‹ La vie et l'œuvre d'un constituant: Thouret, 1746-1794Chapitre 187 sur 239 · Procès-verbal du 23 novembre · texte numérisé non relu

Procès-verbal du 23 novembre

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lution. C'est à lui que Thouret, d'abord soupçonné d' « aristocratie », s'était rallié. Sa seconde élévation à la présidence (novembre 1789) fut le signe visible de sa réconciliation avec la gauche et la récompense de son attitude dans la i]uestion des biens du clergé'. Bientôt, il est vrai, la gauche elle-même, c'est-à-dire le parti dominant, tendit à se fractionner. Non pas qu'il existât dans l'Assemblée des groupes organisés, ayant leur bureau et leur président, jet se concertant à l'avance en vue d'une action commune. Les constituants répugnaient à cette discipline parlementaire. Ils poussaient si loin le respect de là liberté individuelle que l'on vit plus d'une fois des membres d'un Comité parler contre un projet présenté par un de leurs collègues*. Aussi les frontières du parti étaient-elles singulièrement flottantes. Mais les constituants, si jaloux de leur indépendance, n'en appartenaient pas moins à des groupes formés en dehors de l'Assemblée. La fameuse société des Amis de la Constitution, plus connue sous le nom de]Club des Jacobins, avait vu des dissidents élever en face d'elle une société rivale, celle de 1789. Fondée par Sieyès', jaloux de l'influence exercée dans l'autre club par les frères Lameth, elle comptait au début quantité d'hommes distingués, Mirabeau, La Fayette, Bailly, presque tous les membres du Comité de Constitution, parmi lesquels Thouret.

Le règlement du club lui assignait un but très élevé*. 11 devait être « un centre de correspondance pour tous les principes généraux (do l'art social), et non pas comme un

1. « M. Thouret, quon avait voulu nous débaucher, nous a rendu son talent ; il a tué le serpent Python : en conséquence, nous l'avons fait président. (Révolutions de France et de Brabani, n* I.)

2. Ainsi dans les discussions sur Tordre judiciaire. Sieyès et Thouret luimôme, rapporteui' du Comité, parlent contre le projet du Comité.

• 3. Lameth, contrairement à l'opinion commui\e, attribue sa fondation à des amis de La Fayette. (Papiers, I, folio 223 sq.)

4. Règlement de la société de 1789 et liste de ses membres, 1790. (Bibl. nat., Lb 40/2403.)

foyer de coalition pour des opinions particulières. Ce n'est ni une secte, ni un parti, mais une compagnie d'amis des hommes et, pour ainsi dire, d'agens du commerce des vérités sociales ». Son organe consistait dans un journal ou plutôt dans un recueil de mémoires, dont le principal rédacteur fut Condorcet^

Bien que le nombre de ses membres s'élevât à près de <'inq cents au début (les statuts le limitaient à six cent soixante), la société de .1789 n'eut pas l'éclatante fortune de la société des Jacobins. Elle resta un club fermé, sans influence sur les départements, parce qu'elle n'avait pas de sociétés affiliées. Le journal disparut le 5 septembre 1790, faute de souscripteurs. Tandis qu'aux Jacobins la séance du soir était une sorte de répétition de la séance dulendemain à l'Assemblée^, très peu de députés assistaient aux séances de discussion auclubde 1789. Son action politique fut donc assez restreinte*. On ne peut guère citer qu'une circonstance où elle parut s'exercer : c'est quand il décida de soutenir la motion de Mirabeau sur l'initiative du Roi en matière de paix ou de guerre (mai 1790). Dès lors le club qui déjà, par son existence même, portait ombrage à la société rivale, devint profondément impopulaire. Les journaux avancés l'accusèrent de se laisser influencer par les ministres '' et cherchèrent à discréditer ses membres en leur prêtant des vues d'ambition personnelle. C'était 1789 qui était la cause de la « fatale scission » entre les patriotes. Éinue sans doute de ces attaques, une partie de ses membres, Mirabeau en tête, rentra dans le giron du

l.Surle rôle de Gondorcel et le club en général, lire d'intéressants détails dans le livre de Léon Cahen : Condorcet.

t. Voir là-dessus un curieux passage dans Camille Desmoulins {Révolulions de France et de Brabant, u» X).

3. Les raisons de son peu de succès sont indiquées dans VAmi des Patriotes, n» 2, décembre 1790.

4. Orateur du peuple, d9 55 (octobre 1790). Dubois-Crancé accusait même les ministres de payer les dîners du club ! {Lettre à ses commettants, Lb Bibl. nat. 39/3861.)

club des Jacobin». Tbouret fut probablement au nombre de ceux qui Vy suivirent*. A la fin de mars 1791 il crut devoir faire hommage au club de son discours sur la régence : le succès, paraît-il, fut maigre^. Un fait, du moins, paraît certain : c'est que, devenu ou redevenu jacobin, Tbouret n'en resta pas moins un transfuge de la société de 1789; il était à jamais marqué de Tépithète de « ministériel* ».

Nous venons de parler du club auquel appartenait Tbouret. Il reste à examiner s'il eut des rapports plus particuliers avec les hommes les plus marquants de l'Asseniblée. A l'époque, déjà lointaine, des États généraux, c'était de Necker qu'il attendait l'impulsion ; on le rangeait alors derrière Malouet et Mounier. A son entrée dans le Comité de Constitution, c'est le plan de Sieyis qu'il se chargea de faire triompher. Mais il était assez lort désormais pour compter par lui-même. La Fayette prétend que Sieyës et son ami Condorcet haïssaient Thouret*. Les raisons n'en sont pas difficiles à deviner, étant donné le caractère ombrageux et irritable du Mentor de la Révolution. Thouretlui avait causéde vives blessures d'amour-propre: il avait détruit pièce à pièce son fameux projet d'organisation judiciaire. Chose plus grave : il avait réussi à faire passer son plan de division de la France en départements, mais, pour le faire admettre, il avait dû l'amender, et

i. Orateur du peuple n» 55, « Hier au soir les principaux membres, savoir MM. Mirabeau, Thouret, Le Chapelier... etc., ont dft rentrer dans le giron des Jacobins. (Cf. Chronique de Paris du *J octobre 1790.)

2. Voir la parodie de la séance du 30 mars dans les Sabbats jacobite&. I, 497, citée par Âulard. {Société des Jacobins il, p. 223.) Cett6 lecture semble indiquer qu'il faisait bien partie de la société. Deux pamphlets royalistes intitulés, l'un : Les trois Régicides, l'autre : Trahison contre l'Etat ou les Jacobins dévoilés (1790), le mettent au nombre des Jacobins. Au contraire, Buschey des Noes (cité dans \& Correspondance de Th. Lindet, p. 303, en note) dit que Thouret serait venu aux Feuillants, ainsi que Sieyès, Talleyrand et plusieurs autres, au sortir du club de 1789.

3. Cf. Dénonciation des comités de finance et de constitution de VAssem" blée nationale. (Bibl. nat., Lb. 39/9031.)

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