Guyot. Réperloire de jurisprudence : art. Université
3. Voir à l’Appendice les attestations officielles des épreuves subies par Thouret. « Les thèses, dit Cauvet (p. 138), sont imprimées en forme de placard et contiennent uniformément des propositions séparées, au nombre de 12 ou 16 pour le droit civil, et de 6 ou 8 pour le droit canonique. En droit civil, il s’agit toujours de l'explication d’une loi du Digeste ou du Code ; en droit canonique, de celle d’un chapitre des Décrétales de Grégoire IX. » ‘
droit, Tous deux avaient essayé d'apprendre par cœur les trois volumes in-folio des Pandectes édictés par Pothier Son ami en serait mort, et Thouret, tombé malade d'épuisement, ramené dans une litière, aurait mis dix-neuf mois à se rétablir”. Que cette anecdote soit entièrément véridique ou non, un fait est certain, c’est que Thouret aima le droit romain jusqu’à la passion : « Non seulement il y voyait tous les grands principes d'équité, de justice, d'ordre public, mais il le régardait comme la mine la plus abondante en idées sublimes, en préceptes, en exemples pour former à l’art oratoire ». Ces lignes sont significatives. Il appréciait sans doute le droit romain pour son utilité pratique. Mais, son « enthousiasme » dérivait d’une source plus haute. Lui, Normand, né dans une province où la coutume locale était l’objet d’un respect quasi superstitieux, il n'hésitait pas à préférer au droit fondé sur l'usage un droit fondé sur la raison. Ainsi, le droit romain, 'qui avait tant servi à consolider le despotisme, allait, par un détour imprévu, grossir le courant des idées philosophiques et servir de véhicule à un esprit nouveau, celui de la Révolution, au moins dans l'ordre judiciaire.
C'est à Pont-l'Evèque, sa ville natale, que le jeune avocat fit ses débuts. Il aurait plaidé sa première cause à dix-neuf ans, et d’une façon si brillante que le président l'aurait embrassé *. Il ne pouvait pas figurer officiellement parmi les membres de l’ordre avant un certain temps de stage. Son nom n'apparaît pour la première fois, au bas
1. Pandectes justiniennes rédigées dans un nouvel ordre, 1748-1752.
2. La Biographie nouvelle se contente de dire qu'il apprit par cœur le premicr livre des Pandectes. L'anecdote, telle que la raconte Mouard, soulève quelques objections : s’il s’agit d’une chaire magistrale, c'était à un agrégé qu’elle revenait. et il fallait avoir trente ans ; si c’est d’une place d'agrégé, il fallait être docteur, et Thouret n’était que licencié. De plus, comment Thouret, reçu licencié à dix-neuf ans, aurait-il pu plaider sa première cause à dix-neuf ans, s'il avait mis dix-neuf mois à se rétablir ?