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Biot était toujours prêt pour les missions que le Gouvernement et l’Institut lui proposaient. Un météore ayant été observé dans le département de l’Orne, il est chargé de faire une enquête sur la réalité du phénomène. 11 s'agissait d’une explosion violente qui avait duré de cinq à six minutes, et avait été entendue à près de trente lieues à la ronde; elle avait été précédée de l'apparition, aperçue de très loin, d’un globe enflammé d’un éelat très brillant et se mouvant avec une grande rapidité dans l'atmosphère. Biot fait son enquête avec un soin extrême, rapprochant les témoignages de toute nature qu'il a pu recueillir. A la suite de l'explosion, une pluie de pierres avait été
LT Nes ; lancée par le météore sur une étendue de plus de deux lieues carrées: L'analyse chimique de nombreux morceaux recueillis donna surtout de la silice et de l'oxyde de fer, de la magnésie, un peu de soufre et de nickel. « Je m’estimerai heureux, dit Biot en terminant son rapport, si l’on trouve que j’ai réussi à mettre hors de doute un des plus étonnants phénomènes que les hommes aient jamais observés. » En fait, la météorite de Laïigle est une des premières qui se présentent avec un haut caractère d'authenticité.
On sait que, par arrêté consulaire du 3 pluviôse, an XI (23 janvier 1803), l’organisation de l’Institut a été modifiée. Au lieu des trois classes établies en 1395, il y eut quatre classes, dont la première, celle des sciences mathématiques et physiques, correspond à notre Académie des sciences actuelle. Cette classe fut divisée en onze sections, et les membres anciens furent distribués dans ces nouveaux cadres. Le Secrétaire annuel fut remplacé par deux Secrétaires perpétuels, hors sections. Il résulte d’une lettre de Duméril à Cuvier, conservée dans les Archives de l’Institut, que, dans le projet primitif du premier Consul, celui-ci devait nommer aux places vacantes sur une liste de deux candidats proposée par la Classe. Il n’en fut rien heureusement, et l’Institut conserva son indépendance, ses choix devant seulement, comme aujourd’hui encore, être approuvés par le Chef de l'État. Delambre et
-Cuvier furent les deux premiers Secrétaires perpétuels. La nomination de Delambre laissait une place vacante dans la section de Géométrie : Biot y fut élu, retrouvant dans cette section Lagrange, Laplace, Legendre, Bossut et Lacroix. Quelques années après, en 1809, il était nommé professeur d'Astronomie à la Faculté des sciences, lors de la réorganisation de l’Université.
Disciple tout d’abord de Monge et de Laplace, Biot passa des mathématiques pures à l’Astronomie mathématique. Après avoir étudié la Mécanique céleste, il voulut devenir observateur des phénomènes dont il avait approfondi les lois. C’est ainsi que, après l’astronomie théorique, il cultiva l'astronomie pratique, et l'usage des instruments le rendit ensuite physicien.
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Saussure, après une série d'observations faites à 3400" au Col du Géant, avait annoncé que l'intensité magnétique éprouve à cette hauteur un affaiblissement sensible. Pour vérifier ce résultat, qui inspirait quelques doutes, Biot et Gay-Lussac firent en 1804 une ascension en ballon, munis de tous les instruments nécessaires, mais ils ne dépassèrent pas 4000", et aucune conclusion nette nese dégagea. Peu après, Gay-Lussac reprit seul l'expérience et s’éleva à plus de 7000", sans pouvoir répondre d’ailleurs d’une manière précise à la question posée. Le principal résultat de son voyage est relatif à la composition constante de l’air atmosphérique jusqu’à une hauteur de 7000". Les ascensions de Biot et de Gay-Liussac sont les premières qui aient été exécutées dans un but scientifique. Depuis lors, les questions de physique du Globe ne cessèrent jamais d’intéresser Biot. Aïnsi la scintillation des étoiles, les auréoles boréales sollicitèrent son attention. Dans ces dernières il constata l’absence complète de polarisation de la lumière, ce qui prouve, dit-il, que cette lumière ne vient pas d’un phénomène de réflexion ou de réfraction, et que les aurores sont lumineuses par elles-mêmes. On sait qu’on les regarde aujourd’hui comme dues à des électrons venant du Soleil, ayant pénétré dans l’atmosphère et soumis à l’action du magnétisme terrestre.
C'est en 1805 que commencèrent les relations de Biot avec François Arago, au moment où celui-ci sortait de l'École Polytechnique. Ils avaient plusieurs points communs, une vive curiosité d’esprit avec une remarquable puissance de travail et une intelligence capable d’études variées. Contrairement au proverbe, qui se ressemblent ne s’assemblent pas toujours, et les rapports entre Biot et Arago ne furent pas par la suite d’une grande cordialité. Pour lemoment, Biot associe son Jeune camarade à un travail que, à l’instigation de Laplace, il venait d'entreprendre pour continuer des recherches commencées par Borda. Leur étude est intitulée : « Mémoire sur les affinités des corps pour la lumière et particulièrement sur les forces réfringentes des différents gaz ». Ils y démontrent la proportionnalité à la densité de ce qu'ils appellent le pouvoir réfringent d’un gaz, résultat de grande
Lies importance pour l'astronomie, puisque le calcul des réfractions atmosphériques s'appuie sur ce résultat: signalons encore une règle relative au calcul du pouvoir réfringent d'un composé à l’aide des pouvoirs réfringents de chacun des corps constituants, ainsi que la détermination de la densité de l’air par rapport au mercure, ce qui permet aux auteurs de calculer théoriquement la constante de la formule baromé-
trique.
La collaboration de Biot et d’Arago ne devait pas en rester à ces travaux. On sait l’effort considérable fait au moment de l’établissement du système métrique pour obtenir les dimensions exactes de la Terre; l’idée essentielle des fondateurs de ce système était qu'il fallait chercher dans la nature une unité que l’on serait toujours en mesure de retrouver, si par malheur les étalons venaient à disparaître. Nous n'avons certes plus aujourd’hui la même confiance dans l’indéformabilité de notre planète, et nous donnons du mètre une autre définition ; mais de nouvelles opérations géodésiques sont toujours d’un haut intérêt, ne füt-ce que pour constater les déformations du globe terrestre. Une première mesure de la figure de la Terre, remarquable pour l’époque, avait été faite en France par l’astronome Picard au xvu° siècle, et cette mesure avait servi à Newton pour appliquer à la Lune ses idées sur la gravitation universelle. Puis étaient venus les travaux de Bouguer et La Condamine, Clairaut et Maupertuis au siècle suivant. Plus récemment, Delambre et Méchain, munis d'instruments nouveaux dus à Borda, avaient entrepris une nouvelle mesure de la Terre d’après l'observation d’un are de méridien entre Dunkerque et Barcelone. On décida peu après que cet arc serait prolongé de plusieurs degrés vers le Sud. Méchain s’était dévoué pour cette opération, mais il mourait bientôt de la fièvre dans une petite commune de la province de Valence. Le Bureau des Longitudes confia à Biot et Arago le soin de poursuivre l'opération, en continuant les mesures jusqu’à l’île de Majorque et aux petites îles d’[viça et de Formentera. Avec les instru-
Prcarp. 2
ments en usage des difficultés considérables se présentaient. Pour relier [vica à la côte d'Espagne, il fallait former un triangle dont un sommet füt dans l’île et la base sur le continent; la distance était d’environ quarante lieues. Les signaux étant invisibles le jour, on devait observer la nuit et se servir de lampes à courant d’air derrière lesquelles était placé un grand miroir de métal poli. Biot a raconté les péripéties par lesquelles passèrent les observateurs établis sur des sommets étroits qui offraient à peine la place nécessaire pour une tente et les instruments. Il revint à Paris, quand la triangulation des iles fut terminée, laissant à Arago le soin de continuer les opérations sur le continent et de rattacher les triangles obtenus à ceux de Méchain. Dans un volume intitulé Æistoire de ma jeunesse, Arago a dit combien cette jonction fut pénible et dangereuse par suite de la guerre de 1808 entre la France et l'Espagne. Ces campagnes géodésiques font le plus grand honneur à Biot et à Arago. Ce dernier à son retour fut nommé membre de l’Académie des sciences à l’âge de vingttrois ans. Une technique nouvelle et des moyens plus puissants ont permis de donner plus d’ampleur aux grandes opérations géodésiques effectuées depuis lors, et les souhaits par lesquels Biot terminait son mémoire ont été largement réalisés. « Si jamais la civilisation européenne, écrivait-il, parvient à s’établir sur les côtes d'Afrique, rien ne sera plus facile que de traverser la Méditerranée par quelques triangles, en prolongeant notre chaîne dans l'Ouest; après quoi, remontant la côte d'Afrique jusqu’à la ville d'Alger, qui se trouve sur le méridien de Paris, on pourra porter l'extrémité de notre méridienne jusqu’au sommet du mont Atlas. » Les opérations n’ont pas été aussi faciles que le pensait Biot, mais le but a été atteint, et l’arc anglo-franco-espagnol, s'étendant de Laghouat aux îles Shetland, embrasse vingt-sept degrés de latitude.
On trouve encore le nom de Biot dans l’histoire de la prolongation vers le Nord de la méridienne de Delambre. Une triangulation avait été faite en Angleterre depuis le sud des Iles Britanniques jusqu’au nord de l'Écosse. Il était à souhaiter que cet arc put se joindre à l’arc
de France. De concert avec les ingénieurs militaires anglais, il fut décidé que les opérations seraient prolongées jusqu’à la plus septentrionale des iles Shetland. L’enthousiasme de Biot pour ce projet grandiose apparaît dans les lignes suivantes : « Ge grand are qui, partant des îles Baléares, traverse l'Espagne, la France, l'Angleterre, l'Écosse, et s'arrête aux rochers de la Thulé antique, étant combiné avec l’aplatissement de la Terre qui se déduit des mesures du pendule ou de la Théorie de la Lune, ne donnera-t-il pas pour le mètre la détermination la plus complète, et, si l’on ose dire, la plus européenne que l’on puisse espérer jamais. » Biot a consacré à ses travaux sur la mesure de la Terre plusieurs notices d’un tour très littéraire. Dans l’une d’elles, il dépeint la région désolée des Shetland, où les marées de l'Atlantique, heurtant celles qui viennent de la mer de Norvège, causent une éternelle tempète, et où fut anéantie la flotte de Philippe IT : « Ce n'étaient plus, nous dit-il, ces iles fortunées de l'Espagne, ces riantes contrées, ce jardin de Valence, où les orangers et les citronniers en fleur répandent leurs parfums autour du tombeau d’un Scipion, ou sur les ruines de l’ancienne Sagonte. » Biot n’est pas moins attentif à observer les habitants des pays où le conduisent ses recherches scientifiques. Il admire aux Shetland le caractère et les mœurs austères des populations vivant dans une paix profonde loin des agitations de l’Europe, à l'abri des récifs dont elles sont entourées. En Écosse, il s'étend longuement sur les habitudes religieuses et morales du peuple et le mode d’éducation donné dans les Écoles paroissiales. |
Dans la suite, Biot revint plusieurs fois aux études géodésiques. Après avoir mesuré les longueurs des degrés terrestres et les variations d'intensité de la pesanteur sur un arc entre les Shetland et les Baléares, il voulut étudier en Italie et en Espagne la courbure du sphéroïde le long de certains parallèles, recherche nécessaire pour reconnaître dans quelle mesure ce sphéroïde peut être regardé comme un ellipsoïde de révolution. Sa conclusion fut que les longueurs observées du pendule sur les parallèles choisis ne conduisaient pas à l’aplatissement ter-
restre donné par la théorie de la lune, ni à celui fourni par la formule
de Clairaut où intervient le carré du sinus de la latitude.
Dans une de ses missions géodésiques Biot traversant l'Italie obtint à Rome une audience du pape Léon XII; un incident qui précéda sa visite se rattache à l’article très documenté qu'il venait d’écrire sur le procès de Galilée, et où il s'était efforcé de prouver, avec succès d’ailleurs, que dans ses interrogatoires Galilée avait été menacé de la torture, mais qu’on en était resté à la menace. Un dominicain; que Biot sut plus tard être le Commissaire général du Saint-Office, attendait aussi dans l’antichambre pontificale; il Ha conversation avec le physicien français, et lui parla de son article sur Galilée, insistant vivement sur la conduite de te dernier à l’égard du pape Urbain VITT qu'il avait ridiculisé dans ses dialogues sous le nom de Simplicius, alors que le pontife avait jadis témoigné beaucoup d’estime à Galilée et lui avait conseillé de présenter ses doctrines au simple titre de spéculations mathématiques; on sait en effet que, dans la philosophie scolastique, le physicien examine ce qui concerne l'essence du cielet des astres, tandis que le mathématicien se préoccupe seulement de l’ordre des corps célestes, son but étant atteint quand ses constructions géométriques assignent à chaque astre errant une marche conforme à celle relevée par les observations. Les torts personnels de Galilée auraient ainsi grandement contribué à sa perte; sa condamnation se trouvait expliquée par son manque d’égards envers Urbain VII et par le désir d'éviter la divulgation de doctrines ruinant la physique d’Aristote. Sans discuter cette explication un peu sommaire, Biot profita de cette rencontre pour savoir où étaient les pièces originales du procès; transportées à Paris avec les archives pontificales pendant l’Empire, elles avaient disparu pendant les Cent jours. L'article de Biot intitulé € La vérité sur le procès de Galilée » est écrit du style élégant et précis qui lui est habituel; on y voudrait seulement plus de chaleur
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et de sympathie pour le grand Florentin. Depuis lors, le dossier complet du célèbre procès a été retrouvé et communiqué. Il a donné naissance à de nouvelles publications, mais, en ce qui concerne les faits, rien d’essentiel n’a été changé aux conclusions de Biot,
Biot se fit remarquer pendant toute sa vie par l'indépendance de son caractère. En 1804, quand l'Institut vota une motion demandant au premier Consul de revêtir la dignité impériale, Biot protesta, disant qu'un corps savant doit rester étranger à toute politique, opinion plus ou moins juste d’ailleurs suivant le sens que l’on donne au mot politique.
Quoique Bonaparte l’eût encouragé au début de sa carrière, Biot montra toujours à son égard une grande froideur, surtout après le meurtre du duc d’Enghien. Il ne fit jamais sa partie dans le concert d’éloges et de flatteries, qui firent bientôt cortège à l’Empire. Ainsi ayant été chargé par Fontanes de prononcer le discours à la première distribution des prix du Concours général, il se vit retirer cette mission après son refus d’insérer dans son texte un éloge de l'Empereur; ce ne fut pas sans regrets, car il se proposait de parler de l'alliance des sciences et des lettres, sujet qui lui tenait particulièrement à cœur. Après cet incident, il ne pouvait s'attendre aux faveurs impériales, Chaque fois que Laplace sollicitait pour lui la croix de la Légion d'honneur, Napoléon répondait : «il est trop jeune », et il n’obtint cette distinction qu'après la chute de l’Empire. Le Gouvernement de la Restauration eut certainement les préférences de Biot, préférences d’ailleurs toutes platoniques. On ne le voyait pas dans les antichambres, ministérielles, et alors que des savants illustres n’étaient pas moins empressés auprès du nouveau Gouvernement qu'ils l'avaient été sous l’ancien, obtenant titres nobiliaires et pairies, Biot ne rechercha ni n'obtint aucune de ces situations qui donnent une grande influence; 1l ne fut jamais membre de ce Conseil Royal de l’Instruction publique, qui fit peser souvent une lourde tyrannie sur l’Université. Biot, il est vrai, disait leurs vérités même à ses amis, et il blâäma la Restauration elle-même, ne craignant pas de donner son opinion sur l'exclusion de