Mouard, p
4. Mouard, p.3. La première cause (26 septembre 1765) fut pour J.-F: de Cairon, seigneur de la Varenne, contre le curé de Canapville.
d'une délibération, que le 9 janvier 1769 ; il n’est inscrit sur le tableau qu’en 1771, c’est-à-dire à vingt-cinq ans. Ses confrères étaient au nombre de 32°, chiffre énorme pour une aussi petite ville, et singulièrement éloquent. Malgré sa jeunesse, Thouret éclipsa tous ses rivaux. Un témoin, d’ailleurs malveillant, dit de lui : « Un avocat de Pontl'Évèque, le plus occupé de son siège? ». Si nous ignorons les causes qu’il a plaidées, il n’est pas douteux que ces années d'apprentissage n'aient été très utilement remplies. Il rédigea -un commentaire de la coutume de Normandie, aujourd’hui introuvable *. Mais il s’efforça surtout de s’affermir dans la science du droit alors si complexe et si touffue : droit canon, droit féodal, droit coutumier, droit romain. Si l’on faisait bon marché des grades acquis sans peine à l’Université, les traditions de l’ancien barreau exigeaient du jeune avocat qu’il se fit à domicile comme un cours de hautes études juridiques. « Il faut qu'un avoeat lise l’histoire sainte et profane, les Pères de l’Église, les conciles, l’histoire ancienne et moderne, et singulièrement lhistoire générale de son pays, l’histoire particulière des provinces, celle de la ville où il demeure. Il doit aussi” être instruit de la chronologie, de la géographie, de la diplomatique, de la critique, des mœurs et coutumes anciennes, et autres antiquités, et généralement de tout ce qui est du ressort des belles-lettres. Mais surtout qu'il étudie à fond le droit civil et canonique, les jurisconsultes de l'un et l’autre droit; qu'il sache à fond les lois du royaume, ce qui comprend les anciennes chartes, les ordonnances, édits el déclarations, les coutumes, la jurisprudence des arrêts, Les docteurs du droit français,
1. Je dois ces renseignements à l'obligeance de M. Braconnier. La dernière signature est du 43 mars.
2. Délail de la conduite lenue depuis la Saint-Martin 1771. Lb 38,
3. Ce commentaire manuscrit appartenait à Me Thouret, ancien avoué ù Pont-l'Évèque, cousin de l’auteur.
en un mot tout ce qui compose le droitfrançais!. » C’est un avocat de Paris qui s'exprime ainsi, mais un Normand, Houard”, répète à peu près les mêmes choses, en ajoutant : « Que l'avocat soit universel : il doit l’être, mais cette universalité offre un cercle dont l'étude de la loi est le centre auquel toutes les autres études, comme des points, doivent aboutir ».
Thouret s'est-il conformé à ce programme dont l’ampleur ferait aujourd’hui sourire ? II lut sans doute beaucoup, mais avec méthode, et s’il acquit un vaste savoir, il n’en fut pas écrasé. Il dédaigna le fatras de la jurisprudence et resta un esprit ordonné, logique et analytique.
Un jour, l’occasion s’offrit à lui de se produire sur un plus grand théâtre : il vint à Rouen soutenir la cause d’un de ses clients, « cause majeure en matière bénéficiale * ». Il étonna. On admira l’étendue de ses connaissances, la profondeur de ses idées, la force de sa dialectique, un art infini dans l’ordonnance de son discours, dans sa manière de discuter. Bref, 1l montra tant de savoir, un talent si supérieur que cette première, cette seule plaidoirie le mit à la tête du barreau de Rouen‘. » Il consentit à -se fixer dans cette ville ; il devait y rester dix-sept ans.