‹ La vie et l'œuvre d'un constituant: Thouret, 1746-1794Chapitre 202 sur 239 · Ami du peuple, n" 522, 18 juillet · texte numérisé non relu

Ami du peuple, n" 522, 18 juillet

talion du Roi. Or, TAssemblée avait rendu au jour le jour une foule de décrois sur toute espèce de matières. II s'agissait de les classer, de distinguer ceux qui devaient entrer dans la Constitution de ceux qui devaient Atre considérés, suivant l'expression du temps, comme réglementaires, c'est-à-dire susceptibles d'être modifiés. Pour opérer ce travail de triage, l'Assemblée avait, sur la motion de Chapelier, élu depuis plusieurs mois, un comité de revision, adjoint au Comité de Constitution (23 septembre 1790) ^ Ses membres étaient Duport, Barnave, Al. de Lameth, Clermont-Tonnerre, Beaumez, Pétion, Buzot. On observera qu'il appartenaient, les deux derniers surtout, à une nuance plus démocratique que leurs collaborateurs.

Or, ridée était venue à quelques personnes, soucieuses de raffermir la prérogative royale, d'obtenir de l'Assemblée qu'elle revînt sur quelques-uns de ses décrets ; dans leur pensée, la Constitution eût été non seulement revue, mais corrigée. Dès le mois de janvier 1790, La Fayette parlait dans ce sens à Gouverneur Morris *. Mirabeau, dans les derniers mois de sa vie, avait combiné tout un plan d'opérations que la mort l'empêcha d'exécuter.

Montmorin le recueillit et réussit, nous l'avons dit, à gagner à ses vues Lameth et ses amis. Nous avons cité le témoignage si important de Montlosier sur l'esprit conservateur qui devait présider à cette revision, et sur la part prépondérante qu'on y réservait à Thouret. La revision était donc chose tacitement convenue avant l'événement de Varennes, au moins entre les chefs des groupes les plus importants'. La fuite du Roi, la demi-captivité qui suiyit son retour, dérangèrent nécessairement ces projets sans

{. Procès-verbal du. ZZ septombro 17ft0.

±. Cf. Esmcin. Gouverneur Morris, p. 145.

3. Cest d'André qui fut, sans mandat officiel, Tartisan le plua actif de la révision. Lui-même aurait été l'agent du comité La Payette-La Rochefoucauld, (tlt. Dumont, SouvenivSy p. 335.)

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les détruire. Puisque l'Assemblée était décidée à laisser Louis XVI sur le trône, elle ne pouvait se passer de son adhésion à la Constitution; elle l'escomptait d'avance. Or, au moment de partir pour Montmédy, le Roi avait laissé une protestation, qui fut lue en séance publique, contre les décrets de l'Assemblée : décrets revAtus de sa propre sanction. Comment espérer, dans ces conditions, qu'il ratifierait, les yeux fermés, une constitution faite, sans son concours? Les constitutionnels jugèrent donc nécessaire, même après Varennes, de la modifier pour la rendre acceptable au Roi. Tout gardé à vue qu'il était, Louis XVI faisait savoir, à en croire un témoin d'ordinaire bien informé*, « qu'il ratifierait librement la Constitution, si l'Assemblée nationale adoptait les changements qu'il proposait. Ces changements, sans porter atteinte à la liberté du peuple, modifieraient cependant la nouvelle constitution et surtout les décrets qui ne faisaient qu'embarrasser la marche du gouvernement. » Le succès n'était possible que si la droite prêtait son appui aux constitutionnels. Maiouet, sondé par' Barnave, promit le siei)'; mais son influence était restreinte & un pelil gnnpe, une sorte de « centre droit »: Le gros du parti était moins que jamais disposé à pactiser avec des hommes qu'il abhorrait autant et peut-être plus que les Jacobins'. Exaspérés par le décret qui suspendait le Roi de ses fonctions, deux cent quatre-vingt-dix députés avaient signé une déclaration secrète, d'une fière intransigeance : désormais, ils ne prendraient plus part aux délibérations de l'Assemblée. Leur protestation ne fut publiée que vers la fin

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