‹ La vie et l'uvre de Platon [microform]Chapitre 17 sur 343 · ÉDUCATION DE PLATON · texte numérisé non relu

ÉDUCATION DE PLATON

Quels furent les premiers maîtres de J*laton? La tradition cite Denis ', qui lui enseigna la lecture et l'écriture, Dracon. élève du célèbre Damon, la musique, et Ariston d'Argos, la gymnastique. S'il s'agissait d'un moderne, on ne manquerait pas de nommer le collège ofi il a grandi : chose surprenante, PAthènes de Pc'riclès ne paraît ]>as avoir possédé d'institution officiellt^ ou privée qui r('pondit à notre enseignement secon- J daire. On ne soupronnait pas alors l'importance décisive ({ue nos mœurs et les habitudes de la vie moderne ont donnée à cette période de Pi'ducation. L'éphébie, à supposer qu'elle existât dans cette ('po(jue telle que nous la voyons fleurir plus tard, ouvrait ses rangs a des jeunes hommes, non à des enfants: au reste cette sorte de noviciat publique, militaire et religieux visait beaucou[) moins à la culture de rintelligencequ'à la formation du soldat et du citoyen: si Panticpiité hellénique a eu ses Rousseau et ses Emile, elle n'a pas eu de Rollin. Une fois en possession des premiers éléments, l'enfant se développait lil)rement dans la société de ses ('gaux et dans le commerce du monde: loin d'éveiller en lui des ambitions prématurées, les anciens, même pour le choix d'une carrière, s'en remettaient volontiers à l'initiative individuelle ou à un heureux concours de circonstances : la vocation de Thucydide fut décidée par le succès (runc lecture d'ipTodote, celle de Démosthène

1. (( Doctoreni habuit in prima literalura Dionysium ^> (Apulôe). Peutêtre cette assertion n'a-t-elle d'autre ori.udnf que le rôle iionorable assigné à un grammairien de ce nom dans le dialogue ai»ocryplie les Antérastes, rôle que le biographe anonyme interprète comme un témoignage de reconnaissance.

Platon, t. 1. 3

LA VIE DE PLATON

par un triomphe oratoire de Gallistrale. Or il arrive d'ordinaire que plus une résolution est spontanée, plus elle est personnelle et plus on met de courage à y persévérer. •

Le biographe anonyme* veut que Platon ait remporté aux jeux {)ul)lics une double couronne, à Olympie et à Némée. On peut admettre que le philosophe n'a pas partagé l'amer dédain d'Euripide pour les athlètes-; mais ses goûts naturels devaient le porter de préférence vers un autre théâtre. Je ne parle ni de la peinture, à laquelle il semble néanmoins avoir consacré une certaine étude ^, ni de la géométrie ou des autres sciences exactes dans lesquelles il se plongea, dit-on\. avec passion, au point (le ne le céder plus tard à aucun des savants les plus renommés de son temps.

Faut-il rappeler ici que les trente dernières années du v*' siècle avant notre ère ont vu la poésie, comme tous les beauxart?, atteindre à Athènes son plus haut degré de popularité et de pcrh'Clion? I.a passion des vers était générale, et si j'en crois Aristophane'', la capitale de TAltique devait oIFrir une sinixulière ressemblance avec la Rome d'Auguste:

1. Gh. 10. — Cf. Servius ad /Eneld. VI, 008, — Olympiodor.^ cli. 2, — Cyrille, ado. JuL, VI, 208. Avant d'avoir connu Socrate, Platon olait bien jeune pour descendre dans la lice : plus tard il apporta à la philosophie une àuie trop enthousiaste pour se livrer aux exercices corporels avec l'ardeur d'un athlète.

2. Certaines phrases de la République (III, 404 A) trahissent cependant pour les gens de ce métier moins d'estime que de répulsion.

3. C'est ce qu'on peut inférer avec Olympiodore de certains développements du Thnée. « In tractan.hi philosophia ea studia recolit Plato quibiis fuerat juvenis deditus. Ita enim memoriie traditiim est, ut Socrateni sculpturam, sic picturam Plutonem in adolescentia atligisso. » (M. Bertrand, De plctura et scnlptura apud veteres rhctores, 1881). On pourrait ajouter avec M. P. Girard {UéducaUun athénienne, p. 223) que la vive imagination ^lii iiliiloso[)he, la poésie de sa pensée et de son style sont comme un rellet de cette passion lointaine qui l'avait attiré vers le dessin et les couleurs.

4. a Plato in geomctria, musica, astris et numeris se contrivit. » (Cicéron, de Finibus, I).

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