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Monge de l’Académie des sciences en 1816 : « L’exclusion de Monge, a-t-il écrit, fut une inhumanité politique et un deuil pour l’Académie. Monge n'avait pas siégé dans les assemblées révolutionnaires; il avait, comme tant d’autres, courbé la tête sous la Terreur, qui par malheur pour lui le porta au Ministère de la Marine à l’époque de la mort du roi. On aurait pu ne pas s’en souvenir, quand on avait eu Fouché pour ministre. » Biot semble avoir été de ces hommes que leur tempérament pousse à être toujours dans l'opposition, et qui passent pour avoir mauvais caractère. Il ne fut n1 pair de France ni sénateur; comme il l’a dit d’un de ses confrères, on ne le rechercha point et il ne
s’offrit pas.
Une grande partie des recherches saentifiques de Biot a été consacrée à l'optique. Arago, en 1811, avait réalisé des expériences mémorables relatives aux couleurs produites par la lumière polarisée. Un faisceau de lumière blanche polarisée avait traversé perpendiculairement une lame mince transparente appartenant à un cristal biréfringent et taillée parallèlement à l’axe de celui-ci; Arago étudiant ce faisceau avec un analyseur, un prisme de spath par exemple, reconnut que les deux images fournies par le spath sont colorées de teintes complémentaires. Quand on faisait tourner la lame autour du rayon polarisé qui lui demeurait perpendiculaire, les images devenaient blanches et échangeaient ensuite leurs couleurs. Un nouveau et remarquable chapitre venait s'ajouter à l'optique, celui de la polarisation chromatique. Bientôt après le hasard offrit à Arago un second phénomène plus important encore par les voies nouvelles qu'il a ouvertes aux théories de l'optique. La lame de quartz étant taillée perpendiculairement à son axe cristallographique, l'expérience précédente est reprise; on voit encore dans les deux images des colorations complémentaires, qu’on pourrait confondre avec les précédentes, si elles n’offraient ce caractère particulier qu’elles ne varient pas quand c’est la lame qu’on fait tourner, et qu’elles passent au contraire par une
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série de couleurs rappelant celles des bulles de savon quand on imprime une rotation au spath servant d’oculaire. Arago montra qu’on pouvait rendre compte de cette expérience, en supposant que les rayons diversement colorés sont, en sortant de la plaque de quartz, polarisés suivant différents plans. Le phénomène nouveau consistait donc en une rotation; c’est une polarisation rofatoire, nom que lui donna Arago et qui a été conservé. Arago n’approfondit pas davantage les brillantes trouvailles qu’il venait de faire. Son esprit était doué d’une admirable clairvoyance, mais il ne se souciait pas d’études approfondies; sa curiosité une fois satisfaite, il passait à d’autres recherches. C’est ainsi que, après l'expérience célèbre d'OErstedt, qui venait de révéler une parenté entre l’électricité et le magnétisme, Ârago prit un fil de cuivre traversé par un courant et le plongea dans de la limaille de fer qui fut aussitôt attirée et resta suspendue pendant le passage du courant; la télégraphie électrique devait trouver là son origine (‘). En une autre occasion, une observation de Gambey sur la boussole amena Arago à constater l’entrainement d’une aiguille aimantée par un disque de cuivre tournant dans le voismage, expérience mémorable qui aurait pu le conduire à la découverte de l’induction faite un peu plus tard par Faraday.
Biot, avec son esprit patient et tenace, reprit deux ans après leur publication les expériences d’Arago sur la polarisation. Celui-ci en conçut un vif dépit et trouva que Biot lui dérobait son bien. Depuis lors, leurs rapports se tendirent : « Pourquoi aussi vous êtes-vous occupé d'optique » dit un jour Arago à Biot au Bureau des Longitudes, et Biot de répondre : « Je ne savais pas que la science füt en régie. » On doit à Biot une étude détaillée des phénomènes de polarisation
(*) On sait que Arago fit connaître son expérience à Ampère. Celui-ci en déduisit : qu'on obtiendrait un aimant en enroulant autour d'une aiguille d'acier ou de fer un fil traversé par un courant. Remarquons incidemment que cet exemple, entre bien d'autres, montre quelles difficultés on rencontrera quand on voudra fixer les règles de la propriété scientifique dont on parle beaucoup aujourd’hui et rechercher la part de chacun dans une invention : telle ici la télégraphie électrique.