‹ La vie et l'uvre de Platon [microform]Chapitre 100 sur 343 · M. Chaignet, Psi/chulogir crAnslotc, p. 3L · texte numérisé non relu

M. Chaignet, Psi/chulogir crAnslotc, p. 3L

3. Ou connaît là dessus le trait cliarmant rapporté par Cicéron {Tusc. V, 35) : <( Timotheum clarum hominom Atheuis et principom civitatis ferunt qnum coMiavisset apud Platoncm eoque convivio admodum delectatus essot, vidissetque eum postridie, dixisse : Vestr;e quidcm co^UcT non solum in priT3sentia sed etiam postero die jucundcC sunt. »

4. Un érudit allemand, von Wilamovitz, a même fait sur l'origine de ce

Platon, t. I. ^g

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LA VIE DE PLATON

La préoccupation dominante de Platon, nous dit son biographe grec, était de se survivre ci lui-même ou dans la pensée de ses amis ou dans le texte de ses écrits ^ Ne semble-t-il pas que ses vœux aient été doublement comblés?

Mes lecteurs savent déjà comment Platon fut conduit ;\ ambitionner le riMe de fondateur et de chef d'école : pendant près de quarante ans, sans jamais se lasser, il s'est appliqué à répandre ses doctrines, à leur assurer après lui un groupe patiemment formé d'interprètes et de défenseurs : tout autre emploi de ses hautes et merveilleuses facultés lui eût paru moins noble et moins louable, et celui ({ui fut le premier écrivain de son temps et peut-être de l'antiquité entière n'a pas cessé de mettre au-dessus de tout le reste l'action immédiate de la parole. Le livre, dira-t-on, n'est-il pas l'écho fidèle de la voix? oui, mais ce n'est ({u'un écho, une image, eï^iùloy, selon le mot même de Platon : il ne part pas aussi directement du cœur : il ne trahit pas au même degré les émotions d'une «àme qui s'intéresse à ses idées, à ses convictions autant qu'à sa vie même, qui est fière de leur triomphe et s'indigne des hésitations, des oppositions auxquelles elles se heurtent. La parole s'accompagne de l'accent, du geste, du regard, et cet accent, ce geste, ce regard mettent celui (|ui parle en communication étroite avec l'esprit et le cœur de celui qui l'écoute. Voilà, aux yeux des anciens surtout, la véritable, j'allais dire la seule éloquence. Combien pâlit par comparaison l'action de l'écrivain sur un public qu'il ne connaissait pas et dont il n"est pas connu ? Sa pensée sera-t-elle exactement saisie, judicieusement interprétée? N'est-elle pas comme livrée à tous les hasards? Ces

dialogue une hypothèse curieuse : « Ich kann es nicht beweisen, nber mich dûnkt es fast unniittelbar einleuchtend, dass das Symposion das Gedicht ist, in welchem der Thiasarch des ftiscli gogriindetou ]\[usenvereins in der Akadomie ein idéales Yorbild fiir die Festmahle seines Thiasos zeichnet. » — Même sous les successeurs de Platon, qui demeurèrent invariablement fidèles à cette coutume du maitre, bs banquets du l'Académie avaient lieu, selon l'expression d'Athénée, to 7r>v:r'7Tov é'vexsv àvsTcfo? y.al çiAoXofsa;.

1. Diogène Laërce, III, 4() : 'II;tou |jLvr,(x6o"jvov a-jToO /ciTreo-Oat r, èv cpO.ot; rj èv fitêXoI;.

PLATON A L'ACADÉMIE

considérations n'avaient pas échappé à Platon : et elles lui ont dicté ce passage remarquable du Phèdre, où nous rencontrons tout ;\ la fois un indice non équivoque de ses secrètes préférences et une justification de la conduite de Socrate :

« Si le sage sème dans les jardins de l'écriture, il ne le fera que par manière de divertissement : en se créant un trésor de souvenirs et pour lui-même quand la vieillesse amènera l'oubli, et pour tous ceux qui suivent les mêmes traces,* il se réjouira de voir croître les plantes de ces jardins. Mais s'il est noble de s'amuser à ce travail, il est plus noble encore de s'en occuper sérieusement, de semer et de planter dans une àme bien préparée, à l'aide de la dialectique, des pensées capables de se défendre elles-mêmes et celui qui les a semées : pensées fécondes qui en germant dans d'autres cœurs, y enfantent d'autres pensées semblables, lesquelles se reproduisant sans cesse immortalisent la précieuse semence. »

Ou je me trompe, ou Platon en écrivant ces lignes songeait non sans complaisance à l'école au sein de laquelle allait se perpétuer son enseignement: mais une autre réllexion, dont à Pécole de Socrate il avait sans doute fait l'expérience personnelle, était présente à son esprit. Il savait qu'on résiste sans trop de peine aux démonstrations du livre, même éloquentes, même irréfutables, tandis (ju'il est difficile de ne pas céder à la parole tour à tour ])ressante ou insinuante d'un maitre ou d'un ami. Permis à un romancier de tirer vanité de ses multiples éditions et de ses innombrables lecteurs : aujourd'hui comme autrefois, les conquêtes préférées d'un philosophe, ce sont les auditeurs qui se pressent au pied de sa chaire ou les intelligences qui se confient à lui pour trouver la lumière.

D'ailleurs, si nous en croyons Platon, la science n'est pas une richesse étrangère qui ne peut nous venir que du dehors * : nous en recelons en nous le germe mystérieux : c'est une étincelle qu'il faut faire jaillir, c'est un souvenir lointain

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