‹ La vie et l'uvre de Platon [microform]Chapitre 242 sur 343 · Paris · texte numérisé non relu

Paris

1/ŒUVKK DE PLATON

quelle sûreté de coup dVeil, (juelle délicatesse pioroiide le i;rand uioraiisle est descendu dans ces replis obscurs de la conscience^ conuno il a somh', dt'gai^é, découvert les niouvements secrets du cœur liuniaiu et de ([uelle lumière éclatante et soudaine il en a éclaire ies al)irnes » [p. 304).

Son livre >ur ia lie et les éerits de Platon fait aux questions d'histoire la première place. Autant la métaphysique y devient rare, autant l'ériidition y rèi^ne en souveraine. On sent même qu'il eut été facile à lauteur, s'il l'eut voulu, d'en étaler davantage : c'est d'une main discrète et habile que soit dans son texte, soit dans ses notes, il sème renvois, commentaires et citations. « Je ne prétends pas, écrit-il dans son Avertissement, en racontant la vie de Platon, y montrer le principe de son développement philosophique, la racine et le germe de sa doctrine. Est-ce à dire qu'il est inutile de la connaître? Ce serait une exagération contraire et une autre erreur. D'ailleurs la vie de ces hommes qui uul nourri et nourrissent tant de générations de la moelle de leur pensée, qui sont comme la chair et le sang de notre propre esprit, excite une curiosité universelle et un sympathiijue respect. » La biographie du grand philosophe, dont M. Ghaignet étudie tour à tour la vie extérieure, le caractère et renseignement, occupe près d'une centaine de pages K

Le reste du volume est consacré aux écrits de Platoî) et aux problèmes de tout genre qu'ils ont soulevés. Ces problèmes sont si multiples, si difficiles qu'on ne s'étonnera pas si la discussion est parfois un peu sommaire, partant la conclusion incomplète. Un premier chapitre est consacré ex professa à discuter l'authenticité des dialogues. Les lignes suivantes trouveront peu de contradicteurs : « 11 est trop évident qu'avant d'interpréter et déjuger un système philosophique il faut en posséder une

LES CRITIOrEs MODEUNES

1. A propos de cette biographie, nous rappellerons volontiers les éloges décernés par l'Académie des sciences morales à la Vie de Socrate du même auteur, qu'elle définissait c un livre complet sur la matière , qui n'a peutêtre pas son égal dans la collection des biographies philosophiques ni pour la variété et l'abondance, ni pour l'emploi judicieux des textes, ni pour l'intérêt de la composition et le charme du style. »

exposition complète et sincère, il faut avoir vérifié la valeur des textes qui la contiennent, et l'authenticité des sources qui nous eu oui transmis la connaissance. » Autrement l'on s'expose à faire en pure perte des frais immenses de recherche et d'jiiterprétatioîi. M. Chaignet se prononce presque avee la m<'nie énergie que Grote coutre la méthode du critérium interne et demande que pour chacun des dialogues on s'en réfère d'abord à la tradition commune, constante et pour ainsi dire universelle de ranti(|uité. Toutefois, si porté qu'il soit aux concessions, il n'en rejette pas moins trois des dialogues inscrits au catalogue de Thrasyile, Vflippfm/ue, le second Alcihiadc, et les Bivaux. Le chapitre ({ui traite des aycaii-x Uyj.v-y. paraît pouvoir être cité comme un modèle : je ne crois pas qu'aucun critique, même en Allemagne, ait jeté plus de clarté sur cette obscure question. Les trois cents pages qui suivent contiennent les arguments de trente-trois dialogues réputés authentiques: c'est la partie la plus faible du livre. L'analyse est souvent superficielle, la partie !)ibliograj)hique insuffisante : de cet ensemble d'('tudes isolées on a peine à dégager une notion exacte de ce que fut le système platonicien, considéré soit dans ses principes, soit dans ses conséquences.

L'auteur reprend en revanche tous ses avantages dans la discussion des <{uestions spéciales par où s'achève le volume. Toute recherche de Tordre chronologique des dialogues lui parait frappée à l'avance de stérilité, et il se borne à mentionner en passant les conjectures opposées de Schleiermncher, de Stallbaum et d'iïerinann. Ce dernier avait pris comme point de départ ce fait que l'esprit, en tant qu'organisme vivant, est soumis à des lois nécessaires dans tous ses développements. Vl. Chaiguet proteste au nom de l'originalité et de la liberté du génie: « La force de l'imagination, la volonté de l'artiste, la nature du sujet ne pouvaient-elles pas replacer l'aut(Mir un instant dans le milieu intellectuel et moral qu'il avait antérieurement traversé et dont le souvenir ne pouvait être elfacé? Il est des esprits, et ce sont précisément les plus grands, qui arrivent de très bonne heure à la maturité de toutes leurs fa-

L'ŒL\ ni. i)K PLATON

cultes et qui retrouvent jusque daus l'âge le plus avancé toute leur jeunesse et toute leur fraîcheur de pensée et de style '. » D'ailleurs, puisque Platon jusqu'au dernier jour a retouché ses ouvrages, comment se flatter d'y retrouver aujourd'hui les phases successives de sa pensée? Ainsi le seul prohlème utile à résoudre, c'est la suite logique des dialogues, et ici M. Chaignet passe en revue les solutions des anciens et des modernes, depuis Aristophane de Byzance jus(|u'à Cousin.

Puis il se pose cette question : « Pour([nni Platon a-t-il écrit '! » et il rencontre sur ses pas l'explication dllermann, assimilant la philosophie platonicienne à une création disparue dont les dialogues ne sont que les memhres épars : pour la retrouver nous serions ainsi réduits à procéder à la façon d'un Cuvier. M. Chaignet avoue ne pas posséder ce don de divination, ni cette audace de reconstruction philosophique. Mais, ajoute-t-il, « sur quelles raisons appuie-t-on cette opinion qui renverse laulorité, sinon l'authenticité de ces précieux et admirables monuments? Eh quoi! parce que dans une œuvre de jeunesse Platon déclame dans un livre contre les livres, le voilà condamné à n'en plus faire! » Et s'emparant du texte même du Phèdre, il montre que malgré les apparences Platon a très bien pu sans inconséquence composer ses dialogues comme un mémorial durable de son enseignement.

Pourquoi Platon si amoureux des mythes poétiques, a-t-il néanmoins écrit en prose? « La philosophie, passion du pourquoi, curiosité insatiable de la raison complète, claire et vraie des choses, a besoin de se soustraire au cercle magique et enchanté de la poésie, et de prendre une langue plus virile et plus sévère ». D'ailleurs pour combattre efficacement les sophistes, il fallait les suivre sur le terrain où ils s'étaient triomphalement établis.

LES CRITIQUES MODERNES

1. P. 437. Il nous semlDle que cette préoccupation a on traîné fauteur trop loin quand il écrit à la page suivante : « 11 m'est impossible de croire que l'une des grandes lois du développement historique ou du développement do l'esprit aurait été violée si Platon avait écrit les Lois avant la République au lieu d'écrire la République avant les Loi,, conime Aristote nous apprend qu'il a fait. »

Pourquoi des dialogues :> .c C'est là l'expression naturelle de la dialectique qui consiste dans le fait d'interroger et de répondre : elle repose au fond sur ce principe (pie la vérité est innée à l'esprit, rpic tout homme a dans sa raison les formes de la science et que du clioc des idées amenées par la conversation doit jaillir la lumière. » En outre c'était rester fidèle à la méthode et à la jiratifpie de Socrate, (^n?m c'était imiter presque jusqu'à lillusion le discours parlé, le seul, capable au jugement de Platon, d'agir à la fois sur les esprits et sur les cœurs. Si nous ne nous trompons, les pages où ces pensées se trouvent développées peuvent passer au nombre des meilleures du livre; sans digression, sans hors dœuvre l'auteur a su trouver le moyen d'être neuf après tout ce qui avait été écrit sur ce sujet. Ce qu'il dit sur les mythes n'est pas moins remarquable : il les définit « un élément intégrant de la philosoi)hie et comme le corps de la pensée grecque. » Puis, passant à l'ironie platonicienne, il fait un reproche à ceux qui en chercheni et en trouvent partout, au point d'en faire une tendance et presque une manie de l'auteur des dialogues: celui d'oublier les autres qualités de ce beau génie, si mesuré et si harmonieux. Le chapitre est couronné {)ar cette réflexion finale : « Sa conception de la nature, de l'homme et de Dieu est poétique par essence : il y a du rêve dans le système, de là cette jeunesse, cette grâce, cette vie, tout cet éclat de poésie qui se fondent si merveilleusement avec la tendance idéale de la doctrine, et en sont comme l'expression naturelle. »

Nulle part les jugements des anciens sur le style de Platon n'ont été plus conqjlèteinent et plus savammeiit rapprochés. Bien que ce style témoigne d'un art merveilleux, « ici l'art sert non à masquer le vide de la pensée, mais à la faire valoir et à la mettre dans un jour plus lumineux, d.ins un relief plus saillant. Ce qui éclate surtout dans Platon, c'est dune ]»art ia riche diversité des couleurs et des Ions, qui se fond eu une admirable harmonie, de l'autre la puissance de vie qu'il répand sur bd pensée, cl dont U pénètre la forme de l'expression » (p. 516).

Enfin i i dernière partie du livre, malheureusement bien courle. contient une indication sommaire des biographes, commentateurs, éditeurs et traducteurs du •^^rand philosophe. En somme, si le philosophe et le métaphysicien ont peu à apprendre dans rouvraire de M. Chai-net, le httérateur, l'historien et l'érndit II' liront avec plaisir : ils y trouveront, à défaut de vues originales et profondes, une science fine et curieuse mise en œuvre par un esprit souple et déhé, dans un style parfois élocpient, toujours net et précis.

-0. TElGllAlULLEll

un sait en quels termes Voltaire excuse (hms le domaine artistique et littéraire lafstérilité relative de son époque. « Vers le temps de la mort de Louis XIV, la nature sembla se reposer. L'i route était difficile au commencement du siècle, parce que personne n'y avait marché : elle l'est aujourd'hui, parce qu'elle a été battue. Les grands hommes du passé ont dit ce qu'on ne savait pas : ceux qui leur succèdent ne peuvent guère dire que ce qu'on sait. »

Ces paroles reviennent involontairement en mémoire, lorsqu'on réfléchit au nombre vraiment surprenant des travaux suscités depuis cent ans, particulièrement en Allemagne, autour de la question platonicienne. Cependant assez récemment cette question a été réveillée par une série d'études sorties de la plume d'un érudit aussi savant qu'ingéni(Hix, Teichmiillcr ^ à la suite d'un singulier conilit d'opinions entre lui et le célèbre auteur de la PliUosophk des Grecs, M. Zeller. Celui-ci, si nous en

1. Professeur à l'Université de Dorpat on Livonie, mort en 1891. Parmi ses nombreuses dissertations, il suflii-a de mentiouner ici les suivantes- Ceschichte der Begrlffe der Parusie (Halle, 187;i) - Sludieu zur Geschichl^ der Beffriffe (Francfort, 1874) - Die Platonhche Frage, eijw Streitschrift geqen Zeller {Goûi^, 187G) ~ yeiie Studlen zuv Gesckkhte der Iieqri//e ((yoihïi 3 volumes, 1876-1879) - Uber die Bei/œnfolffe der Platonischen Dialnge (Leipzig, 1879). - lAterarische Fehden im ÎV. Jahrinmdert vnr Christi (jer volume Bre.slau, 1881, 2« vol. 1884). - Religionspkilosopkic (Breslau, 1886).

LES GhlTinUES MODERNES

croyons son adversaire, aurait eu le tortgrave de mettre Platon sur le même pied qu'Homère, Hésiode, et les anciens OcGAoyoi si dépréciés par Arislote. Pounpioi ? Parce ({u'au lieu de ne tenir aucun compte de l'élément mythique dans la reconstitution de la doctrine platonicienne, il y a vu une des faces, et non la moins importante, de l'enseignement du [)hihjsophc. Platon prévoyait (ju ii n'aurait pas seulement de purs logiciens parmi ses lecteurs : aussi s'est il servi du mythe à peu près comme Voltaire se servait de la religion. Si la foi de Platon et sa philosophie ne sont pas d'accord, il faut résolument subordonner dans son interprétation la première à la seconde : et contre tous les interprètes aussi bien de l'antiquité que des temps modernes, ïeichmidler réclame le droit de concevoir et de représenter Platon in forma riglda^ comme il s'exprime lui-même, c'est-à-dire en éliminant cette gangue mythique pour s'attacher uniquement à l'or pur qu'elle enveloppe. Gomme tout es[)rit impartial, Zeller avait été frappé des hautes considérations morales quil a plu à Platon de traduire dans ce langage poétique. Teichmiiller répond que pour avoir une moralité, les fables n'en sont pas moins des fables, et non des d('monstrations logiques. Ce qui constitue le platonisme véritable, c'est l'affirmation de l'impersonnalité et de l'éternité de l'àme universelle : tout le reste n'est qu'accommodation plus ou moins habile aux croyances populaires. Faute de cette remarque capitale, Platon sort des mains de la critique à l'état de « musée de curiosités » [Raritdten kammcr).

Prenons un exemple. Rien de plus manifeste en apparence chez Platon que la préoccupation de l'immortalité : rien de plus clair que ses affirmations réitérées sur ce point essentiel. Cependant, si nous en croyons Teichmiiller adoptant pleinement sur ce point l'interprétation de Hegel, rien n'est plus éloigné de la pensée de Platon f{ue l'immortalité personnelle dont il ne parle que dans ses mythes ^ et qui est inconciliable avec ses théo-

1. Parler ainsi, n'est-ce pns être bien sévère pour (jnelques-uiis an moins des arguments développés dans le Phédoni

L'ŒL'vnE nr platon

ries sur Vautre et le même, sur le fini et l'iiifiui. Jl n'y a (itiiuie choso durable et peruianente dans \'iuy\q humaine ^ comme danslascience humaine, c'estle moudi divin des Idées, himière de l'àme et fondement de la science. iJe Dieu personnel, il n'y en a pas davantage chez Platon : ladivinit<' ne prend conscience d'elle-même (juc dans le sa-e. Ouel est le degré le plus éh'vé delà perfection?se sentir divin par participation à l'essence divine. Ce qui fait le fonds du platonisme, ce n'est pas, comme chacun l'a cru, la théorie des Idées, condamnée ou tout au moins rectifiée sur un point capital dans le SopJmie : c'est la communauté des idées entre elles et avec le monde matériel -. Dieu et la nature ne sont qu'un \ Rien de plus mystérieux que cette absorption mutuelle de ce qui passe et de ce qui demeure: de là les métaphores de tout genre auxquelles Platon a successivement recours chaque fois qu'il s'adresse aux profanes : de Là aussi, ajoute notre critique, le voile qui cache sa doctrine, voile que personne jusqu'ici n'a entièrement soulevé.

De telles assertions, d'ailleurs en partie renouvelées de Schleiermacher, tranchaient trop avec l'opinion courante pour ne pas susciter d'ardents contradicteurs \- en même temps aussi bien en Allemagnequ'àl'étranger elles trouvaientdes adhérents

1. (( Das individuello menschliche Seelenleberi ist ailes durcli Gemeinschaft mit dem Leibe entstand^n, und also sterblich... Das individuelle hat bei P ato kein A\ esen. ist nur eine sterbliche Mischungvon lauter allgemeinen Memenlen... Piato kennt gai kein besonderes substantielles Ich, keine Personhchkoit, deren Wiirdigung erst dem Ghristenthum •vor])ehalten blieb » {Literansche Fehden, II, J63).

J\ f '"'"' ^f "^'^^'' '"""^ ^'' abstractions, la matière est une abstraction, seul le monde est roel, parce qu'il possède les attributs de la divinité. « Nnr dies ist Platonismus, dass unser Wesen das Wesen des Vaters der VVelt selbst ist und dass die Welt nicht gottverlassen, sondern durch Theilnahme an ihm eudàmonisch, unsterblich und gottlich ist >>. Tout oriainales qn elles paraissent ers idées, si je ne me trompe, ne sont pas absolument neuves : U me semble avoir lu chez les néo-platoniciens des rêveries analogues et c est ainsi, pour son malheur, que Platon a été plus d'une fois entendu au moyen-âge.

3. Il est à remarquer que Teichmuller lui-même n'est nullement panheiste comme en fait foi la dernière et la plus importante de ses publica-

tions : Rehfjionsphilosophie.

4. Citons notamment un article de 5ïebeck dans la Zeitschrift fur Philoso- Phœ and pluL Kmk (1876, - cahier), un jugement de la Rassejna setlunanale

\ t Ji,

LES CRITIQUES MODERNES

convaincus, au premier rang desquels se placent MM. Spielmann ^ et Tannery -. Mais nous aurons garde d'insister sur ce débat, puisque c'est [>ar le seul coté phUo/or/ifjiw, comme s'expriment les Allemands, que doit être abordée ici l'étude de Platun.

Que penser de l'origine des dialogues ? ont-ils lous Platon pour auteur / Quels sont ceux <jue nous avons le droit d écarter comme apocryphes? ce vaste procès pendant depuis un siècle a été à peu près entièrement négligé par Teichmidler. Aussi bien après avoir rejeté aussi allègrement l'authentjcilé du sens, qui serait tenté de s'attacher à plaider l'autlienticité du texte ?

En revanche peu d'érudits ont travaillé avec plus de persévérance à résoudre le difiicile problème de la succession chronologique des écrits pl.itoniciens. Une série de publications de Teichmuller ^ nous apportent sur ce point des conclusions nouvelles, obtenues jiar des [)rocédés nouveaux dont il se plaît à vanter l'excellence et relTicacité. Ici encore nous devons nous borner à résumer en quelques traits ce qui sera plus opportunément exposé et jugé dans une partie spéciale de ce volume.

Tout d'abord l'attention de Teichmuller a été attirée et retenue par un passage du Théétcte où Platon blâme le tour narratif, employé par lui exclusivement dans ses dialogues antérieurs

(1879) et l'ouvrage de Ghiappelli : Délia inttrpvetatione panteistica di Platone (Florence, 1878).

1. Voir sa brochure: Plafon's Pantheismus (Briven, 1877) où il essaye d'établir que cette solution supprime dans Platon toute contradicUon, est indépendante de tout élément mythique, enfin communique à l'ensemble de la doctrine une i^urprenanle profondeur.

2. « C'est la gloire de Teichmiiller, écrit-il. d'avoir reconstruit contre le maitre lui-même un platonisme systématique et sans incohérence. »

3. Ueher dUi ReihenfoUje der platonlschen Dialoge (Leipzig, 1899). — Literarische Fehden im vierten .lahrhundert cor C/ir. On lit dans la préface de ce dernier ouvrage : « Was lange ersehnt und nur in silssen Traumen von den Gelehrton gehofTt o 1er erblickt wurde, das soll hier wenigstens filr die wichtigere ersle Période des platonlschen Stils in lilrfûllung gogangen soin. Und es werden dafiir nichi nebelhaite Beweise in's Feld gefiihrt, wie sie ein jeder auf seine Weise au^ den Eindriicken dos philosophischcn Inhults der Dialoge zielit, sondern die Méthode wird dem Gegenstande genaii angepasst und bal dabei den Charakter derjenigen Beweisfûhruug, wie sie bei dem gerichtlichen Process und in der Geschichtsforschuug ûblich ist. »

r/Œuvr!F. nr platox

ries sur Vautre et le même, sur le fini et riiifini. Il ns m (|n'une chose durable et permaaente dans lïiuie humaine ' comme danslascience humaine, c'est h^ monde divin des Idées, lumière de 1 ame et fondement de la science. De Dieu personnel, il n'y en a pas davantage chez Platon, la divinité jie prend conscience d'elle-même que dans le sage. (Jueî (^st le degré le plus élevé de la perfection ?se sentir divin par participation h Tessence divine. Ce (pii l'ait le fonds du platonisme, ce n'est pas, comme chacun l'a cru, la théorie des Idées, condamnée ou tout au moins rectifiée sur un point capital dans le Sophiste: c'est la communauté des Idées entre elles et avec le monde matériel \ Dieu et la nature ne sont qu'un \ Rien du plus mystérieux que cette absorption mutuelle de ce qui passe et de ce qui demeure: de là les métaphores de tout genre auxquelles Platon a successivement recuur. chaque fois qu'il s'adresse aux profanes : de Là aussi, ajoute notre critique, le voile qui cache sa doctrine, voile que personne jusqu'ici n'a entièrement soulevé.

De telles assertions, d'ailleurs en partie renouvelées de Schleiermacher, tranchaient trop avec l'opinion courante pour ne pas susciter d'ardents contradicteurs ^- en même temps aussi

bien en Allemagne qu'àl'étranger elles trouvaient des adhérents

LES CRITIQUES MODERNES

1. (( Das individuelle menschliche Seelenlebea ist ailes durcIiGemeinschaft mit dem Leibe entstand.n, and also sterblich... Das individuelle bat bei P ato kem Wesen, ist nur eine sterbliche Mischun^von laiiter allgemeinen Memenlen... Piato kennl gai kein besonderes substantielles Ich keine Fer sonliehkeit, deren Wiirdigung erst dem Ghristentbum •vorJ)ehalten blieb » {Literansnhe Fehden, II, 163).

2 Ainsi les Idées sont des abstractions, la matière est une abstraction, seul le monde est ruel, parce qu'il possède les attributs de la divinité. « Nur dies ist Platonismus, dass unser Wesen das Wesen des Vaters der Welt selbst ist und dass die Welt nicht gottverlassen, sondern durch Theilnabme an ihm eudamonisch, unsterblieh und gottlicb ist ». Tout oriainales qu elles paraissent ces idées, si je ne me trompe, ne sont pas absohiment neuves : il me semble avoir lu chez les néo-platoniciens des rêveries analogues et c est ainsi, pour son malheur, que Platon a été plus d'une fois entendu au moven-àge.

3. Il e.st à re,narq.,er que TeiclinuiHer lui-même n'e.t nullement panhe.ste comme en fait foi la dernière et la plus importante de ses pub ica-

lions : HeLifjionsphilosophie.

4. Citons notamment un article de Sïebeck dans la Zeitschvift fur P/nlosophœ and phd. Krink (187B, 2» cahier), un jugement de la Rasseona setfunanale

convaincus, au î)remier rang desquels se placent MM. S[)ielmann ^ et Tannery -. Mais nous aurons garde d"insister sur ce débat, puisque c'est par le seul coté philolo(j(quc, comme s'expriment les Allemands, que doit être abordée ici l'étude de l'iaton.

Que i)enser (h' l'origine des dialogues "! ont-ils tous l^laton pour auteur / Quels sont ceux (jue nous avons le droit d'écarter comme apocryphes? ce vaste ])rncès pendant depuis un siècle a été à peu près entièrement négligé par Teichmidler. xVussi bien après avoir rejeté aussi allègrement l'authenticité du sens, qui serait tenté de s'attacher à plaider rauthenticité du texte ?

En revancliepeu d'éiudits ont travaillé avec plus de persévérance à résoudre le difiicile problème de la succession chronologique des écrits platoniciens. Une série de publications de TeichmuUer '^ nous apportent sur ce point des conclusions nouvelles, obtenues par des [)rocédés nouveaux dont il se plaît à vanter l'excellence et refficacité. Ici encore nous devons nous borner à résumer en quelques traits ce (]ui sera plus opportunément exposé et jugé dans une partie spéciale de ce volume.

Tout dabord l'attention de Teichmiiller a été attirée et retenue par un passage du Théétcte où Platon blâme le tour narratif, employé par lui exclusivement dans ses dialogues antérieurs

(1879) et l'ouvrage de Chiappelli : Delta intirpretatione panteistica dl IHatone (Florence, 1878).

1. Voir sa brochure: Platon's Panfheismus (Briven, 1877) où il essaye d'établir que cette solution supprime dans Platon toute contradicUon, est indépendante de tout élément mythique, enfin communique à l'ensemble de la doctrine une surprenante profondeur.

2. « C'est la gloire de Teichmûller, écrit-il, d'avoir reconstruit contre le niaitre lui-même un i)latonisme systématique et sans incohérence. »

3. Ueher die Reihenfolyeder platon'ischen DlalfMje {hQi^zv^, 1899). — Literarische Fehden im vierten .hthrhvndcrt cor Chr. On lit dans la préface de ce dernier ouvrage : (( Was lange ersehnt und nur in siissen Trâumen von den Gelehrten gehofft oler erblickt wurde, das soll hier wenigstens fur die wichtigere ersle Période des platonischen Stils in ]]rfûllung gegangen soin. Und es werden dafiir nicht nebelhafte Beweise in's Feld gefûhrt, wie sie ein jeder auf seine Woise au^ den Eindriicken des philosophischon Inhalts der Dialoge zieht, sondern die Méthode wird dem Gegenstande genau angepasst und bat dabei den Ciiarakter derjenigen IJeweisfuhruug, wie sie bei dem gerichllichen Process und in der (Jeschichtsforschung ùblicli ist. »

L'ŒIJVUE DE TLA TON

si nous en croyons notre auteur, et se déclare converti à la forme dramatique, incontestablement plus rapide et plus dégagée. Comme dans Tliistoire des lettres grecques, dans la vie de Platon écrivain le drame à une heure donnée aurait succéd«' à ré})opée. La séparation des deux pf'riodes a-t-elle été aussi complète, aussi absolue? c'est ce ([ue nous aurons à examiner.

Au reste, les patientes investigations de Teichmiiller ne devaient pas tarder à l'engager dans une autre voie plus intéressante à coup sur et en apparence plus féconde. Partant de ce principe que deux éléments concourent à former les plus grands hommes, iunconstant, leurgénie et leurs dons naturels, l'autre variable a l'infini, leurs relations avec les personnages et les événements contemporains, il n'eut pas de peine à constater que ce second point de vue avait été considérablement négligé jusqu'à lui sinon par les biographes, du moins par les interprètes et les commentateurs de Platon. On dirait, écrit-il, qu'aux yeux du plus grand nombre les écrits du philosophe athénien sont des créations descendues du ciel, sans rapport aucun avec le cours des choses terrestres et inspirées par d'austères méditations dans une solitude plus entière encore que celle de Descartes ou de Kant. Non, la science ne fait que de naître ; Platon n'est pas un érudit moderne, se plaisant à ressusciter pour les combattre des penseurs et des systèmes depuis longtemps dans l'oubli : c'est à ses contemporains qu'il s'adresse, c'est d'eux aussi qu'il les entretient : engagé dans une multitude de polémiques, de nos jours à Berlin ou à Paris il eut écrit des articles de journaux et de revues, dans l'Athènes d'alors il a composé des dialogues, où une étude attentive nous aidera cà retrouver dans chaque cas particulier les hommes et les théories auxquels il s'attaque.

Reconnaissons ({u'à défaut d'autre mérite cette conception offrait celui de rajeunir la critique |)latonicienne : ce champ sur lequel après tant d'explorations consécutives il semblait qu'il n'y eut plus à glaner pour les nouveaux venus que de maigres et rare^^ épis devient sous les pas de Teichmuller une sorte de

LES CKlTlnUES M ODE UNES -j^

terre vierge on il pousse en toussons ses voyages dc{i;'c;);iverte, pleins de rencontres agréables et surtout imprévues: telles les cités antiques de la Campanie sortant de leur linceul de lave et contraintes de livr^T leurs secrets à quelque intrépide touriste, maniant tour a tour ici une baguette divinatoire, là la pioche et le marteau. Ce nesl pas seulement le texte de Plator] qui devra gagner ainsi en intérêt ': une fouie d'indications éparses dans Diogène Laërce, Athénée, Elien, Aulu-Gelle, jusqu'ici dédaignées par la critique, aequièrent tout d'un coup un prix inattendu, de mémo que, vraies ou fausses, les assertions de Tacite, de Lucien, de Celse nous révèlent les difficultés qui assaillirent le christianisme naissant. En réalité, Teichmuller a recueilli avec un zèle des |)lus méritoires tous les indices propres à éclairer la situation intellectuelle dans l'Athènes du iv« siècle et à déterminer les courants divers qui s'y partageaient les esprits.

Maintenant cette vaste enquête dont l'idée première en ce qui touche Platon était contenue en germe dans une pa^^^e de Schaarschmidt -, repose-t-elle sur des bases sérieuses? Un philosophe, un métaphysicien doit-il être assimilé à Aristophane ou à Démosthène dans leurs luttes quotidiennes ? pourrait-il sans déchoir déserter à ce point la sphère des vérités éternelles pour celle des préoccupations du jour et de l'heure*? Le mot

1. « Ich sehe Streitscliiùften in don Dialogen und fordere fàv den aucli von den Fruheren erkannten Jliimor als eine cigene Kunstgatiung das Redit die fiir andeie lledegaUungen ohligate Objelvtivitat iibcraU durch AUusionen zu diirchbreclien und die uiimiltclhare liislorische Gegenwart Platon's und aucli seine personlichen Verhaltnisse ])elieljig cinzuschiobon undjenach Wuiisch durch Anachroni.smen, Para))asen und Maskeraden der InterlociUoren die von Platon beabsichtigten praklischen Zwecke der Vernichtung seinor Gegner und die Begmndung einer mâchtigen auf das Gute gerichteten conservât! ven Partoi unbekiinimert uni die jâsthetischen Normender Dichter mit souveranei- Freiheit durciizufûhren. )) {Litemrische Fehden, II, 35.)

2. (( Plato liât seine Produktionen rocht eigontlich aus seiner Zeit heraus, fiir seine Zeit geschriebon und dazu bostinimt, auf dicso erleuchtend, liiuternd und umgestaltend zu wirken. » Mais dans le même passage Scliaarschmidt avoue que les points de contact révélés par les dialogues entre Platon et son temps, loin d'éclairer lliistoire littéraire, doivent être nécessairement éclairés par elle. Tel était déjà le senUmontde Cousin.

célèbre de Thucydide, x-t-^xx sî; aai, n'est-il pas la devise naturelle de toute œuvre vraiment philosophique? Qu'on ouvro les écrits des grands penseurs tant anciens (jue modernes : à peine Y rencontie-t-on de loin en loin une allusion h leur temps. Pour uecitt^^iproM exemple, lorsquo ilaton dans le T/iéétèie et ailleurs coîid»at avec tant de vigu-urles théories et les conclusions de l'empirisme, s'a-il-il uniquement pour lui de s'égayer et d'égayer ses lecteurs aux dépens de tel ou tel de ses contemporains ?

Mais laissons là le j)rincipe pour en venir à l'application. On.'](jiie talent qu'ait d.'ployé Teichmiiller, (juelque précieuse que soit telle ou telle de ses révélations, peut-on dire que sa méthode ait jpté beaucoup de lumière sur les difficultés et les obscurités du problème platonicien ■? Nous fournit-ello le moyen de trancher avec plus d'assurance les questions d'authenticité, les plus importantes cependant en môme temps que le. plus délicates? Xon sans doute '. Il y a assurément quelque chose de fort ingénieux et par là même de très séduisant dans la façon dont notre érudit, s'armant pour lire Platon des clefs de La Bruyère, découvre des noms propres et des situations concrètes sous des assertions et des peintures absolument anouymes. Ilien de plus hardi ni déplus original que cette tentative de ressusciter sous les yeux du lecteur moderne les querelles, sérieuses ou puériles, des beaux esprits d'Athènes : mais quelle confiance mérite notre guide? 11 est mieux renseigné que personne, je raccorde ; son entreprise n'en a pas moins un coté chimérique.

Que dans la patrie de Périclès et d'Aristophane, de Socrate et d'Eurii)ide, au temps de^s logographes et des sophistes, les disputes littéraires, les rivalités d'amour-propre n'aient été ni moins vives ni moins nombreuses que dans la France du xviiie siècle, on le croit sans peine : mais sommes-nous en mesure de préciser les phases de ces divers tournois, le rôle

LES nurrnijEs iMOdernes

et ratliiudo de chacun des combattants^ Si certaines pensées, certaines expressions peuvent paraître assez caract^'ristiques pour l'aire penser tout aussitôt à tel rhéteur ou tel publiciste alors en vogue, combien d'iuitres sont générales et visent les théories et les écoles, non les personnes? Cette chasse perpétuelle à l'allusion a ses smpiises, ses bonnes fortunes inespérées : mais à vingt-deux siècles de distance elle a aussi ses mécomptes et ses dangers ^ A coté de la solidité apparente qu'elle emprunte à certains dehors historiques, la méthode ici préconisée ouvre la porte aussi large (pie j)Ossible aux assimilations arbitraires, aux inventions de pure imagination. C'est un h'vri\h\ flottant où, grâce à une érudition merveilleuse et à un don de divination qui lui est personnel, Teiclimuiler parait assez fréquemment à son avantage : mais s'il est parfois difficile d'opposer à ses assertions une réfutation péremptoire, il est plus rare encore qu'on soit forcé de leur reconnaître une valeur décisive : telle de ses conjectures est à retenir ou tout au moins à discuter, telle autre est manifestement inexacte ou singulièrement exagérée -. Non seulement la stérihté finale des résultats contraste avec la somme des recherches et des travaux employés à les préparer ^ : mais tout en protestant contre le subjectivisme philosophique et littéraire de ses devanciers, l'auteur des Literarische Fehden n'a pas pris garde qu'il tombait par une autre voie dans le même excès. A son insu l'hypothèse se glisse dans ses savantes combinaisons : ainsi nous Pavons vu, pour justifier ses vues sur les rapports entre Platon

1. Piappelons toutefois qu'un fervent de cette méthode, M. Ohse, a écrit un ouvrage spécial pour montrer qu'il en résultait une démonstration manifeste de l'authenticité du Charmide.

1. C'est ce qui faisait dire à un érudit du xviii» siècle : « En recherchant la source de tant de fables débitées sur Homère, on croit Tavoir découverte dans les conjectures hasardées de ceux qui faute de mémoires transmis par des auteurs contemporains et n'ayant par devers eux que son nom et ses écrits, les ont pour ainsi dire mis à l'alambic et en ont tiré des traits d'histoire. »

2. Nos lecteurs ont pu aisément s'en convaincre dès notre premier volume à l'occasion de la double étude consacrée aux rapports de Platon avec Isocrate d'une part, et de l'autre avec Aristote.

3. Après avoir résumé une des parties les plus importantes de l'œuvre de Teichmûller, Dittenberger écrit : « Auch hier ergiebt sich aus den daruber gefiilirten Verhandiungen nur das négative Résultat, das nach keiner Seito hin eine sichere Entscheidung zu erreichen ist. »

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