‹ La vie et l'uvre de Platon [microform]Chapitre 147 sur 343 · VIT, 520 B · texte numérisé non relu

VIT, 520 B

2. Après Socrate, Phocion fut victime de la lutte qui se poursuivit au iv« siècle, selon les paroles si expressives de l'historien de l'éloquence grecque M. Blass, « zwischen dem selbststilndigen Hociisinn philosophischer Gharaktere und der bald plalten, bald wikien Politik demokratischer Stadtgemeinden. »

3. Voir dans la République (VI, 492 et suiv.) le développement éloquent de ces mélancoliques réflexions.

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LA vn: [)F, l'LATON

un homme d'esprit, les gouvernements laissent volontiers toute liberté à ceux doiit ils n'ont rien à redouter. Ils tirent prétexte de cette longanimité pour vanter leur puissance et, en vérité, ils n'y ont pas grand méiite.

Peut-être cependant Platon, qui n'a pas dédaigné de mettre la main, sans aucun succès il est vrai, au relèveinoiil d'une cité étrangère, Syracuse, presque aussi corrompue que létait Athènes elle-même, a-t-il désespéré trop tut de rendre à ses concitoyens dégénérés l'énergie et la dignité dont ils se déshal)ituaient de[)uis trop longtemps : peut-être a-t-il renoncé trop aisément à exercer sur eux une sahitaire et durahle iniluence. Cette abdication, que Xiebubr n'hésitait pas à (juablier de (( lâche et coupable indilférence » ', frappe par son parfait contraste avec les efforts héroïques déployés peu d'années a[)rès kii, dans des temps plus criti<pies encore, par le dernier défenseur de la liberté national(\ Dt'niustliène. Certes, c'est une l)elle figure (]ue celle du grand orateur, passionné pour rhonneur et rindépendance de la Grèce, et s'en remettant noblement aux dieux de l'issue d'une lutte trop manifestement inégale. Néanmoins, tant de courage resta stérile, et l'on peut dire que l'histoire elle-même a ménagé ainsi à Platon une triste et décisive apologie. Athènes était un vaisseau désemparé, condamné au naufrage; pourquoi le sage se fut-il assis au gouvernail ? Dans sa retraite, il travaillait à l'éducation non d'une seule cité et d'un seul siècle, mais de tous les peuples et de tous les temps.

1. Je crois utile de reproduire ici, ne fût-ce qu'à titre de document historique, la condamnation portée contre Platon par le célèbre historien allemand : (( Einen nicht guten iienne icli ilin, weil Faktionsgeist und angewur- Z9lte Persotiliclikeiten ihn gegen die ererble und gesetzmassij^'e Yerfassung gehiissig und einer Partei gewogen maciiton, deren heiichlerische Vorgespielungeu iiberfiihrt waren, als sie die Macht besass : weil er fiir Atlien auch nicht die mindeste Anerlvennung nn i TJebe âussert, son lern hiiigogen der- Ilohn uiul die Verachtlichkeit, womit er sich gegen die Demokratie ergrdit. ihre Ileftigkeit und Lebendigkeit daher orhalten, dass er dabei die Mutterstadt iin Gedanken batte : weil er mit allen Gaben, dieser wohlthàtig zu sein und sie ziim lleil zu leiten, sich vornehm von ihr zuriickzog » {Kleirtc historische und politische ScJinftcn, p. ui'). — Kn Allema'^ne même ce

PLATON KT LA POLITIQUE ATHÉNIENNE

Fort bien, dira-t-on; mais qui obligeait Platon d'une part à se faire le panégyriste de Lacédémone, de l'autre à entrer en relations avec Philippe?

N'oublions pas qu'au iv^ siècle, les meilleurs esprits à Athènes se prenaient à douter de la durée d'une démocratie sans frein et sans barrière. Le gouvernement de Sparte, dont la stabilité apparente était d'autant plus admirée qu'on* en soupçonnait moins les vices cachés, semblait, au contraire, reposer sur la base inébranlable du respect religieux de la loi. L'estime en laquelle le tenait Platon S sur les traces de Socrate -, ne saurait être comparée à l'enthousiasme quelque peu aveugle de Xénophon, et n'excluait nullement certaines critiques, même sévères ^: aussi Aristote, dans sa Politique, n'aura qu'à reproduire presque trait pour trait le jugement de son maître sur Sparte. Le penchant de Platon vers ledorisme," où des esprits distingués prétendent trouver le vrai génie grec, ne peut donc pas plus être interprété comme un manque de patriotisme que Ymiglomanic de Montesquieu et de tant d'autres publicistes du xviiiG et du xix^ siècle ^

En ce qui concerne la Macédoine, il est juste de rappeler que Philippe, allié d'Athènes avant d'être son antagoniste et son vainqueur, ne jeta le mas(jue qu'après une longue période d'intrigues et de dissimidalions. Platon ne fut pas le seul Athénien de marque à se laisser tromper par ses promesses ■' : demandez plutôt à Isocratc et à celui que la postérité a

jugement a été vivement pris à partie et réfute par Delbriick {Vertheidigung Platos, Bonn, 1828).

i. Il est à remarquer que les passages cités le plus fréquemment à cette occasion appartiennent à des dialogues d'une authenticité contestée, comme le Grand Uippias (i83 E, 285 B) ot le Premier Alcibiade (122 G).

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