Grenouilles, v
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EùptTilûou TîXcïv rj ataSîfo Xa).:aTcpa ; x.t.X. Cf. Oiseaux, 1444.
PLATON JUSQU'A LA MORT DE SOCRATE
Puerique patresque severi Fronde comas vincti cœnant et carmina dictant. Scrlbimus indocti doctique poemata passim.
Pourquoi Platon, doué d'une imagination si riche et si brili;inle, eijt-ii lutté contre l'entraînement universel / lui qui plus tard devait porter la poésie jusipie dans la métaphysi(|ue, comment n'eùt-il pas été disciple des Muses avnnt de se l'aire l'^'l.'ve de Socrate? Ainsi que tous les jeunes Athéniens, il s'était familiarisé par ses premières études avec les règles de la musique comme avec les chefs-d'œuvre de la (îrèce littéraire, et celui qui devait plus tard, non sans regret, bannir les poètes de sa républijuc, sans en excepter Homère lui-même, ne s'est pas fait faute dans sa jeunesse de les lire et de les admirer. A d.'faut de tout autre témoignage ', la lecture de ses dialogues ne laisserait sur ce point aucun doute: Homère et Hésiode, Théo'-nis etïvrtée, Pindare et Eschyle, Sophocle et Euripide sont cités tour à tour, le plus souvent il est vrai de mémoire, et non avec cette précision rigoureuse ([ue comportent Jios habitudes modernes. Kt voyez <iuelle souplesse de style et d'inspiration! Epique, lyrique, tragique, comique. Platon est tout cela dans ses écrits. Un siècle plus tôt la philosojihie aurait laissé entièrement Platon à la Musc. Mais qu'il ait eu une préférence mar(îuée pour la tragédie, (|u'il ait même composé le canevas de quelijues drames, on le comprend sans peine. De tous les genres de [Joésie, n'était-ce pas, depuis Euripide surtout, le [dus ])hilt)sophi(|ue, et les tragiques n"avaient-il pas mérité le titre de « précepteurs de la Grèce » ?Elien rapporte- que Platon avait achevé une tétralogie destinée au concours solennel des Dionysiaques, et
1. Voir Diogène Laërce, III. 18, Valùre-Maxime, Vlll, 7. Parmi les œuvres dont Platon aurait fait une étude particulière, on cite volontiers les 77iimes de Sophron et les comédies d'Aristophane : aux uns il aurait demandé le talent de mise en scène que l'on admire au début de ses plus charmants écrits : aux autres, cette ironie à la fois discrète et mordante, dont il use à l'endroit des sophistes. Mais pont-être no faut-il voir dans ces assertions que le désir secret de diminuer le mérite de ses dialogues.
2. II, 30. D'après une autre version, conservée par Eustathe. ce seraient des fragments d'épopée que Platon aurait jetés au feu avec mépris, après les avoir rapprochés des chefs-d'œuvrp homériques.
LA VI K DlC PLATON
môme distribué déjà les rôles aux divers acteurs, lorsqu'il fut tout à coup captivé « par la sirène de Socrate », au point non seulement de se retirer du concours, maisd'abandonner pour toujours la poésie. L'anecdote n'est pas prouvée, mais elle n'a rien en soi d'invraisemblable, et on peut interpréter comme un souvenir personnel, aveu plus ou moins explicite d'une ancienne faiblesse, ces lignes de la Rrpublique: « N'imiterons-nous pas la conduite des amants qui se font violence pour s'arracher à leur passion, après qu1ls en ont reconnu le danger? Par unell'et de l'amour que nous avons conçu pour la poésie dès l'enfance, et qu'on nous a inspiré dans cette noble civilisation où nous avons été élevés, nous souhaiterons qu'elle nous apparaisse comme la plu? sure auxiliaire delà vertu et de la vérité ; mais tant qu'elle n'aura rien de solide à alléguer pour sa défense, nous l'écouterons en nous prémunissant contre ses enchantements, et nous prendrons garde de retomber dans la passion que nous avons ressentie pour elle étant jeunes, et dont le commun des hommes uestpas guérie » A en croire certains témoignages, le mécontentement que la poésie avait donné à Platon quand il entra dans le monde fut ce qui le porta dans la suite à se déchaîner contre elle: en quoi, écrivait Dacier, il se conduisit comme ces amants qui parlent mal des belles personnes dont ils n oiit pu se faire aimer.
11 est clair d'ailleurs que si le futur disciple de Socrate renonce aux mètres et aux formes poétiques, malgré tout il tic dira point adieu à la poésie". Que de fois dans ses écrits l'élan de son imagination lui hiit-il (oublier les sévères résolutions du philosophe? Qui oserait dire que ces premiers travaux, stériles en apparence, n'ont pas dans une large mesure préparé et servi son avenir ? et serait-on mal venu à prétendre retrouver les aptitudes poétiques de l'enfant dans les ouvrages dus aux méditations prolongées de l'homme mur, alors (juc tant de fois
1. République, X, GOS A : îÙAaêo-JtxEvoi uâXtv £;xtc£i7î?v tU tov 7:ac5iy.6v -zz xa\
2. Le biographe anonyme dit de Pin ton devenu chef d'école : IIpo toO 6iôaTxaXetou -éiJL&vo; xaDtépcact xaiç Mouaai;.
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les dialogues platoniciens ont été comparés à des drames, et que leur auteur dans les Lois^ se proclame lui-même l'inventeur (( d'une tragédie en possession d'une beauté et d'une noblesse supérieures » 1
Mais que penser des épigrammes et des vers erotiques qui nous ont été transrais sous le nom de Platon, en même temps que certains fragments épiques conservés dans VAiitholoyipM La mission élevéerpie le philosophe ne cesse d'assigner à la poésie rend ces jeux d'esprit douteux, presque suspects 3. Les é[)igrammes relatives à Agathias, à Phèdre et à Xanthippe font croire à une confusiou entre le rnle de l'élève et cehii de son maître Socrate: peut-être aussi a-t-on mis au compte du philosophe des vers isolés de son homonyme le poète comique ; en- (ia qui ignore la facilité avec laquelle l'antiquité prête à ses plus grands hommes des vers, des bons mots, des discours même dont ils n'ont jamais eu l'idée^ ?
Jusqu'ici nous avons vu Platon chercher sa voie: où et comment doit-il la trouver? Par sa naissance, par sa condition, comme par ses talents et son mérite, il était appelé à occu[)er de bonne heure la scène politique : d'où vient qu'il ait résisté à cotte ambition, d'ordinaire si impérieuse? Libre à lui de suivre à son <^v(^ l'exemple du superbe Alcibiade ou du patriote Lysias, de se faire publiciste à la façon d'ïsocrate ou orateur et chef de parti sur les traces dAixlocide et d'Anti[)Iion : comment et |)our(juoi a-t-il limité son horizon à Pécole de Socrate d'abord, et plus tard à l'enceinte paisible de l'Académie ?
1. vu, 817 B: r.txET; ècr(xsv ^pavroS/a: a-:7o\ Trotr^rat v.aTà o^vajxtv or: xaU:<TTr.; au.a xa\ àp'.TTr,;,.
iî. Voir Aulu-Gelle, XIX, 11, Alhénée, XIII, nsî», Dioqéne Laorce III ^0 On ht dans Apulée, Apologie de la maf,h', c. i3 : « Platoiiis nuHa carniina extant, nisi amoris ele.iria : nam cetera oiniiia, credo, quia tani lepida non erant, igni deussit. » Le texte d'Aulu-ddlo laisse tout au moins percer un doute : « Neque adeo pauci sunt scriptores veteres, qui versus eos Platonis esse philosophi afiirmant. »
3. Sauf Grote, les critiques les plus autorisés s'accordent à les rejeter La question a été étudiée spécialement par Wernicke, dans sa dissertalion : Deepigrammatis qux vulgo Platoni ascribuntur, Thorn, 1824.
4. Voir notamment en ce qui touche Aristote, Eusébe, Prépar. évnng. X V, 2
If
LA VIE DE PLATON
Pour donner à cette (luestion une réponse complète, il faudrait introduire ici un chapitre entier dhistoirc : hornons-nous
à quelques rédexions.
A riieure où Platon entrait dans la vie, la civilisation hellénique brillait, nous l'avons vu, d'une splendeur sans égale. Vainement lajalousie de Sparte mettant à profit les l'autes de la politique atlii-nienneavait soulevé contre sa rivale unecoalition redoutable : Athènes pouvait se croire et se croyait assez forte pour tenir tète à l'ora-e. Thucydide nous représente sa patrie au lendemain d'('pr('uves cruelles, pendant les dernières années de la guerre du Péloponnèse, comme un poste militaire où chacun s'ai^ite et lutte pour soutenir llioiineur de la cité. Vainement aussi les désastres militaires et hs ravages de la peste menacent de tarir les sources de la prospérité nationale: durant cette pi'riode de luttes sanglantes, le génie des arts ne perd rien de son étonnante fécondité. Alors paraissent le PluloctHe et V Œdipe de Sophocle, YHrcuheQi Wphvjénir d'iùiripide: alors s'achèvent les Propylées et l'Odéon, alors s'élève le gracieux temple d'Erechthée.
Mais des peuples comme des hommes illustres on peut dire avec Corneille :
Et monte sur le faiîc, il aspire ii descendre.
C'était le midi d'un beau jour . <i.v siècles l'avaient préparé, un seul suffira à en amener le déclin. L'édifice social construit par Périclès avait perdu en solidité' ce qu'il avait gagné en éclat: les premiers coups une fois port('s à l'antique (Constitution, le char de l'Etat, suivant une expression d'Am[»èr(s se trouva lancé dans une carrière où il devait fournir une course brillante et rapide, et se briser dans son triomphe. Ne parhnis ici ni de l'expédition de Sicile, entreprise au milieu de rall.'gresse universelle et aboutissant à un immense (h'sastre, ni des événements malheureux ((ui livrèrent un jour à la vtmgeanee de Sparte sa fière rivale. D'autres maux étaient plus difficiles à réparer. C'est ({u'en effet dès que les rênes du pouvoir tombèrent des mains mourantes de l^ériclès, Athènes, sans <'hef
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reconnu, sans programme politique, devint la proie des rhéteurs, des factions et des démagogues; époque troublée <^t confuse où tout flotte au Iiasard entre des conspirations oligarchiques et des séditions populaires, où le gouvernement |)as?e d'une main à l'autre au gré des circonstances les plus futiles.
Ajoutons que Platon, attaché par sa famille et par toutes ses aspirations au parti aristocratique, voyait ce parti, deux fois frapp.' par IN'riclès dans la personne de Cimon et dans celle de Thucydide l'ancien, se discréditer chaque jour davantage aux yeux de l'o])inion. Peu de temps avant h^ retour triomphal d'Alcibiade, les Uuatre Cents avaient été portés au pouvoir; mais l.Hirs excès, digne prédude de ceux des Trente, les firent dé'poser au bout de (piatre mois. Redevenu maitre et désormais sourd aux esj^rits trop fiers p'^ur le fiatter, le peuple se montra tour à tour le plus mobile des despotes et le moins scrupuleux des juges. S'il faut en croire la vii^ lettre, Platon aurait salué d'abord avec quelque satisfaction l'avènement des Trente comme une barrière oppos('e aux excès de la démocratie; mais d'éclatants abus de pouvoir ne tardèrent pas à lui appreiidn» que sous dautres noms c'était encore le régime de l'arbitraire. Vax mémo temps s'affaiblissaient les anti(jues traditions, et avec elles les munirs publiques. Quand s'est produit dans une grande cité un brusque accroissement de richesse, renvahissement de la corruption est proche.
Plus tard Platon (hîvenu i)liiloso])he sonda les causes secrètes du mal, et dans le concerr. d'éloges dont les historiens comblaient à l'envi Périclès, il n'hésita pas à jeter une noti; discordante: sans méconnaître le talent el surtout l'éducation |)hilosophi(iue (jui éleva ce grand hoi^ime si fort au-dessus des politifpies vulgaires, c'est lui qu'il accuse d'avoir rendu les Athéniens efféminés, disputeurs et avides ^ Moins explicable est rindifh'rence au moins apparente qu'il affecte dans ses écrits, à l'imitation de Thucydide, envers les cn-ations artistiques des
\, Gorgias, 015 K et Phhirc, 270. L.- jnnremeiit d'Aristote est moins éloigné qu'un n.! le croit de celui de Platon irolUique, II, 9, 3). La postérité, fascinée par la gloire, s'est montrée plus enthousiaste.
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Phidias et des Polygiiotc, des Iclinus et des Muésiclès^: il y avait là une beauté, une grandeur morale bien faites pour attirer et séduire le futur auteur du Phèdre et du Banquet,
Ouoi qu'il en soit, on pressent maintenant poun|nni, tout en suivant les événements d'un œil attentif-, Platon qui n'avait pas Pâme vigoureusement trempée d'un Démosthène s'est détourné d'une arène où la lutte, presque toujours sans gloire, n'était jamais sans péril '\ Il serait injuste de s'en prendre à Socrate ([ui loin de transformer ses <'lèves en disputeurs abstraits, sendjlables au Strepsiade des M^c'^.s, rêvait de former une jeunesse capable d'apporter au maniement des affaires pul)liques autant de lu-
mièresquede vertus\
Platon abdique l'honneur de di'fendre et de relever Athènes: je le regrette pour sa patrie. Il aura celui d'instruire et de passionner à travers les siècles d'innombrables générations: ce sera tout profit pour la postérité.
Maintenant, comment se décida sa vocation philosoplii(iue ? à quelles influences a-t-dle obéi? quelles en furent les phases les plus saillantes ?
Remarquons m une fois de plus combien le génie de Platon fut heureusement servi par les circonstances. C'est précisément pendant sa jeunesse qu'Athènes devient le véritable centre de
4. De ces quatre artistes, les JeiiN. pr^'uiiers ne sont cités qu'en passaut dans les dialogue?, les deux derniers n'y sont m.'me pas nommés. 2. On en a la preuve dans les fraiqmntes et profondes analyses du VHP