Voir Les femmes à la fête de Cérès
LA VIE DE PLATON
comme le veutGli. Lenormant,à cause de cette hostilité même? Tout d'a])ord, s'il faut en croire Olympiodore, Platon avait songé à se ven-or du poète comique : la vengeance en ce cas serait assez innocente, il faut en convenir. Oualificr l'auteur des Femmes à rassemblée de serviteur dévoué de Bacclms et de Vénus K le montrer contraint de différer son tour de parole en raison d'un hoquet, suite d'un trop copieux festin, il n'y a pas là, j'imagine, de quoi humilier à Texcès celui qu'on a appelé << le Rahelais aiUi(|ue ». (Juant au discours même que Platon lui prête (on sait ,|ue le Bawjuel est un(.' sorte de concours d'éloquence sur ce sujet : . l'éloge de l'Amour » entendu à la manière grecque), c'est en somme une comédie en abrégé, spiiituelle. si Ion veut, mais sans profondeurs un tableau aux vives couleurs dans lequel un bon sens primesautier et baroque coudoie des traits d'un liumoiu^ très moderne; lo r.Me, on l'avouera, a été écrit pour l'acteur '.
Ce discours, il est vrai, est précédé du colloque suivant entre le poète et Eryximaque : « Fais attention, mon cher Aristophane; sur le point de prendre la parole tu railles, et lorsque tu pouvais discourir en paix, tu me forces à être sur mes gardes pour m'assurer que tu ne diras rien qui prête à rire. — Tu as raison, Eryximarjue, reprit Aristophane en souriant. Prends donc que je n'ai rien dit, et ne va pas me surveiller : car je crains, non pas de faire rire avec mon discours, ce qui est le propre de ma muse et deviendrait pour elle un triomphe, mais de dire des choses ridicules. - Après avoir lancé la flèche, répliqua Eryximaque, tu penses m'échapper ?Pèse ce ([ue
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2. « Si mythologum irritur, si sophistam in Convivium Plato suum induxit de amore disserentes, quid mirum, si festivis illis salibiis, quibus Attica comœdia pra^stitit, millam aliam ob causam. ut multi crediderunt quam pro mitiganda cceterarum orationum severitate et animos remittendî gratia locum i.nportiverit ? » [Cur Plato Aristophancm in Convivium induxerit, thèse de Gh. Lenormant, 183S).
3. « Oua oratioue Plato ita pingit Ari.toplianis ingenium, iit vix quicqnamcogitari possit divini.is. Sed indo nihil aliud consequitur, nisi hor probe Uatonem perspexisse solertissimam Aristoi>haiiis rerum comice la' veriiendarum et describendarum rationem » (Ziinmermann)
RAPPORTS DE PLATON AVEC SES CONTEMPORAINS 30i
tu vas dire, et parle comme devant rendre compte de chacune de tes paroles. Peut-être, si bon me semble, le irai ferai- je avec indulgence ' ». N'est-ce pas ici Platon qui, par la bouche d'un de ses convives, constate la légèreté excessive d'Aristophane et en même temps nous fait savoir qu'il plaidera volontiers pour ce railleur téméraire les circonstances atténuantes?
La même morale se dégage des paroles suivantes de Socrate, à la seule condition de lire saùre où Platon a écrit éiorje : <( Jusqu'ici j'avais été assez simple pour croire qu'on ne devait faire entrer dans un éloge (jne des choses vraies : que c'était là ressentiel, et qu'il ne restait plus ensuite (lu'à choisir parmi ces choses les plus belles et à les disposer de la manière la plus convenable. Mais il parait que cette méthode ne vaut rien, et qu'il faut attribuer les plus grandes perfections à l'objet qu'on a entrepris de louer, i|u'elles lui appartiennent ou non, la vérité ou la fausseté n'étant en cela d'aucune importance : comme s'il avait été convenu, à ce qu'il parait, que chacun de nous aurait l'air de faire l'éloge de PAmour, mais ne le ferait pas en réalité - ». Une allusion non moins ironique se cache peut-être dans une autre phrase ' où Socrate oppose sa science, modeste en somme et équivoque, à l'excellente et abondante sagesse ([ue trente mille Grecs viennent d'applaudir au ihéatre, dans la personne du héros du festin : à quoi Agathon répond : <( Tu es un mo({ueur : mais nous examinerons tantôt de nous deux qui l'emporte, et Bacchus sera notre juge. »
Ajoutons que le discours même d'Aristophane contient des allusions assez évidentes et plus ou moins malicieuses à quelques-uns de ses vers ^ et que, chose bien autrement décisive, le poète assiste au triomphe intellectuel et moral de celui sur la tête du([uel ses }^uées avaient fait pleuvoir mensonges et calomnies. Dans le Bamjuet en effet, ainsi que l'affirme Schleier- -
4. Que l'on compar.\ par exemple, les passages 190 G, 191 D du Banquet avec Plntus (v. 1113) et les Nuées (v. 1071-8o).
LA VIK DE l'f, ATON
mâcher, tout est calculé pour mettre en relief la personnalité (le Socrate. pour concilier l'admiration des contemporains et de la [lostôrité à cet intrépide réformateur populaire, longtemps méconnu de son vivant par plus d'un observateur frivole qui s'obstinait à le juger sur les dehors. Platon le fait apparaître devant nous comme le sage idéal, comme le philosophe accompli, et cela qu'on considère ou son enseignement ou sa conduite, qu'on envisage en lui le citoyen, le soldat ou le fondateur d'une doctrine nouvelle.
D'une part, l'esthétique spiritualiste a-t-elle rien de comparable, saur peut-être chez Plotin, à ce discours de Diotime niis dans la bouche de Socrate, à cette ascension qui des beautés incomplètes et fugitives d'ici-bas doit conduire IVime comme par degrés à la contemplation de la beauté sans nuages, immuable et éternelle :' De l'autre, Alcibiade fait de la temp.'rance, du courage, de la patience de son maître dans les conjonctures les plus diverses une peinture absolument enthousiaste : et ce qui est piquant, c'est qu'Aristophane est invité, ou pour mieux dire, obligé de contribuer lui-môme aux frais de cet éloge. Ainsi pour célébrer la fermeté déployée par Socrate lors de la déroute de Déliuni, Alcibiade se sert à dessein des expressions littérales employées jadis par le poète comique pour désiguer sa victime aux risées de la foule ^ : ce qui dans les Nuées était une insultante raillerie devient ici le plus honorable des témoignages. Et, bien qu'à la fin du dialogue, les adversaires d'autrefois nous soient représentés fraternisant en vieux amis, cette thèse que démontre Socrate contrairement à l'opinion habituelle de Platon-, à savoir qu'il appartient au même talent de briller à la fois dans la comédie et dans la tragédie, ne cacherait-elle pas une allusion à la catastrophe préparée de loin par les invectives mordantes àQ?> Nuées? Platon prouvait ainsi qu'il n'entendait être ni onbh'eux,
1. 221 B : 'E7^£'.T'£!j.otY 'i^6-A.ii, w 'ApiaTopavôç, to aov Ôy]ToOTO. xàx£i S^azopeuserOa: wcrusp y.àvOâûs, (^pEv6-j6!j.£vo,' -/al TticpOa/.fxw Trspi^ocXXwv. Rapporter le vers 361 des Nuées.