II. — DE LA PATINE
La patine est cette couche légère, étendue à la superficie des statues et des monuments de bronze.
Est-elle formée par l'oxydation naturelle du cuivre, tantôt verte, tantôt rougeâtre ?
I. Dans son article sur le Bros-zh {DicHointaire de l'Académie des Bcitu.x-Arts) un savant et éminent artiste cite les proportions suivantes de l'alliage :
Bronze égyptien = Cuivre, S^^Ss ; Élaiii, 14,15. Bronze grec, en moyenne = Cuivre^ 9hl'^ '< ^l^tin, 6,50. Bronze romain = Cuivre, 78,9s ; lil.iiu, 21,05.
Bronze des Keller = Cuivre. 91,60 ; J^iiic, 5,33 ; Éfaiu, 1,70 ; Plomb, 1,37. Bronze des cloches = Cuivre, 75 ; Elain, 2^.
a. 11 est vraisemblable, dit M. Foucqnes, que l'alliage des Florentins, en général, se rapprochait de celui des frères Keller, chargés à la fin du xvii" siècle de fondre la statue de Louis XIV de la place Vendôme : Cuivre = 90 parties Zinc. . = 7 - Etain . =2 Plomb = I —
O n'est là qu'une supposition.
NOTE
Provient-elle de la perfection de l'alliage ? Peut-elle être produite artificiellement ?
11 n'est pas douteux qu'il y a une patine naturelle et une patine artificielle.
L'oxydation naturelle du cuivre est le plus souvent verte, rarement rouge ; elle est due à l'action du temps.
L'oxydation artificielle reproduit ces deux nuances. Par quels procédés obtenait-on la patine artificielle ?
Voici quelques indications que nous empruntons aux Coviplea des Archives de la cathédrale de Pise (28 juin 1602); c'est une note de Jean Bologne.
Pcr rena da biechieri (sable de verre), per lustrare gli angioli^ da potere dare la vernice. = Lira i,
Per olio di nocie (huile de noix) per ugnerc e dare la vernice a' detli = soldi j. dcnari ^.
Lorsque la statue avait été polie avec la poudre de verre, et qu'elle avait reçu plusieurs couches d'huile de noix, on y appliquait une couche très mince de vernis colorié ' (en général, de la couleur d une châtaigne). Entre les vernis fins : vernis bLinc, gomme laque et gomme copale, la gomme copale semble avoir été préférée ; on la colorait à son gré. De là les nuances diverses du bronze florentin.
La patine artificielle est soumise à l'action du temps.
Quelle a été rorigine de cet usage adopté par les artistes florentirs. de revêtir leur bronze d'une couche de vernis?
Peut-être se sont-ils inspirés de l'usage domestique de frotter les objets de bronze avec de fhuile.
Ce procédé dissimulait les légères défecttiosités de la fonte.
L'emploi de la patine artificielle remonte à l'époque des premiers artistes de la Renaissance, des Ghiberti, des Donatcllo, etc. Nous citerons les Perles du baptistère de Ghiberti, et plus lard, le Persc'e de Benvenuto Cellini, le Mercure volant de Jean Bologne, le Sanglier de Pictro Tacca.
La coucha de vernis donnée aux statues de grandes proportions est plus épaisse ; de là les éjaillures.
LE BRONZE FLORENTIN
La patine florentine a été imitée par les artistes des autres pays : « J'ai passé en revue, écrit M. Foucques, tous les bronzes du musée du Louvre (sculpture de la Renaissance), et j'ai constaté l'emploi de la platine artificielle généralement adoptée par les artistes français de cette époque. — Le monument du tombeau d'Anne de Montmorency, par Barthélémy Prieur, est intéressant à étudier au point de vue qui nous occupe ; suivant l'épaisseur de la couche de vernis qu'il donne aux diverses parties du monument, l'artiste en ménage ou en diminue à son gré la transparence. En examinant les trois statues allégoriques, on remarque que la Force offre la nuance la plus foncée. La statue du milieu, qui tient la torche renversée, présente une superbe patine transparente d'un ton grenat. La troisième statue, V Abondance, a une teinte beaucoup plus pâle qui voile à peine la couleur naturelle métallique du bronze. »