CHAPITRE IV
CRUCIFIX, STATUETTES, PETITS BRONZES, ETC
PREMIÈRE SECTION. — Les Crucifix
Jean Bologne a eu le mérite et l'honneur de créer un type de Christ sur la croix, type qui se retrouve dans un nombre infini de copies plus ou moins exactes, mais qui, toutes, reproduisent la même attitude : le Sauveur vient d'expirer ; la tête est Inclinée vers la droite; le profil est d'une grande pureté. Les cheveux, qu'environne la couronne d'épines, sont longs, et une mèche, au-dessus de l'oreille droite, retombe jusque sur l'épaule. La barbe est courte ; les bras allongés; les flancs assez étroits et couverts d'une draperie. Les deux pieds sont percés d'un seul clou, le droit placé sur le gauche, ce qui a pour cflct de faire remonter le genou droit un peu au-dessus de l'autre et d'éviter ainsi la monotonie. L'anatomie des genoux est Irréprochable ; les muscles des poignets et du cou-de-pled accusés ; les extrémités traitées en perfection'.
Il est vraisemblable que l'artiste a exécuté lui-même son crucifix de trois grandeurs différentes. Voici les exemplaires les plus renommés :
1° Le Crucifix de la chapelle ciel Soccorso de la Nunrjata. De première grandeur. Nous en avons parlé.
2° Le Crucifix du maître autel de la cathédrale de Pise. Même grandeur. Nous l'avons cité.
3° et 4° Le Crucifix de la villa del Riposo, et celui tout .semblable de la chapelle des Médicis à San-Loremo. Petite dimension. Nous avons mentionné ce dernier.
Ç Le Crucifix de VImpruneta (bronze).
I, Au Christ en croix, tel que Ta conçu Jean Bologne, c'est-h-dire à l'instant où il vient d'expirer, on n opposé le Christ de l'Algardi, encore vivant et élevant le front et les }xux vers le ciel. Ces deux attitudes ont leurs partisans, et toutes deux nous semblent admirablement choisies.
L'impruneta est ua bourg situé à 7 kilomètres de Florence, connu par une foire importante, que Callot a représentée, et par un pèlerinage en l'honneur d'une madone miraculeuse. Or, dans l'église où cette madone est invoquée, on admire sur le maître-autel le crucifix en bronze exécuté par Jean Bologne. Le Christ a i"',^ de hauteur. La nuance du bronze est claire, et cette sorte de transparence permet de mieux saisir tous les détails de ce corps vraiment admirable. Le calme, la sérénité, la noblesse impriment un caractère divin à la figure du Sauveur. On ne saurait trop louer l'exécution des pieds ; les muscles sont contractes par la plaie et par le poids du corps, les doigts crispés par la douleur. L'art antique n'a rien produit de mieux. C'est un chef-d'œuvre
6° Le Crucifix du Cestello fbronze).
Le Cestello est le grand séminaire de Florence, situé rue San-Frediano. Sur le maître-autel de l'église est un crucifix de notre artiste. Il reproduit le type consacre; mais le torse et les bras sont moins sveltes, la draperie plus longue; la chevelure, trop régulière, a quelque chose d'un peu apprêté\
7° Le Crucijix de Colle in val d'Eisa (bronze).
Ce crucifix est sur le maître-autel de l'église. La croix de bois surmonte une sorte de calvaire en marbre. C'est un don de la princesse Anne-Marie-Madeleine d'Autriche, femme de Cosmell. Ses armoiries sont placées au-dessous de l'inscription INRL Bien que ce Christ, fort remarquable, ait été offert en 1Ô26, il est de notre artiste. 11 est vraisemblable que dans le garde-meuble des grands-ducs on conservait un certain nombre d'objets d'art destinés à être donnés aux églises ou aux grands personnages.
8° Le Calvaire en bfon^e du palais Pitti (trésor ou argenterie de grands-ducs).
Le crucifix a pour piédestal un calvaire sur lequel sont placées les statuettes de la Vierge et de saint Jean des deux côtés de la croix. La figure du Christ a 0"',^! de hauteur, les deux autres figures seulement o"\29. C'est une œuvre authentique du maître. L'exécution est digne de lui.
9° Le Calvaire en or du palais Pitti (trésor ou argenterie).
L'authenticité de la figure du Christ est certaine. La perfection des détails égale la richesse de la matière. Le saint Jean semble être de la même main. La Vierge est peut-être d'un des élèves de Jean Bologne.
I. Dans la sacristie de Vîiiipriiiicla on voit un crucifix en bronze d'une petite dimension (hauteur o"',i8}. C'est une reproduction du crucifix du maitre-autel. On l'attribue à Pietro Tacca.
1. Dans la salle de réception du séminaire, au premier étage, on voit un second crucifix de Jean Bologne, de moyenne grandeur et d'une exécution parfaite.
CRUCIFIX, STATUETTES, PETITS BRONZES, ETC
Nous ne voudrions pas prolonger cette énumcration. Le nombre des crucifix attribués à notre grand sculpteur est énorme. Nous nous contenterons d'indiquer ceux que les documents nous permettent de considérer comme des originaux.
10° Le crucifix du duc de Bavière {1^94-95), bronze.
11° Le crucifix du pape Clément VILL (1596), en or.
12° Le crucifix du cardinal Salviati (1596), en or.
Le crucifix du cardinal Aldohrandini (1599). Présent de Jean Bologne en reconnaissance de sa nomination de chevalier du Christ.
14° Le crucifix du cardinal de Séville (1596), en marbre.
Le crucifix et les quatre Evangélistes de la comtesse de Lemmos, sœur du duc de Lerme [160)), en bronze doré, d'après le dessin de Jean Bologne.
16" Le crucifix — scinirivo, — du duc de Mantoue (1609), en argent, retouché par Susini'.
Il" SECTION, — Les Statuetles et les pctils t>roi!:^cs
Quel que soit le mérite des grands ouvrages de Jean Bologne, il l'aut reconnaître que c'est surtout à ces figurines si gracieuses et si variées qu'il a dû sa renommée populaire. Le nombre de ses statuettes et de ses petits bronzes est si considérable qu'il serait impossible d'en donner la liste complète'. Ce qui complique la difficulté, c'est la latitude qu'il laissait généreusement à ses élèves de reproduire ses œuvres, et d'user de ses modèles. Susini surtout excellait à copier les originaux du maître'. C'est ainsi que les mêmes sujets se trouvent souvent répétés, et que, pour les statues ou les groupes de petite dimension, il est malaisé de discerner avec certitude ce qui est de la main même du grand artiste. Nous apporterons donc beaucoup de discrétion dans notre examen.
$ \. — l'enlèvement de déjanire (groupe en bronze), de 1580 à 1590.
Nous ne saurions mieux faire que d'assigner la première place à ce merveilleux petit groupe.
1. Dans rùglise de l'hôpital de Santa-Maria-Nuova, à Florence, on montre un crucifix qu'on attribue à Jean Bologne. Ce crucifix, en pâte de papier (cjrla pesta], est une copie de celui de la ciiapelle deï Soccorso.