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ENLEVEMENT DE Ih SABINE ( FLORENCE 1
On est confondu quand on pense à la puissance de travail de Jean Bologne, qui, dans le temps où il exécutait le groupe de la Sabine^ terminait une Vénus en marbre pour les Salviati (1581), commençait à San-Marco, pour la même famille, la construction d'une chapelle qu'il devait remplir de ses sculptures (1580-1^89); achevait la statue pédestre de Cosme V\ qui figure à la façade des Uffir^i entre l'Equité et la Rigueur (1581); entreprenait en outre la statue équestre du même grand-duc, érigée en 1594 sur la place du Palais-Vieux; et nous ne citons pas les œuvres secondaires, sorte de monnaie courante dont il était prodigue.
Une lettre d'un grand intérêt, écrite à cette époque, nous fera connaître l'artiste et l'homme. Nous la reproduisons presque en entier. Elle est adressée par l'archiprêtre Simone Fortuna, à la date du 27 octobre 1581, au duc d'Urbin, qui désirait vivement que notre sculpteur consentît à travailler pour lui.
CI Je suis allé trouver Jean Bologne, qui habite à deux milles de Florence'. Comme c'est un homme de rare mérite et qui jouit de la plus grande faveur auprès du grand-duc, j'ai cherché depuis longtemps à me faire bien venir de lui; et je crois qu'il ne me veut pas de mal, parce que je n'ai cessé de louer ses œuvres, surtout en présence de Son Altesse, qui a daigné me les montrer ellemême plus d'une fois, et surtout à Pratolino. C'est bien la meilleure personne qui se puisse trouver; nullement avare, et ce qui le prouve, c'est qu'il est très pauvre, tout entier tourné vers la gloire, et n'ayant qu'une ambition, celle d'arriver à être un second Michel-Ange, et, au jugement de beaucoup de connaisseurs, il y est déjà parvenu. Si Dieu lui prête vie, il le surpassera peut-être, c'est du moins l'opinion du grand-duc.
« En somme, après l'avoir disposé de mon mieux, je lui ai présenté ma requête en faveur d'un de mes meilleurs amis, conformément aux ordres de ■Votre Excellence. Avant de me dire autre chose, il a désiré savoir à qui les statues étaient destinées, et si elles devaient sortir de Florence. Je lui ai répondu
incsser Giovanni Bologim, poslo JicUa pia^^a dd sercnissimo grand-duca di Toscar.a. — Stampato iii Firenze per ser Martelli, 158^,10-4°,
La do}i\ella Era Veieriia idca délia deW arte, El fabro ilprcdator, che la rapina A litngo studio, il quai volea dis fosse Di quel canuto veglio il siinulacra.
Egloga, p. 30, di Cosimo Gaci.
J. Jean Bologne était sans doute à la villa dcl Riposo citez Bernardo Vecctiietti.
VIE DE JEAN BOLOGNE
à cela, comme je l'ai jugé à propos. Après avoir échangé beaucoup de paroles, telle a été la conclusion : 11 ne peut en aucune façon faire en marbre les deux statuettes que désire Votre Excellence, parce que dans les œuvres d'un si petit modèle il ne peut se faire aider, et qu'il serait obligé de tout faire par lui-même. II ne veut tromper personne ; il a en main mille choses, non seulement pour le grand-duc et la grande-duchesse (qui ont porté sa pension à 50 écus par mois'), mais pour d'autres encore. C'est ainsi que, du consentement de Leurs Altesses, il exécute la chapelle des Salviati à San-Marco, où doit reposer le corps de saint Antonin, et l'ouvrage est en bon train; la dépense dépassera 40,000 écus. Il a la main à beaucoup d'autres œuvres, toutes d'importance : un groupe de trois statues qui est fort avancé et qui sera placé près de la Judith de DonatclIo% une statue du dtic Cosme^, un cheval en bronze, deux fois grand comme cckii du Capitole ' ; et plût à Dieu qu'il pût suffire à satisfaire à toutes les demandes qu'on lui adresse, même par l'intermédiaire du grand-duc.
« Si votre Excellence se contente de statuettes en bronze, comme le fait le grand-duc pour tous les objets de petite dimension, il s'engage à la très bien servir , dans un an au plus tard , peut-être même , pour l'amour de moi , dans six ou huit mois, parce qu'une fois qu'il a fait de sa main les modèles en cire ou en terre, ce qui lui demande peu de temps, il fait faire le reste par des orfèvres, qu'il emploie à cet usage pour Son Altesse. C'est de cette façon qu'il a exécuté dernièrement pour le grand-duc les douze travaux d'Hercule d'un demi-braccio de hauteur'. C'est une œuvre merveilleuse, digne de Michel- Ange ou d'Apelles.
« Il a fait encore d'autres statuettes pour le roi d'Espagne et d'autres grands seigneurs, toutes admirables, et c'est un homme qui est aujourd'hui en si grand crédit qu'on ne saurait l'imaginer.
« Les statuettes de marbre, a-t-il ajouté, ont l'inconvénient de se briser aisément, surtout quand il faut les transporter d'un lieu à un autre, et le moindre accident est fatal. Le marbre ne permet pas de s'abandonner à sa fantaisie, comme lui-même aime à le faire pour donner à ses œuvres uae certaine originalité. De plus, on ne saurait le travailler sans y dépenser beaucoup de temps.
1. C'est une erreur de Fortuna. li résulte de l'examen du livre du' provisionali que Jean Bologne n'a jamais touché plus de 25 écus par mois.