‹ La vie et l'uvre de Platon [microform]Chapitre 194 sur 343 · IU, li, i. et 28, n · texte numérisé non relu

IU, li, i. et 28, n

L'ŒUVRE DE IL AT ON

rain. lorsifiril o})posc triom[)halenicnt le Discours sur la onromic à ce (|u'il apjiellc les pauvreti's de VApoIor/ic et du MénexhicK En terminant co p'arallèle, un autre tùt pu concevoir des doutes : quant à Denys, après avoir constaté cette supériurilr en apparence écrasante, il n'en est (juc plus convaincu que les deux morceaux incriminés sont de la main de Platon.

Bans le irranJ débat (pii s'est élevé sur l'authenticité des dialogues platoniciens, il n'est pas de pièce plus importante et, en apparence, plus décisive que le catalogue dressé i)ar Thrasylle et dont la teneur plus ou moins complète nous a été transmise par Diogène Laèrce-. C'est quVn ell'et d'une paît il s'étend (ce qui n'était malheureus'mcnt le cas d'aucun des documents antérieurs) à la tutalité des textes contenus dans nos manuscrits", et que de l'autre, saufuno restrirtion particulière presque insignifiante, il aflirme sans détours l'origine platonicienne des divers éléiucnts de cette vaste collection. On conçoit dès lors les efforts tentés par Grote et ses partisans afin de nous persuader que Tlirasylie est pour nous l'écho lidcle, le représentant autorise de la tradition alexandrine, partant que son jugement, loin de j)rocéd(U' d'un caprice personn(d. traduit l'opinion unanime de l'antiquité lettrée. « Cette classilication, ('crit M. Waddington^ n'est pas Tanivre de Thrasylle; c'est un In'ri-

1. I>r iidin. vl dlcendi in Demost/t., ^ 23-29. Dans co dernier ouvrage, « le meilleur cependant de ses discours politiques v, Platon est accusé tantôt d'introduire dos pensées qui n'ayant rien de frappant ni de remarquable doivent emprunter tout leur mérite à la pompo de rex[)ression, tantôt d'user d'ornements qui annoncent peu de goût et trahissent une véritable faiblesse. — Le réquisitoire n'est pas absolument injuste : mais n'y a-t-iJ l>as erreur sur la personne de l'accu s;3 ?

3. Sauf les deux dissertations insignifiantes, pout-clro d'origine poslcricure. intitulées r.:-\ ôr/.a-ou ol T.ipl ào;xr,;.

LES TÉM0H",\ \r, KS lllSTORIQrES

ta^e de ses devanciers et un résunii' de leurs travaux. Or aucun critifiue (sauf Panétiusi ii'ii fait entendre aucune protestation sur aucun .'crit. Ainsi la tradition recueillie par Thrasylle était non seulement vénérable par son antiquité et sa stabilité, mais contrôlée par la criti(iue. La question d'authenticité avait été posée : d'autres dialogues avaient été rejetés. L'élimination des écrits supposés a été faite et bien faite par des hommes qui avaient entre les mains des moyens efficaces de contrôle ».

Telle est, réduite à ses points essentiels, la thèse que nous avons à discuter.

Et d'abord examinons (pielle est la valeur personnelle de Fauteur qui est ici en cause. Ce que nous savons de lui n'est <^uère de nature à nous promettre un critique bien consciencieux, il change de goûts et d'occupations avec une incroyable légèreté. ^6 à Uliodes au i*^'' siècle avant notre ère, d'abord grammairien, i! essaie ensuite de s'initier au platonisme, et linit par s'adonner à l'astrologie, jaloux de se pénétrer comme Pythagore de la merveilleuse harmonie des sphères K Nous renvoyons à Tacite- ceux qui seraient curieux de connaître les circonstances singulières et absolument romanesques qui le rapprochèrent de Tibère. Toujours est-il que ce prince parait l'avoir tenu en assez grande estime l Ce fut un astrologue et un devin de cour, semblable à celui (pie Schiller a mis en scène dans sa trilogie de Wallenstein.

1. On lit dans le scoliasto do Juvénal (SatlveXI, 57G) : « Thrasyllus mullaruni artiiim scientiam professas postren-.o se dodit Platonicœ sectaî ac deinde matliesi qua praîcipue viguit apuil Tiberinm ». Ce sont, dit-on, les affinités de certaines doctrines de Dôniocrite et de Platon avec les théories de Pythagore qui l'ont amené à s'occuper de préférence', peut-être même exclusivement, de ces deux i)hilosfq>hes.

2. Annales, VI, 20-21, passage dont il convient de rapprocher plusieurs textes de Pline l'ancien et de Dion Cassius (LV, 11 et LVIT, l-i). — C'est sans doute au rôle en somme peu honorable joué par Tlirasylie à la cour impériale que se rapportent ces lignes de Julien 'ad Thcmid., p. 2'):;) : Hpâo-^Uo:, Ttgcpjfo Tcty.pô) xac 9<JT£'. -/a/.ETifT) Tupâvvw T-JYysvôaivo;, d \}.r, oià to)V xaTa/.ciçiOéy- T(.)v -jy' a-JTO-j XÔY0)v àTisÂoy-TaTO os'car o^rtî -c^y. /osc-.Aiv i'v e'i; tsao: a!7-/vvf,v àva7:â)."/ay.Tov.

3. Suétone, Tihcve, li : « Thrasyllum ut sapientiaî professorem contubernio admoverat ».

Il est question çà el là ' d'une dissertation qu'il aurait écrite sur la vie et les doctrines de Platon, peut-être comme introduction à la lecture de ses ouvrages, ainsi qu'il le lit pour Démocrite-. T.p> X^oPlatoniciens^ le citent sur le même ran^^ que Xuménius et Moderatus, parmi les interprètes les moins éclairés de Platon : il est vrai qu'en raison même de son origine, cette sentence est loin d'être sans appel. Néanmoins et pour conclure, tandis qu'Aristophane était un érudit el un grammairien sans prétentions, Thrasylle, sauf erreur sur la personne S est un prétendu philosophe, un rêveur qui se laisse guider par des idées préconçues.

En veut-on la j)reuve:^Le caractère sacré des nomhres 3(1 et 50 chez les anciens a certainement exercé sur l'esprit de ce mathématicien une influence décisive, et introduit ainsi dans sa classification un éh'ment tout arhitraire\ Peut-être même les propri('tés merveilleuses du nomhre i aux yeux des Pythngoriciens lui ont-elles suggéré l'idée piemière de ses tétralogies«. Kn présence de pareilles superstitions la critique moderne ne peut que sourire'.

1. Par exemple chez Dioî?ène Laérce (III, 1). ^ 2. Diogéne Laërce cite de Thrasylle une dissertation intitiil.'e -r.oh xr; àvayv^Wcto; Tô)v Ar.aoxpîrou p:;3X:cov, à laquelle Plutarque parait faire allusion {De la musique ,21).

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