‹ La vie et l'œuvre d'un constituant: Thouret, 1746-1794Chapitre 185 sur 239 · Révolutions de PariSy n'* 88 (12-19 mars · texte numérisé non relu

Révolutions de PariSy n'* 88 (12-19 mars

4. Thi bandeau parle d'une visite à Thouret pour obtenir un tribunal à Poitiers {CoiTesp., p. 77). Un délégué du Havre, qui réclamait pour sa ville

Thouret appartint encore à deux autres Comités : celui de législation criminelle, où il ne fit que passer (11 sep« tembre 1789-janvier 1790)* et celui des colonies, dès sa fondation (4 mars 1790)*. Fut-il choisi à titre de juriste^ ou simplement parce qu'il représentait une ville maritime? nous rignorons. Si c'est à ce dernier titre, il dut se montrer peu favorable à l'émancipation des noirs *. Ses idées en cette matière devaient se rapprocher de celles de Barnave. En tout cas, bien qu'il figure comme président de ce Comité dans YAlmanach royal de 1791, nous dou« tons qu'il ait pu prendre une part bien active à ses travaux.

Nous avons tenu à marquer la place prise par Thouret dans les Comités parce qu'il y dépensa une grande partie de ses facultés de travail et d'organisation. Dans ses réponses aux municipalités ou aux directoires, dans les inslraetioiis qu'il rédigeait, il pouvait se croire encore le procureur-syndre non pfw» Jtwam iff—ihMn provinciale, mais de l'Assemblée nationale, chargé d'expliquer le mécanisme des nouvelles lois et d'en surveiller l'exécution.

Quant à son influence sur l'Assemblée, elle était due à la fois à sa science juridique et à son incontestable talent d'orateur*. Sans doute, ses succès antérieurs au barreau de Rouen pouvaient faire présager ceux qu'il remporterait à la tribune de l'Assemblée : ils n'en étaient

le chef-lieu d'un district, écrivait èila municipalité : « Il n'est que trop vrai. Messieurs, que M. Thouret nous oppose de grands obstacles. Nous trouvons presque pailout son esprit et son opinion. (Arch. mun. du Havre, D,

ni. 9).

i. Voir plus haut, chap. xii.

2. Le Comité comprenait douze membres: Begoueu, du Havre, fut éla par 582 voix, de Ghampagny par 382, Thouret par 371. (Arch. nat.. G, 37). Mais le procès-verbal de ses séances ne mentionne jamais son nom.

3. Cette phrase d'un délégué du Havre, envoyé pour combattre l'abolitioD de la traite, est à retenir: a Le zèle de M. Thouret pour la bonne cause et ses dispositions vous sont connues. » (Arch. mun. du Havre, D, lll, 2.)

4. Il n'est pas besoin de rappeler ici le chapitre consacré à Thouret par M. Aulard dans son livre : Les Orateurs de la Constituante,

pas un gage certain. Son confrère Target, la gloire du barreau de Paris, en avait fait l'expérience. Thouret réussit mieux, parce qu'il était plus simple. Ses qualités fonda* mentales d'ordre, de logique, de clarté, étaient faites pour séduire une assemblée sensible avant tout à la justesse et à la rigueur du raisonnement. Il excellait, comme jadis, à bien définir une question, à la décomposer par l'analyse en ses différents éléments, à ordonner avec méthode ses développements et à ramasser ses arguments comme en un solide faisceau pour frapper le coup décisif. S'il ren* contrait sur son chemin des contradicteurs qui s'appelaient Sieyès, Mirabeau ou Tronchet, il ne passait jamais outre avant d'avoir essayé de réfuter point par point leurs raisons et il ne s'arrêtait qu'après avoir épuisé les siennes. Pas de citations, bien qu'il fût très érudit, très peu d'images, encore moins d'apostrophes : aucune trace de cette rhétorique qui coule à pleins bords dans les discours de la Convention. Il n'était pas de ceux qui remplacent une idée par une métaphore et il ne visait, en s'adressant à Ses collègues, qu'à convaincre leur raison. Sa manière, toutefois, n'est pas uniforme : on pourrait dire de certains discours de Thouret qu'ils procèdent de l'esprit de géométrie, d'autres de l'esprit de (inesse, voire même de subtilité. Au nombre des premiers, nous mettrions sa fameuse motion sur les biens du clergé, qui n'est que le développement d'un syllogisme. A la deuxième catégorie appartiendraient la plupart de ses discours sur l'ordre judiciaire, où il s'agit moins de poser un principe que de faire appel à l'expérience et d'invoquer des motifs d'opportunité, pour instituer par exemple le jury en matière criminelle et l'ajourner en matière civile. L'écueil d'un pareil genre est, il faut l'avouer, une certaine froideur. On souhaiterait un style moins gris et moins dépouillé. Par crainte des phrases creuses, il tombe parfois dans l'affectation des termes abstraits ou scientifiques. Parlant de l'établisse-

ment des jurés, il dira : « En spéculation, le calcul des probabilités élëve un gi*and nombre de préjugés en sa faveur * ». On croirait entendre ici Sieyës ou Condorcet. Disons, à sa décharge, que la nature mt^me des sujets qu'il traitail excluait le plus souvent les grands élans oratoires. Valait-il mieux diviser la France en quatre-vingt-trois ou en cen! vingt départements ? fallait-il confier la police judiciaire aux juges de paix concurremment avec les officiers de gendarmerie ? en cas de régence élective, était-il préférable

de s'adresser à l'Assemblée législative ou à une assemblée spéciale ? C'étaient là des questions peu propres à exciter les passions. 11 lui suffisait alors d't^tre incomparable dans ce qu'on a appelé justement « l'éloquence d'affiaires- ». Mais dans d'autres circonstances ce style devenait capable d'émotion et de chaleur. On peut relire son discours sur l'obligation du Roi de résider ; mais il se surpasse lui-même ^n soutenant contre Tronchet les avantages de Tinstruc* tion orale devant le jury sur les preuves écrites'.

Qu'a-t-il donc manqué à Thouret pour obtenir le renom de grand orateur, lui qui en possédait quelques-uns des dons essentiels ? Peut-<Hre une seule chose, qui est de s'abandonner à l'improvisation. Montlosier a prononcé ce jugement, peut-f^tre trop absolu : « Beaumetz a improvisé rarement, Thouret jamais*». Il serait plus exact de dire que s'il crut devoir apporter, suivant l'usage presque •général, ses discours soigneusement rédigés à l'avance, il n'eut jamais besoin de lire ses répliques ; l'abbé Maury aurait pu en témoigner.

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