‹ La vie et l'uvre de Platon [microform]Chapitre 249 sur 343 · I. I>ms ses Platonisohe Sludlci, (IS3'J), un de · texte numérisé non relu

I. I>ms ses Platonisohe Sludlci, (IS3'J), un de

ses premiers ùcrits.

loi

torifjues, au cuile des dieux. Socrate, cet interprète préfère de Plalou,est absent: U'S iiilerluculeurs suât dus personnages sans relief, sans expression et sans vie. Idus de (juarante pages sont consacrées ensuite par le critique à relever l'une après l'autre toutes les imperrections, toutes les lacunes, toutes les longueurs do re\j.)Osition, les tournures archaïques, les termes nouveaux uu singuliers qui s \ lencontient, les passages authentiques de Platon ({uc l'auteur a maladroitement reproduits ou imités. Quels sont les caractères dominants des Lois ? un penchant au pythagorisme, des [)réoccupations religieuses qui sur ([uelques [)oints confinent à la su[)erstition, enfin une morale empruntée pour lu fond cuniiue pour la forme aux idées régnantes : autant (lelraits({ui trahissent les premiers successeurs de Platon à TAcadt'mie. C'est de la plume du même faussaire ({ue sont sords k', Mencxcur d'un*' part, ot de l'autre lesLofv. Piestentles textes d'Aristote: mais ce grave philosophe qui n'est revenu a Athènes pour y fonder son école ([ue treize ans au [)lus tU après la mort de l'iaton n'a-t-il pas été fortuitement induit en erreur?

Au reste, E. Zeller est un esprit trop réfléchi et trop consciencieux pour demeurer longtenq)s esclave d'un paradoxe: en écrivant l'article Phito/i dans l'encyclopédie Pauly il ne fait [)lus à ses premières conclusions ({u une allusion discrète, jusqu'à ce qu'enfin dans son ouvrage ca[)ital, V Histoire de la pJàlosophie des Grecs, il en vûnne à confesser son erreur et à se réfuter lui-même sur ce point avec une franchise assez rare pour être remari{uée.

Déjà Suckow, tout en adhérant aux conclusions négatives de Zeller relativement à raulhenticité des Lois^ avait été frap[)é' de ce qu'il trouvait de faible et d inconsistant dans l'argumentation : aussi laissant de cùté les suiitilités doctrinales ou grammaticales sur leSijueîles s'était ai)})uyé son devancier, il demanda à un texte jusque là négligé un argument qui lui parut décisif.

Dans sa Lettre à Philippe (dont la date d'ailleurs mal connue est certainement postérieure de quelques années à la

CONCLUSIONS

mort de Platon ^), Isocrate se plaint que les projets complaisammeiit caressés par lui d:ms son Panégyrique aient trouvé si peu d "écho. « Il en est de ces discours, écrit-il. comme des Lois et des Républiques, œuvres des sophistes. De part et d'autre même stérilité -. .> Or Suckow constate que le pluriel o- 'To^piTTy-'., synonyme de oùo^o'joi sous la plume d'Isocrate \ im{)lique manifestement deux auteurs dilîVrents, et si la République et les Lois publiées maintenant sous le nom de Platon sont réellement les seuls ouvrages de ce genre qtii fussent connus de Philippe, la conséquence est facile à tirer. Ouant à Aristote, il s'est mépris tout à la fois sur lauteur des Lois et sur leur véritable signification, et si plus tard il a eu occasion d(î reconnaître son erreur, il n'a pas eu le courage de la rétracter : au reste pour (piel motif !»iaton aurait-il fait en quelque sorte amende lionorable des hautes ambitions de sa République, au risque de s'imposer d'in<^xcusables contradictions? Suckow conclut en mettant les L<jis au compte de Philippe d'Dpunte, esprit médiocre qui aura |)ris sans hésitera l'éirard de [>laton les mêmes libertés (pie celui-ci s'était arrogées à l'égard de Socrate.

Disons de suite que la démonstration pré-tendue de Suckow est sans la moindre valeur. Le pluriel a. -o^.^Tciat montre qu'Isocrate avait en vue d'autres écrivains (pie ^'laton * et en réalité l'histoire nous apprend que les trouble^ intérieurs d'Athènes et de la (irèce au \\<^ siècle avaient dirigé du c^.té du problème polili(pie raltention de tous les esprits curieux \ Dès lors le

1. Ilermipp- dit qu'Isocrate l:i composa p.:/cbv r.pb tt.^ ia-JToO v.yX ^ô.'.r.r.o'.

•/.a', -ai; iioA'.T£;a:; Tai; 'jûo twv ^tos'.otwv VEyoaafiéva:;. Pourquoi les J.o'ts au i)reinier rang? parce .lae, répond SuckoAV, Isocrute n'a que dédain pour les abstractions de la pure tiiéorie.

3. Comme il est aisé de s'en convaincre en lisant les deux épîtres à Démoiiique (cJi. 13) et à Xicoclès (cli. 17 ot l'I). - Une lettre (d'ailleurs apocryi-ii-j de Speusippe à Philippe reproche à Isocrate d'avoir traité Platon da?is ce passage avec aussi peu de respect.

i. A moins qu'on ne préfère y voir co que les -rammairiens appellent nu jtlitralis majesiatis.

••'. Pour no rion dir^ dos écrivains venns npré^ Tsocrate. il suffira .h-ciîrr

débat qui sagite ici ne reçoit aucune lumière de la phrase invoquée.

f.'iiisiiCL'^ do Suckow a ramené Ribhing dans la voie des objections d'ordre philjsop!.i,iue. Soutenir^^l'authenticité des Lnu. écrit il, c'est aJmetirc (bi mi"^me coup dans la pensée de l'iatoa une transformation trop radicale pour n'avoir laissé aucune trace chez ses biographes. Parmi les doctrines les plus personnelles du philosophe, les unes sont ici mises entièremont à récart, les antres conservées mais en même temps ap. piyées sur des considérations d'un ordre tout nouveau. I.a dialectique no tient plus la moindre place dans léducalion, et la «oiz descend de ses hauteurs divines pour devenir o:cw,^u-, c'est-à-dire bon sens pratique : où finit la science de l'h'onime', où s'arrêtent ses prévisions, interviennent brusquement la religion et les .lieux. La verîn cessant d'avoir un fondement rationnel, il faut pour l'exciter et l'éprouver avoir recours à des moyens vulgaires : la politique ne,,, j,,,,,, tant plus à une conception idéale de la justice sa règle et sa boussole, nous sommes mis en face d'un véritable régin.c parlemenlaire où les institutions les j bis -li verses se coudoient plutôt ([u'elles ne s'harmonisent. 0„ dit que Platon cette fois avait en vue non pa^ son cercle intime délèves, mais le grand public athénien : .=6 llatte-ton d'exp'iquer de la sorte, outre l'abaissement du niveau intellectuel, la décarlence sisible de la didion et du style? ba grille du maître n'ei^i pas sur l'ouvrage et pour riiouneur de Platon lui-même, il est préférable de'Vattribuer à un de ses disciples.

Toute celte polénuque dirigée contre les Lois n'a eu et ne

CONCLUSIONS

parmi les i,ynK,.oncie„s Ocell.is et .Vrcliytas, parmi les socratiques Griton et Antisdieno. Prota.^oras parmi les .opi.ist.s ot Xénocrate parmi les pla toaiciens, llippoda.iius de .Milet. etc. iCf. Fi-ed. Neumani., V,-oU,j2ela ad Ami. ::.w...,.o-,v ta ^,o;,Vsva, p. 21). C'est qu'en ellet le iv siècle est pour la ureco une de ces périodes de transition où les réformateurs se donnent libre carnere. Les événements tant intérieurs quexterieurs les ■ ports de plus en ,,l.is multipliés entre 1. monde hellcuique et l'c mondé orienta avaient brisé, mais sans le remplacer, le vieux moule trop t i de la cife grecque. v-'h cnun

pouvait avoir qu'un bien faible écbo. D'aliord le témoignage d'Aristote est formel et ne prête à aucune équivoque.'' Sans doute l'auteur de la Pulltique n'est rentré à Atbènes qu'en 334 et Piaton était mort en 347 : mais ayant assisté aux dernières leçons du maître, il avait pu suivre jusqu'au bout l'évolution de sa pensée : admettre qu'un faussaire ait réussi à lui en imposer, c'est braver toute vraisemblance, et si Ton cberclie un refuge dans une suite d'interpolations, anfant vaut déclarer la Politique entière apocryphe. D'ailleurs comment expliquer la fraude ' un travail d'école n'a pas des proportions aussi vastes, et l'auteur qui à ce moment aurait substitué le nom de Platon au sien en tête d'un monument de l'importance des Lois aurait fiit preuve d'un désintéressement absolument incompréhensible.

Mais, dit-on, Piaton ici a déserté son idéal : où est cette vigueur de pensée qui ne craignait pas de rompre en visière aux préjugés, et s'il le fallait, au sens commun :> — (3n oublie que c'est le sort de la plupart d'entre les penseurs de renoncer dans leur ûge mur aux rêves témérairement caressés dans l'enthousiasme de la jeunesse. Quel est le publiciste qui, au cours d'une longue carrière, a .'chappé aux sévères leçons des événements? Platon avait tvntt'de réali^er ses théories : il avait échoué et les renseignements de l'expérience lui avaient appris qu'autre chose est un métaphysicien abstrait, autre chose un homme d'Rlat pratique. Après avoir déclaré autrefois (jue les lois sont inutiles à d.'s citoyens parfaits, éclairés par la j)ure raison, il en est venu à j-C'^onnaîtr»' que «^ l'homme sortant des mains de la n:;ture n'a jioint assez de lumières pour discerner sûrement le hien social, ni assez d'empire sur soi-même et de bonne volonté pour faire toujours ce qu'il a reconnu comme tel ^ Il continue à affirmer <( qu'aucune loi, qu'aucun arrangement n'est pn'férable à la science, car il n'est point dans l'ordre ({ue l'intelligence soit sujette ou esclave de quoi que ce

1. I.ois. TX, 875 A, C'est ce qu'affinne égalonipiit Horace (Satii-n^. T. ?>. l\:\\: N><^' nafura potpst justo spcernere iiiiqirmi.

L'ŒUVRE DK PLATON

CONCLUSIO.NS

soit, étant iaile pour commander à tout quand elle est appuyée sur la vérité H entièrement libre, comme elle doit l'être de sa nature. ), .Mais il se liùte d'ajouter : .. i'ar malheur, la science n'est aujourd'hui nulle part, sicenest chez un petit nombre. A son défaut il iuut recourir au commandement et à la loi ,|ui distingue bien des choses, mais qui ne saurait s'étendre à tout '. » On s'étonne qu'Aristote n'ait pas bruyamment triomphé de ces contradictions de son maître : comment les eùt-il l'Iâmées, après avoir lui-même écrit en propres termes au quatrième livre de sa Po/ùiçm- : „ S'agit-il de la meilleure terme de gouvernemont :' C'est a une même science qu'il appartient de décider ce qu'elle est et quelles conditions lui assurent toute l'excellence désirable en dépit des obstacles extérieurs, comme aussi à quels peuples elle s'adapte : car à la plupart il est impos..ible d'y atteindre. Tellement qu'il est du devoir du législateur et du véritable politique de n'ignorer ni la constitution absolument parlant la plus parfaite ni la meilleure possible dans certaines circonstances données... La difficulté n'est pas moindre à réformer un gouvernement (,u'à l'étabhr dès le principe ». .Vussi au lieu de voir dans les Lo!, la rtd'utaliuu vl la condamnation de la République. Aristote mieux inspiré les considère comme un pont jeté entre l'idéal et la réalité.

La théorie des Idées est absente des /.o/x: mais si elle illumine les hauteurs de la métaphysique, quelles lumières jette-t-elle sur le détail complexe et presque inllni de la législation ? l'Ialon semble avoir renoncé à la dialectique : sans doute, car il ne s'agit pas ici comme dans la Itcpublujue et le Théétcte de disserter sur le. degrés successifs de la connaissance ou sur les formes diverses de l'être. En revanche, l'analyse psycholo-

1. Cf. Aristote. Morale à Mcomar,ue. X. 1179b 24. - La même pensés a

dicte i Lucrèce les vers ou il nous montre le genre humain las de vivre sous 1 empire de la violence, se courbant de luilois :

■même sous le frein de?

quo magis ipsum Sponte sua cecidit sub leges arctaque jura.

gique est poussée ici plus loin que dans la Rrpubliqiœ K — La tra'liliou, surtout la tradition religieuse, tituit une place considérable : avant de s'en iornialiser, qu'on cite ceux des écrits platoniciens doii elle est alisolninent pre>crite. — Les Lois font de larges emprunts aux données de Lliistoire : mais n'at-on pas félicité Aristole de s'être préparc à la conijiositinn de sa Politique par l'examen comparé des constitutions de plus de deux cent cinquante cités ?

Sur un point, nous l'avons vu, mais sur un point seulement, la doctrine exposée dans les [.ois parait s'éloigner de l'enseignement platonicien. Au x" livre -, après avoir établi que IVime est le pi^incipe des mœurs et des caractères, du bien et du mal, du juste et de l'injuste, l'Atliénien po?e le problème que voici : « L'âme qui babite en tout ce qui se meut et en gouverne les mouvements est-elle uiij(|ue ou y en a-t-ji plusieurs? » Et il répond : «. X'cn admettons pas moins de deux : l'une bienfaisante, l'autre ayant le pouvoir de faire le mal ». Voilà, dit-on, un dualisme inattendu, aussi éloigné (\q la conception bclîéni(|ue (}ue familier aux systèmes religieux de rOrient. — Mais pounjuoi Platon n'aurait-il pas été frappé de l'existence dti mal et pour(juoi n'.'i. aurait-il pas tenté une explication 2 / Le Tinu'c, on le sait, nous fait assister à la lutte de la puissance divine contre la matière informe à laquelle il faut en quelque sorte faire violetice pour la façonner à l'empreinte des Idées. Mais Tordi^e admirable du monde pbysique laisse subsister le désordre affligeant du monde moral et dans ses plus célèbres dialogues Platon dépeint en termes saisissants le coml)at (jui se livre au fond de chacun de nous.

Le tort de certains interprètes a donc été de prendre dan$ un sens trop littéral, trop rigoureusement dogmatique une

i. Campbell cite comme particulièrement concluant à cet égard le parallèle qu'on peut établir entre le début du VI« livre de la Héjjublic/uc et les deux passages suivants des Lois (III, 644-6iG et VI, 770 D).

3. J'avoue que le rapprochement cherché dans deux passages, l'un du P/iilebc (23 D), l'autre du Thcétète (176 A), jette bien peu de lumière sur ce point difficile.

r/ŒUVRE DE PLATON

l'I.rase a laquelle l'auteur môme des Lois n'attachait qu'une médiocre nuportau.e, puisque dans la suite c'est à peine s'il y est fa.t do nouveau allusion '. Quelques lignes plus loin sa pensée intuue se traduit avec une entière clarté : « I/àme qui appelle 1 int.dligence à son aide gouverne toutes choses avec sagesse et les conduit au vrai honheur : le contraire arrive quand elle prend conseil de l'imprudence . : et après un coup d ml jete sur la constante et harmonieuse régularité des mouvemeius célestes, non seulen.ent il afflrme qu'à ces révolutions près, le une ou plusieurs âmes « accomplies en tout genre de perfection ,, mais il n'hésite pas à s'approprier la maxime eélobre don la tradition antique fait honneur à Thaïes : . Tout est plein dos dieux. »

Si du fond nous passons à la forme, il faut acrorder que les personnages sont dessinés avec moins derelief que dans laplu- P'^r clés dialogues précédents : mais leur rôle de magistrats et de ;.g,sl,..teur. n'a pas à en souffrir. On a relevé la pr ilité de 1 exposition les circuits de la discussion, la soleuilité paro.s fatigante du style : exigera-t-on de Tlaton au décli,; de 1 âge la même verdeur, la même fo,-ee, la moine précision que d 1 aute.ir du Gor,,as et du llan^ue^PK, surphis quelque, ^a- .es d u,iegrand-.r iiaposante dans la première et Siirtoiit d ns la seconde moitié de l'ouvrage ne plaident-elles pas éloqueuirnent en faveur de l'écrivain ? Platon, ici plein de respect pour Lonme. s adresse à la raison pour la convaincre non à la olonte po.ir la briser. L'ei.semhle de sa législation procède une conception mo,.ale profonde, de iiième que les détails d exec„,,„ ,„„oig„entd',ine pénétration souveil, hio,, ,oiil quable ctjetteii, une vive lumière sur certains aspects de l'orjauisation des sociétés ai,ciei,nes. Le peu que no,' savons du dro,t p,ibhc et privé de la Gr^ce nous montre avec nue on 1 orateur du dialogue l'avait approfondi ^ et dans ,a m su

'• Aussi Cousin a-t-il pu écrire

CONCLUSIONS

ai

mùme ou l'on blâme les ulopies inconsidérées ^(^\d. République, on doit applaudir aux sages prescri|)tions des Lois.

Enfin ce qu'on ne saurait trop mettre en lumière, c'est cet admirable combat de Platon vieillissant contre les athées et les matérialistes de son temps : ce qu^il prêche, ce qu'ilimpose avant tout le reste comme condition nécessaire de la paix et de la pros[)érité sociales, c'est le res|)ect de ce qui en nous, hors de nous est sacré, est divin : aussi Kant a-t-il défini les Lois « le catéchisme des gens religieux en Grèce jusqu'à l'avénement du christianisme ». C'est un Platon un peu diifcrent sans doute de celui de la République et du Phédon : mais en sommeil n'est ni moins grand ni moins admirable : jamais il n'a eu une conscience aussi vive de la faiblesse iiaturelle de riiomme : jamais il n'a parlé en termes plus émus de la divinité et de la justice éternelle, son plus auguste attribut.

Le Pliili'bc

Dire du Phili-be qu'il est au nombre des plus brillants, des plus populaires d'entre les écrits platoniciens, ce serait évidemment aller contre la vérité : en revanche refuser à ce dialoirue toute valeur phil()SO[)hi(}ue, nK'connaitre son importance exceptionnelle pour nous initier à une intelligence plus complète du système, c'est contredire l'ojiinion unanime des érudits les plus autorisés tant anciens que modernes. Plus d'un désaccord subsiste sur l'interprétation qu'il convient de donner à tel ou tel joint spi'cial : l'ensemble a toujours paru digne de la plus sérieuse attention. Aussi avant M. Schaarschmidt ^ personne

en décembre 1S90, mémoire dans lequel ont été mis à contribution non seulement les textes conservés des historiens et des compilateurs, mais les monuments épigrapliiques de plus en plus nombreux découverts sur le sol mémo de la Cîrécc.

1. Voir dans son ouvrage les pages 277-526. Nous avons discutô, à mesure que nous les rencontrions sur nos pas, les objections du critique allemand dans nos Etudes sur le Philèbe (Paris, Picard, JSS-i) auxquelles nons f^ron^ plu? d'un emprunt dans les prigcs qr.i vont suivre.

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I^'ŒUVRE DE PLAiOX

navait-i! os.i suspecter I-aulhonticité du P/u/èùc : mais si h^mé-

Tout da„„rd le critique allea.au.l est obligé de révoquer en

ch t r:?f'"="V''^ """" '"'"•'-' ^^'^'•••^'"t- Au second ch le du x« Inre de la Afora/e , Mcoma.ue ou la après „„

rt.ume de 1 opunon d'Eudoxe sur le plaisir : „ C'est par un rai-

sonneuK.H analogue que Platon dén.ontre que le p a, in"

ia sagesse : mais s, le mélange de la sagesse et du plaisir e^t '-'leur que le plaisir, il s'ensuit que le plaisir tout se 1 V

■on au PfnMc est évidente : même façon de poser le pr .

pur:; *; r '"^'":- '^ '« '-«-'- ■■ q- peut.on .i; ;«

lé .dence . prétendre, comme le fait Schanrschmidt dans „n autre passage, que la polémique du vu^ et du x» iVrel

Morae est diri"-ée p^PnHoi-/ . '''

uiii.,,e essentiellement contre Speusippo. dont le

nom se trouve mcniimmé „ne senlo fn;= n, ,

P'po,,,^!,; ... '"" ^''"'° fo's, et comme au hasard,

est trah.r par I etraugeté des conjectures le peu de solidité d

^<^es dans Au.lote en faveur de l'authenticité du /'/,;ié/.e n'ont

pas la précision de la nrécédpnfp m - ,

le titre, In i-.i f^'!^"'*'"'®'^' '"'•me dans cette dernière

le titre du dialogue ne fiirure nas • moîc a. i- ^

e ■ "f-uii- pas . mais de la à croire aunn

formel de toutes pièces t,n dialogue édité ensuite par lui sous

le nom de Ilaton, il y a loin assurément

Passant à l'examen intrinsèque du dialogue, Schaar.chmidt

herche en vain l'unité philosophique et 1^ talent dran Ze

ru -o„t a ses yeux la marque obligée de tout véritable cri

e latou. Evidemment si nous savions de source certaine que

2. Cf. Reinhardt, .1er PhifeôV^tl.'^^^^ TT^ ''T'' ^''''' remarqué.

CONCLUSIONS

la pertV^ctioii du Hantjuet et du Gorgias, à la grâce du PhèdrPet (lu Phédoii, ce nu .-erail pas seulement le Pltilèbc, mais beaucoup d'autres dialogues, et non des moins inti'ressants, qu'il faudrait lui refuser. Les anciens déjà, une dissertation de Galien * aujourd'iiui perdue en l'ait loi, avaient été frappés de la multiplicité' des digressions qui semblent ici rompre à tout instant le lil de l'entretien : certains modernes, à commencer par Scbleiermacher -, n'ont pu s'empêcher de relever en assez grand nombre des inégalités et des imperfections. Faut- il les mettre au compte de l'âge? L'exemple des Lois pourrait être ici invoqué, avec cette différence toutefois qu'au point de vue métaphysique le Pktlèbe est incontestablement supérieur. Si tel développement n'olTre pas moins d'étrangeté que de profondeur, si une science cxce[)tionnelle parait nécessaire pour mettre certaines affirmations en parfaite harmonie avec le reste du système, si dès le début nous sommes jetés m mcdias rcs et que le débat se poursuive en dehors de cet appareil scénique qui prête tant de charme à d'autres compositions, néanmoins aux comparaisons ingénieuses, aux traits d'esprit qui y sont semés, à la vivacité de cei'taines r('parties, nous reconnaissons sans trop de peine la main du plus séduisant prosateur d'Athènes et de l'antiquité.

Serait-ce même trop s'avancer que de retrouver ici reproduite avec un surcroit de tidélité la physionomie extérieure de l'enseignement de Platon à l'Académie? Entre maître et élèves

1. Ilspl Ttov £v <I>àr,oa) |j.î7aôdc(7î{»)v, titre diversement interprété par les éditeurs modernes.

2. « Der eigentliche dialogische Charakter. wie wir ihn bei Platozii finden pcwohnt sind, tritt nicht reclit hcrvor, das Gesprilch macht sich nicht von selbst, wie denn auch schon die Entstehung des Gegenstandes hinter die Biihne geschoben wird, wofiir die mimische Stelliiug, welche Pliilebus dadurch gewinnt, wohi keinen Ersatz giebl. » Il était naturel que Schaarschmidt allât plus loin : «* Es wird sich zeigea, dass Aveder die Composition im Ganzen Plato's wiirdig ist, noch die Haltung der einzelnen Prosopa, zumal des Solvrates, dass dor Verfasser ferner sowohl in der allgemeinen Principienlehre von Plato abweicht, als auch in der Auffassung der besonderen Gogenstilnde, von denen er handelt, dass er endlich durcli manche Unzukommlichkeiten und Verstosse ini Einzelnen sich als einen Mann Terrilth, den man mit Plato wahrlich niclit verwechseln darf. »

Peiitrelieii coaimeiicé, quel qu'en fut le sujet, (levait comporter plus (iuue digression provoquée pnr l'intervention subite d'un contradicteur ou la curiosité inattendue d'un disciple. Quelle habileté ne fallait-il pas pour renouer constaniîiient la trame interrompue du discours et reprendre la route dont ou tendait sans cesse à s'éloigner ? Or la difficulté spéciale du P/iilcbe tient précisément aux déviations multiples, aux transitions soudaines du dialogue échangé entre Socrate et Protarquc. Le point de départ est nellement indiqué : le point d'arrivée ne l'est pas moins : ce que l'on a peine à définir, ce sont les étapes parcourues: nous ne touchons au but qu'après une série de marches et de c.)utre-marches constituant une stratégie des plus compliquées. En revanche qu'on examine avec quelle insistance l'écrivain s'appliijue soit à mar.quer le lien des diverses parties ou à signaler les écarts de la discussion, soit à revenir sur les points jugés obscurs ou à résumer en quelques mots les résultats acquis, et l'on se convaincra qu'il y a ici comme un besoin de précision (jue Ion ne rencontrerait pas au même deuré ailleurs : on diiMit nue Platon averti |iar l'exp-ricnre se rapproche graduellement delà forme didactique où devait trioiii|.lier plus tard le génie m('tliodi((ue d'Aristote.

Mais Schaarsclimidt insiste, et fait observer que le Socrate auquel nous avons ici ailaiie n'est ni le Socrate de Platon ni celai du Ihistoii'c. Le premier, qu'il recoure à son ii-onie familière ou .pi'il oppose à l'erreur une réfutation tantôt |)Ius subtile tantôt plus enthousiaste, na-l-il pas toujours an rôle magistral? n'est-ce pas à lui et à lui seuliju'il appartient de diriger, d'élever et de clore la discussion? Ici au contraire avec (piel empressement ne se prète-t-il pas aux évolutions d'esprit de ses deux antagonistes;' Bien plus, il ne fait aucune diniculté d'abandonner une doctrine qui cependant, nous le savons, fut la sienne ', je v, ux dire la thèse d'après laquelle la sagesse est le souverain bien. — Sur l'un et l'autre de ces points -, excuser

CONCLUSIONS

Platon n'est pas chose difficile. Le Socrate du Philèbe comme celui du Théétcte a devant lui un jeune homme docile a instruire, non un sophiste orgueilleux à humilier. Rappelons-nous d'ailleurs que les cyniques avaient exagéré les théories morales du maître au point de définir le plaisir le plus grand de tous les maux '. Si Platon a mis ici en présence les deux doctrines opposées de Socrate et de Philèbe, comme s'il voulait les corriger l'une par l'autre, c'est pour mieux faire ressortir la con,iliatk)n qu'il prépare, sauf à établir par toute une suite do réflexions lumineuses de quelle hauteur Socrate domine son adversaire. Si le plaisir n'est pas absolument exclu de la notion totale du bien et du bonheur, du moins il est relégué au dernier rang, ^oici un autre défaut plus grave: à entendre M. Schnarschmult.l'autenr dudialogue a omis un point d'une importance capitale, à savoir la d.'monstralion même de la solution morale qu il croit devoir substituer à celle de Socrate : mais est-ce

exagérer que de donner ce nom aux considérations si judirieuses développées an début et à la lin de l'entretien 2? Si savoir et jouir sont les deux rêves, les deux biens par excellence de rhommeet que chacun d'eux isolé.ment soit convaincu d'être impuissant à nous donner une félicitr- véritable, n'est-ce pas dans leur étroite association qu'il faudra chercher le bonheur? Et a-t-on le <lroit de reprocher ensuite à l'auteur une llagrante contradiction, pour avoir affirmé que de tous les genres de vie le plus divin est celui on règne la sagesse à l'exclu'sion du plaisir, lequel contient un élément inférieur qui dégraderait la

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