‹ La vie et l'œuvre de Jean BologneChapitre 28 sur 103 · I. Nous donnons le fac-similé de cette lettre, Appendice I · texte numérisé non relu

I. Nous donnons le fac-similé de cette lettre, Appendice I

Jamais on n'enjoignit avec plus de sans façon à un cavalier de mettre pied à terre et de céder sa monture. Le grand-duc sourit sans doute à la réception de cette étrange lettre, et il demeura ferme sur son cheval de bronze.

Depuis quelques années, Jean Bologne, devenu vieux, avait conçu la pieuse pensée de faire élever derrière le maître-autel de l'Annunziata une chapelle dont lui-même donnerait le plan, qu'il ornerait de ses sculptures, et qui serait destinée à recevoir sa dépouille mortelle et celles des artistes flamands que la mort frapperait à Florence. C'est la chapelle del Soccorso^ pour laquelle il exécuta un de ses plus beaux crucifix, et qu'il eut la satisfaction de voir terminée de son vivant.

Cette fondation, selon Baldinucci , ne lui coûta pas moins de six mille écus.

Notre grand artiste ne savait pas calculer. Il vivait largement. Son habitation, son atelier étaient dignes de lui. L'entretien d'un ou deux chevaux pour son usage était payé par le grand-duc ; pour sa statue de Cosme 1", il avait reçu douze mille écus d'honoraires. Ferdinand I" était aussi généreux que son frère l'avait été peu. C'est dans un moment de gêne, qui n'entraîne nullement l'idée de pauvreté, que l'illustre vieillard eut recotirs à la grande-duchesse; c'était en 1604 ; il avait alors quatre-vingts ans.

« Je supphe, lui écrit-il, S. A. S. d'avoir égard à mon extrême vieillesse, — mia eslrema età. — J'ai toujours travaillé pour Elle avec une provision de 2 j écus par mois, et même au début beaucoup moindre. Je me trouve dans un état de gêne — molto stretio di facoltà — , quoique le monde pense tout le contraire ; en voyant mes nombreux travaux et la faveur dont je jouis auprès de Leurs Altesses, on présume que les récompenses sont en rapport. Je n'ai jamais pensé qu'à faire de bon ouvrage ; maintenant qu'on m'a amené un neveu, il est de mon devoir de le garantir de la nécessité où il se trouverait, si Leurs Altesses ne l'assistaient pas. Il ne paraîtra pas étrange à V. A. S. que j'aie si peu de ressources. Qu'Eile soit assurée que j'ai toujours vécu avec économie, et que toutes mes dépenses ont eu pour objet l'acquisition de ma maison, la fondation de ma chapelle et autres objets nécessaires. Je supphe donc V. A. S. de vouloir bien être ma protectrice, et j'affirme que la satisfaction que j'en éprouverai me fera vivre quelques années de plus.

« Florence, 12 mars 1604.

« GioN. Bologna'. »

I. Arch. med. Cart. délia gran-duchessa Cristina di Lorena, filza 40.

VIE DE JEAN BOLOGNE

Quel était ce neveu dont parle notre grand sculpteur? Nous lisons dans Baldinucci que, reste veuf sans enfants, il avait fait venir à Florence un fils de sa sœur, qui mourut dans un âge fort tendre. Après son voyage dans la haute Italie, il appela auprès de lui un autre fils de la même sœur, avec promesse de le nommer son héritier, à la condition que, après sa mort, il resterait à Florence, où il embrasserait la profession de sculpteur qu'il lui avait enseignée. Mais, cédant aux prières de son père et de sa mère, le jeune homme renonça à son art et revint au pays '.

Depuis 1 590, Jean Bologne avait perdu son bienfaiteur et son ami, l'excellent Bernardo Vecchietti . Il avait voulu diriger lui-même , en habile architecte, les réparations du palais de cette noble famille, palais qui menaçait ruine. On montre encore, à l'angle de cet édifice, la statuette originale d'un petit satyre de son invention, destinée à servir de support à la bannière du quartier du marché dans les fêtes populaires". Après la mort de Bernardo, noire artiste demeura l'hôte vénéré de cette maison. Chargé d'exécuter les statues équestres de Henri W et de Philippe 111, il était souvent retenu à Florence ; mais dès qu'il pouvait s'échapper, il se réfugiait dans la villa del Riposo, où il réparait ses forces épuisées, et où il devait laisser tant de preuves, de son génie si fécond et de son inaltérable reconnaissance.

Depuis que Franqueville était rentré en France, Pierre Tacca était devenu son élève le plus cher et le plus distingué ; il ne quittait pas le maître et lui servait de secrétaire. Une lettre de Tacca, à la date du 22 janvier 1608, nous apprend qu'il était chargé d'exécuter le buste de l'illustre vieillard, alors établi au Riposo, où, à cause de la rigueur de la saison, il gardait la chambre et où il était l'objet des soins les plus affectueux'.

Le 15 août 1608, à huit heures du matin, Jean Bologne arrivait au terme de sa glorieuse carrière; il s'éteignait doucement dans sa maison de Borgo a Pinti, Le lendemain 14, il était inhurné dans sa chapelle del Soccorso, derrière le chœur de l'Annunziata. 11 était âgé de quatre-vingt-quatre ans. On inscrivit sur sa tombe l'épitaphe dont voici la traduction :

T. Baldinucci. Notizie di Gio Bologna.

3. Ces fêtes ou réjouissances populaires étaient appelées fêtes ilelle Potence. Le bas peuples des divers quartiers de Florence, à des époques indéterminées, se clioisissait des chefs qui prenaient le nom d'empereur, de roi ou de duc, nom de pure fantaisie ; et. sous la direction du clief de son choix, chaque troupe se livrait dans son quartier à ses joyeux ébats. Ces troupes appelées Patents et les fêtes qu'elles célébraient étaient surtout en vogue au xvi' siècle. (Note de M. Foucques.)

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