‹ La vie et l'uvre de Platon [microform]Chapitre 252 sur 343 · Notamment 58 A, ^9 G · texte numérisé non relu

Notamment 58 A, ^9 G

3. Nous pensons d'ailleurs que M. Schaarschmidt se trompe, lorsqu'il applique aux choses sensibles ces mots : rà àsl lzyô\t.z'^a sîvat (16 G).

Platon, t. H. - n

L'ŒUVRK DE PLATON

pDrts nécessaires, manifestes, reposant sur une comrniniauté primordiale do nature et d'origine. Sur ce point nous avons mieux {ue des suppositions plus ou aiuiu^ gratuites, j'entends le témoignage exprès d'Aristotc ^ au juel les textes du Philèbe seuls donnent sa véritable signification. Que les termes dont se sort à cette occasion le Stagirite aient été imaginés et employés par les Platoniciens ses contemporains plutôt que par Platon lui-môme, c'est assez vraisemblable : néanmoins il est certain qu'à la fin de sa carrière le fondateur de TAcadémie a emprunté au pytbagorismc et à l'étude des nombres la pensée d'une transformation graduelle de son système. A lépoque où il composait le Phèdre et le Banquet , des expressions telles que ivaùzz,^ ;j.ov7.0£: ne se seraient {^as rencontrées sous sa plume pour désigner les Idées : quinze ou vingt ans plus tnrd, quoi (pi'on puisse dire, elles ne sont })as pour nous surprendre.

M. Scbaarscliniidt se liiiut ensuite de voir la dialectique plntonicienne méconnue et travestie dans le PJiilcbe. Quand donc cependant son rôle a-t-il été mieux défini, son importance plus explicitement reconnue que dans le passage suivant : a Tous ceux qui ont un [)eu d'intelligence conviendront que la connaissance la pins vraie sans comparaison est celle qui a pour ol>jot l'être, ce qui existe réellement, et dont la nature est toujours la môme : car la stabilité, la simplicité, la vérité et ce que nous appelons pureté ne se trouvent que dans ce qui est toujours dans le même état, de la même manière, sans aucun mélange -. » Or, cette science maîtresse, qui ne donnant rien à ro[)inion et appuyée uniquement sur des principes universels et nécessaires poursuit et impose partout l'idéal scientifique dont elle est la plus haute expression, le Philèbe la nomme en toutes lettres, c'est la dialectique.

4. Voir les textes cités dans notre premier volume, p. 422 et 423.

2. Philèbe, .j8 A et 59 C. Que penser en outre du passage suivant : « Après une sérieuse attention et une méditation suffisante, sans avoir égard à l'utilité des sciences et à la célébrité qu'elles nous donnent, mais considérant uniquement s'il y a dans notre âme une faculté faite pour aimer le vrai, et prête à tout entreprendre pour parvenir à le connaître, ayant d'ailleurs

CONCLUSIONS

Sur les rapports qu'il établissait entre Tame et l'idée, Platon ne nous a donné aucune explication concluante : toutefois il y a certainement une double exagéi'ation à affirmer avec M. Schaarschmidt d'une part que le philosophe identifiait Tame avec son premier prinrîno. de l'autre ([ue dans notre dialogue Pâme joue un rôle absolument eU'aci'. Pe Philèbe ne célèbre-t-il pas au contraire l'intelligence suprême, « Pâme de Jupiter » ? et que lit-on dans les Ao?.^, sinon que Tàme est le plus ancien et le plus divin non pas de tous les êtres, mais des êtres qui existent par voie de génération '^

La conrlusion du dialogue, il faut l'avouer, est assez singulière, ft notre criti({ue ne pouvait manquer dy insister. On y trouve une sorte d'échelle des biens que le sujet n'exigeait pas, et notre étonnement redouble en voyant de quelle manière elle est composée. Ou't^^t-rc rjue l'auteur cherche ici à définir? ce n'est pas à coup sur le bien pratirpie que prêchait Socrate, moins encore celui qui brilh' d'un si vif éclat au ciel de la dialectique platonicienne. Sommes-nous en face de biens différents ou sontce les moments divers, et comme s'exprime assez ingénieusement Plutarqiie, les générations successives d'un seul et môme bien? S'agit-il du bien de l'homme ou du bien eu soi? Une distinction précise était ici nécessaire : 1 au ton i visiblement embarrassé ne la fait pas.

Il y a une réelle obscurité dans cette dernière page, c'est évident, même si l'on tient compte de la fantaisie que déploie Platon dans ces classifications alors aussi nouvelles que subtiles ' : n'oublions pas cependant qu'au regard de ce philosophe un rapport étroit rattache le microcosme au macrocosme, l'homme à l'ensemble des choses -. A un plus haut degré encore

réfléchi à ce qui est le pur objet de l'intelligence, n'est-il pas raisonnable de dire que cet objet est le partage de cette faculté ? »

1. Voici comment s'exprime à ce sujet un platonicien anglais contemporain, M. Whewell: « I must confess that this conclusion appoars to me very much wanting in dislinctness and definileness. The five things which are thus arranged appear to me by no mean coordinate notions or things among which any order of parallelism or succession can be asscrted, »

2. Le Philèbe est explicite sur ce point (Voir notamment 64 A). Comme

\si)

que Pylliagore, Platon a le sentiment de l'iiarmonie fondamentale des doux mondes, physique et mural. Mais tandis que la République considère le bien en soi et d'un point de vue tout abstrait, le Philèhe l'analyse sous ses diverses manifestations les unes plutôt absolues, les autres plutôt contingentes et relative-.

Mais quel est l'objet essentiel du dialcgue? Evidemment une enquête philosophique sur la vraie nature du plaisir : le sousîiUe -cc! r,6ov^: montre que les anciens ne s'y étaient pas trompés. Or le mérite psychnlogique de cette longue discussion ^ n'a pas échappé, et j'ajoute, iie pouvait pas échappera M. Schaarschmidt : si l'on vante, et avec raison, les théories d'Aristote sur le plaisir en lui-même et ses rapports avec notre nature morah". il e>l certain ({uo rautonr do la Morale à Niconuupie n'a ou sur bien dos points qu'à développer à sa manière los pages los plus romari[uahles du Gorfjia:^ et du /V/zlèbe, et l'on pourrait nieme sans beaucoup de peine retrouver ici le premier germe de la théorie fameuse de la )C7.0acrrt; au vr chapitre de la Pocthjuc.

Néanmoins la critiipie du savant all.Miiand ne désarme pas : entrant dans l'oxamen des détails, il relève dos incohérencos, des assertions inconciliables avec notre lo-ique moderne ou avec ce que nous savons d'ailleurs de renseignement de Platon -.

l'a très opportunément fait remarquer M. Franck, cet ordre que Platon élève si haut, ce n'est pas l'ordre circonscrit dans lo temps et l'espace, l'ordre limité et en quelque sorte rationné, c'est l'ordre éternel, universel, suprême, auquel, par les atlri))uts distinctifs de notre nature, nous sommes appelés à concourir dans la mesure de notre intelligence et de nos forces. — Les mêmes pensées ont été ceUos do plus d'un éminent philusoidie de ce temps. Jouffroy disait : u Le bien, c'est l'ordre réalisé : le vrai, c'est l'ordre pensé ; le beau, c'est l'ordre exprimé. Puis l'entendement humain fait un pas de plus et s'élève jusqu'à Dieu, auteur souverain de cet ordre, de cette harmonie univ»Tselle. Ainsi rattaché à sa substance éternelle, l'ordre sort de son abstraction métaphysique et devient l'expression de la pensée divine : le côté religieux de la morale se révèle. »

K <( La philosophie moderne, si rigoureuse dans ses démonstrations, si précise dans ses analyses, n'a point dépassé sur la question du plaisir les analyses et la démonstration du Ph'dèbn * (E. Burnouf).

2.« Das Résultat der Vergleichung ist dass dcr Verfasserdie platonischen Werive zwar vielfach bonutzt, Plato's Aufstellungon auch im Ge-^ensatze

CONCLUSIONS

Ainsi il se flatte de triompher du Philèhe en lui opposant la République^ où chaque partie de l'âme a ses joies qui lui sont propres, la contemplation du Bien constituant la jouissance intellectuelle par excellence, privilège et récompense du philosophe. .Mais que veut dire autre chose le Philcbe, lorsque immédiatement après rintelligence, les sciences et les arts, il énumère parmi les biens qui nous sont proposés les joies pures éveillées dans 1 ame par la recherche du vrai et l'admiration du beau? Par nature le plaisir est insatiable et ne dit jamais : assez; mais inspiré par des motifs élevés et maintenu dans la mesure que inar(|ue la raison, il a le droit d'être appelé un bien. A un autre point de vue, parler de « fausses » joies et de « fausses » douleurs est peut-être psychologiquement inexact, ce que l'autour du dialogue prend soin lui-même de faire remar(juer ^ : toutefois cette façon de parler est si expressive qu'elle est restée en usage chez les moralistes de tous les temps.

M. Schaarschmidt termine son réquisitoire laborieux, minutieux et, ajoutons-lo, singulièrement confus, en insist;int sur certaines bizarr-iios dans lo style, et sur l'imperfertion de la forme, obscure tantùt par excès de cnncisii^n, tantôt par excès de poésie ; il nuus montre rauiour plr.uiairo tour à tour de Platon, ce qui estexact,etdAristote,ce qui l'est beaucoup moin^. Sur le [)i'emier jioint, qui exigera d*^ Platon vieillissant (et de nombiMMix injict^s concourent à assigiier au l^Jiill'be une date relativement tardive") ou les grâces du Phèdre ou la verve du dunjlas'^ sur le second, pourfjuoi ne pas reconnaître Platon luimême dans cet auteur si attentif, si habile à s'ins[)irer des

zu gewissen Gegenljemerluingen des Aristotoles im Ganzon aufrecht erhalten liabe, dass or aljcr gewohnlicli nicht im Slande gewesen soi, in den eigentllcheu Sinn uud Geist der platonischen. Lustlehre einzudringen, vielmehr es nur zu <iner triibon (^.ompihition und verzerrendon Uebernibeitung der einfachen, grosseu und \v:ilireu Gedankcn dos Philo^^oplieu gebracht habo... ]\lau m:ig sich im Philebus, wohiu nian will, wenden. liberall finden sich SchicTheiten und Doppelsinnigl^eiten, welche ans der unklaren Vermischung empfanycner und schlccht verstandener, ohue logische Conséquent aneinander g^brachter Begrilïe herstaramen. >» (p. 307 et 310). s. \\ \.

assertions platoniciennes? Quant à être surpris de voir l'iaton consacrer un dialogue spécial à une question qu'il avait déjà eflleurée en plus d'une occasion dans ses écrits antérieurs, ce serait mal connaître TAthènes du iv^ siècle. Chaque époque, on la dit 1res justement, a son problème de prédilection tuic suscite le besoin des temps ou plutôt l'état des âmes, pioblème autour duquel se concentrent presque tous les grands combats de riiilelligence duran! une ou plusieurs générations. Tel est de nos jours le problème de la liberté morale : tel fut le problème du bonheur dans la Grèce antique, de Socrale jusqu'à Epicure et Zenon.

Le Ménon

L'authenticité du Ménon n"a trouvé que deux contradicteurs : Ast et M. Schaarschmidt. Il est vrai que pour la contester, il faut conimenrer par pi'éteudre ([n'en menliuiuiant ce dialogue à deux re[)rises dill'érentes dans ses Anali/tiques, Aristote avait en vue un tout autre écrivain (jue Platon, dont il n'aurait point osé faire à ce point la criti([ue. si nous en croyons M. Scliaarschmidt. oublieux de toutes les attaques dirigées par le disciple contre son maitre.

L'objection la plus S'uliuise el celle dont pour ce motif nous parlerons tout d abord, résulte non du choix du sujet, mais de la conclusion finale. Aous savons sans doute par Aristote que l'origine (\o la vertu était un des points les i)lus fré((uemment coidroversés dans les écoles socratiques : seulemeid est-ce bien Platon <pii a pu l'expliipier (( par un bienfait divin accordé à ceux en (pii (die se rencontre, sans intelligence de leur part ^ '! »

On pourrait d'abord être tenté de croire que cette phrase est ironie pure et que Platon, content de relever les erreurs cou-

CONCLUSIONS

rantes sur la nature de la vertu et de faire vivement ressortir le vice radical de renseignement sophistique^ n'a [)as jugé à propos de nous instruire de sa véritable pensée. A'ajoute-t-il pas en ell'et celte singulière remarque : « Nous ne saurons le vrai à ce sujet que lorsque, avant d'examiner comment la vertu se trouve dans les hommes, nous entreprendrons de chercher ce (pi'elle est en elle-même ^ ». Mais c'est la une défaite qui ne peut raison nal)lement nous suffire, encore que maint dialogue platonicien laisse au lecteur le soin de tirer les conséquences des prémisses posées et discutées sous ses yeux.

Une seconde ex[)lication rendue vraisemblable par de multiples allusions aux grands hommes d'Athènes vise la distinction ('tablie ailleurs par Platon lui-même entre la vertu philosophi([ue, privilège d'un petit nombre et représentant seule ce qu'on pourrait appehu^ « l'énergie consciente du savoir», et les vertus qualifiées de préférence de « politiques -, » en raison du théâtre sur le([uel elles s'acfpiièrent ou du moins se déploient. Ce sont ces dernières (jui seraient ici particulièrement en jeu. Tel Athénien d'alors faisait le bien naturellement, spontanément, sans avoir jamais été l'élève d'aucun maitre de sagesse. Pourquoi celui-là |)lut'H que tout autre ? voilà la question à laquelle il fallait répondre. Or qu'on ouvre le Protagoras ou la RépuJduiue. toutes les fois (ju'il s'agit de vertus politi.'jues (d sociales, Platon incline constanmient à les considérer comme un présent du ciel. Au reste, môme entendue dans un sens plus général, Tasserlion dont certains interprètes se sont si fort scandalisés r('[)ond en somme à une croyance traditionnelle chez les esprits les plus élevés de la Grèce : Homère. Pindare, Simonide et les grands tragiques l'ont tous exprimée, chacun à sa manière, dans quelques-uns de leurs vers les plus justement admirés. Ne soyons donc pas su!'j)ris d'en trouver maint écho jusque chez Platon lui-même : sans parler ni de VApologie'\ où les signes extraordinaires qui

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