J. ARISTOPHANE DE BYZANCE
« Quelques auteurs, et parmi eux Aristophane le grammairien, divisent les dialogues de Platon en trilogies : dans la première sont compris \^ République , le Timéc, le Cri/ias ; dans la seconde, le Sophiste, le Politique et Cralyle : dans la troisième, les Lois, Minos et \Epinomis : dans la quatrième, Théétcte, Eulhtjphrnn ot V Apologie : dans la cinquième Criton, PÏH'don et les Lettres. (Juant aux autres dialogues, ils les laissent isolés et n'établissent entre eux aucun ordre ^ »
Ce texte, objet de nombreuses discussions, mérite une attention particulière. La division qu'il renferme est si peu logique, si peu rationnelle, si peu digne en somme d'un critique de la valeur d'Aristojdiane, que certains modernes, Suckow à leur tête, ont voulu en décharger le célèbre grammairien. Mais l'interprétation naturelle de la phrase s'y op|)ose, et tout ce que" Ton peut admettre, c'est que cette division imaginée par d'autres a été nn peu à la légère acceptée par Aristophane, à qui sans doute la littérature philosophique n'était pas très fami-
condamnés on frappés de suspicion par les critiques alexandrius n'ont plus trouvé de copistes.
1. Dioî^cne Laorce, III, 61 : "Eviot o':, o'v dan xal 'Aptaroçâvri; 6 ypa|j,îJLaTty.o;, £:; rpiÀo-'ia; z/xo-jo-'- to-j? oiaz-oyo-j:, v.ai 7:pt6Tr,v {xsv riOÉao-iv r,? r.ysTfa: IIoÀcTsta, TiV-aio:, Kp'.tt'a;* csurlpav !î!ocpto-Tr,;, IIoX'.tixo;, KparjXo?* TptTT,v N6[j.of., Mîvoç, 'Ettivoix:;- T£-:apTT,v WsaÎTr.To;, EjO-J^ptov, ATTO/oyta' 7ié{J-7:-:r,v Kpttwv, tl>accwv, 'Er'.fTToXal' xàû'àÀXaxaO'k'v xat àraxto)^. — Nous voyons également que Thrasyllo laissa sans ordre (à^rûvraxta, Diogéne Laorce, IX. 41) certains écrits de D3mocrite, sans doute parce qu'il n'avait pas pu les faire rentrer dans ses tétralopries ; de même en dehors et à coté du Corpus anstoielicum plusieurs traités détachés du Stagirite se publiaient atax-ra.
L'iElVRK DE PLATON
]ière. Les anciens vanlent sa passion pour Tétudo ' et Vitruvo va jusqu'à soutenir que chaque jour il lisait quelqu'un dos volumes de sa bibliothèque ^ en observant avec le plus grand soin l'ordre dans lequel ses prédécesseurs les avaient disposés. Ceux-ci en effet n'étaient pas restés inactifs, et sur l'invitation des Ptolémées, qui voulaient étendre à toutes les générations le bénéfice de leur libérable, à une iiremièrc période de concentration des manuscrits succéda une seconde période de classement, consacrée à dresser un catalogue exact et complet de toutes les richesses accumulées dans ces arciiivos nniverselles. L'idée n'était pas neuve, mais jus(iu'alors elle n'avait jamais été exécutée sur une aussi vaste échelle, et en apparence du moins, dans d'aussi favorables conditions. Callimaque le premier ' aborda cette tâche immense en y appliquant certaines règles de méthode. Ses tables (-brx.y.ôi -) revues, comi.lélées et corrigées après lui par Aristophane «, ne comprenaient pas moins de cent vingt livres dont chacun répondait u une catégorie spéciale d'écrivains en vers ou en prose. Lorsqu'on y voit figurer des auteurs fort au-dessous du médiocre, on peut être assuré que le « divm ., l'ialon y occupait sa place, sans doute dans le chœur ■privilégié des « clas>i,p,es «, c'est-à-dire des grands noms justement proposés à l'étude et b. l'admiration de la postérité
l.Cf.Varron, de /;»,;«« te;„a.i;icéron, C«f»„-6»« V 10 ';s :2. Préface de son VIH' livre. '' ' " °'
3 On me rei-mettra ,ie rapporter ù ce propos une phrase si-nilioalive rip Rath,eb.r (G,.o.s„,-lecke„land un, P,jlka,joras, p. 331) : Dnrch Kn dT er Bi b hotheken, ,ven„ theils selbstundi^e Ausûbung der Wissenschaf nicht h.„.ukom,nl, ihei.s ein gesohichtlich philosopUisches Ziel Mil w d Me mand cm Foi-derer der Wi.ssenscliaft. »
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5. Le titre complet était lo suivant : n-vay- t^v -v -.v -^ ' . ^
6 Athénée (IX '408 F) cite d'Aristophane une dissertation intitulée •
LES TÉMOIGNAGES HISTORIQUES 449
Que dans nn aussi vaste catalogue Tivraie et le bon grain aient été trop souvent confondus, c'est ce que les circonstances, nous l'avons vu, rendaient à peu près inévitable : néanmoins on ne saurait trop regretter la perte de cet important monument, fruit de tant de dépenses, de recherches et d'elForts. Que ne donnerions-nous pas à cette heure pour connaître d'une façon sure, ce catalogue en mains, les ouvrages platoniciens ou présumés tels qui exi^^taient au temps de Callimaque sur les rayons de la bibliothèque d'Alexandrie?
C'est là précisément ce qui donne un prix exceptionnel aux quelques lignes transcrites en tête de ce chapitre, et dans lesquelles dix ouvrages au moins de Platon, dont plusieurs ii"ont pas trouvé grâce devant la criti([ue moderne, sont mentionnés pour la première fois, rs'oublions pas qu' Aristophane est postérieur de deux siècles à la fondation de l'Académie, et que si comme inventeur dos principaux signes de quantité, d'accentuation et do ponctuation, comme éditeur d'Alcée, de Pindare et surtout d'IIoiTière il a bien mérité des amis des lettres, il ne s'e?t intéressé, à l'exemple de son maitre Callimaque, (ju'au style et aux expressions \ nullement à la doctrine des philosophes : dès lors (p]ol fond faire sur son témoignage en ces matières d'authenticité si difficiles et si délicates ?
Mais examinons de plus près l'étrange répartition des dialogues qu'il a, selon Diogène Laërce, ou introduite, ou tout au moins sanctionnée de son autorité.
Remar(pîons d^ibord que ce qu'elle offre de forcé et d'artificiel se trouve très l)ien marqué dans la i)brase de Diogène par le mot DaouTiv, lequel implique comme une sorte de violence faite de la sorte au génie de Platon. D'où a pu venir aux critiques alexandrins la première idée do ces trilogies "! Probablement des poètes dramatiques, dont ils s'étaient certainement
4. C'est ainsi qu'il blAme ce que le style d'Epicure offrait de trop abstrait et de trop technique (Diogène Laërce, X, 13), de môme que Callimaque avait rédigé un catalogue spécial, non pas des écrits de Démocrite, mais do ses tours et de ses constructions (ucva^ rôiv Ar,[xoxp:To-j yXwaawv xa\ (7'jvTaY[j.a-
TWV).
Pl.vtox, l. I. 59