Pièces trouvées dans l Armoire de fer, 1, n»« 184 et
APRÈS VARKNNES. LA RRVISION 281
pour prêter serment de fidélité à la Constitution. Avant son arrivée, Thouret, président, avait fait adopter l'étiquette à observer : se lever à l'entrée et h la sortie du Roi, rester assis et couvert pendant qu'il parlerait. La scène qui se passa fut étrange. Ne pouvant l'analyser, nous la reproduisons d'après le Moniteur :
« Un huissier : « Voilà le Roi ! »
Le Roi entre dans la salle accompagné de tous ses ministres, n'ayant d'autre décoration que la croix de Saint-Louis. L'Assemblée se lève. Le Roi va se placer à côté de M. le président.
Le Roi : « Messieursje viens consacrer ici solennellement l'acceptation que j'ai donnée à l'Acte constitutionnel. En conséquence, je jure (l'Assemblée s'assied) d'être fidèle à la nation et à la loi, d'employer tout le pouvoir qui m'est délégué à maintenir la Constitution décrétée par l'Assemblée nationale et à faire exécuter les lois. (Le Roi s'assied ^ La salle retentit d'applaudissements). Puisse cette grande et mémorable époque être celle du rétablissement de la paix, de l'union, et devenir le gage du bonheur du peuple et de la prospérité de l'empire... » (La salle retentit plusieur minutes d'applaudissements et de cris de : Vive le Roi!)
Le discours de Thouret est trop long pour être cité : c'était une réponse de circonstance, un hosanna en l'honneur de la Constitution et du bonheur que devait ressentir Louis XVI à être monarque constitutionnel. Il prononça la première phrase debout. Le Roi étant resté assis, Thouret s'assit à son tour. La plupart des journaux mentionnent ces jeux de scène. Ajoutons un détail qui choqua beaucoup. : «Tous les spectateurs se sont accordés à nous dire qu'au début, Sa Majesté parlant debout, M. Thouret, président, assis les jambes croisées 'et le coude appuyé sur le bras de son fauteuil, regardait attentivement le Roi*.
\. 11 venait de s'apercevoir qu'il élaii seul debout. 2. Mercure {septembvQ 17î)l, p. 31 i).
de l'ancien archevêché, où s'étaient tenues les séances préliminaires de l'Assemblée provinciale. Des toasts furent portés : à la nation, à la Constitution, aux progrès de l'esprit public chez tous les peuples de la terre. Des couplets même furent chantés ; ceux du jeune Bignon, le futur diplomate et pair de France, alors professeur de sixième au collège, parurent « dignes de la gaîté française * » .
Les envieux de Thouret n'avaient cependant pas désarmé. En son absence, leur ressentiment s'était manifesté soit par des pamphlets, soit par des calomnies avidement recueillies par les feuilles royalistes de Paris. On rééditait contre Thouret l'accusation de vénalité*-. Il avait acheté, disait-on, pour 1.500.000 livres la terre du Vaudreuil, près de Rouen, alors qu'il y a deux ans sa fortune ne se montait qu'à 28.000 livres'* î Pendant son séjour on imprima une pièce bassement ordurière dont les premières lignes seules peuvent être reproduites * : « Le grand Thouret. honorable sous le règne de l'Assemblée constituante, n'ose étaler ici toute sa gloire. Ce roi des rois du Manège, l'Agamemnon de la France, se tient blotti à un quart de lieue de la ville, chez son confident Guetry {sic), qui ne le montre que sous caution. Les chefs de son parti expirant, les Jacobins, excitent en vain la canaille à lui rendre les
pie, a été purifié par de nombreuses libations en l'honneur d'une consUtutioo qui lui rend enfin ses droits et sa dignité. » (Journal de Rouen^ iO octobre