‹ La vie et l'œuvre de Jean BologneChapitre 32 sur 103 · Il est au musée du Louvre · texte numérisé non relu

Il est au musée du Louvre

4. Ce portrait, en 1864, après la mort du marquis Guadagni, a été acquis par un amateur anglais, M- Spencer; il a passé depuis dans d'autres mains (celles de M. Coutis, Esquire). M. Foucques a obtenu la permission d'en faire faire une copie réduite, exécutée par Niccolo Fontani.

Portraits peints de Jean Bologne. — 11 en existe deux dans la galerie du marquis Guadagni, place Santo-Spirito, à Florence ; galerie célèbre à plus d'un titre, et surtout par les deux grands paysages de Salvator Rosa.

Ces deux portraits se trouvent dans la première salle, sous les n°' 4 et 9.

Le n" 4 est indiqué comme il suit au catalogue de la galerie Guadagni : Çhiadro che rappresenta un rilratto, di antore antico Lombardo.

Ce portrait n'est autre chose que la copie, ou l'original, du portrait de Jean de Bologne peint par

Nous avons raconté la vie de Jean Bologne. Il en est peu de plus glorieuses; il n'en est pas de plus heureuses. Tout lui a été facile. Si, au début de sa carrière, il a rencontré quelques obstacles^ il les a surmontés sans effort. Pour lui, pas de ces longues et douloureuses épreuves qui, trop souvent, compromettent l'avenir des hommes de grand talent, et qui leur font au cœur d'incurables blessures. A peine arrivé à Florence, il y rencontre un protecteur, un ami opulent et éclairé, qui le soutient en lui offrant un asile, qui le guide par son expérience et par ses conseils. La faveur des Médicïs, qui restèrent ses obligés, lui ouvre les carrières de Carrare et de Scravezza, où il puise le marbre à son gré; elle lui prodigue le bronze nécessaire à ses immenses travaux. Les souverains de l'Allemagne, de la France et de TEspagne briguent la faveur de l'attacher à leur service. L'empereur lui envoie spontanément des lettres de noblesse; le pape croit honorer l'Ordre du Christ en le lui conférant. Si l'envie essaye de murmurer tout bas, il ressent à peine ses atteintes ; il lui impose aussitôt silence, et se venge en créant des chefs-d'œuvre qui provoquent l'admiration universelle. Sa robuste constitution, sa santé inaltérable lui permettent d'accomplir sans défaillance la tâche prodigieuse qu'il s'est imposée. Son égahté d'âme est parfaite; son imagination, tour à tour gracieuse et forte, est toujours réglée. Sa nature est en équilibre et le garantit de tous les excès. Uniquement possédé par l'amour de son art, il lui est donné de l'caliser tout ce qu'il a conçu. Grâce à sa longue existence, il a pu, de son vivant, jouir de

Jacopo Bassano da Ponte que Ton voit au musée du Louvre, mais avec une vigueur d'ombre et de lumière, de touche et d'expression encore plus accentuée. (Quoique le catalogue attribue ce portrait à l'Ecole lombarde, c'est du coloris vénitien s'il en fut jamais ; et ceci concorde avec la composition de la galerie Guadagnî, qui est très riche en tableaux de l'École vénitienne.

Le n" 9 est indiqué comme il suit au même catalogue : Qjiadro che rapprescnta im ritratlo, d'aidore iitcerio. La froideur un peu terne du coloris rappelle beaucoup les maîtres de l'Ecole florentine, le Passignano et Santi di Tito, L'artiste est vu jusqu'au-dessous du genou ; il est assis sur un escabeau, tourné vers la droite du spectateur ; le corps se présente de profil et même du coté du dos, mais la tête se montre presque de face ; il a la tète nue avec des cheveux noirs, et une coiffure dans le genre de celle de l'époque de Henri IV ; ses lèvres sont ombragées d'une moustache et son menton encadré dans une barbe courte et peu fournie, qui part des oreilles et finit légèment eu pointe ; un col de chemise tuyauté à gros plis sort à peine du vêtement noir dont l'artiste est couvert ; la manche seule du vêtement de dessous est rouge cramoisi et paraît de satin. Une écharpe blanche en guise de ceinture serre k taille, les bouts en retombent, et sont bordés d'une ligne rouge et noire L'artiste pose la main droite sur une table couverte d'un tapis rouge ponceau, sur laquelle on voit un papier, des porte-crayons et un encrier ; de cette main le sculpteur tient un compas. Dans l'angle droit (pour le regardant) est une espèce de fenêtre qui donne sur un atelier éclairé par deux autres fenêtres. Au milieu de cette chambre on aperçoit d'une façon très reconnaissable k statue du Nepinne, ou de ÏOcàan de la fontaine de l'Isoletto, et c'est cette statue qui nous a fait reconnaître que ce portrait était celui de Jean Bologne. Au surplus, lorsque ron compare les traits du visage avec ceux du n" 4, on retrouve une analogie entre eux et une grande ressemblance. Seulement la figure du n" 9 est plus jeune et révèle un homme de trente-cinq ans, de quarante au plus. Or comme c'est vers 1571 que la statue de VOcàaii de la fontaine de l'Isoletto fut exécutée ou du moins commencée, cette date concorde à peu près avec les quarante années environ qu'il pouvait avoir alors.

VIE DE JEAN BOLOGNE

sa renommée; et, en mourant, il a eu la consolation de confier à des maîtres éminents, qu'il avait formés et enrichis', le soin de terminer dignement les quelques ouvrages qu'il laissait inachevés. Concluons en déclarant que si jamais homme ne fut plus constamment heureux, jamais homme ne fut plus digne de l'être.

I. Nous donnons, à l'appui de cette assertion, une lettre dictée en 1605 par Jean Bologne et écrite par Tacca. Appendice L,

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