L'ACHÈVEMENT DE LA CONSTITUTION
à des législateurs de donner un gi'and exemple d'abnégation. Bref l'Assemblée, ivre de désintéressement, consomma son propre suicide en rendant le fameux décret qui interdisait la réélection de ses membres*.
La défense que TAssemblée constituante venait d'édicter contre elle-même, la maintiendrait-elle à l'égard des assemblées futures ? Sur ce nouveau terrain, la lutte reprit avec un acharnement presque égal à celui de la veille. C'est Duport qui parla avec le plus de vigueur pour le projet du Comité. C'est encore Robespierre qui lui répondit par un argument ad hominem : ce Je me rassure parce que la France peut subsister, quoique quelques-uns d'entre nous ne soient pas législateurs ou ministres. (On rit et on applaudit à droite.) » Barère proposa un amendement portant que les membres d'une législature pourraient être réélus à la législature suivante, mais qu'ils ne pourraient être élus de nouveau qu'après un intervalle de deux années -. En dépit de Thouret, qui n'admettait pas de transaction en matière constitutionnelle, l'amendement fut adopté^. La discussion des autres articles continua sans offrir d'intérêt. Thouret n'intervint guère que pour combattre en peu de mots une singulière motion de Buzot qui consistait à diviser le Corps législatif en deux sections ; il réédita ses arguments du 15 septembre 1789 sur Tunité de la législation*. Il * reparut encore pour présenter un projet sur l'incompatibilité du mandat législatif avec certaines fonctions publiques, (par exemple juge de district ou membre du tribunal de cassation). Il aurait voulu (avait-il une arrière-pensée personnelle ?) qu'elle fût restreinte au temps
1. Procès'verbal du 16 juiliel: « La motion est décrétée au milieu des plus grands applaudissements. » (Le Hodey.)
2. L'État, disait-il, « serait perdu avec d^s réélections indéfinies ».