I. Baldinucci. Notifie di Gio Bologna
a. Nous donnons cette lettre et le fac similé, Appendice G.
3. Ce groupe ne fut mis en place que le 34 décembre 1599. (Note de Gaye.)
4. Nous traduisons presque en entier la lettre écrite à ce sujet par le grand-duc Ferdinand l" à Giovanni Kiccolini, son ambassadeur à Rome ;
« Le toit de la cathédrale de Pise, comme vous le savez, est revêtu de lames de plomb. Presque tous les ans on les visite et on les répare, en y employant le feu. Or le soir en quittant leur travail, par une coupable négligence, pour ne pas avoir à rapporter leur réchaud le lendemain, les ouvriers le laissèrent allume dans les combles au-dessous du toit ; peu i peu le feu prit dans coite partie de la toiture, dans la nuit du a4, et
VIE DE JEAN BOLOGNE
Notre sculpteur fut chargé de refaire en bronze les trois grandes portes de l'église, de manière qu'elles fussent dignes de ce célèbre édifice. C'était une entreprise gigantesque, de nature à effrayer tout' autre artiste. En i 595,' à l'âge de soixante-douze ans, Jean Bologne accepta cette noble tâche; secondé par le maître fondeur Portigiani, aidé par un petit groupe d'élèves, qui travaillaient sur ses dessins et d'après ses modèles, il la mena à bien. Au bout de six ans, en 1602, les trois portes étaient achevées, et la Toscane comptait un chef-d'œuvre de plus.
En même temps, l'infatigable artiste exécutait pour la cathédrale d'Orvieto la statue en bronze de saint Matthieu (1597); un peu plus tard, vers 1600, la statue en bronze de saint Luc, à Orsan Michèle. Il faisait en bronze, pour l'église de Pise, un admirable crucifix' et deux anges porte-candélabres.
11 avait encore sculpté en marbre (1596-97) une statue en pied de Cosme 1" et une autre de Ferdinand 1", la première, érigée sur la place de Cavalier] à Pise, la seconde sur le Lung-Arno de la même ville.
Baldinucci se contente de dire que notre artiste a été fait chevalier du Christ. — È stato fatio cavalière di Cristo. — Nous avons quelques détails sur cette affaire.
L'Ordre du Christ était un Ordre du Portugal, mais lorsque le pape Jean XXI II avait autorisé le roi de Portugal à instituer cet Ordre religieux de chevalerie, il s'était réserve ainsi qu'à ses successeurs le droit de conférer un certain nombre de croix. De tous les Ordres dont dispose la cour de Rome, l'Ordre du Christ est le plus estimé.
s'attaquant à la charpente, qui date de cinq cents ans, et qui est presque toute composée de bois de pin, fit fondre le plomb, et bientôt le toit tout entier fut en flammes. On était au milieu de la nuit, Téglise est isolée ; avant qu'on s'aperçut de l'incendie il avait fait de grands ravages. Dès qu'on fut averti, toutes les cloches s'ébranlèrent ; le peuple accourut de toutes parts, et se mit à combattre le fléau. Mais le plomb fondu coulait en ruisseaux de feu. On put sauver le très Saint-Sacrement, l'image d'une Madone miraculeuse et très vénérée, toutes les saintes reliques, le trésor et les ornements sacrés. Tout le chœur fut brûlé ; le siège de Tarchevèque fLit seul laissé intact. Le dommage est immense. L'archevêque, qui partage notre affliction, a pris des mesures pour que l'office divin puisse se célébrer ailleurs. Q.uant à nous, nous avons aussitôt envoyé des maîtres — capi iiiaestri — et des architectes pour faire tout ce qu'ils jugeront à propos pour la restauration de ce noble édifice.
« Florence, le 30 octobre 1595. »
Dans une seconde lettre, très nette et très ferme, datée du 13 novembre 159=1, le grand-duc se plaint de l'archevêque, qui attribue le sinistre à la présence des juifs à Pise. 11 ajoute qu'ii a donné sur sa cassette, pour la restauration de l'église, une somme de 12,000 écus, et fait à la cité une concession de 40,000 écus payables en dis ans sur une augmentation de l'impôt du sel. L'archevêque contribuera de son côté. {Arch. med. Cart. di Roma, 2" numer., filza 29.)
I . Ce crucifix sembla si beau au grand-duc, qu'il pria Jean Bologne d'en faire un semblable qu'il offrit au cardinal de Séville.
La grande-duchesse d'abord, et bientôt avec elle le grand-duc lui-même, sollicitèrent cette distinction pour Jean Bologne, en 1 599, et ils l'obtinrent, après quelques démarches du cardinal del Monte auprès du cardinal-neveu". Le grand artiste fut fort sensible à ce nouvel honneur, et, dans sa reconnaissance, il fit don au cardinal Aldobrandini d'un crucifix superbe.
En 1602, Jean Bologne était presque octogénaire; il n'avait rien perdu de son activité et de sa vigueur. Son atelier, devenu célèbre, était visité avec un sentiment de respectueuse admii-ation par tous les illustres voyageurs qui venaient à Florence. Ils trouvaient le maître au travail, entouré de ses nombreux élèves flamands et italiens. Parmi eux se distinguaient : son fondeur Fra Domenico Portigiani , Giovanni Bandini ou delF Opéra , Orazio Mocchi Guaspero Mora, Gregorio Pagani, Raffaelo Pugni, Angelo Sezano, tous employés à l'exécution des portes de la cathédrale de Pise ; et, au premier rang, trois sculpteurs considérés à bon droit comme des maîtres eux-mêmes : Antonio Susini, Pietro Tacca et Pierre de Franqueville '.
Ce dernier, à cette époque, était sur le point d'entrer au service du roi de France Henri IV. Le vieillard, qui le considérait comme son bras droit, le vit partir avec un vif regret ; il fit même une démarche auprès du grand-duc pour le garder auprès de lui. Ferdinand 1", dans une lettre fort digne, déclara qu'il se reprocherait de mettre obstacle à 1 heureuse fortune de l'éminent sculpteur ^
1. Arch. mcj. Cart. de' cardinali, filze 46 et 51, et miscellanea, fi]za 65.
2. Nous traduisons la lettre de Jean Bologne et la réponse du grand-duc. Voy. Appendice II.
« Sérénissime grand-duc,
« L'affection que je porte à votre maison m'engage à faire savoir à V. A. S. que notre Pierre de Franqueville, bon sujet, et fntljuissima per loro signoria (sic), est requis d'aller en France au service du roi. Je lui ai conseillé de ne rien conclure sans prendre l'avis de V. A., me rappelant qu'elle lui a dit à l'atelier, en présence de monseigneur le cardinal del Monte, de ne pas quitter Florence, où Elle comptait l'employer. Je'commence à sentir les fâcheuses atteintes de la vieillesse, et j'ai besoin d'un bon aide pour travailler le marbre. Pour moi, je consacrerai ce qui me reste de vie à servir V. A. S. « 16 février 1600.
« Gio BOLOGNA. »
Réponse du grand-duc.
« Au chevalier Gio Bologna,
« J'ai appris par votre lettre que vous auriez l'intention de faire rester par devers nous Pierre Franqueville, pour vous aider à travailler le marbre Nous ne voulons pas nous opposer aui desseins de Franqueville ni nuire à sa fortune. Dites-lui donc qu'il aille où on l'appelle, et assurez-le que si nous pouvons lui être bon en quoi que ce soit, nous le ferons toujours. Nous désirons que, dans votre ardeur pour le travail, vous ne négligiez jamais le soin de votre santé, qui importe plus que tout le reste. Que Dieu, Notre-Seign'eur, vous donne contentement et prospérité. ' « Pise, 26 février 1600. »
[ArcJu med. Cart. di Ferdinando I". filza 236, et minute, filza 164.)
VIE DE JEAN BOLOGNE
Franqueville quitta Florence, et son vieux maître n'en continua pas avec moins de succès le cours de ses immenses travaux. Dans les dernières années de sa vie il exécuta la statue équestre de Ferdinand I", érigée sur la place de l'Annunziata en 1608, et la statue en pied du même grand-duc, érigée sur la place d'Arezzo.
En 1604, il entreprenait la statue équestre de notre Henri IV, et en 1607 celle du roi d'Espagne Philippe III. Ces deux dernières statues ne devaient être achevées qu'après sa mort.
A propos de la statue de Henri IV^ Marie de Médicis, reine de France, écrivit au grand-duc, son parent, une lettre curieuse, que nous reproduisons en entier.
a Mon oncle, le seigneur Ottavio Rinuccini me dist il y a quelque temps que, sur ce que vous avies sceu que je désirois faire faire l'effigie du roy, mon seigneur, à cheval, en bronze, pour mettre an une place de la ville de Paris, vous avies intention de faire faire par delà ladite effigie par les mains de Jan Boulongne et me l'anvoyer ; cela me donne suget maintenant de vous escrire celle ci pour vous prier che, puïsche vous me voules faire ceste courtoisie, et craignant que ledit Jan Boulongne ne tienne cet ouvrage en longueur, ou que mesme il ne le rende en perfettion à cause de sa vieillesse ; ayant aussi besoin d'avoir le plus tost che faire se pourra ladite effigie, pour la faire poser sur une place che l'on fait accommoder esprès sur le Pont-Neuf de Pai'is, lequel san va estre parfait, vous me faciès ceste grâce particulière de me faire bailler le cheval de bronze que vous aves ci-devant fait faire pour vous par ledit Jan Boulongne, et sur lequel est de prêtant votre effigie, et au lieu d'icelle faire dépescher par luy mesme celle du roy, affin che par ce moyen je puisse avoir le tout promptement, et che le présant che j'en désire faire à ladite ville de Paris y soit dautant mieus rcceu qu'il sera fait plus à propos. Vous accroistres an ce faisant grandement l'obligation que je vous an auray sans che vous en recevies beaucoup d'incomoditéj car vous pourres faire faire tout à loisir par le mesme ouvrier un autre cheval ou lieu de celuy che vous m'aurez anvoyé. Je vous prie donc de rechef de me faire ce plaisir. Et sur ce, me raccomandant affettueusement à vos bonnes grâces, je prie Dieu, mon oncle, qu'il vous conserve en parfaite santé. « De Fontanablau ce 29 d'apvril.
« Vostre bonne et affcttionnée niepce, « Marie'. »