‹ La vie et l'uvre de Platon [microform]Chapitre 191 sur 343 · VM · texte numérisé non relu

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L'ŒUVRE DE PLaTvON

LES TÉMOMÎXAOES HlSTOKiniES

occupés avec prédilcclioii ' : les dialogues de Plalou ne pouvaient-ils pas eu effet ùtrc regardas comme des drames en prose, drames, il est vrai, d'une nature toute particulière? Ou bien cette classiflcatiou a-t-elle eu pour origine certains rapprochements établis par le philosophe lui-même, ou certaines affinités apparentes dans le sujet ou les matières traitées -^ ou encore ne s'agit-il (fue d'une indication bibiiogra[)hi(iue à l'usage des employés et des visiteurs de la bibliothèque- ? De toute manière l'idée ne peut que difficilement se justifier.

Ce n'est pas tout : impossible de ne pas reconnaître que rapplication (aile par Aristophane du principe adopté est au moins aussi étrange que ce principe lui-même. Plus de la moitié enelfetdes écrits de Platon, à supposer que leur nombre fut alors le même qa'aujuiird hui, restent en dehors de cet essai de classement ; on y cherche en vnin plusieurs de ses plus célèbres Gouqiositions, des plus notoirement authonti([ues, le P/icdrc, le Corr/ias, le Protafjoms, le Ihni^inct. Comment expliijucr un pareil résultat et d'où vient quAristophanc ait été si prompteiiioiil airèlé dans l'exécution de sa tâche ? Il convient en outre d'observer que la prcmièro trilogie repose sur un lien tout extérieur, la seconde sur d'incontestables analogies de forme, la troi^ièm- <nr la ressemblance des problèmes discutés : mais comment se rendre compte de la ([uatrième et de la cinquième? yuelle connexion imaginer entre le Cratyle et \EutJiyphron d'un coté, entre ce dernier dialogue et le Théétètc de l'antre ^ 1

1. Comparer les Prolégomènes de Wolf (p. GGXIX) et les remarques d'E^-îger {Essai sur la critique, 2" édit. p. 306).

2. « Los bibliothécaires d'Alexandrie n'eurent rien tant à cœur que de réunit- les oiiYraf^es analogues, de composer des séries plus ou moins régulières en rapprochant trop souvent ce qui était naturellement séparé, et en séparant ce qui était uni. Ce qui actuellement ne serait qu'une affaire de ran;.'ement devenait aisément dans ranti(inité une classiticalion définitive qui'se transmettait comme étant l'œuvre de l'auteur lui-même » (Darem-

berg).

3. « Es scheint nicht die Absicht des Aristophanos gewesen zu s.-in, Tollstiindige Bestimmungen und in einem allzu massgebliclien Sinne /utretren. Kr woUte vielleicht nur eine :Meinung dariiber aussern,in v/elcher Reihenfolge die Hauptschriften /weckmilssig gelesen werden kônnten, ohne dass er es fiïr nothig angesehen, sich bei der Ausfiihrung die=es (iedankeny, sei

Toutes ces difficultés ont conduit Munk aune hypothèse curieuse, si l'on veut, quoique en elle-même bien peu vraisemblable. Aristophane, dit-il, devait posséder des renseignements précis sur la date de la rédaction ou delà publication des divers écrits qu'il a mentionnés par leur titre, et il les a disposés précisément dans cet ordre : s'il a passé tous les autres sous silence, c'est que ces renseignements lui faisaient d('raut; de môme s'il a séparé le Sophiste du Théétètc qui le précède ou semble le précéder, c'est que d'autres dialogues avaient vu le jour entre la composition du premier et celle du second. On verra dans un autre volume comment, d'après Munk, c'est l'âge de Socrate qui détermine la succession logi(iue des dialogues : or si certains détails de l'arrangement d'Aristophane concordent assez bien avec ce système, en revanche la troisième trilogie exclut absolument toute préoccupation de ce genre. Kn tout cas une pareille tentative, si incomplète, si illogi<iue prouve clairement, chose importante à noter, qu'il n'y avait alors dans l'école ni ordre chronologique Jii ordre rationnel reconnu et consacré par la tradition. De là à penser que tout catalogue et par suite tout critérium certain pour distinguer l'apocryplie de l'authentique faisait défaut, il n'y a (|u'un pas.

Aussi bien les eritiques ({ui n'obéissent })as à une opinion préconçue ou au secret désir de découvrir partout des preuves à l'appui de leur système sont-ils presijue unanimes à déclarer que le témoignage d'Aristophane peut sans doute eorroborer utilement celui d'Aristote, mais que seul et par lui-même il ne constitue aucune démonstration sérieuse d'authenticité ^ Ainsi

es von allzu grosser philologischer Exactheit, sei es etwa von einem ans der Sache selbst geschopt'ten philosophischen Interesse leiten zu lassen. » (Von Stein, II, iel, note). On peut remarquer à ce propos que le côté théorique du platonisme prédomine dans les premières trilogies, et dans les dernières le côté pratique.

1. Je citerai entre l)eaucoap d'autres le jugement d'Alberti (p. .'iS) : » Wir miissen annehmen dass unterdenvon Aristophanes vorgefundenen Schriftcn unler Plato's Xainen sclion unilchte waren, dass seine Kritik nicht auf traditionnellor Kenntniss der Aechtheit beruhto. » — Faut-il avec Ozann attribuer ;i Aristophane les signes variés introduits à cette époque dans les

nous avons vu que dans certains passages de ses écrits Aristote paru.t avoir en vue le Théétcle, m^nr^ l'Apologie de Socrate ; Iq mention expresse de l'un et de l'autre dans Ja liste incomplète dressée par A.istophane donne à cette supposition une vra,seml,!an.c trô. voisine de la certitude. En revanche autorité du célèbre « homérisant ,. ' est manifestement insuf- Jsante pour nous obliger à reconnaître la main de Platon dans le Sopinst. et le Poi;ih,ue, à plus forte raison dans des dissertations aussi dépourvues de mérite que YEpinomis et le Minos. >ous lui sommes redevables de savoir quelles existaient .ur les rayons de la bibliothèque alcxandrine et qu'elles avaient réussi -comment, nous iignorons - à se faire accep- 1er pour du vrai Platon : et telle est notre p.^i.urie de documenls ,p,e liiogène Laèrce eût rendu à la science moderne nn véritable service, s'il avait pri. la peine de désigner, chacun par sou titre, les dialogues reçus comme i.latoniciens à Alexandrie auxquels Aristophane et ses émules avaient renoncé à apjiliquer leur bizarre procédé de classification '-

Qu'on nous permette ici une r.Wlexion. Comment ne pas être tristement suriuis de constater que cent cinquante ans aprè. la mort du fondateur de l'Acad^unie, à Alexandrie même, c'est-à- «l"e (.ans la ville savante où s'est définitivement formée la collection platonicienne, des compositions que nous regardons

limon a poui elle un assez Jiaut dep;ré de probabilité <•> M W-iilrlin., f ^e saine discussion et de -oùt délicat. »

lisant avec atlentio 10^^! T " classés par Aristophane? En

long les neuf tolraloaios a! '1 :,„ ' " ''' '^P''' ^'''>" '■«Pro'ii'it tout au

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avant et après lui i,2;°.,fr "'''"'''"• ■'*''™''''=«»^'l''''t<>»' le monde.

nedir^n^Udonc,^ deTelut -^, rsw,™''^''"" '' '■^■"" "» '^allin,aq„e.

LES TÉMOIGNAGES HISTORIQUES

aujourd'hui comme m.anirestoment apocryphes passaient pour auLhenli({ucs, et cela iiou seulement aux yeux du grand public, mais auprès de critiques d'ailleurs justement cousidérés ; ou plutôt cette erreur u'est-elle pas la conséquence naturelle de la situation que nous avons essayé de dépeindre dans le chapitre précédent ?

(3. j\vm':tius

Immrdiatement après le cat;U<iguc d'Aristophane, il serait naturel de parler de celui de Thrasylle : mais pour demeurer fidèle à Tordre chronologique, nous avons encore à passer en revue et à discuter un certain nombre de témoignages appartenant aux deux derniers siècles de l'ère païenne.

Le premier ([ui s'oiïre à nous est celui de Panétius, ce célèbre stoïcien que M. Martha a si justen-ient nommé h le grand instituteur de la société romaine )> K Elève non seulement de Stilpon et de Diodore, mais encore de deux scolarques de l'Académie, Xt'nocrale et Polémon, sans parler de Cratès le cynifpje, Zenon le fondateur de la secte avait pu recueillir et transmettre à ses successeurs dans le Porti(iue plus d'un renseignement utile sur les théories et les ouvrages des divers héritiers et continuateurs de Socrate. Aussi lorsque nous apprenons - que de tous les dialogues qui circulaient sous leur nom, Panétius ne voulait reconnaître que ceux de Platon, de Xénophon, d'Antisthène et (Tl^]schine, hésitant au sujet de ceux de P]n'']on et d'Euclide, et condamnant en bloc tous les autrps, ce jugement mérite d'attirer l'attention ^ Au lieu des assertions confuses que nous

1. Dans un fragment découvert à llerculanum. répi.curien Philodème disait de lui : 'Hv tcr^upd); çcXoTiÀà-rwv xal çiXapio-TOTÉXr,;.

2. Dionrène Laérce, II, 64 : Ilavtwv [xÉvtoc rôiv SwxpaTtxwv S'.aXôywv àlrfieX; Eiva-. ôox:i Tovc IlActTwvo;, Z-voçoivTOÇ, 'AvTtaOévouç, At'T/tvo-j' SiaTa'st ÔÈ TTspi Tôiv ^atowvo; y.ai E-jx>.£:'oo'j, to'j; Se à'XXou; àvatpct uivTot^ Il peut paraître surprenant qu'àXr.ôcï; ait le sens « d'authentique » : cependant le fait n'est pas sans exemple.

3. Le sens critique de Panétius se montre ailleurs encore, notamment

L'ŒUVUE DE PLATON

rencontrons trop souvent ailleurs, il y a ici, chose rare dans l'antiquité, une précision rigoureuse qui d'abord séduit ets'impose. Toutefois à la réflexion certaines préoccupations se font jour. Dans un autre passage de Diogènc \ nous voyons que Panétius, contrairement à Sosicrate de Rhodes, admettait comme authentiques plusieurs compositions d'Aristippe: avonsnous afl'aire a une contradiction de notre stoïcien ou à une transrripfinii inexacte de la part de son compilateur? Quelques lignes [)lus haut Diogène rapporte que Persée rejetait une bonne [partie des dialogues attribués àEschine : Panétius avait -i] souscrit à cette condamnation :> Entendait-il affirmer, d'une part, que les socratiques dont il ne fait pas mention n'avaient réellenirnl rien écrit, de r.nitie, .que tous les dialogues sans exception des quatre {)remiers qu'il nomme, et notamment de Platon, étaient authentiques 1 autant de questions (lu'il est Hifficile ou imnossible i]'' tianchor aujourd'hui.

Mais iMnt'tius nous intéresse encore à un autre titre, i) après un comnienlatcur dAristote, il aurait osé contester Pauthenticité du Phéfhn-: la raison qui l'y déterminait ('tait à la Vi'rité d'une nature hien singulière ; comme il soutenait que lïmio était mortelle, il ne pouvait se faire à Pidée que Platon, son idéal comme philosophe ', avait défendu, et défendu avec tant

dans ses renuirqur-s sur rurthograplie de Platon (EuslaUio, p. 813) et dans son appn'cialion sur les ouvrages pr.'tendus du stoïcien Ariston (Diog. Laorcc, VII, 1(;4). J'inrnore ce qui a fait supposer à M. V. Egr^cr qno ces diverses cilaUons de Panétius n'étaient pas empruntées à soustraite \h>s sectes (r.tp\ atpso-fwv), vaste encyclopédie philosophique en plusieurs volumes, qui à cause do son étendue même se sera vu dans la suite préférer d-s sommaires d'un mérite bien inférieur.

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