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LES TRAVAUX DES CUf! fOUES MODKRXES

INTRODUCTION

Rien de plus instructif, et en même temps rien de plus attachant rpie de suivre à travers les âges la fortune d'un de ces systèmes [)liilosophiques ou scicnlili([ues que recommande réclal dun grand nom. Tour à tour exaltés et méconnus, objet tantnt d'un fol enthousiasme, tantnt d'uu injuste dédain, ils subissent le oontre-coup immédiat de toutes les révolutions intellectuelles que traverse^ l'humanité.

Platon est un remarquable exemple de ces vicissitudes du génie. De son vivant on l'entoure, on l'applaudit à l'Académie d'Athènes : trois siècles plus tard, quelques érudits seuls s'in-

l'LAToN, t. II. I

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téressent à sa mémoire. Avec l'ère chrétienne commence pour ses écrits un regain de popularité : les Alexandrins le proclament leur oracle, miis leurs rêveries insensées courent risque de le compromettre à jamais. Le moyen -ài^e le connaît à peine ou lui préfère son rival Aristotc. A la Renaissance il trouve, en Italie surtout, des admirateurs et des fanatifjues : mais au sein des générations suivantes son influence, sinon sa renommée, subit une éclipse nouvelle et les ell'orts isolés de quelques savants le défendent mal contre l'indifférence et l'oubli.

Cependant, dès le milieu d-i w m^ siècle, avec les premiers historiens modernes de la pliilosophie grecque apparaissent aussi les premiers travaux consciencieux sur Platon, ses écrits et sou système, et depuis lors l'illustre philosophe n'a pas cessé d'être un objet (réînde, à ce |)oint que peu d'écrivains classiques, aucun peut-être, ont attiré au m'ème degré l'attention. I/ant!({uit<' (b'jà avait comme pressenti la « question homérique : '> on peut dire de notre siècle qu'il a posé, sinon résolu « la question [)iatuniciennc. » Auu {)as que l'on ait osé, connue pour le vieil aède, contester l'existence du philosophe : mais tout ce (pli touche à sa vie et à son enseignement a fourni matière ;ni\ pl'is intéressantes comme aux plus vives polémiques. Ou a voulu savoir d'où avaient été tirés les éléments de son système, sous ([uelles influences il les avait associés et fondus ensemble dans une brillante synthèse. La iorme même qu'il a choisie pour livrer sa pensée à la postérité a quelque chose tout à la fois de si séduisant et de si fugitif, de si gracieux et de si mobile que sur une question donnée il n'est pas toujours facile de démêler au milieu de tant d'affirmations diverses celle à laquelle il a entendu définitivement s'arrêter. Chez lui l'élément artistique et l'élément scientifique, d'ordinaire en antagonisme, sont >i merveilleusement unis et entremêlés qu'on ne sait auquel s'attacher de préférence dans une analyse de ses idées et de sa doctrine, ilésoudre ces divers problèmes est une tache difficile, puisque aucune solution jusqu'ici n'a paru décisive, mais aussi une tache agréable, puisque tant de fois elle a été recommencée. Le sujet est d'une telle fécondité que dix

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et vingt ouvrages importants ne l'ont pas épuisé. Pour tout autre philosophe, les divergences entre critiques ne portent guère que sur des points plus ou moins secondaires : le platonisme seul ou presque seul ace privilège, que chaciue tentative nouvelle d'explication entraîne comme une révolution complète, non seulement dans la solution à intervenir, mais, chose étonnante, jusque dansles termes mêmes où se pose le problème.

Ici, comme ailleurs, malgré des travaux considérables publiés en France et en xVngleterre, le premier rang n'en appartient pas moins à rAllemagne, proclamée avec raison « le grand atelier de l'érudition moderne K » Au lieu de regarder les chefsd'ieuvrc de l'antitpiité avec une sorte d'éblouisscmcnt contemplatif, ses savants les ont soumis à une analyse sévère, et si leurs gros volumes manquent le plus souvent de cette élégance qui nous est propre, en revanche on ne sait pas toujours assez ce qu'ils attestent de veilles laborieuses, de patience dans l'investigation des textes, de sagacité dans leur interprétation. C'est là, disait naguère un de nos plus remarquables érudits, c'est là qu'on apprend le sérieux, la gravité, la conscience scrupuleuse du travailleur, en môme temps que l'universelle curiosité des choses de l'esprit.

Appelé à faire connaître les travaux les plus remarquables de ce siècle sur i ensemble de l'œuvre de Platon, je n'ai pas cru j)ouvoir me borner à une simple analyse, et puisqu'il s'agit d'une longue série d'études, il m'a paru que chacune des voix autorisées dont je résumais les conclusions devait trouver ici avec l'écho qui la reproduit, l'appréciation qui la juge.

1. Gérando disait déjà au début do ce siècle {Archives iUléralres, 1, 10) : <( Précisément parce que l'appareil de l'érudition nous robute et nous fatigue, il nous convient mieux de chercher à profiter de celle d'autrui, et puisque les étrangers ont consenti à en faire les frais, nous devons nous emi»ressor du moins de saisir les résultats dont ils ont préparé toutes les données ».

L'ŒUTRE DE PLATON

téressent à sa mémoire. Avec l'ère chrétienne commence pour ses écrits un regain de popularité : les Alexandrins le proclament leur oracle, m lis leurs rêveries insensées courent risque de le compromettre à jamais. Le moyen-ài^e le connaît à peine ou lui préfère son rival Aristotc. A la Renaissance il trouve, en Italie surtout, des admirateurs et des fanatiques : mais au sein des générations suivantes son influence, sinon sa renommée, subit une éclipse nouvelle et les efforts isolés de quelques savants le défendent mal contre l'indifférence et l'oubli.

Cependant, dès le milieu du xvin« siècle, avec les premiers historiens modernes de la pliilosophie grecque apparaissent aussi les premiers travaux consciencieux sur Platon, ses écrits et son système, et depuis lors l'illustre philosophe n'a pas cessé d'être un objet d'étude, à ce point que peu d'écrivains classiques, aucun peut-être, ont attiré au m'ême degré l'attention. L'antiquité déjà avait comme pressenti la « question homérique : » on peut dire de notre siècle qu'il a posé, sinon résolu « la question platonicienne. » Non pas que l'on ait osé, comme pour le vieil aède, contester l'existence du philosophe : mais tout ce qui touche à sa vie et à son enseignement a fourni matière aux plus intéressantes comme aux plus vives polémiques. On a voulu savoir d'où avaient été tirés les éléments de son système, sous ([uelles influences il les avait associés et fondus ensemble dans une brillante synthèse. La forme même qu'il a choisie pour livrer sa pensée à la j)Ostérité a quelque chose tout h la fois de si séduisant et de si fugitif, de si gracieux et de si mobile que sur une question donnée il n'est pas toujours facile de démêler au milieu de tant d'affirmations diverses celle k laquelle il a entendu définitivement s'arrêter. Chez ha l'élément artistique et l'élément scientifique, d'ordinaire en antagonisme, sont si merveilleusement unis et entremêlés qu'on ne sait auquel s'attacher de préférence dans une analyse de ses idées et de sa doctrine. Résoudre ces divers problèmes est une tàcho difficile, puisque aucune solution jusqu'ici n'a paru décisive, mais aussi une tache agréable, puis([ue tant de fois elle a été recommencée. Le sujet est d'une telle fécondité que dii

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et vingt ouvrages importants ne l'ont pas épuisé. Pour tout autre philosophe, les divergences entre critiques ne portent guère que sur des points plus ou moins secondaires : le platonisme seul ou presque seul ace privilège, que chaque tentative nouvelle d'explication entraîne comme une révolution complète, non seulement dans la solution à intervenir, mais, chose étonnante, jusque da ns les termes mêmes où se pose le problème.

Ici , comme ailleurs, malgré des travaux considérables publiés en France et en Angleterre, le premier rang n'en appartient pas moins à l'Allemagne, proclamée avec raison « le grand atelier de l'érudition moderne K » Au lieu de regarder les chefsd'œuvre de l'antiquité avec une sorte d'éblouissemcnt contemplatif, ses savants les ont soumis à une analyse sévère, et si leurs gros volumes manquent le plus souvent de cette élégance qui nous est propre, en revanche on ne sait pas toujours assez ce qu'ils attestent de veilles laborieuses, de patience dans l'investigation des textes, de sagacité dans leur interprétation. C'est là, disait naguère un de nos plus remarquables érudits, c'est là qu'on apprend le sérieux, la gravité, la conscience scrupuleuse du travailleur, en même temps que l'universelle curiosité des choses de l'esprit.

Appelé à faire connaître les travaux les plus remarquables de ce siècle sur l'ensemble de l'œuvre de Platon, je n'ai pas cru pouvoir me borner à une simple analyse, et puisqu'il s'agit d'une longue série d'études, il m'a paru que chacune des voix autorisées dont je résumais les conclusions devait trouver ici avec l'écho qui la reproduit, l'appréciation qui la juge.

1. Gérando disait déjà au début do ce siècle {Archives littéraires, l, 10) : « Précisément parce que l'appareil do l'érudition nous rebute et nous fatigue, il nous convient mieux de chercher à profiter de celle d'autrui, et puisque les étrangers ont consenti à en faire les frais, nous devons nous empresser du moins de saisir les résultats dont ils ont préparé toutes les données ».

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