‹ La vie et l'œuvre d'un constituant: Thouret, 1746-1794Chapitre 111 sur 239 · Arch. nat., ADf · texte numérisé non relu

Arch. nat., ADf

Le « Résultat du Conseil » consacra la victoire du tiers état. Jamais Necker ne fut plus populaire ; de tous les points du territoire affluaient des témoignages de reconnaissance et d'admiration. Dès le 3 janvier 1789, Thouret écrivait à son idole cette lettre débordante d'enthousiasme : « Je ne puis retenir, en achevant la lecture de votre sublime rapport au Conseil d'État, le transport de satisfaction et d'attendrissement qui me presse de vous adresser mes remerciements et meî^ félicitations ... Je ne peux pas être seul à sientir ce que je sens, et plusieurs bons citoyens feront de leur côté ce que je vais m'empresser de faire du mien. Je vais, m'agitant dans ma sphère, en remplir toute la capacité des idées d'union, de concorde et de sacrifice de l'intérêt soit personnel, soit de corps ou d'ordre à l'intérêt général *. Vous Vaincrez, Monsieur, parce que tout est possible au génie qui parle avec autant de raison, qui dirige avec autant de sagesse et qui prévoit en inspirant autant de confiance : ou je me trompe fort, ou vous serez content des Normands », etc.

Quelques jours plus tard (7 janvier) il écrivait au Roi luimême une lettre officielle de remerciements au nom dçs officiers municipaux de la ville de Rouen '. Certains passages sont caractéristiques ; ce sont ceux où il vanAe la modération du tiers état: « Comme il concevrait vainement des prétentions à l'autorité, il respecte toutes les autorités légitimes dans toutes leurs gradations... il respecte la distinction des rangs qui prend sa source dans la nature môme de la mpnarcliie, et il voit, sans en être jaloux ni humilié, ley

i. Os ligDes contiennent en germe les deux brochures de Thouret : VAvis des bons Normands et la Suite de VAvis.

t. Arch. nat., B. HI, 131. L'original a flgurc^ à la vente de la collection Laj ariette.

3. L'assemblée générale en applaudit la lecture, la fîtimprimerf et décida d'en envoyer un exemplaire aux municipalités de la province et aux villes les pluif remarquâmes du royaume. (Arch. nal., B 111, 131, Bibl. nat., Lb 39/6784.)

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prérogatives honorifiques qui distinguent les deux premiers ordres*.

« Sire, le tiers état borne ses vues et réduira toujours ses prétentions au redressennent des abus qui se glissent avec le temps dans les meilleures institutions ; et, si les pro-' grës de la civilisation et de la science d'administrer lui présentent la. nécessité de quelques changements, il les proposerait avec franchise, mais avec circonspection, en les restreignant aux accessoires accidentels et variables de la Constitution ancienne, sans en altérer Tessence et les maximes fondamentales. Bien éloigné de calculer ses forces par le nombre, ou son influence par les moyens de résistance qu'il pourrait opposer àla préparation du bien général, il met toute sa confiance dans la justice de Votre Majesté et dans l'ascendant invincible de la raison et de L'opinion * publique ^ »

Après avoir exprimé le désir que les ordres se réunissent pour délibérer en commun, il termine par cette adjuration pathétique : « Français, concitoyens, amis et frères, cessons de nous craindre ; il s'agit de nous unir ».

Remarquons-le : le ton de cette lettre est bien plus modéré que celui du Mémoire des Communautés. Du suffrage par tête, il n'est plus question ; les revendications du tiers état sont réduites au minimum. C'est, désormais, du rapport au Roi que Thouret entend s''inspirer; il serait malséant de formuler des exigences que le ministre condamne.

M. de Villedeuil remit la lettre au Roi : « J'qu ai rendu

1. Sieyës, lui, les condamnait comme les autres. Cr. Essai sur les privilèges (éd. Champion, p. 3). Rapprocher ces lignes du passage <le Necker : « 11 n'entrera jamais dans l'esprit du tiers état de chercher à diminuer les prérogdtives seigneuriales ou honorifiques qui distinguent les deut premiers ordres ou dans leurs propriétés, ou dans leurs personnes. » {Rapport au Roi.)

â. Ne kcr. {Rapport au Roi) : « Que ces députés du tiers état à leur tour ne pensent jamais que ce soit par le nombre, ni par aucun moyen de* contrainte, mais par la persuasion, par l'éloquence de la vérité, qu'ils peuvent obtenir le redressement des griefs de leurs constituants. »

compte à Sa Majesté, écrivait-il aux officiers municipaux, et j'ai beaucoup de plaisir à vous dire qu'Ëlle en a été très satisfaite*. » Quant à Necker, celui que la France appelait alors le moderne Sully, il dut s'applaudir de posséder à Rouen un correspondant qui reflétait si bien sa propre pensée et savait exécuter sur le thème ministériel de si brillantes et ingénieuses variations.

\. Arclï. nal., B" 76 (13 janvier).

Lebè.;ue.

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