‹ La vie et l'œuvre d'un constituant: Thouret, 1746-1794Chapitre 201 sur 239 · Le Hodey, XXVIII · texte numérisé non relu

Le Hodey, XXVIII

protesta contre la (iction de renlëvement. Robespierre obtint rajournement*.

Le 25, Thouret reparut à la tribune, porteur d'un projet concernant les mesures à prendre en vue de l'arrivée prochaine du Roi à Paris. Sentant qu'il avait fait fausse route, il s'excusait presque des termes du précédent décret. Il parlait « du voile respectueux qu'on eût dééiré étendre sur la fuite du Roi ; car — avouait-il — qui peut se dissimuler que c'est une fuite? » Cette fois, son langage était plus sévère et ses propositions plus radicales : on ne peut laisser subsister les relations qui existaient entre TAssemblée nationale et le Roi : « Est-il possible, par exemple, de compromettre de nouveau les décrets en les exposant à de nouvelles sanctions sujettes à désaveu ? Il est impossible encore de laisser l'exercice du pouvoir exécutif à des intentions évidemment et nettement déclarées contre la Constitution. » Il proposait, en conséquence, de donner une garde au Roi, une autre à la Reine, de nommer un gouverneur à l'héritier du trône, d'arrêter ceux qui avaient accompagné la famille royale, de remettre le sceau de l'État au ministre de la justice. Les articles, attaqués par Malouet, défendus par Lameth et d'André, furent décrétés : le pouvoir exécutif passait aux mains de TAssemblée ; le Roi était* suspendu de ses fonctions jusqu'à ce qu'il eût accepté la Constitution.

Ce n'étaient là que des mesures provisoires. Le dernier mot serait prononcé par l'Assemblée, une fois qu'elle aurait entendu le rapport fait au nom des sept comités réunis.

Que ferait-on du Roi? Serait-il déposé? La couronne

1. Le Patriote français écrivait (25 juin) : « U est aisé de sentir l'arlifice de ce décret que le Comité de Constitution n'avait pas autorisé M. Thouret à présenter. On voulait pré-juger, pré-innocenter le Roi en ne punissant que les complices de son évasion ». Non moins énnrgi(|ue est M»« Roland : « Cependant le lâche Comité de Constitution, le perfide Thouret, présentent un projet de décret..., etc. » {Lettres, édition Perroud, 11, 310.)

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membres du Comité de Constitution*. On les appelait traîtres, vendus à la Cour. On imprimait la liste des c( députés amis de la liste civile qui ont formé le projet de donner Tabsolution au pouvoir exécutif conU*e le vœu de la nation^ ».. Thouret venait en tête. Mais dans ce débordement d'invectives, nul ne dépassait Marat. Voici les conseils que donnait à ses lecteurs VAmi duPeuf^le: a Quant aux députés du peuple qui ont vendu au despote les droits de la nation, aux Sieyes, aux Chapelier, aux Duport, aux Target, aux Tlioui'et, et-c.,. empalez-les tout vivants, et qu'ils soient exposés sur les créneaux du Sénat pendant trois jours aux rejçards du peuple'. » De peur de n'avoir pas été entendu, il réitérait dix joui*s plus tard : « Mes pauvres citoyens, ce n'est pas avec des mots que vous réduirez des hordes de scélérats conjurés contre votre bonheur, des scélérats acharnés à votre perte. S'ils étaient les plus forts, ils vous égorgeraient sans pitié ; c'est donc de les poignarder sans miséricorde. Que Chapelier, Rabaut, Thouret,j Fréteau, ne sont-ils pas vos premières victimes! Peut-être suffirait-il à votre salut de ces sanglants sacrifices M » Le vœu de Marat, en ce qui concerne Chapelier et Thouret, devait être exaucé le 3 floréal, an II.

Les Comités et l'Assemblée venaient de franchir un tournant dangereux. Ils avaient conservé à Louis XVI sa couronne en écartant la menace d'une république. Mais, en fait, le Roi restait suspendu de ses fonctions jusqu'à ce qu'il eût accepté la Constitution. Il fallait donc la rédiger sous une forme définitive avant de la soumettre à l'accep-

1. Oa vit donc Chapelier, Thourel, Deineunier, Duport, ciliés iJ y avait deux uiois comme les plus ardents défenseurs du peuple, comme le soutien le plus ferme du parti l'évolutionnairc. perdre entièrement leur prodigieuse popularité. {Mémoh*es, do Ferrièrcs, livre X.)

i. Bibl. nat , Le 30/3143.

Z. Ami du peuple, ïï? l)ii, ^ }}XiUei ilOi. ,

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