De sejieclute, ch
4. De adm. vi Demosth., V,\. — Le même auteur s'exprime ainsi dans un autre de ses ouvrages {De comp. verborum. Hr,, p. 208; ; Tlai: or,7:ou toi; 9^0X0-0:; yvwpMxatà r.zoX Tr,z cp:A07rov:a; xàvgpb; WTopoOfjisva. — Platon, appelé par (jumtilien (IX, i. 77) « diligentissimus compositionis » aurait pu dire avant J. J. Rousseau: « Mes manuscrits raturés, barbouillés, indéchiffrables, attestent la peine qu'ils m'ont coûtée. Il n'y en a pas un qu'il ne m'ait fallu transcrire quatre ou cinq fois » {Confessions, III, p. 80).
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ne faisait .[irimiter l'exemple de Platon ^ ; comme il connaissait le faible de ses concitoyens |)our le beau lang:iL^e, celui fjui, dit-on, retourna de vingt laçons différentos la première phrase de son dialogue capital, afin de la rendre aussi tlatteuse que possible à l'oreille ^ !
Membrani? intus posilis, delere licebit Quod non edideris,
dira plus tard Horace : Idaton le savait. Tout porte donc à croire que, jaloux d'une perfection vraiment idéale, il a du différer lui-même d'année en année l'heure où il se séparerait de ses écrits pour les livrer au public par l'intermédiaire ou de ses copistes ou de ses amis. Il convient aussi de remarquer (jue les plus importants contiennent une censure plus ou moins expresse des Athéniens, de leurs institutions, de leurs grands hommes, de cette démocratie à laquelle ils semblaient d'autant plus attachés ([u'elle se compromettait davantage : faire paraître au grand jour d'aussi franches criti(jues, n'était-ce pas s'exposer à de sévères représailles'^ Ils étaient encore rares, ceux qui répudiaient le titre de citoyen d'Athènes {)0ur celui de «citoyen du monde », et semblable opposition, pour être tolérée dan< l'enceinte d'une école, fut devenue proraptement dangereuse vu allV^ctant une [)lus vaste et plus bruyante publicité.
On lit sans doute dans une lettre prétendue d'Eschine que les théories de Platon l'ont rendu célèbre dès ^on vivant en Si-
1. Gron {Dej- Plalonisrhp Staal, 187G) considère la Réptihlique non seulement comme Tœuvre platonicienne par excellence, mais comme le point central autour duquel seraient venus successivement se coordonner et se grouper tous les autres éléments du système. Si nous en croyons cet érudit, Platon a eu sans cesse ce dialogue entre les mains pour l'étendre, !e corriger et l'adapter aux conquêtes successives de sa pensée. Les deux premiers livres seuls, à peu près contemporains du Charmide et à\\ Lysis^ composaient l'œuvre primitive, d'allure toute socratique : les huit autres, ajoutés à diverses époques, marquent les étapes parcourues par le génie
personnel du philosophe.
2. On lit à ce propos dans Quintilien (VIII. 6) :« Neque aliud potest sermonem facere numerosum quam opportuna ordinis mutatio : nerpie alio
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cile et en Italie ^- mais si cette affirmation avait la moindre valeur historique, les voyages du philosophe et de ses auditeurs l'expliqueraient d'eux-mêmes, sans qu'il fut nécessaire d'invoquer la diffusion de ses écrits.
Des considérations d'ordre différent vont nous conduire au même résultat.
On se figure volontiers les anciens (je parle des savants et des philosophes) enfermés dans leurs idées personnelles, étrangers les uns aux autres et habitant pour ainsi dire un monde à part au milieu de leurs concitoyens. Le portrait n'est vrai que de quelques-uns. Les rivalités de mérite, les divergences d'o])inion, les jalousies de métier n'ont pas été plus inconnues des Orers d'autrefois que des Français d'aujourd'hui : elles ont dû même être aussi promptes, aussi ardentes à se produire au grand jour. Lorsque les prosateurs anciens écrivaient pour la postérité, c'était en général des œuvres de lon<-ue haleine patiemment méditées, dont nous admirons à cette heure encore les vastes proportions, et qu'ils savaient capables de porter leur nom avec honneur devant les âges à venir. On est dès lors d'autant plus fondé à penser (hypothèse d'ailleurs confirmée par l'examen des textes) que les compositionsmoins étendues, parfois même assez courtes, qui ont pris place à côté de ces œuvres magistrales, ont été très probablement dictées par quelque motif de circonstance, réponse à une agression ouverte ou détournée, réfutation d'une thèse jugée fausse ou périlleuse, désir de faire l)riller à son tour sur un sujet donné son esprit ou son savoir'-. C'est le cas de plusieurs traités d'ïsocrate et de
ceris Platonis inventa sunt quatuor illa vcrba, quibus in illo pulcherrimo operum in Plraeum se descendisse signiiicat, plurimis modis scripta, cum nunierum eorum quam maxime perfectum facere experiretur. »
4. La vingt-huitième dans la collection Orelli: TIXâTwv ^h oûvarat Tt [xéya -/a\ àTiwv toi; ),ovo'.;- oOsv r^Sr, y.at Tisp^ 'ItaXtav ea-jfxâ^STat, y.al Tispi S:xcXcav Tiàaav. — Cf. ïzetzes, Chil, X, 790.
2. C'est ce que fait remarquer M. Henry à propos de la Cyropédie composée, si l'on en croit Aulu-Gelle, en réponse aux deux premiers livres de \di République de Platon: « So gewinnen wir ein Bild von der Art und Weise wie damais solche Scriften zu entstehen pflegten, die wir fast wie Fossilien Platon, t. I. 54
L'ŒUVRK DE PLATON
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Xénoplioii : le même fait aide à expli([uer rabondance presque iiicroyahlo de dissertations de toute espèce qui avaient cours sous le nom des principaux péripatéticiens et stoïciens de l'ère macédonienne. 11 va de soi qu'après vingt, après quarante ans, auteur et lecteurs se désintéressaient aisément de cette seconde catégorie d'écrits : on sait à quel oubli sont fatalement condamnés chez nous les revues et les jom naiix de la veille. <>r il est iiicontestable que plusieurs dialogues platoniciens ollVeiit de près ou de loin le caractère que nous venons de rappeler.
Mais ce n'est pas seulement à ces (euvres d'imjtortance secondaire et composées {)eut-étre non sans (piel([ue hâte, c'est à des ouvrages d'une portée supérieure (pie s'appli([ue un autre ordre de considérations.
Aujourd'liui a[)rès la sup[)ression de toutes les castes, de toutes les distinctions sociales, après la chute des barrières matérielles et surtout morales (pii autrefois séparaient les peuples, l'écrivain peut avoir l'ambition d'être lu et connu par tous, dans les nombreuses contrées cou [uises à la civilisation, (^hez les anciens au contraire, comme Ta fait voir un érudit contemporain, les ouvrages passaient avec lenteur d'une personne à Tautre : donner un livre à ses amis ou le ré[)andre dans le |)ublic ne durerait que par la ([uantité des copies (pie l'on en faisait faire. La limite (Hait indécise et il ('tait bien difficile de dire à quel moment précis commen(;ait la publication. Presque tout ce (pie l'on écrivait alors s'adressait presque né(^essai rement à un petit nombre, élite intellectuelle au milieud'uneé'lite politi(]ue. Les dédicaces à tel ou tel [)ersonnage dt'terminé. ({u"il s'agisse d'un enseignement donné, d'une curiosité satisfaite ou d'un hommage rendu, doivent être })rises infiniment plus au pied de la lettre (pie de nos jours : selon toute vraisemblance, le Discours à Xicocics^ [)ar exe m [de, et la Rhétorhjfip n II ('routine ont été composées pour Nicoclès el |>our lléreiinius plus sûrement encore (pie le Discours sur l'histoire utiiversel/e ne le fut
anzustaunen f^ewolmt sind, dio in Wn'kliclikeit aber weit nichi- Gelegenlieiîssclii'ifîen, Streit oder Parteischriften warcn, als w'w nente glaubeii. )>
* Ti
pour le Dauphin K Au dire de Diogène Laèrce 2, Chrysippe se fît accuser de hauteur pour ce seul motif qu'il n'avait dédié à aucun prince le moindre de ses innombrables écrits.
Pour ne pas sortir de l'bistoire des idées, accordons que les sophistes et quel [ucs esprits plus sérieux, tels qu'Empédocle, avides comme eux d'une mise en s(;ène imposante, ont brigué les suffrages et les ap])laudissements de la foule : en revanche il ne paraît pas contestable qu'à dater de la fondation des grandes écoles les philosoj)hes grecs, en rédigeant leurs doctrines, ont eu d'abord et surtout en vue le cercle restreint de leurs disciples ■. La chose est surtout évidente en ce qui touche la plupart des ouvrages d'Aristote : ils reflètent si fidèlement ses leçons du Lycée ^ q-rabandonné à ses seules réflexions un lecteur même rom})u aux sujets en discussion a peine à comprendre, et qu'aux reproches réels ou prétendus d'Alexandre à propos de
1. Cicéroii cci'it à AUiais (XVI, >) : « .To vous ai envoyé mon traité De la gloire: (iiiA soit pour vous seul, selon l'usage ; cependant marquez les bons endroits et Salvius pourra les lire à table devant des amis ». Cette fois Atticus a si bien gardé la consigne que pour nous le livre est perdu
-. vil, /, iftj. ao"/.£i o 'jTicpOTiTr,; t:; ysvQveva'..
3. GaUen l-ai':ii]iie on termes oxprrs des écrits « acroamatiques » d'Aristote. — Zumpt []y,c pfùhjsnphhchen Sc/uden in Atheji) dit au sujet de la littérature philosopliique si riclie en appar.>nce choz les Grecs : a Dieser Reiclithuui hangt mit dcr Lelirthatigkeit der Autoreu zusammen : man kann niclit zweifeln, dass die meisten Schriften als Vortnige fiir die Schule ausgearbeitot wurden ;,. Plusieurs des écrits d'ilippocrate ont été de même professés pendant longtemps dans son école avant d'être définitivement i)uljliés.
Un i>assage obscur, mais curieux, de la Vie de Plolln par Porphyre (cJi. 4) mérite ici une mention. Porphyre raconte qu'il a trouvé les écrits de son maître entre f u'tj.cu d. mains (oXîyo:: ixcioo[.£va) et il ajoute ■ OCoà yot? r.v paota r, r/ooT::, o>:k z-jryj^i'.Zr-M; [Umw de la !)asso grécité qu'on })ourrait rendre par r/ /V/t'c//////y') i"[-n'o, oCo' âTt/M- viv -n-^ r-,r-r. -c- v -'x-yr^z -/f.iTxro: Tr;.v >a;j..'iavovTO)v: ce que Zévort (raduit ou plutU paraphrase ainsi qu'il suit: u ()ii s- les procurait avec peine : l'intelligence d'ailleurs en était difacile : aussi Plotin ne les conliait-il pas légèrement et nu hasard, mais seulement en connaissance de cause et quand il était sûr de ceux à qui il les remettait. » De toute manière il ressort de ce texte que même an me siècle de notre .■re une édition n'était pas chose .^l'on entreprît à la h.'gère : on tenait le plus grand compte des dispositions et du niveau intellectuel de ceux à qui elle était spécialement destinée.
4. Il est à peu prés certain, par exemple, que le XIP livre de la Metaphysique est un canevas de cours dont la seconde partie seule a reçu quelques développements.
L'ŒUVHK DE PLATON
leur publication prématun'e, son ancien précepteur eut le droit de répondre: « Sois sans crainte : nul autre que nous n'eu tirera profit ». Qu'on compare à cet égard les ('crits d'isocrate et ceux de Platon : malgré une véritable élévation de pensée et d'expression, les premiers sont à la portée de tous les lecteurs : les seconds au contraire, sauf excej)tiou, n'ont tout leur prix que pour des auditeurs initiés à l'avance, je ne dis {)as seulement aux procédés subtils et ingé'nieux du maître, mais encore aux détours assez inattendus de l'entretien '.
Ce n'e>t pas que Platon ait affecté dans la communiratiou de ses doctrines le tour énigmati([ue et mystérieux cher à l'école pythagoricienne-: néanmoins il Y a chez lui maint j)assage qui pour être parfaitement entendu demande à être souligné par le sourire demi-ironique (ju'il avait appris de Socrate, ou éclairé par des indications complémentaires qui certainement n'avaient pas été refusées aux familiers de l'Académie. On [ «Mit même faire à ce propos une remarque instructive. Les biographes et commentateurs de Platon nous donnent à entendre qu'avec les années il modifia peu à peu la forme extérieure de son enseignement : aux libres conversations inaugurées par Socrate succédèrent plus tard des leçons suivies à la façon d"Arislote. Or une transformation parallèle, sans doute en rapj)ort direct et étroit avec la première, est visible dans la disposition de ses
ouvrages.
1. Aussi Platon les appolL'-t-il lui-mr-mo dans le Phèdre (-75 D) /.oyo-j; yEypau-asvo'jç ToO tov ô'.ôôta •l/7:otj.v/,'7a'.. « Platon ist ii'Dei'Zougt, da^s aile phiiosoi»liischen Scriften hinter dor porsuulichen Auleilung und Belehrnn;:: an Werth weit zurûcksb'hen uni dièse nie ersetzen konnen: er glaiibt, sie konnen nur von ileneii mit Nut/en gebraucht werdeii. welche dui'cli jene in den Stand geset/t sin 1, sie zu versteh-'n und v.w vertlioidigen » (Zel- 1er). — L'histoire do notre siècle offre plus d'un exemple analogue. Ainsi Sainte-Beuve écrit au sujet de la plup ii't dos livres de Ballanche : <■<■ L'expression publiés est ici inexacte : il Tau Irait dire imprimés an r frdis de fauteur et distrihués à quelques amis vl à quelques Juyes. » La publication yéritable n'eut lieu qu'après sa mort.
2. Jambliiiue, historien d'ailleurs peu sur, dit qii'au dehors de l'école on se vantait sans doute de connaître les dogmes de Pythagoro, mais qu'en réalité rien d'important n'avait transpiré dans le public et que le secret avait été religieusement gardé [vj toï; Totyot; [j.ôvov Èyvwpi^îTo).
Qu'on ouvre un de ses dialogues au hasard : on y retrouvera les traces encore sensibles de ce que j'oserais appeler la parole vivante '. Ce sont des discussions vécues, si Ion me permet ce néologisme, j)lutnt (pi'inqjrovisées dans la solitude du cabinet. Mais tandis (ju'Aristote semble n'avoir jamais porté ses regards au delà de son école, Platon a voulu gagner à la pliilosophie le plus d'àmes p(»ssilile : et choisissant librement parmi les divers incidents de sa vie onde son enseignement quotidien ceux qu'il jugeait les plus propres tout à la fois à captiver et à instruire, il n'a pas dédaigné d'y joindre çà et là dans l'intérêt de ses futurs lecteurs des éclaircissements et des réflexions utiles pour le grand nond)re, superflus peut-être pour des logiciens ou des métaphysiciens de profession -. Etait-il amené plus tard dans certaines circonstances exceptionnelles à prendre la parole devant un auditoire plus étendu, ces dialogues si attrayants lui fournissaient un texte ou tout au moins un exorde d'un tour particulièrement heureux. C'est ainsi qu'au témoignage de ses biograj)hes il aurait un jour donné lecture du Phédon à la foule assemblée au Pirée.
Donc, que l'on considère chez Platon les scrupules de l'écrivain ou les préoccupations du pliilosophe % rien ne trahit en
1. Ce que Bergck définit très bien « die uuniittelbare Gewalt der lebendigen llede ».
2. 11 y a peut-être autre chose qu'une gracieuse ironie dans la proposition que fait Platon de classer parmi les ouvrages « approuvés » ses discours sur l'éducation. (( Je ne crois pas pouvoir présenter de meilleur modèle au gardien des lois, instituteur de la jeunesse, ni pouvoir mieux faire que d'exhorter les maîtres à faire apprendre ces disct)urs à leurs élèves » {Loisy Vn, 811 D;.M. Faye s'est cru également autorisé à tirer des premières pages du Timée la conclusion que ce dialogue était écrit pour le grand I)ul)lic du temps et non pas exclusivement pour des initiés (ôXiyiaTotç àxcoaTai;, comme s'exprime Oalien, IV, p. 7:26).
3. Malgré certains mérites de composition, je tiens avec Cousin pour apocryphe la septième des lettres platoniciennes. Cependant l'auteur est coupable d'exagération plutôt que d'erreur totale lorsqu'il prêle à Platon et aux anciens philosophes la maxime suivante : « Je crois que de tels enseignements (il s'agit de métajdiysique) ne conviennent qu'au petit nombre d'hommes qui sur de premières indications savent eux-mêmes découvrir la vérité. Quant aux autres, on ne ferait que leur inspirer un fâcheux mépris ou les remplir delà vaine et superbe confiance qu'ils ont acquis les plus fublimes connaissances;).
37ir
I/ŒL'VHE DE PLATON
lui un auteur pressé de mettre le public claus la coulidence de ses méditations. Mais ce qu'il n'a pas Fait, ou n'a pas voulu faire lui-même, un autre ne l'aurait-i] pas fait à sa place ? L'illustre philoso{)hea-t-il eu comme Cicérun la bonne fortune de posséder un Atticus, c'est-à-dire un ami riche, intell ii2:ent et dévoué, constamment i>rèt à annoncer et à répandre ses ouvrages, se constituant par sympathie ou par calcul le héraut de sa renommée^? ou bien, comme Diodore de Sicile, aurait-il eu à se plaindre qu'on lui eût dérobé, pour les publier à son i!isu,<[uelques fragments considérables de son œuvre? Les deux suj»positions ont rencontré des partisans.
Certains penseurs éminents de notre siètle, Cousin en tête, ont eu auprès d'eux des secrétaires charg('s d'une notable partie de leurs rapports avec le public letttré. On a éi<' parfois tenté d'assiiiner auprès de Platon un rôle sendJable à Philippe d'Opunte : mais le j)eu (pie nous savons de ce disciple fort obscur de l'xVcadémie n'autorise ri(^n au delà d'une très vaune conjecture. En revanche, et ce point nT'rite (piehjue attention, on nous parle d'un certain llermodore qui, avec ou sans le consentement de Platon, aurait flairé dans la publication de ses dialogues une spéculation des plus profitables.
Mais d'abord, (pi'est-ce (jue cet assez étrange personnage*^ On ne possède sur son compte que des renseignements insignifiants et généralement peu favorables-. Il est vrai (pie si la
1. C'est ainsi qu'en parlant dos Académiques, traité retiré par lui de la publicité afin de lui donner une forme plus savante et plus brillante, Cicéron écrit à Atticus ce qui suit (XIV, 13) : u 11 faudra vous consoler de la dépense inutile que vous avez faite pour la Irau-cription de ces premiers livres ». On lit dans um^ autre de ses Ldlres à propos du \' livre (in livre De Fiiiibus : «. Je n'ai pas refondu entièrement ce livre, ni:iisj'v;ii introduit des changements : aussi veuillez ne pas laisser sortir les autres : auliement Balhus aurait une copie informo ., (Ar/ Atlicum, W\[, 21).
2. Suidas dit de lui : 'AxpoaTr,; -ôvovs IDâxtovo; xat toO: vt:' alro-: c-.vt£- 6ci[j,ivo-j; ),oy:'aao-j: £■; X-.y.f/iav jttojaci. llermodore avait d'aill.'urs écrit sous ce titre Ihp\ UXâTwvo;, une dissertatioii mentionni'e par Simplicius (m Arist. phys , 54) et à laquelle Diogône TiatTce a emprunt' la notice (deux fois reproduite dans sa comi)ilation, II, JUG et III. G) de la fuite de Platon et des autres socratiques à Mégare après la tragique issue du procès de Socratc. Zeller [De ulroqiœ Ilermodum, Marburg, V6'^%) veuf ({u'on Ir disliiirrne
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restitution qu'on a tentée d'un papyrus d'IIeriudanum était exacte', Ifermoilorc aurait réiiandu gratuitement les leçons de son inaitre dans la Sicile sa patrie, peut-être avec le secret dessein de se faire considérer et applr.udir comme le représontant officiel de sa doctrine: vatiité qui lui aurait justement attiré les r.ailleries des comiques.
Dans l'expression proverbiah^ dont se sert Cicéron-, Ast voit la preuve que les disciples mêmes de Platon faisaient de ses ouvrages un commerce illicite. On doit croire au contraire (jue si la conduite d'Ilermodore a donné n;iissance à un dicton populaire, c'est qu'elle constituait une anom.die exceptionnelle et particidièrement réprébensible. Au reste tandis que l'érudition allemande incline à tenir toute l'anecdote pour suspecte, M. Cbaignet écrit sans ht'siter : a Platon n'était pas mort lorsque llermodore son disci})le entreprit comme une all'aire industrielle une édition destini'e à la vente, ([ui semble avoir été gém'rale <'t qui faite avec l'ajjprobation de l'auteur, sansddute sous ses yeux, avait ('té j)rol)ablement revue par lui », et il ajoute : « Ce fut un véritable libraire travaillant pour l'exportation ». Autant (riivpotbèses intér(^ssant(*s, mallieureusement non moins gi-atuitos. T. a seule conclusion vraisemblable est (ju'un Syracnsain, après avoir ét(' r('lève de Platon à l'Académie, est rentr*'^ dans sa patrie emportant avec lui quelques éci'its ou plutùl (pu^bpit^s entretiens du pliilosoplie, dont il s'est hal)ilement s(Mvi dans son propre inti'rèt.
Ainsi, encore un coup, nous ne posst'dons aucun document, aucune indication (pii établisse ou même (\\\\ fasse supposer que Platon de son vivant ait donné ou fait donner par d'autres une édition complète et antbentique de ses oeuvres ^ ce qui ne
d'ITormodore <rEph'"^se lequel passe fort à tort pour avoir pris part à la rédaction des XII Taliliv*-;.
1. 'Epfjiôûwpo: ') v.a\ rr/ r,', a-jTO-jjVpdt'i/a;, -/.a: tou; Xovo'j; st; — '.x£).:av [ô;eop£[avl èx^JEpfov.
2. A'I Atlicum. XIIl. 21 : o Placelne tibi primum edere injussu meo ? Hoc ne ll'i'inoilorus quidem faciebat, is qui l'iatonis libres solitus est divulgare : ex (juo /.ôyoïTiv 'Ep[j.ôo(oj>oç.. V
o. A ce 1 ropos. l'histoii'»^ (!■■ In languie nous permrt une constatntion qni
L'iKLVRK DE PLATON
Ta pas empêché de distribuer ou de laisser prendre des copies de tel ou tel dialogue eu particulier. Au reste, pareil fait paraît avoir été chose rare peudant les heaux siècles de l'antiquité grecque ^ : les grands écrivains de ce tenqis, poètes et orateurs exceptés^ ont été plus célèbres auprès de leurs successeurs qu'auprès de leurs contemporains. Puis à coté des ouvrages achevés (T'jyy:a[;.v.y.Ta -co: è/.r^oTiv), pliiloso])lies et hommes de science avaient des notes ('l>T:oy.v7;p.x':y.) réservées pour leur usage personnel ; mais tout ce (jui nous vient de l'antiquité est si précieux que nous pardonnons bien volontiers aux premiers éditeurs de nous avoir tout transmis sans distinction. Notamment en ce qui concerne Aristote, ce n'est pas, je pense, manquer de respect à sa gloire que de considérer le plus petit nombre seulement de ses écrits comme destinés par lui à être publiés sous leur forme et dans leur rédaction actuelles : si le temps le lui eut permis, il se propo-^ait sans mil
n'est pas sans intérêt. Ou sait que notre verbe éditev se rend en grec et en latin par les deux termes absolument équivalents Èy.oîcoja' et edeve. L'expression complète i[; ry/jrj^^ iy.o'.ùôyx: to cr-jvTavaa se rencontre chez Donys d'Halicarnasse (Lettre à Ammée, 1). Or il est à noter que sauf cette phrase d'Isocrate : 'G 7:p6r£pov £xoo6£\; lô^o; {Lettre à Philippe, :Vj, 84 D) et les locutions évidemment beaucoup plus générales d'Aristote {Poétique, XV : âv -o".; ixôsûo- [xsvot- /.ôyo'.;) et de Polybe (ixosôoaévr, laropîa), ce verbe ne se rencontre pas avec son acception spéciale avant les écrivains de l'ère chrétienne.
1. C'est ainsi qu'au témoignage de Diogéne Laërce (II, 0, 57), l'admirable histoire de Thucydide n'aurait vu le jour que grâce à un charitable larcin de Xénophon : c'est ainsi encore que le lils d'Isocrate, Apharée, se fit l'éditeur et le commentateur des ouvrages paternels {Vie des dix Orateurs, i6). Dans une phrase d'ailleurs un peu o])scure (llpwTo: 'Ava^ayôpa: xa-, ^'.[ir.ov ilkooiv.z a-jyypa^r,:) le même Diogéne Lacrco rapporte à An.ixagore le premier exemple du contraire. Une des exceptions les mieux constntées à l'usage général est celle que nous ofïrent certains discours de Démosthéne {Philippiques,plaido>jers contre ses tuteurs, //aruui/uesur la loi de Leptine, Procès de L' Ambassade). On paraît assez d'accord pour admettre que ces divers textes ont été publiés de son vivant ot sinon par lui, du moins [avec son agrément, ce qu'explique sans peine d'ailleurs l'importance des causes débattues et des intérêts engagés. An contraire il est à peu près universellement reconnu que la Midiemic a été tirée par le premier éditeur des papiers de l'orateur. — Si nous descendons le cours des siècles, nous voyons qu'il a été impossible à Gicéron de répandre lui-même ses livres : il avait en effet fort peu de copistes à son service, puisqu'il dit à propos du De Finibus {adAttic, XIII, 21) que ses gens ont réussi à grand' peine à en transcrire un unique exemplaire.
doute de combler dans ses derniers ouvrages mainte lacune et d'y corriger beaucoup d'irrégularités choquantes ^
Et maintenant, à défaut d'une édition dans les Tonnes, quels moyens l'iaton a-t-il du prendre, à quelles précautions a-t-il eu recours en fait pour assurer la conservation fidèle et intégrale de ce qui était sorti de sa plume'? Voilà ce qu'il nous importerait de savoir et sur ce point capital comme sur tant d'autres, nous ne pouvons que nous livrer à des conjectures.
Certains auteurs, môme célèbres, ont fait preuve à l'égard de leurs propres ])roductions d'une indifférence presque inexj)licable. Sli.ikespeare, par exemple, laissait flotter négligemment, assure-t-on, ses conqiositions dramatiques dans la pul)licité des tln'àties et de ces éditions à part, connues sous le nom des //i y^^^/'/o, éditions défectueuses^ incomplètes, souvent frauduleuses, dont ou d('j)lore aujourdhui les imperfections criantes. Plus tard le poète devenu homme de loisir aurait pu et du réunir ces disjcctl mcmhrn poetcV. Il n'en continua pas moins à abaudonner au hasard ces enfants de sa Muse : sur les trente-six ou trente-sept pièces qui lui sont attribuées, dix-huit à peine furent imprimi'cs de son vivant. Ce ne fut que sept ans après sa mortqu'on vilparaitre une édition soi-disantcomplèteetcorrecle, quoique l)Ourrée de fautes et pleine de lacunes-. Et cependant depuis plus de cent ans l'impriuierie était inventée!
Platou, je l'imagine, ne s'est pas rendu coupable d'une pareille insouciance : ses grands ouvrages lui avaient coûté trop de soins pour être livri's par loi sans di'fense à tous les caprices delà fortune: mais, encore une fois, de quelle façon pou-
1. Voir snr ce sujet dans les Comptes rendus de l'Académie des sciences morales (vol. LXXVIII, p. 50) un savant mémoire de M. Barthélémy Saint- Hilaire.
2. De là les discussions souvent [>assionnées et de nos jours plus vives que jamais au sujet de la vZ-ritable origine de qnelques pièces ou même de l'œuvre enlière. Mais ici, par um^ singulière interversion des rôles, tandis que la critique an^rlaise ne reconnaît comme authentiques que les 36 ouvrages insérés daris l'in-folio de i62'.'i la critique allemande d'ordinaire si exigeante accepte d'emblée et comme par acclamation le pseudo-Shakespeare à c<J1é du vrai.
vait s'exercer sa sollicitude ? Il a réservé, nous dit-on, une place (riioiiîioiir à ses dialogues dans sa iii!>liotliè([ue, installée au local acheté de ses deniers auprès (]<> l'Académie et ap[)r()prié par lui à son enseignement. Mais qui nous rarfirme? Des érudits modernes : dans rantiifuité personne ne parle do la chose, personne même n'y l'ait allu-ion'. [/érudition philosophique fort étendue pour 1.^ tomps, qui perce dans le Tht'étcte ou le Phèdre par exem[)le, laisse supposer, je le veux hien, que Platon connaissait ses devanciers autrement que par tiadition. Si le savoir immense d'un Aiistote ne peut s'expliquer que par la fréquentation directe des sources, comme nous dirions aujour- (i'iiui, sien particulier la multitude de donut'es et de ré'férences de toute nature accumulées dans ses noml)reux écrits dépasse certainement ce qu'il devait à son e\[)érience personnelle-, il est permis de croire que l'iaton eu possession d'une réelh^ fortune, éj)ris de la vérit(' autant (jue de la heauti' dans les créations de res[»rit, avait lait avant son disciple les premiers pas dans cette voi<\ lui demi-siècle plus tard, ne voyons-nous pas Zenon se faire copier 1 s livres (jui lui étaient indispensables par des serviteurs que le roi Antigone avait obligeamment mis à sa disposition :^ Toutefois il y a loin de là à soutenir (pie Platon avait une lubliotlièfiue mt'thodiquemeiii disposée comme chacun de nos érudits contemporains a la sienne: ([ue ses volumes, dûment étiquetés, y occupaient sous une rubrique distincte une place spéciale, de façon à prévenir sûrement toute confusion : que cette bil)liothèque ainsi ordonnée a été gardée même après lui avec une scrupuleuse viiilanee : (ju'on s'y référa constamment plus tard : autant d'assertions séduisantes, mais (pii attendent et qui attendront sans doute longtemps en-
1. Au tomps de Xénophoii, collectionneurs ot bibliothèques sont encore assez rares pour mériter d'être siunuil.'S à rnttoiition (Voir Mémorahlps, TV, 2). Il faut même descendre jusqu'à Tli.'ophraste pour trouver mentionné un ensemble de livres classés avec méthode et cataloc/iiés avec quchjue exitctitude, c'est-à-dire précisément ce que nous entendons aujourd'hui quand* nous parlons d'une bibliothèque.
2. On raconle à ce propos ([ue dès le temps de ses études Platon son maître l'avait bîiptisé de l'épi tliète bien caractéristique d'àvayvto^ir.ç, In liseur.
3. Dionrône Laërc^, VTT, 30: El: f}'.p>'.oYpâ-fs:v T.iiirJju.i'yoï.
PUBLICITE I)oxni:p: aux écrits de platox
core leur dénionstration. C'est ainsi à coup sûr rpie les choses se passeraient de nos jours, mais l'analogie est un guide trompeur quand il s'agit (Tun passé aussi reculé.
xVdmcttons même, si l'on veut, que nos doutes soieiit excessifs et que le cabinet de travail de Platon oil'rait aux regards une riche collection de manuscrits de tout i'cnrejes siens d'àbord, puis tous ceux (pic sa curiositi' lui avait fait rechercher et ([ue ses revenus lui avaient permis d'acquérir : collection destinée par lui on par ses premiers héritiers à denacnrer la propriété de son école. Cette hypothèse, la plus favorable de toutes, nous donne-t-elle une garanti(^ absolue |)Our la conservation intacte de ses titres litti'raires? Je ne le pense pas. Tout d abord les socratiijues qu'on nomme imparfaits, Euclidc, Aristippe, Phédon, Antisthène, ainsi que leurs disciples, ont écrit et beaucoup écrit. Diogène Laèrce relève plus de cent dialogues composés par eux, sans parler de ceuxdonton avait dans l'intervalle })erdu le souvenir: (pndques-uns. circonstance à noter, ont des titres que nous retrouvons aujourd'hui dans la collection platonicienne. En second lieu la carrière philosophique de Platon a été longue : il a eu des amis et des disciples qui selon l'haliitude ^ se sont plu à reprendre à leur manière les sujets trait<'s dans les entretiens de l'Académie : telle était d'ailleurs dans les écoles antiques, comme dans celles du moyen-age, l'intimité do l'cMiseiguement qu'il n(^ faut point s'('tonner de voir des élèves s'appropri(U' jusqu'à un certain point non seulement les idées, mais, ce qui est pins remarquable, les expressions, le style et justju'au tour (Ti^-pril du maître. <)r il est bien probable que Platon, ici par déférence, là par antipathie et ])Our les besoins de la pob'inicpie, aura voulu posséder les ('cia'ts de ses an(u"ens condisciples^ sortis ( oinme lui de ce que l'on a appelé « le giron socratique : » il est non moins probable que les ouvrages de son entourage philosoj»hi(jue, composés à son imitalion, peut-être sous son inspiration et sa direction personnelles,
I. Cicéron, de Fin'ibus^ I, 2. — Les disciples écrivaient, selon l'expression d'un ancien, v.ol-j. !^r,Aov roO o-.oaaxx/ov.
L'ŒUVRE DE PLATOiN
sont venus peu à peu prendre place à cùté des siens K Dans un cas comme dans l'autre, supposons que le nom de l'auteur ait cessé d'être connu, qu'il ait été effacé un par hasard ou à dessein : n'était-il pas à redouter qu'après une ou deux générations on lit de ces cliartœ socraticœ autant d'écrits platoniciens - ? Pareille confusion s'est certainement produite dans l'école péripatéticienne ^ et c'est là, si je ne me trompe, non pas la seule, mais bien la [crémière et la [)lus naturelle orii^Miiede tant d'apocryphes que nous a transmis l'antiquité ^
1. Uberweg étend cette supposition jusqu'à des écrits composés par des adversaires mêmes du grand philosophe. « Vou deni GlitO[)ho, écrit-il, ist es nicht imwalirscheinlich, dass derselhe zur Platonischen Zeit von einem Gegner Plato's verfasst, hernach irrthiimlicherweise unter die Schriften Plato's gerathen ist. »
2. « Die Sehriftsteller setzteu keineswegs immer dem Titel der Schrift ihren Namen bei : so waren sicher Platonische Dialoge und Schriften von Xenophon ohne Namen im Umlauf. Die Verfasser waren geniigend l)ekannt, Solange die Literatur nocheinen mâssigen Umfang hatte. Fiir philosophischa Schriften bildete sich iibrigons zAïerst eino festere TradiUon in der Platonischen Akademie. Doch wurden hier zugleich Schriften verfasst, Avelche nur nach der Schule als Platonischebezeichnet, spiiter leichtdem Platon selbst beigelegt werden konnten » (Bœckh, Encyklopedie nnd Méthodologie der philog. Wissenschaft, p. 231.)
3. Faut il ajouter foi atout ce que l'on nous raconte de la cave de Scepsis? Si le fait est exact, il est à peu prés certain que les livres qui y accompagnaient ceux d'Aristote furent publiés sous son nom. — Cf. Valentin Rose ( Arhtoteles pseudepiriraphus, p. 4) : « Aristotelici magislerii aucloritas scholœqueperipatotica' fania quum plurimorum discipuloruni scriptis continuata propagaretur, eis quidem quœ quasi e magistii sententia disputantium ejusque identidem scientiaiu recolentium auctorum nominibus passim aut carerent, aut, si quîr, gessissent, librarioriim incuria facile eis destituerentur, factum. est ut quoniam tituli ab aliis postea librariis maie suppleti Aristotelis esse perhiberent quod Aristotelicum reperiretur, multorum Aristotelis discipulorum periret memoria, eo prfpsertim temporequo in bijjliolhecas novo more coiiditas exemplariaundequaque congererentur. » — On lit également dans la préface de la Chiri/rgic d'IIippocrate, éditée par M. Pétrequin, les lignes suivantes qu'il est utile de citer : « Sa qualité de fondateur d'une école rivale, son caractère réformateur, la voie où il s'était engagé comme polémiste, tout lui faisait une nécessité de recueillir les productions de Guide. Aussi à sa mort sa bibliothèque dut-elle se trouver garnie de livres cnidiens mêlés aux siensetà ceux de ses fils et de ses disciples. Loin que leur présence m'y étonne, elle me parait au contraire si inévital)le que je ne concevrais pas qu'il en fut autrement ».
4. Tel dialogue communément attribué à Lucien, quoique tout à fait indigne de ce spirituel écrivain (les Maxp66'.ot, par exemple), ne fait aujourd'hui partie 'le ^e? œuvres que parc*^ qu'illui a été offert en hommage
Reste à examiner quel a été après la mort de Platon le sort de ses écrits, lesquels, si nos conjectures sont exactes, depuis un temps plus ou moins long connus et a[)préciés dans son école, n'étaient point encore, comme nous dirions aujourd'hui, entrés dans le domaine public K Littré parlant des livres liippocraliijues a eu raison d'affirmer (pie ce qui leur manque surtout dans la période comprise entre liippucrate et la fondation d'Alexandrie, c'est une publicité véritable et étendue : ils restent enfermi'S entre un petit nombre de mains parmi ses élèves et ses descendants : l'accès en est fermé à la plupart des écrivains. Un fait analogue, on doit le croire, s'est produit pour Platon.
T/li('ritao:<^ d'un auteur de mérite, aussi bien dans la Grèce ancienne que dans I Europe moderne, comprend presque inévitablement des éléments de plus d'un genre '. D'abord des ouvrages acbev('s, en possession de toute leur perfection ' : ces pensées auxquelles avait été donnée leur expression définitive étaient confii'^es au papyrus, plus tard au parchemin. En second lieu des compositions demeurées incomplètes, soit que la mort soit venue surprendre Fauteur, soil qu'il ait été distrait de son projet par d'autres soins •^. Viennent enfin des ébauches, de simples notes, des canevas de leçons ou de traités, attendant
et que, l'ayant trouvé dans son héritage, ou l'a publié sous son nom. — Cf. E. Uavet (Le Chrislianlsme et ses origines, II, p. 4). « L'esprit de Platon n'avait pu s'éteindre avec lui ; s'il ne régnait pas cà l'Académie, il vivait certainement dans beaucoup d'càmes... La littérature platonique se continuait et quelques monuments en sont arrivés jusqu'à nous, recueillis à la suite des livres du maître. »
1. Ce que les grammairiens grecs désignent par les mots : âxTrsastv eU
àvOpOJTTOU;.
2. Ainsi Thucydide laissait à sa mort des parties de son histoire entièrement achevées (I-V, 25 et l'expédition de Sicile, livres VI et VII), d'autres qui attendaient une dernière main (la fin du livre V et le livre 'VIII en entier), enfin des notes non encore rédigées, utilisées par Xenophon dans les deux: premiers livres de ses Uelléniques. Nous avons déjà eu occasion de rappeler que La guerre du Péloponnèse n'a été publiée qit'apres Thucydide par Xenophon, ou selon d'autres, par Aristippe.
3. On a vu plus haut que les anciens les appelaient volontiers o-jvvpajx- {i-ava el; k'x8oG-tv,
4. C'est le cas notamment du Discours contre les sophistes composé par Isocrate.
L'ŒUVRE DE T F. A TON
l'éloquence qui leur donnera la vie ou le talent qui en fora une œuvre régulière : c'était doniin liro «^ur des tablettes enduites de cire (|ue les anciens avaient cuuLunie de recueillir ainsi leur première inspiration : aucune matière ne se prêtait plus dutilement aii\ tr-Ui^fonnations requises p ir ].s variations de la pensée ou la mobilité des impressions.
A cette règle Platnn n'a pas fait exceptiou. Quarante nnnées d'activité pliilosophiipie et littéraire ininterrompue lui avaient permis de mettre la dernière main à tous ceu\ de ses dialonucs qui] en avait jugés dignes, et il est naturel de [lenser (pi'il en avait fait rédiger un exemjdiiire de cboix. L'un d'eux, le Critias, esiresié inachevé: pour quel motif? nous l'ignorons. En outre on raconte qu'à la mort de son maître Philippe d'Opunte trouva les Lois écrites sur la cire (ovra; £v -/.TiZCù). Faut-il prendre ce rt'cit et surtout cette expression au pied de la lettre? Très commodes pour écrire des l-ttres cursives, des tablettes se prêtent évidemment assez peu à recevoir des ouvrages aussi voluniinonx. ]] ovf donc probable qu'il s'agit seulement d'une partie de cet important tiaité.ou que la locution doit être prise au ligure et entendue en ce sens que Platon rêvait une rédaction moins imparfaite pour ce résumé magistral de son expérience politi({ue et de ses convictions.
Quoi qu'il en soit, voilà un dialogue tout au moins qui, au témoignage de la tradition, a été l'objet d'une publication postliuuie.
Plusieurs écrivains de l'antiquité, sachant combien autour d'eux les erreurs (raUributimi étaient fivquontes. ont pris la sage précaution de dresser à l'avance un catalogue exprès de leurs écrits. Ainsi au début du second livre De l'a ilivlnatlon, Cicéron nous a laissé une énumération précieuse aujourd'hui pour lions de ses divers ouvrages de rhétorique et de philosophie. De même Galien arrivé au terme de sa carrière voulut rédiger et publier sous ce titre spécial ; /)ev livres de ma composition \ un dénombrement méthodique de tous les écrits
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qu'il avait signés de sa main. De même encore on peut lire dans les Rétractations de saint Augustin une liste complète et raisonnée où il a eu soin d'authentiquer, si Ion me passe cette expression, les quatre-vingt-quatorze ouvrages qu'il |)asse en revue. Non content de rappeler les noms des interlocuteurs et les circonstances qui chaque fois l'ont d(''termin(' à écrire, il va Jusfpi'à transcrire les premiers mots de la [)hrase ini tiale. (^ond)ien il est à regretter que Platon et Aristote n'aient pas faif preuve d'une égale prévoyance ^ ! he «jud tlot de contradictions et de polémiques n'eussent-ils pas ainsi délivré à jamais leurs interprètes ! Parmi leurs disciples immédiats nous ne voyons personne qui se soit acquitté à leur place de cette tache en classant leurs écrits avec uri soin pieux, comme devait le faire )>lus tard Porphyre pour les traités de Plotin son maître, traités dont il a noté tout à la fois les titres, l'origine et l'ordre chronologique. 11 est même à remarquer que les grands hommes de l'antiquité ont eu rarement la bonne fortune de- rencontrer ainsi presque au lendemain de leur mort un éditeur intelligent capable de discerner d'un coup d'œil sur leurs véritables écrits au milieu de tout ce ({ui était en circulation sous leur nom. Pour Platon en particulier, nous navdus pas même, comme pour Euripide, la ressourcL^ d'un catalogue incomplet gravé |)ar une main plus ou moins érudite sur la pierre d'un tombeau ou le socle d'une statue.
fbi a vu j)lus haut combien était rare chez les Grecs, au moins avant le siècle d'Alexandre, le fait d'inie édition générale et complète entreprise par l'auteur lui-même. Chez les philosophes on peut dire que ce fut la coutume et presque la règle de déléguer ce soin à un disciple, soit (ju'ils n'aient pas
1. llspl Twv tô:wv ,3'.,'ii/.:wv. — Citons encore le curieux exemple do Diodore
de Sicile prenant soin, au début de sa Bihl'ioilieque tiistorique, de dresser la table des matières de tout l'ouvrage, et dans quel but? Bo-jX6[x£vo; to-j; Oixn-AVji'^v.'^ EtwOota; [iî,3A0"j; aTtoTpé'^at to-j A-j[xa:v3(78a: -rà; à/.XoTpîa; 7:paY[j.a- Tsia; (I, î), 2).
4. Parmi les écrits attribués à Démocrite, il s'en trouve un qui était intitulé KpaT-^vTr,pia, c'est-à-dire Confirmations. Suidas explique ce mot en disant que dans cet ouvrage le philosophe révisait tous ses autres traités, au sujet desquels il portait un jugement à la fois critique et confirmatif.
L'Œl'VRE DE PLATON
PUBLtCITE DONNEE AUX ÉCR1T<; DE PLATON
voulu s'imposer une préoccupation incommode, soit qu'ils aient imaginé reliausser ainsi le [)rix de leur enseignement orar. Les testaments d"uu certain nombre de chefs d'école qui nous ont été conservés par Diogène Laërce sout à cet égard assez instructifs, et depuis les travaux de M. Dareste en France et de M. Bruns en Allemagne, il n'est plus permis de n'y voir que des textes apocryphes -. Celui (jui est attribué à Aristote est muet sur ce cliapitre : néanmoins, s'il faut en croire Strabon ^ le Stagirite en mourant avait légué sa bil)liothè(iue à son discij)le Tbéo[)braste, lequel à son tour la donna par testament à Nélée. Pourquoi cette donation faite à nu homme sans réputation philosophi<|ue ? C'était, répond Grote, dans le dessein de le désigner comme son successeur (ju'il le lu.'ttait en possession de ce que l'école péripatéticienne avait de plus précieux, les manuscrits de son fondateur. D'après le commentaire d'Asclépius de Tralles, ce n'est pas seulement d'un de ses traités de morale ^ mais de sa Mrtaplujsiqiie, encore imparfaite, qu'Aristote avait confié à Eudème de Rhodes la rédaction ou du moins la révision définitive; mais celui-ci serait mort avant d'avoir mené à bonne fin une tache dont il avait mesuré toutes les difficultés ^ et après lui une notable partie du manuscrit confié
1. Porphyre nous apprend expressément que Plotiu lui avait commis le soin de revoir et de classer ses nombreux écrits : A-jxbç Tr,v Stàra^iv xal Trjv Ôi6p0w(7'.v Twv [^'.[iiAcwv 7:o'-£to-0ai r,txTv i%k-:ç.v^^vi (Vie de Ploiln, 24).
2. M. Gebhart rejette cependant le long testament de Théophraste, semblable, dit-il, à ces exercices de rhéteur dont se raille Pétrone et plein de ces formalités minutieuses dont le droit compliqué de Père impériale entourait les actes de dernière volonté.