‹ La vie et l'uvre de Platon [microform]Chapitre 251 sur 343 · Voir notamment les pages 20 E, 22 B et G3 A-E · texte numérisé non relu

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L'ŒUVRE I)K PLATON

divinité? Contre celte distinction ranthropomorphisme le plus vulgaire est seul à protester.

Le critique allem ml n'e-t pris moins choqué par la métaphysique (lu Philàbe où se rencontrent, dit-il, des théories étrangères au véritable platonisme. Il n'ignore pas ({ue les quatre principes si nettement établis dans ce dialogue trouvent sous d'autres noms leur équivalent exact dans le Timée: mais au lieu de puissances cosmi({ues, ainsi qu'il s'expriino, nous serions ici en face d'idées abstraites, de catégories aristotéliciennes {subjcktlve Dcnkhllder) bonnes tout au })lus à permettre une classification telle quelle des êtres de la nature. Sans doute ce qui domine dans le Philèhe, c'est le pfiint de vue dialccliijue, dont Plati)!; a dii se préoccuper tout spécialement (Aristote nous ra[)prend à \\\\ moment donné de sa carrière : mais de nos jours encore, après vingt-cinq siècles de philosophie, où est le penseur capable de tracer des frontières précises, une ligne de démarcation absolue entre la logique et la métaphysique, entre le monde de la connaissance et celui des existences î^ Pourquoi dès lors s'étonner d'une confusion qui était certainement inévitable au berceau munie de la langue et de la science piiilosophiques ^?

Au reste, comme l'on devait s'y attendre, discussions de détail et vues d'ensemble mécontentent également M. Schaarschmidt. Ainsi il en veut à l'auteur de n'établir une distinction formelle entre le fini et Tinfini que pour poser, aussitôt après, l'existence d'une troisième catégorie d'ôtres qui contiennent h la fois et au même titre ces deux principes contradictoires. — Mais quand donc vit-on la précision de l'analyse exclure la réalité de la synthèse? Les rapports entre le fini et l'infini, n'est-ce pas là le vrai nœud gordien tant de la pensée contemporaine que de la pensée antique? Dans un ordre d'idées très vnisin, et sans sortir du monde extérieur, l'esprit humain ne découvre-t-il pas dans toutes les essences, depuis les plus hautes

COxNCLUSIONS

1. Voir à ce propos les judicieuses considérations présentées par Uberweg dans ses Untersuchungen (p. 204 et suiv.)

jusju'aux plus humbles, un mélange de ce que Platon appelait avec son étonnante concision le rnhne et Y autre'! Tout nombre n'est-il pas par sa nature la réunion nécessaire de deux termes non moins diamétralement opposés, \un et le niiilliple ^?

Que deviennent ici, poursuit Schaarschmidt, les Idées, cette pierre angulaire de tout le systènif platonicien ? Deux ou trois lignes çà et li,et en passant, voilà tout ce qui leur est accordé, d'ailleurs avec les expressions tcchnitpies qui servent à les caractériser -. — D'autres juges non moins compétents, M. vou Stein [)ar exemple, déclarent au contraire que nulle part Platon n'a donné à sa théorie de prédilection une expression plus scienfillque, que nuiiti part il n'on n rreusi' plus ava'it les derniers fondements.

Cependant, dit-on, le Philèbc ne fait-il pas bon marché du dualisme si énergiquement maintenu par Platon entre la réalité idéale <-t la réalité matérielle? Xe ramène-t-il pas l'une et l'autre h d(^s ('l('»ments id(mti({ues ^? — Oui. mais qui no voit qu'opposer les idées à la nature comme l'être au non -être, c'est rendre toute métaphysique inutile et même impossible? L'auteur du Thnre ot des Lois avait tro[) de génie pour ne pas s'en être rendu compte, et s'il y a quelque reproche à lui adresser, ce n'est pas d'avoir laissé sans solution précise un problème peut être insoluble : il n'en garde |)as moins le milite de l'ingénieuse ex{)lication (lu'il a tenté d'en donner. Aux veux de Platon les deux mondes dont on vient de parler sont distincts à ce point qu'il va jusqu'à affirmer ici même l'existence d'une double aritljmé-" tique, d'une double géométrie : mais il y a entre eux des rnp-

1. L'harmonie, la conciliation des contraires a été de tout temps considérée comme le trait dominant du génie platonicien. « Das Mannigfache in Eins zusammenzusciiauen und jedes Einzelne vom Ganzen her zu ])eleben und bereichern, das liât Plato vor allen andern verstanden » (Eucken). Ou comme s'exprime avec plus de concision encore M. Fouillée : « Platon tend obstinément au même but par les voies les plus diverses et les plus libres : l'existence dun monde intelligible, d'un monde d'idées où le multi[)le et l'un coïncident. »

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