. Une nation a toujours raison d’abolir la royauté. Une nation a toujours