‹ La vie et l'œuvre d'un constituant: Thouret, 1746-1794Chapitre 124 sur 239 · Cahiers du tiers état, arl · texte numérisé non relu

Cahiers du tiers état, arl

S. Le Rat et HorchoUe, procureurs à la Chambre des comptes, allèrent protester au greffe de l'hôtel de ville. D'autres protestations furent remises à Thouret lors de la clôtura des opérations électorales (29 avril}. Arch. mun., 217.

3. liervieu refusa do signer le cahier de la Ville. Il avait même fait un éclat en séance publique à propos de la chambre souveraine : « L'hôtel de ville, s'élait-il écrié, est l'ennemi du Parlement : les négociants ont juré la destruction de ce corps si respectable : le grand bailliage voudrait le voir anéanti ; tous désirent que Ton rappelle les lois désastreuses du 8 mai 1788. » Lettres de M. Douce t. etc., p. 27.

Les trois commissaires infîdèlos étaient: Ferry, Ducastelet Frémont.

4. Jusqu'au 25 août, Thourel s'entremit activement pour amener la réconciliation. Le syndic lui écrivit pour le remercier de ses « mouvements fraternels ». Decorde, p. 64.

LES ÉLECTIONS ET LES CAHIERS DU TIERS ÉTAT DE ROUEN 12a

de r Assemblée provinciale, dont il était le procureur-syndic.

Une autre différence essentielle entre le cahier modèle et le cahier du tiers état, c'est l'importance toute nouvelle que prennent les questions économiques. Il était naturel, en effet, que Ton fît droit aux vœux exprimés dans les cahiers des- corporations. Mais dans quelle mesure? Rappelons ici que le règlement royal du 24 janvier avait attribué qualre députés aux communautés d'arts libéraux, et deux seulement aux autres ; rappelons la méfiance qu'affichait la municipalité àTégard de ces dernières, puisqu'elle proposait au ministre de changer le mode de scrutin; rappelons enfin que, pour contre-balancer leurs suffrages, elle avait décidé que non seulement le bureau de la ville, mais les anciens échevins et Tavocat-conseil, c'est-à-dire Thouret, seraient électeurs de droit.

Il était impossible, a priori^ que le cahier de la ville fût l'image réduite des cahiers des corporations*. Celles-ci étaient fort nombreuses; quelques-uns de leurs cahiers fort prolixes ^ leurs vœux parfois contradictoires. Il n'entre pas dans le plan de cet ouvrage d'en donner ici l'analyse. Remarquons seulement que les demandes, politiques ne sont guère formulées que par les communautés d'arts libéraux, telles que les avocats, les notaires, les officiers du bailliage et de la monnaie, les procureurs de toute espèce, qui font tous de larges emprunts à Thouret, ou encore par les communautés « d'arts majeurs », drapiersdrapants^, merciers, épiciers*. Par contre, la grande ma-

1. Les procès-verbaux de leurs assemblées et leurs cahiers sont aux Archives municipales de Rpuen, 351.

2. Celui des épiciers, par exemple, en quatre-vingt-cinq articles. Voir leur cahier €C instructions (imprimé). Bibl. nat., Ifi 24-251.

3. «. La communauté, ayant pris lecture de V Essai d'un cahier de pouvoirs et instructions imprimé à la suite d'une brochure ayant pour titre : Suite de l'Avis des bons Normands, déclare donner son adhésion aux difTérents chefs de doléances que renferme ce projet. »

4. Les merciers et épiciers faisaient en réalité le commerce d'importation et d'exportation.

jorité des corporations « d'un genre moins relevé » fait avec raison une place prépondérante, parfois exclusive aux doléances d'ordre économique. Ce qu'elles réclament avec force, parfois sous une forme incorrecte et heurtée, c'est la suppression ou la diminution des charges qui les accablent, impôts soit généraux comme les aides et la gabelle, soit locaux comme le droit de vicomte, soit spéciaux à telle ou telle industrie : droits de marque, droit de visite, etc. Le rétablissement des anciennes maîtrises, la défense d'exporter du blé, la dénonciation du traité de commerce avec TAngleterre, la suppression des mécaniques à filer, voilà ce qui leur tient plus à cœur que la séparation des pouvoirs et la responsabilité ministérielle.

Ces griefs, exposés dans un style tantôt verbeux, tantôt tranchant, firent assez peu d'impression sur les commissaires, avocats ou négociants « éclairés », les uns convaincus comme Thouret, qu'il fallait songer avant tout à la Constitution, les autres adversaij'es de revendications qui allaient à l'encontre de leurs intérêts particuliers. Par exemple, la défense d'exporter des blés ne se présente plus sous la forme d'une sommation impérieuse; c'est une question soumise « à la prudence des États provinciaux^ ». Si les corporations demandent l'interdiction des mécaniques, le cahier de la ville répond : « Que les Ëtats généraux prennent en considération s'il est nécessaire d'autoriser ou de défendre Tusage des machines anglaises dans le rovaume* ».

Déçues, pour ne pas dire dupées, par le cahier de la ville, certaines corporations manifestèrent après coup leur mécontentement du travail des commissaires. Les maîtres vinaigriers-cafetiers-limonadiers de la ville, faubourgs et banlieue de Rouen adressèrent une supplication éplorée

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