‹ La vie et l'œuvre de Jean BologneChapitre 19 sur 103 · Baldinuccl, t. VIII, p · texte numérisé non relu

Baldinuccl, t. VIII, p

VIE DE JEAN BOLOGNE

gens armés pour tuer Persée ; mais il fut pétrifié par la tête de Méduse. En second lieu, Céphée n"a jamais été foulé aux pieds par Phinée. En troisième lieu, Phinée est un personnage obscur, auquel jamais les anciens n'auraient songé à élever des statues. Enfin, l'action de Phinée est fort peu honorable, et ce trait de la fable est si peu connu qu'il serait presque inintelligible. Le titre de l'Enlèvement des Sabines^ au contraire, répond à toutes les convenances. Ce jeune homme, c'est un Romain ; c'est Thalassius, à qui ses soldats donnèrent, comme à leur chef, la plus belle de,s Sabines. Ce sera, si l'on veut, la personnification de la victoire des Romains, ou bien l'image frappante de l'origine de ce grand peuple romain, consacrée par la fusion de la race latine et de la race sabine'. »

Jean Bologne se rendit à ces raisons, et, pour que le sujet fût plus clairement déterminé, i! composa un bas-relief en bronze, qui fut incrusté dans le piédestal et qui représentait une scène de l'enlèvement des Sabines.

Lorsqu'en ijSj la statue fut découverte et livrée aux regards du public, à la place d'honneur qu'elle n'a cessé d'occuper, l'enthousiasme des Florentins fut à son comble. « Ce groupe, dit Valéry, parut un tour de force. 11 se distinguait, comme le Mercure^ par la nouveauté de l'invention et la hardiesse des poses. Mais ici les difficultés vaincues étaient bien plus grandes. Ce n'était plus du bronze, mais du marbre, matière fragile, qu'il avait fallu tirer cette jeune fille, soulevée en l'air, presque abandonnée à elle-même, ainsi que ses mains et ses beaux bras qu'elle étend en suppliante et que ne consolide aucun tenon d'appui \ »

Le nom de l'artiste était dans toutes les bouches, on l'entourait, on le fêtait, on le reconduisait en triomphe jusqu'à sa demeure. Selon l'usage, les poètes se mirent en frais : des sonnets, d'autres pièces de vers étaient chaque jour suspendus à la statue; le nombre en était si grand qu'on en composa un recueil qui forme un volume entier ^

Un de ces improvisateurs, donnant un fibre cours à son imagination, ne voulut voir dans le groupe qu'une allégorie. La Sabine devient pour lui l'idéal de l'art, que le statuaire, comme un ravisseur, enlève au prix d'un long et pénible travail représenté par le vieifiard ; c'est trop ingénieux.

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