‹ La vie et l'uvre de Platon [microform]Chapitre 240 sur 343 · I.'ŒUVRK DE PLATON · texte numérisé non relu

I.'ŒUVRK DE PLATON

mais en dernière analyse la pern^clion divine est la raison mônu' de l'existence du monde. Le |ilatnnisme est tout entier dans ces deux principes destinés à triompher in[ un tard : l'être le meilleur en soi est aussi le plus réel en soi et le plus actuel : sa bonté est sa raison d'être: l'être le meilleur en soi est aussi le meilleur [)our les autres, je pins puissant, le plus aimant, le plus fécond : sa bonté est leur raison d'être. C'est là, nous osons le dire, le degré le plus élevé au(|uel puisse atteindre la pensée, le terme inévitable de toute dialectique, de toute science, de toute pliilosophie » (p. 733).

Si nous avons transcrit ce passage, ce n'est pas seulement en raison de limportance des conclusions, c'est aussi parce qu'il nous semble très propre à mettre en lumière la précision dont est capable l'auteur, qui sans se départir d'une sévérité élégante, aime en général, à l'exemple de Platon lui-même, donner carrière à son enthousiasme.

Certes, c'est là un travail (jui fait le plus grand honneur à la science française et quelle que soit la réputation métaphysique des érudits allemands, on ne rencontre chez aucun d'eux, pas même chez Schleiermacher, un effort aussi soutenu, aussi persévérant pour expliquer le platonisme tant dans son ensemble que dans chacune de se5 parties. Non seulement toutes les divisions de l'ouvrage sont fortement coordonnées autour d'un centre unique, lequel n'est autre que la théorie des Idées, mais, comme s'exprime M. Lévôque, rapporteur du concours, « l'auteur passe en revue tous les aspects de la philosophie de Platon sans imposer nos classifications modernes aux pensées de ce libre génie. Cette exposition est un modèle de clarté et de méthode ; on voit s'y disposer et s'y encliainer naturellement avec les détails de la doctrine elle-même, les solutions et les discussions diverses auxquelles le platonisme a donné lieu dans tous les temps. » Revenant plus tard et insistant sur cet éloge à propos de la seconde édition, il ajoutait : « M. Fouillée a et gardera l'honneur d'avoir éclairé mieux que personne jusqu'ici ce magnifique système. Autant qu^il a pu, il est entré en société avec Platon : il lui a, sans se lasser, demandé ses confi-

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dences : il en a obtenu et de bien précieuses. Nous devons à M. Fouillée sur Platon une œuvre d'ensemble vaste, lumineuse profonde, dont l'étranger ne nous a pas jusqu'ici présenté i'é' quivaleiit. »

Ce nest pas un .les moimlres mérites de celte publication d'rlre le fruit d'une conce|ition tout k fait pers.mnelle. Feronsnous ù .M. FnuilJro un grief d'avoir négligé les travaux de la cnl.quc allemande? Ce n'est pas qu'il les ignore: dans quelquesunes de ses notes apparaissent les noms de Schleiermacher, d'Ast, de Socher, de Steinhart et de Stallbaiim : mais évidemment lia oublié de les approfondir, ou peut-être ces discussions lui ont-elles paru stériles '. D'ailleurs c'est un de ces esprits assez riches de leur propre fonds pour pouvoir se j.asser des inventions et des réflexions d'autrui.

Ce qui surprend davantage chez un écrivain aussi pénétrant c'est de le voir se placer de prime abord en face du Platon de la tradition, sans se poser un seul instant la question de savoir si dans cette vaste collection tout est marqué au coin d'une authenticité incontestable. On lui a justement reproché la sévérité avec laquelle il traite ceux qui ont osé faire un départ qui leur paraissait nécessaire -. Admettons que la critique et l'interprétation des textes anciens doivent marcher de fronton devra nous accorder que la première précède logiquement la seconde : or ici elle se trouve systématiquement écartée.

i. No ons cependant une confusion évidente entre Ast et Soclier, dans la ote de la page ,.9 - La critique française contemporaine n'a jamais témo.Rn.. beaucoup de gortt pour la discussion des questions d'origine, et c est a peine si elle a marqué jusqu'ici son passage sur ce champ où la critique allemande se plait au contraire à pousser en tous sens ses explorations. ., A part quelques hommes éniinents, peut-être supérieurs à tout ce que 1 Europe produisait dans le même ordre, l'école française en fait de let-

hnWh,T?f' '■'"' '"''*'°"''- '"' "" ^"' "' ''^^P^" "' '=> pénétration, ni les habitude, laborieuses qui lui manquèrent : ce fut la tradition » (Renan)

-. V oic, en quels termes il les apprécie: « Les faux érudits qui repoussent

1 authenticité de tant de dialogues - parmi lesquels de vrais chefs-d'œuvre

tT„!"'",f "."''" '■"'"' "''" ''°''">' l''-^^ '« li"» avec la doctrine de Platon elle quds 1 imaginent, prouvent simplement leur myopie intellectuelle qui les rend incapables d'embrasser du regard trois ou quatre idées à la fois avec leurs relations ».

Même iiiditlerenee en face du problème chroiiologiiiue sur lequel, dit M. Fouillée, on ne pont hasarder que de pures livpothèses. Aussi déclare-t-il qu'il aime mieux «'dever la discussion au-dessus de toutes ces incertitudes historiques : cependant puisipi'il est reconnu que les divers dialogues de Platon traduisent chez ce philosophe des ('tats d'esprit divers et des degrés inégaux de conviction, est-il sans intérêt deconnnitre la marche qu'a suivie sa pensée?

On saii en paiticnlier que dans le Platon traditionnel il y a deux hommes, deux métapiiysiciens s'inspirant de principes bien ditlerents, ou pourrait presque dire opposés. L'ambition de M. Fouillée a été visiblement de supprimer cette contradiction en la dominant. xVbordant de front cette partie la plus difficile à coup sur de sa tache, il n'hésite pas au milieu de l'interprétation des textes si lumineux, si universellement admirés de la République, du Tlméc, du Phèdre et du Banquet, à nous ramener aux subtilités du Sophiste, aux thèses et aux antithèses du Parménlde \ Ce dernier dialogue occupe même dans sa conception et son exposition du système une place qu'aucun platonicien depuis Proclus n'avait consenti à lui reconnaître. Affirmer que le dualisme du Tlmée n'est que provisoire et que le dernier mot de Platon sur les rapports du fini avec l'infini est dans le Parménlde ; voir dans ce dialogue en dépit de son argumentation toute sceptique, un dogmatisme destiné à prouver que les contraires, loin d*ôtre inconciliables, ont dans l'unité un sujet commun où ils coexistent; c'est soutenir uiif^ thèse bien hardie et bien peu vraisemblable aux yeux de quiconque ne fait pas de Platon une sorte de Hegel antique.

1. Si Platon a mis en scène les doctrines les plus diverses avec les pei-sonnages les plus divers, c'est par convicUon que pour celui qui va au fond des choses tout se ramène à l'harmonie et à l'unité, u M. Fouillée met en évidence renchainement des dialogues suspects. Il saisit sûrement les points par où les dialogues se touchent, se tiennent, s'expliquent, et là où d'autres n'aparç vivent que des contradictions, il découvre et montre une réelle harmonie... Son interprétation de la thèse fondamentale du Sophiste nous paraît d'une irréprochable justesse >♦ (M. Lévèque dans \q Journal des Savants, juin 1890).

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Ln vigueur métaphysique dont cette tentative fonrnit la preuve laisse (Pautanl plus de regret ipte l'auteur a trouv.' des exf)ressions adnîirabîes soit pour parler du Dieu de la République a (\u Timée. soit pour décrire les Idées telles quelles a|;paraissenl dans le Phèdre a\(i Phédon, pénéfrantdo leur clarté céleste toute notre vie intellectuelle et morale. Appuyé sur cette profonde intelligence du platonisme authentiqiie et véritable, il nous eut certainement donné une œuvre sans é'^Mle, si à l'exemple de Socher, de Schaarschmidt et d'Uberweg, il avait résolument abandonné à leurs obscurités le Parnuhilde, le Sophiste et le Politique, ces trois rejetons illégitimes du tronc socratique et platojucien.

Même en dehors de cette considération, il nous semble que M. Fouillée a tenu à mettre dans le platonisme une unité, un enchaînement qui dépassent ce qu'avait entrevu son fondaleur K Selon la remarque de M. de Uémusat, il s'est efforcé de retrouver dans les dialogues tout ce que la méditation des dialogues lui avait suggéré, et s'il eût été donné à Platon de le lire, il est probable (pie le philo.sophe athénien se serait souvenu du mot de Socrate sur le Lijsis : « Que de choses ce jeune homme me f.ait dire, aux(pielles je n'avais jamais songé -! » Ou a dit de l'exposé linal par où s'achève la Philosophie de Pla^ ton que c'était la profession de foi d'un spiritualiste moderne : à qui persuadera-t-ou que l'évolution de la ])ensée immaine pendant vingt siècles n'a rien eu à ajouter, rien à retrancher à ce qu'avait découvert le génie platonicien 3?

1. 'cM. Fouillée donne de la doctrine une inlerprétation svstématique arrêtée, constrnctivo, souvent arbitraire, absorbe la doctrine tout entière d'ans la théorie des idées, et se débarrasse préalablement dos recherches érudites par quelques formules souverainement dédaigneuses » {Revue crilique 1- février 189:2). '

2. « Der Ilang zuin Systematisieren bringt den Verfas.ser vielfach in die Lage, dem Plalo Dinge abzufragen. auf welcho dieser, strenggenonimen, gar keine Antwort bat und haben kann, weil sie seiner Spekulation fern la^en . (Apelt). Voir l'appréciation de M. Conghi dans sa traduction du Pkédoii (p. loi) et celle de M. Bénard dans la Préface de l'ouvrage tout récent dont il sera parlé plus loin.

3. Plus récemment dans la Revue des Deux-Mondes M. Fouillée a paru con-

Pl.vton, t. II.

r/ŒrVHE HK PLATON

En mt'ine temps (lu'il su faii toi t de iMtronver l'unité fondamentale de la doctrine, le critique est si frappé de la richesse et de la nniltiplicité des points de vue réunis et associés dans ie platonisme, qu'il voit tnur à tour dans Platon un Berkeley ramenant la matière à Tid/'o, un Spinosa supprimant les êtres individuels en l'ace de iV-tre absolu, un Malebrancbe proclamant la théorie de la vision oi\ Dieu, un He-el posant en principe Tidentité des contradictoires, ou tout au inoin^ un Cousin travaillaiif à établir fiiarmonin des contraires. Il K'sulte de ce mélange que si certaines interprétations, prises à part, paraissent claires et lumineuses, le rapprochement de tant de conceptions divergentes finit par engendrer sur plusieurs points, et non des moins importants, une certaine obscurité.

Cependant, quoi que l'on pense de ces critiques, à ce style d'une allure magistrale et éloquente, à cette faculté de s^assimiler et de combiner les opinions les plus diverses, à cette remarquable ouverture d'esprit, à cet élan vers l'idéal, Platon, nous n'hésitons pas à le dire, dans le lauréat de l'Institut de France en 18()7 eiit promptenjcnt reconnu l'un des siens.

iO. ClfAIGNET

L'ouvrage que nous venons d'analyser était appelé à trouver un complément aussi précieux qu'inattendu dans une publication un peu postérieure de M. Chaignet, alors professeur, depuis recteur à ia Faculté des Lettres de Poitiers K M. Fouillée, comme le demandait le programme de l'Académie, s'était préoccupé avant tout, chose difficile et méritoire entre toutes, de coordonner, d'enchaîner, d'expliquer systématiquement les théories et les principes de Platon : absorbé par la philosophie,

damner au moins indirectement la théorie des idées en l.Iàmant Platon de « rechercher 1 élément supérieur à la matière, non dans rint.lliaence seule mais dans des objets ou des rapports intelligibles. » °

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