‹ La vie et l'uvre de Platon [microform]Chapitre 131 sur 343 · Expressions du Phédon · texte numérisé non relu

Expressions du Phédon

2. M. llild iAristopha?iPs impielatls reus, p. 98) va jusqu'à supposer qu'il y eut entre le philosophe et le poète converti tout un échange de bons procèdes. « Unde non solum potest collirri nullas jam, si qme unquani fuerunt, m Socratis censorem piissimo discipulo romansisse inimicitias, sed inter poetam piiilosophumque communia quiudam fuisse studia, ita ut comicus suavitate iugcnii gravissimum virum delectarct, ipse soria multa edisceret quorum vestigia in ultimis ejus fabulis deprchendi possunt. »

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LA VIE DE PLATOiN

et celui de la République ont couru la même carrière; c'est assez dire tout ce que la connaissance de leurs mutuelles relations oiiVirait de piquant au moraliste et à.l'érudit.

Mais à notre grande surprise (car il s'agit d'écrivains dont l'œuvre entière nous a été conservée) textes et documents font absolument défaut à qui cherche à résoudre ce problème. Platon n'a [)arlé dlsocrate que dans un seul passage, et ce passage est couru de telle sorte qu'il prête à des interprétations divergentes; quant à Isocrate. moins généreux encore, il n'a pas daigné nommer une seule fois Platon, pas plus qu'Euclide, Xénophon ou Eschine, ou tout autre de ceux avec qui il avait entendu les lerons de Socrate. Serait-ce un exemple de ce que les modernes a[)pellent la « conspiration du silence » ? Il est bien diCiicilo d'admettre que, tandis qu'il composait ses nombreux discours, il n'ait jamais songé à aucun de ses contemporains, amis ou adversaires, pour les gratifier ceux-là d'un éloge, ceux-ci d"une critique; mais telle est la liauteur où aime à planer sa parole que ces ([uestions de personnes perdaient à ses yeux toute importance. Chose encore [)lus surprenante, cet écrivain qui a sans cesse h la bouche les mots de philosophie et de pliilosojdies ne parait pas s'être donné la peine d'étudier sérieusement l'histoire de la [censée grec(iue. En ce «[ui touche Platon en particulier, se poser ouvertement en rival et en antagoniste ne répondait ni au tempérament ni aux préférences d'Isocrate; d'un autre coté, certaine compétition d'amour-propre le détournait du rôle d'admirateur et de panégyriste.

Voyons cependant si un examen plus approfondi n'autorisera pas tout au moins ({uelques hypothèses probables sur les relations réciproques de ces deux célèbres Athéniens ^

isocrate, l'aîné de Platon de neuf ans environ (il est né en 43f)), put jouir assez longtemps de l'intimité de Socrate. t îl se lit remarquer auprès du maître par rintt'rèt avec lequel il écoutait sa conversation, par la justesse de ses réponses, par le

1. Dans ses Scollca hypomncmata (1884) Bako a inséré sous ce titre : De œmulatlone Platonem inter et Isocrate»i^ une étude qui m'est restée inconnue.

RAPPORTS DE PLATON' AVEC SES CONTEMPORAINS 303

sincère désir qu'il laissait paraître d'être lui-même bon et vertueux, ainsi que d'éclairer et de corriger les méchants K » Mais n'a-t-il pas prêté une égale attention aux leçons des Gorax, des Tisias et des rhéteurs plus ou moins sus[)ects (\\n se firent un nom et une fortune durant les tristes péripéties de la guerre du Péloponnèse ? Uuoi qu'il en soit, après avoir fait du vivant même de Socrate ses débuts au barreau d'Athènes, si l'on nous permet cette expression toute moderne, désespéré par la faiblesse de son organe qui l'empêchait de se faire entendre sur la place pul.li([ue, il ouvrit une école d'éloquence-. Chose curieuse, ce l'ut Chio et non la capitale de l'Attique qui eut les prémices de son enseignement. Le prix élevé de son cours (mille drachmes) semble avoir accru plutôt que ralenti l'empressement des nombreux disciples attirés par sa réputation de toutes les parties de la Grèce et même des contrées limitrophes. Comment s*en étonner, alors (pi'il a pris soin lui-même de nous avertir (pi'il était entouré, parmi les Athéniens, dune renommée sendjlable à celle dont jouissait Athènes elle-même au milieu du monde helléni(|ue? Un esprit plus porté à la criti(|uequ'à renthousiasme, mais étrangement amoureux d'atticisme, Paul-Louis Courier, s'écriait après avoir lu les chefsd'œuvre d'Isocrate : (^ Quel écrivain! Ouel écrivain! » Et en vérité ceux qui, dociles aux conseils de liulfon, all'ectent dans leur «'locution une noblesse et une élégance soutenues ne sauraient se proposer un modèle plus acconqjli. Impossible de concevoir pour la pensée im vêtement plus ample, un tour plus harmonieux. i>laton lui-même, malgré la hauteur et l'ori-nnalité de sa pensée a dû, si nous en croyons M. Perrot, apprendre certains secrets du métier chez cet Isocrate dont il fait un si vif éloge \ La chose, il est vrai, n'est rien moins que certaine.

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