‹ La vie et l'uvre de Platon [microform]Chapitre 134 sur 343 · Composé, d'après TeiclimiUler, en · texte numérisé non relu

Composé, d'après TeiclimiUler, en

cr'ie'r"^!"/-"'-'"' """"."' " r^' •="""" """ ''-^P''--o„ dont se sert Socrate (pr.^p .,.r, ^o.r.rr,; Xoy»v) est directement applicable à Isocrate C'est ce dernier ..gaiement c,„e vise sans nul ,l.„Ue .-Vristote, lorsoue dans W d nueres pages de sa Morale à S!corna,,„e il juge avec tant de' sévér té opl^. es .pu s.. don„,.nl comme n.aitn.s es sciences polili.p.es. Dan s „ la.keUe,n,ue Isocrate se plaint des n.o.u.ries dont' le p, nrsniven 1 s

Mais passons de VluifJnjdhne ^w TJiét'tHe : ni la satire ne paraîtra moins fine, ni le portrait moins ressemlilant. ' Onand un homme dont l'àme est petite, âpre et exercée à la chicane, est ai)peh' à s'expliquer sui- la justice et l'injustice, sur leur nature, sur ce qui les distingue l'une de l'autre et de tout le reste, il rend les armes au ])!iil(>s()php, ; suspendu en l'air et peu accoutumé à contempler de si haut l-^s objets, la tète lui tourne; il est étonné, interdit; il ne sait ce (lu'il dit, et il a])préte à rire à quiconque a regu une éducation supérieure à celle des esclaves ^ »

Tout cela, on en conviendra, ne témoigne pas d'une sympathie bien vive. Mais les choses vont changer. Sur ces entrefaites, Platon a achevé et publié sa Rcpubllqur, et le succès de cette composition remarquable à tant de titres a ouvert les yeux à Isocrate sur ce (jui >era désormais sa véritable mission ^ Déjà dans son llusiris,\\ fait canqiagne commune avec Platon contre les poètes et contre la mUhologie ancienne, et cela en s'appuyant sur des arguments à peu près identiipies. Phis tard, entrant dans une nouvelle manière et devenu le premier publiciste de son siècle, il va mériter, par l'élévation du style et des idées de son Pcuir'rjijriquc \ les encouragements et les éloges que Platon lui décerne dans le Phèdre. Le grand philo.'^ophe, lui aussi, semble s'être converti. Le Gorqias et le Protagaras ont des railleries sanglantes contre la rhétorique du

jeunes gens qui fréquentent le Lycée. Un de ses amis, nommé Céphisodore, prit sa défense dans un livre que Denys d'JIalicarnasse mentionne avec éloge : chose à noter, l'autour s'attaquait à Platon, le regardant comme solidaire de son disciple Aristote dans celte entreprise téméraire sur le domaine oratoire.

1. 175 B— D : o-Li'.xpb; èxeivo; 'f,v 4>'j-/r|V xal ûpt(X'jç xal ôtxavixo?. On lit un peu plus loin, à propos de certains lieux communs de morale : o /eyifjLxvo; Ypaa)v O'OXo; (176 B) : serait-ce une allusion aux perpétuelles homélies d'iso-' crate ?

2. S'est-il reconnu pour un de ces petits liommes (àv8p(o7:'.o-xo;) devenus célèbres dans leur -zzyv'.ov (comme nous dirions : dans leur cal)inet) et jaloux d'emprunter à la pliilosophie la majesté de son nom, d'ailleurs semblables, selon l'expre.ssion sévère de Platon, à ces criminels qui s'échappent do leur prison pour se réfugier dans les temples? {République, VI-, 495 C).

3. T.^ichmiillor pense qu' Isocrate l'avait achevé dès 380, sauf à ne le publier que plus tard.

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temps : qu'int au Pàédre, c'est tout à la fois une rupture en règle signiliL'e pir l'auteur à tous ceux qui trafiquent sans conscience de l'art de la parole, et une apoio-ie de ce même art, ramené à sa vraie méthode et à son rôle tdorieux ' Vu plus d'un passa-e, Platon laisse percer le d( sir de fonder ou de voir se fonder sous sa direction une école d'orateurs pliilo^ophes; c'est la réputation <prjsocrate avait déjà, ou du moiiis qu'il pouvait acquérir sans effort. De leur maître commun Socrate, le rhéteur disert avait appris à mettre les idées morales en première li-ne. Platon lui en sait gré, dit M. Groiset, et en reconnaissance de cette honne intention, il ne dit de lui qu'un mot, et un mot d'éloge.

Mais citons textuellement ce passage si curieux. Phèdre vient d'être prié {.ar Socrate de fairt> part à son ami Lysias de leurs réflexions sur Péloquence et notammont de cette conclusion : u Celui qui n'a rien de plus précieux que ce qu'il a composé et écrit à loisir, en tourmentant sa pensée, en y ajoutant et y retranchant sans cesse, n'est-il pas juste deVappeler, non philosophe, mais poète, discoureur et faiseur de lois ? » A quoi Phèdre réplique : « là toi, que vas-tu faire :^car il ne faut pas non plus que tu oublies ton ami ». — « De(iui veux-tu parler î >» — . Du bel Isocrate. Que lui diras-tu ? ou que dirons-nous de lui '? » — (( Isocrate est encore jeune, moucher Phèdre ; je veux néanmoins te faire part de ce que j'en att<^nds. Il me parait avoir trop de génie pour assimiler son éloquence à celle de Lysias. et il a une nature plus généreuse. Je ne serais nullement étonné si en avançant en âge il l'emportait dans le genre qu'il cultive au })oint que ses {U'édécesseurs paraîtront des enfants auprès de lui et si, peu content de ses succès, il se sentait poussé vers des occupations plus hautes par une inspiration divine. Car il y a dans sonàme une disposition natu-

1. Déjà relevées par nuimilirn dans lantiquitô (II, 15), ces variations d'un crrand esprit n'étonnent point M. lîaithélemy Saint-Hilaire. « \ voir ecrit-il, l'emploi que l'on fait de l'éloquence devant nos tribunaux et devant nos assemblées poiiti.iues,, les plus sages peuvent encore ressentir les me. mes perplexités et éprouver les mêmes hésitations. »

RAPPORTS DE l'LVTON AVEC SES CONTEMPORAINS

relie aux méditations philosophiques. Voilà ce(piej\ai à annoncer de la part des dieux de ces rivages à mon hien-aimé Isocrate ^ n. On sent dans toute cette page, dit M. Perrot, une effusion, une chaleur (|ue ne suffit point à expliquer la suite de la vie et des travaux d'Isocrate. Pour moi, je ne sais si je m'abuse, mais sous l'éloge il me semble entrevoir un avertissement.

Quoi (ju'il en soil de ces diverses interprétations, quelques mots suffisent pour résumer, d'aj^rès Teichmiiîler, les rapports entre Platon et Isocrate : d'abord une rivalité de tendances, engendrée par toute une série de froissements d'amourpropre: puis une réconciliation durable, fondée sur un rapprochement récii)roque. Gomme on a [)u s'en convaincre, cette restitution (si ce terme archéologiijue est ici de mise) est fort habilement construite, et l'auteur des Literarische FcJiden tire de textes pres(pie muets des conclusions bien séduisantes.

Mais rhy[)Othèse ne joue-t-elle pas ici un rôle un j)cu excessif ? Lorsque Isocrate se sépare avec tant d'éclat des philoso[)hes qui se perdent en disputes de mots, en controverses stériles 2, n'aurait-il pas en vue au lieu de Platon, tel ou tel des socratiques imparfaits, et tout particulièrement Kuclide et l'école de Mégareà Lupielle est resté attaché dans l'histoire précisément le nom d'école éristique? Si ailleurs il frappe de sa réprobation <• ceux qui professent Part des débats politiques^ », ne

1. Phèdre, 278 E-279 B. — M. P. Girard (Védwmtion athénienne. \). 312) fait à ]>ropos de ce passage quelques réflexions bonnes à transcrire : « Cet art sur lequel Isocrate s'étend si complaisamment, qu'il défend contre ses ennemis, dont il s'eflorce de monlier l'utilité et la grandeur, il l'appeUe sa phllosopJt'ir. Ce terme revient à chaque instant dans ses discoui-s... Aux yeux des Grecs, philosopher, c'est avoir des idées générales et appliquer ces idées aux choses dont on s'occupe. Voilà ce que fait Isocrate. Il a des idées générales sur l'éloquence, qu'il croit faite pour conduire les hommes à la sagesse et au bonheur, et ce sont ces idées qui. lui servent de guides, soit qu'il écrive, soit qu'il enseigne. G"est en cela qu'il est philosophe. »

2. 0\ •7irp\ Ta; k'oiûa; y.-jAivcou{xsvo: (Discours contre les sophistes, W) — ot r.zpl -ex: kp'.oa; oia-rpioûvTc:. ■Koy.^y.ot.-y. Trapi/s-.v toT; Tr/.riaiâ^ovcrt o-jvaixÉva: {KIoge «/llclène, I).

3. GcTov; 7:oAt;r/.o'j; Xôyo'j; 'j7tto-/vo"j|X£vot {Contre les Sophistes, 5).

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faut-il songer qu'à Platon, dans une cité et dans un temps où les problèmes d'or-anisation et de réorganisation sociale préoc- ■ cupaient tous les esprits :> S'il mentionne «'les dialogues de discussion » parmi les additions introduites de son temps dans les programmes d'éducation de la jeunesse, ceux de Platon étaient-ils seuls alors à justifier cette définition ^ :> D'un antre côté, dans ces portraits de rhéteurs et de sophistes vaniteux crayonnés avec tant de verve en plus dun dialogue platonicien, pouniuoi Isocrate serait-il visé plus pnrsonnellement que Théodore de Byzance, ou Thrasyma(|ue, ou Polvcrate, ou tel autre de leurs émules :' Ae peut-on même pas découvrir ,)Ius d'un rapprochement curieux entre le logograplie prétentieux désigné à mots couverts dans VEuthydèmp^ et le Calliclès mis en scène avec tant de verve et de vigueur dans le Gorcjia^ composé selon toute apparence pendant la même période:^

Puis tout, la construction de TeichmuUer repose sur cette conclusion que le Ph.dre au lieu d'être - comme le voulait Schleiermacher - le premier en daf. des dialogues de l>laton n'a pris place au contraire dans la collection platonicienne (ui'ù une époque assez postérieure. Or si disposé que nous soyons sur ce dernier point à lui donner gain de cause, nous n'ignorons pas que l'opinion opposée compte encore de nond^reux partisans. C'est ainsi que des textes cités plus haut M. P. Girard a tiré une induction t.Aite différente. Platon a d.'!)uté par f.diciter Isocrate, sauf à substituer dans la suite à cette appréciation flatteuse d'assez âpres critiques, u Ce changement de ton tut sans doute amené par la vanité d'Isocrate, de plus en plus insupportable à mesure <pfil avançait en âge, et par le dédain qu'il témoignait pour les subtilités de la philosophie platonicienne : mais à l'époque du Phèdre aucun nuage ne s'était encore élevé entre les leux auteurs : Platon retrouvait chez Isocrate cette générosité de sentiment et cette prédilection pour la morale ou se reflétait si exactement renseignement de leur

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ftxen) et de nemhardt {De Isoovatis œmulis).

commun maître : peut-être aussi, comme on l'a dit, éprouvaitil d'autant moins de peine à le louer, qu'il sentait dans ce lettré à l'esprit fin, mais manquant de force, un talent incapable de lui faire jamais ombrage K »

En elle-même cette explication assurément n'a pas moins de vraisemblance que celle de Teichmiiller : mais un critique, pbilosopbe avant d'être érudit, se résoudra difticilement à considérer le Phèdre comme antérieur à VEiithydème. 11 est vrai que Spengel- a cru trouver pri'cisément dans la prophétie relative à Isocrate un argument qu'il croit péremptoire en faveur de la thèse de Schleiermacher. Pareille prédiction, écrit-il, n'est possible et raisonnable (pi'autant que le talent d'isocrate dans toute sa première ferveur pour l'enseignement socratique ne s'est point encore dessiné sous sa forme définitive : l'auteur de YElofje d' Hélène, ou même du Pan('(jt/rirpœ et du Panathéiia'lque^ ne pouvait en aucun cas justifier de semblables espérances et en 387 l'illusion de Platon eut été sans excuse. Ce jugement est bien sévère et ce n'est pas ainsi, si nous en croyons Cicéron, que ranti({uité avait interprété le texte du Phèdre"^, Pourcpjoi Socrate n'aurait-il pas réellement auguré de la sorte de l'avenir de son jeune (lisci[)le / et qui em])êchait Platon de rappeler ce souvenir dan< un dialogue où, attaquant les rbéteurs en général, il éprouvait le besoin de ménager un orateur de grand renom, en mesure de contribuer à son tour à la renommée et à la prospérité de l'école qui se fondait à l'Académie. En outre Isocrate était pour lui un allii' j)r('cieux dans sa | olémique contre Antisthène ^ aussi bien «pie contre les partisans du goût vulgaire. 11 nan faut pas davantage pour nous expliquer ce [)assage du Phèdre où l'éloge, toit flatteur qu'il puisse

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